Dean Martin

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Bien que né dans l'Ohio le 7 juin 1917, Dino Paul Crocetti a grandi avec un peu d'Italie dans le coeur. Issu d'une famille d'immigrants récents, il passe son enfance à Steubenville, une petite cité des hautes plaines elle-même fondée par des immigrants, mais allemands ceux là. Quittant l'école très tôt, il est contraint de travailler dans des milieux peu recommandables, notamment dans le bootlegging (la distillation de l'alcool, alors illégale) ou le milieu des speakeasies (les débits de boissons illégaux sous la prohibition, le plus souvent tenus - ou rackettés - par la mafia).

Croupier, parieur professionnel ou videur, le jeune homme n'a alors que quinze ans et se fait quelques fréquentations plus que douteuses qui lui seront énormément reprochées ensuite, une fois la célébrités venue. Ses origines italiennes jouent évidemment en sa faveur dans le milieu des bars clandestins puisque le marché de l'alcool illégal est alors tenu par la Cosa Nostra qui a tendance à faire du « recrutement ethnique ». Mais alors qu'il aurait pu réellement mal tourner, l'un de ses hobbies va le remettre dans le droit chemin : la boxe. Connu sous le sobriquet de « Kid Crochey » (jeu de mot avec le terme technique « crochet », passé du français à l'anglais, mais aussi avec son véritable patronyme, Crocetti), il réussit à se faire un petit nom dans le milieu des pugilistes et peut commencer à vivre de ce sport, ce qui lui évite de devenir un goodfella au service des mafieux, bien qu'il développe quelques amitiés douteuses, notamment avec Johnny « Handsome » Roselli et Anthony « The Animal » Fiato, deux caïds de la mafia de Chicago. Plus tard, il se défendra que cette amitié ait été au-delà de quelques fréquentations mondaines.

Mais ce n'est pas sur le ring que Dino Crocetti va connaître la gloire. S'il boxe sans pour autant évoluer dans un milieu professionnel, sa belle voix de basse est repérée par Ernie McKay, le leader d'un combo de jazz, qui le convainc de son potentiel de chanteur. Acceptant de se produire sur la scène de nombreux speakeasies new-yorkais, Dino Crocetti, devenu pour l'occasion Dino Martini commence à accéder à la notoriété, abandonnant vite le style jazzy pour un répertoire de crooner latino qui lui correspond mieux. En 1940, il abandonne définitivement son nom d'origine pour se faire connaître sous le nom de Dean Martin, un pseudonyme, suggéré, dit-on, par un autre jeune chanteur qu'il rencontre dans les coulisses d'un cabaret, Frank Sinatra. En dépit de son mariage la même année, Dean Martin est tout de même appelé sous les drapeaux en 1941, mais le jeune père de famille nombreuse qu'il est (il a alors deux enfants) n'est pas tenu d'aller au front. Il passe donc la guerre en Ohio, en tant qu'infirmier dans un hôpital militaire, avant d'être réformé à cause d'une double hernie discale.

Une fois la guerre terminée, Dean Martin décide de quitter New York pour tenter sa chance à Hollywood, comme tant d'autres. Mais il essuie refus sur refus. La chance le fait cependant rencontrer un jeune homme amusant, qui lui aussi galère de déconvenue en déconvenue : Joseph Levitch, qui tente sa chance comme comique sous le pseudonyme de Jerry Lewis. Se prenant de sympathie l'un pour l'autre, le petit juif du New Jersey et le descendant d'Italiens de l'Ohio décident de former un duo chantant, Martin and Jerry. Si Dean Martin représente le crooner costaud et sérieux, Lewis, lui, est le rigolo du groupe, faisant mimiques et grimaces derrière son compagnon de scène.

Fonctionnant sur le principe de l'Auguste et du clown blanc, le duo se produit pour la première fois en 1949 à Atlantic City et casse immédiatement la baraque. Le contraste entre le « Old Grinder » (Martin) et le « Monkey » (Lewis) fonctionne à merveille et le public adhère. Après le théâtre, le cabaret, la radio et la télévision (ils seront des invités très récurrents du Colgate Comedy Hour, parrainé par la pâte dentifrice du même nom), c'est le cinéma qui leur tend les bras en 1953 lorsqu'ils sont engagés pour My Friend Irma, réalisé par Cy Howard. Après ce succès prévisible, le duo enchaîne les longs-métrages (My Friend Irma Goes West, Le Soldat récalcitrant ou Bon sang ne peut mentir, Artistes et modèles...) et les triomphes, à tel point qu'ils se retrouvent plagiés par un autre duo comique, Duke Mitchell et Sammy Petrillo, qui photocopient intégralement leurs personnages, leurs mimiques, pour ne pas dire leurs sketchs, et les plagient sans vergogne.

Le duo de plagiaires ira même jusqu'à tourner une pantalonnade filmique, Bela Lugosi Meets A Brooklyn Gorilla, dans laquelle le pauvre ex-interprète de Dracula vient se ridiculiser pour quelques dollars de plus. Pour obliger ces faussaires professionnels à cesser leurs clowneries, le tandem d'origine est même obligé de recourir à la loi, intentant un procès à Mitchell et Petrillo et obtenant gain de cause. Révélateur du succès que rencontrent Martin and Lewis, cette anecdote ne parvient pas, cependant, à unir les deux comiques de manière durable, tant les tensions dans le duo sont nombreuses et croissantes. Les mauvaises langues prétendent que Dean Martin jalouse de plus en plus le succès de Lewis (si ce dernier était, au départ, le faire-valoir comique du premier, les rôles s'étaient progressivement inversés), mais il est vrai que le cinéma et la chanson sont également demandeurs de Dean Martin seul.

Ainsi, il enregistre plusieurs disques en solo (Dean Martin Swings, Swingin' Down Wonder...) entre 1953 et 1956, date à laquelle le tandem cesse officiellement d'exister. Le divorce se fait dans la douleur, mais les deux ex-amis savent intelligemment rebondir sur leurs carrières personnelles. Lewis et Martin gardent une dent réciproque l'un contre l'autre, comme l'indique le personnage du crooner fat et insupportable, parodie évidente de Dean Martin, que Lewis interprète dans le film Docteur Jerry et Mister Love.

Si Le Bal des maudits ou Comme un torrent démontrent que Martin est un acteur efficace en solo, c'est surtout Rio Bravo , d'Howard Hawks, qui lui permet de s'imposer comme un véritable comédien de premier ordre, alors qu'il crève l'écran aux côtés de John Wayne, dans son rôle de shérif adjoint alcoolique. Ce succès lui vaut un ticket d'entrée définitif pour Hollywood, introduit qu'il est par son ancien ami de cabaret ayant lui aussi réussi dans la Cité des Anges, Frank Sinatra. C'est Sinatra qui présente Martin à Humphrey Bogart, Sammy Davis Jr,. Lauren Bacall et Peter Lawford, et conseille au crooner de revisiter son patrimoine musical italien. Un conseil qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd puisque ce dernier triomphe avec « Volare », « Dino Latino » ou « That's Amore », autant d'interprétations kitsch de chansons « all'italiana » très en vogue alors.

Toujours coaché par le très mondain Sinatra, Dean Martin devient un membre incontournable de la jet society hollywoodienne et new-yorkaise, multipliant les rencontres pas toujours heureuses. Car Sinatra, qui cache une ambition démesurée derrière son visage poupin, mange à tous les râteliers, et si un politicien de premier plan comme John Fitzgerald Kennedy, une actrice légendaire comme Lauren Bacall ou une petite jeune pleine de promesses comme Judy Garland sont des convives très réguliers de ses soirées privées, c'est aussi le cas du gangster Sam Giancana qu'il ne manque pas de présenter à Martin.

Ce dernier s'entiche très vite du mafieux du fait de leurs origines italiennes communes et de son propre passé peu clair à jouer les videurs dans les bars clandestins de New York et Chicago. Cette amitié sincère est cependant à l'origine du Rat Pack, ce quintette musico-comique formé par Sinatra, Martin, Davis Jr., Joey Bishop et Peter Lawford (ce dernier devant sa place dans le groupe moins à son talent qu'à son amitié avec Sinatra et au fait d'être le beau-frère de John F. Kennedy). Se produisant sur toutes les scènes des États-Unis, The Rat Pack fait un triomphe au point d'animer les soirées de la Maison-Blanche lorsque Kennedy y reçoit Khrouchtchev ou De Gaulle.

Se produisant autant au music-hall qu'au cinéma, le groupe (plus ou moins complet selon les époques) peut-être vu dans des longs-métrages aussi divers que L'Inconnu de Las Vegas (la version de 1960 de Ocean's Eleven), Sergeants 3 ou encore 4 For Texas (pour la petite histoire, des extraits de ces deux derniers films seront plus tard utilisés par Michel Hazanivicius dans le cadre de sa parodie des classiques de la Warner Bros : Le Grand détournement).

À la scène, s'ils reprennent les succès des uns et des autres, ils enregistrent peu de disques originaux, se contentant la plupart du temps de produire les disques tirés de leurs concerts en public. S'ils tournent régulièrement ensemble, aucun n'oublie sa carrière solo et Martin, lui, continue à sortir titre sur titre sous son nom propre comme « Cha Cha Cha de Amor », « Italian Love Song », « Everybody Loves Somebody » (qui détrône The Beatles au hit-parade américain) ou « The Door Is Still Open to My Heart ». Au cinéma, lorsqu'il ne tourne pas aux côtés des autres « rats » , il enchaîne les rôles de gangster, de flic au grand coeur, de pistolero sans scrupules ou de séducteur viril tant son physique est parfaitement adapté à des rôles de « dur ».

En 1965, NBC lui propose l'animation du Dean Martin Show, une émission de divertissement qui fait un tabac. S'il continue à chanter et à tourner au cinéma, il devient surtout un homme de télévision, n'hésitant pas à se moquer ouvertement de sa réputation d'alcoolique en faisant semblant de consommer des spiritueux à l'écran, en direct et en public). Cette activité d'animateur télé l'éloigne un peu du Rat Pack qui, de toutes façons, commence à se faire discret.

Roulant ouvertement pour J. F. Kennedy, les cinq chanteurs sont priés de se faire tout petits dès la prise de pouvoir de Lyndon Johnson, ce qui est ensuite confimé par Gerald Nixon. Sinatra lui-même commençant à payer le prix médiatique de ses amitiés douteuses, le quintette se sépare tranquillement, par usure. Les prestations télévisées rappellent à l'Amérique qu'avant d'être un acteur sérieux, Martin fut une authentique force comique. Ainsi, le cinéma le rappelle, mais pour jouer des personnages décalés d'homme très sérieux mais confronté à des situations loufoques comme dans How To Save A Marriage (And Ruin Your Life) ou Bandolero !

Le succès du Dean Martin Show dure jusqu'en 1974, date à laquelle l'émission s'arrête, mais le crooner se relance aussitôt avec The Dean Martin Celebrity Roast, émission assez trash où les invités viennent se faire ridiculiser par l'acteur, très en verve. Ronald Reagan, du fait de sa formation de comédien, est l'un des seuls à s'en tirer avec les honneurs. Émission de divertissement mêlant sketches et interrogatoires politiques, The Dean Martin Celebrity Roast vaut à l'ex-Crocetti une réputation d'interviewer à la dent dure, n'hésitant pas à envoyer ses inviter dans les cordes verbalement.

Bien qu'incisive, l'émission est cependant un tremplin obligé pour toute promotion et nombreux sont les invités venant sciemment se faire démolir par l'ironie mordante de Martin qui, malgré le poids des ans, n'a rien perdu de son énergie. Cependant, cette activité de démolisseur en gros oblige quelque peu le comique à lever le pied sur ses autres activités et on ne le voit plus que rarement dans les studios d'enregistrement, à l'exception de la télévision. S'étant publiquement réconcilié avec Jerry Lewis en 1976 grâce au truchement de Frank Sinatra (qui profite d'une tournée exceptionnelle du Rat Pack pour faire venir Lewis sur scène, au grand dam de Martin qui ne put que lui donner l'accolade devant tout le monde), Dean Martin envisage un éventuel film où le duo se produirait à nouveau ensemble mais ce projet ne se concrétise pas du fait de la cote de popularité alors au ras des pâquerettes de Jerry Lewis, alors surtout connu aux États-Unis comme une espèce de comique ringard ayant réussi à percer à nouveau grâce à l'animation du Téléthon américain.

Dean Martin tourne encore au cinéma : L'équipée du Cannonball, en 1981 et sa suite Cannonball 2, en 1985, films dans lesquels il retrouve Sammy Davis Jr. (ainsi qu'un jeune inconnu venu de Chine : Jackie Chan) avant que le décès de son fils dans un accident d'avion et l'annonce de son emphysème ne viennent mettre un coup d'arrêt définitif à sa carrière en 1987. Déprimé et malade, Martin ne se produit plus qu'à quelques reprises (dont une avec Jerry Lewis en 1989) avant d'annoncer sa retraite définitive. L'annonce d'un Alzheimer en 1991 et d'un cancer de la gorge en 1993 le persuadent que la fin est vraiment proche.

Sans pour autant se laisser aller, l'ancien shérif adjoint Dude attend la mort, alors qu'il a déjà enterré la plupart de ses anciens collègues du Rat Pack. Un homme aussi exceptionnel ne pouvant décemment s'en aller sur la pointe des pieds et c'est le 25 décembre 1995, alors que l'Amérique fête Noël que les médias annoncent le décès de Dean Martin survenu dans sa 78ème année. L'un des derniers géants de la période classique hollywoodienne et de la cool music venait de s'en aller.

Copyright 2017 Music Story Benjamin D'Alguerre

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