Tina Turner

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C’est sous le nom assez provincial d’Anna Mae Bullock que la future Tina Turner voit le jour, le 26 novembre 1939, dans le petit village de Nutbush (Tennessee, Etats-Unis), au sein d’une famille noire métissée d’origines indiennes Navajo. Son père ayant quitté le domicile familial, Anna est ensuite abandonnée par sa mère, pour être élevée durant plusieurs années par sa grand-mère, dans de piètres conditions économiques, en pleine campagne sudiste. Si Tina montre du talent pour le chant, notamment dans la chorale de son église, vers 1956, la jeune fille retrouve sa mère et sa sœur à St. Louis, où elle s’installe pour vivre avec elles. La ville du Missouri est alors la « capitale du Blues », et Anna commence bientôt à fréquenter les clubs musicaux.

Elle fait en 1957 la connaissance d’Ike Turner, talentueux musicien de Blues et de Rock, de sept ans son aîné, connu localement pour son ensemble musical Ike & the Kings of Rhythm. Anna commence à faire littéralement le siège de Ike pour obtenir une place de choriste dans sa troupe. D’abord sceptique, Ike finit par être convaincu par le talent d’Anna, et engage la jeune femme. La choriste se fait vite remarquer par la puissance de sa voix et son étonnante énergie scénique : de plus en plus mise en valeur lors des concerts de Ike and his Kings of Rhythm, Anna commence à prendre la vedette. Elle commence dans le même temps une histoire d’amour avec Ike Turner ; ce dernier lui trouve le nom de scène de Tina (inspiré par le comic-book Sheena, reine de la jungle).

Gloire, baffes et Ikettes

En 1960, Tina Turner accède définitivement au devant de la scène en enregistrant le titre « A Fool in Love », remplaçant pour l’occasion une chanteuse qui avait fait faux bond : la chanson remporte un grand succès au Hit-parade américain, assurant d’emblée la notoriété de Tina, que son compagnon a promptement rebaptisé du nom de scène de Tina Turner (le mariage du couple n’aura lieu qu’en 1962). Les succès de titres comme « It’s Gonna Work Out Fine » ou « The Wedding » continuent d’assurer la visibilité du duo, désormais connu sous le nom officiel de Ike & Tina Turner, tandis que la troupe Ike and his Kings of Rhythm laisse bientôt place à The Ike and Tina Turner Revue. Dans le même temps, Tina doit assumer une vie de famille très chargée : ayant déjà eu un enfant avant sa liaison avec Ike, puis un autre avec ce dernier, elle doit assumer de surcroît l’éducation des deux enfants qu’Ike a eu d’un premier lit. La réputation du couple Turner grandit sans cesse, tant grâce à la voix rugissante et à l’exceptionnelle énergie scénique de Tina que grâce au talent de guitariste de Ike : apportant la richesse musicale de la Soul et de la Rhythm ‘n’ Blues aux rythmes endiablés du Rock, Ike & Tina Turner se font notamment remarquer par leurs performances dans des concerts mémorables, où ils sont accompagnés par une troupe d’accortes danseuses-choristes baptisées les Ikettes.

En 1966, le producteur Phil Spector engage Tina pour enregistrer seule le titre « River Deep – Mountain High » : si le morceau, considéré par Spector comme l’un de ses projets les plus aboutis, ne remporte pas un grand succès aux Etats-Unis, il séduit le public dans d’autres pays, triomphant notamment au Hit-Parade britannique, et garantissant au couple Turner une notoriété internationale. Ike & Tina Turner sont particulièrement appréciés de leurs pairs : après que le duo ait fait la première partie des Rolling Stones, Mick Jagger prend même des leçons de danse avec Tina et les Ikettes. Malgré le succès commercial, les relations d’Ike et Tina se détériorent : en 1968, Tina tente de se suicider après avoir appris que son mari la trompe avec une ancienne Ikette. Le couple n’en continue pas moins de tourner, remportant un grand succès en 1971 avec le titre « Proud Mary ». Mais leur vie privée ne va pas mieux pour autant : Ike, abusant de substances diverses et variées, se montre un mari possessif et violent et distribue volontiers des torgnoles à son épouse, allant parfois jusqu’à la battre comme plâtre. Tina commence néanmoins à s’émanciper artistiquement, se produisant seule dans diverses émissions de télévision ; en 1974, elle sort son premier album solo, Tina Turns the Country On!, produit par Ike.

L’année suivante, elle interprète le morceau « Acid Queen » dans le film musical Tommy, réalisé par Ken Russell d’après le spectacle des Who, et sort un second album, baptisé du nom de la chanson. Si le succès commercial n’est pas extraordinaire, il prouve si besoin était que Tina Turner est une artiste à part entière. Une prise d’indépendance que Ike ne semble pas apprécier : de plus en plus ravagé par la drogue, il redouble de violence envers son épouse, qui finit par se considérer comme une esclave sequestrée.

En 1976, en pleine tournée, Tina Turner fuit le domicile conjugal, avec quelques sous en poche, et se cache chez des amis durant plusieurs mois. En 1978, le divorce d’Ike et Tina Turner est prononcé, Tina conservant le droit d’utiliser à la scène son ancien nom d’épouse, tout en assumant personnellement les lourdes dettes contractées par le couple du fait de l’annulation de leur tournée.

Résurrection post-nucléaire

L’année de son divorce, Tina Turner sort un nouvel album solo, Rough, aux sonorités nettement rock ; en 1979, elle suit la vague disco avec l’album Love Explosion : aucun des disques ne bouleverse les statistiques de vente, mais Tina, la quarantaine approchante, continue de se produire sur les scènes du monde entier. Si les Etats-Unis la boudent un peu, le public européen, et notamment britannique, continue de bien l’accueillir. Son travail avec son nouveau manager, Roger Davies (agent d’Olivia Newton-John) l’aide peu à peu à relancer sa carrière de manière spectaculaire. En 1982, elle interprète une version de la chanson « Ball of Confusion » (The Temptations), enregistré avec le collectif anglais British Electric Foundation (B.E.F) : cette prestation lui vaut d’interpréter ensuite une version du morceau « Let’s Stay Together », qui signe son fracassant retour dans les charts britanniques. C’est sur l’onde de ce succès que Tina Turner va, à près de quarante-cinq ans, organiser un come-back spectaculaire, avec l’album Private Dancer et les singles « What's Love Got to So With It ? » et « Better Be Good To Me ».

Le look sexy et intouché par les ans de Tina Turner, mais aussi son étonnante énergie vocale, sont redécouverts par le public américain, comme par les professionnels : en 1985, « What's Love Got to Do With It ? » vaut à son interprète trois Grammy Awards, celui de « Disque de l’année », « Chanson de l’année », et « Meilleur chanteuse pop », tandis que Private Dancer se vend à quatorze millions d’exemplaires dans leTina monde. Le look « post-apocalyptique » et le succès de Tina Turner lui valent dans le même temps d’interpréter, aux côtés de Mel Gibson, l’un des rôles principaux du film Mad Max au-delà du dôme du tonnerre (Mad Max Beyond Thunderdome), interprétant également deux morceaux pour la bande originale du long-métrage. Si la prestation de comédienne de Tina Turner est plus amusante que réellement convaincante, la chanson « We Don’t Need Another Hero » est un succès magistral, squattant les sommets des Hit-parades en Europe et aux Etats-Unis, et s’affirmant aussitôt comme l’un des principaux standards de son interprète.

Simply the Best

La sortie en 1986 de l’album Break Every Rule est un nouveau succès pour Tina Turner, qui s’affirme en outre comme une recordwoman des concerts, attirant les foules lors de sa tournée de promotion : chantant devant de véritables marées humaines, elle se produit devant environ 184 000 personnes au stade de Rio de Janeiro. La même année, la chanteuse sort une autobiographie à succès, I, Tina : My Life Story, où elle revient sans concession sur ses années d’enfer aux côtés d’Ike Turner : sa carrière déjà largement sinistrée par les abus de drogue, Ike Turner se voit désormais honni par le monde entier, son statut de pionnier du rock passant peu ou prou aux oubliettes. Tina Turner est quant à elle l’une des stars absolues de la décennie 1980, statut qu’elle conserve haut la main au tournant des années 1990 : la tournée de promotion de l’album Foreign Affair bat de nouveaux records d’affluence, portée notamment par l’immense succès du single « The Best » (reprise d’une chanson de Bonnie Tyler), qui devient l’un des morceaux rock les plus marquants de la nouvelle décennie. Le principal couplet de la chanson donne d’ailleurs en 1991 son titre à la compilation de Tina Turner, Simply the Best, qui devient Disque de platine aux Etats-Unis.

En 1993, l’autobiographie de Tina Turner est adaptée au cinéma, sous le titre What’s Love Got To Do With It ?, traduit en français, avec un remarquable manque d’imagination, par Tina : le rôle de Tina Turner y est interprété par Angela Bassett, et celui d’Ike Turner, par Laurence Fishburne ; succès certain au box-office, le long-métrage est pour Tina Turner l’occasion d’une nouvelle tournée. La cinquantaine, désormais bien commencée, n’entame en rien l’énergie de la chanteuse : elle triomphe en 1995 avec la chanson du générique du film Goldeneye, qui relance la série des James Bond. La même année démarre la tournée mondiale de promotion de son nouvel album Wildest Dreams, qui dure jusqu’en 1997, rapportant jusqu’à 100 millions de dollars. En 2000, elle réédite son exploit avec la promotion de l’album Twenty Four Seven, considéré comme le plus gros succès de l’année : c’est pour Tina Turner une belle manière de tirer sa révérence, la chanteuse ayant annoncé que cette méga-tournée serait la dernière.

Les mamies rockeuses sont éternelles

Tina Turner ne saurait cependant connaître qu’une semi-retraite : si, la soixantaine venue, la grand-mère du rock ne se produit plus devant des stades entiers, elle continue de donner de la voix, pour des bandes originales de films (un duo avec Phil Collins pour le dessin animé Frère des Ours) ou pour des causes humanitaires ; elle collabore également à des disques d’artistes comme Herbie Hancock ou Carlos Santana. Répondant à des rumeurs persistantes sur un album come-back, Tina Turner confirme qu’elle a travaillé sur des morceaux : elle continue cependant de prendre son temps, réservant ses prestations à des concerts caritatifs, ou à de grandes occasions, comme un duo surprise avec Beyoncé Knowles à la cérémonie des Grammy Awards, en février 2008. Retraitée ou non, Tina Turner demeure une légende de la musique contemporaine, entretenant avec soin son image de divinité tutélaire du rock. The Best, encore et toujours.

Copyright 2016 Music Story Nikita Malliarakis

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