The Supremes

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« J'étais dans la salle d'attente du bureau de Berry Gordy. Les Supremes étaient dans une pièce contiguë. Soudain, j'ai vu passer Florence Ballard, en larmes. J'ai alors compris qu'ils allaient me demander de la remplacer » - Cindy Birdsong.

« Tous nos disques devront être classés dans le Top 10. Et comme les Supremes sont notre groupe-phare, tous leurs disques devront être n°1 » - Mémo de Berry Gordy.

Au début étaient les... Primettes, quatuor initialement constitué de Betty McGlown, Diana Earle dite Ross, Mary Wilson (seule originaire du Mississippi) et Florence Glenda Ballard, alors toutes âgées d'une quinzaine d'années. Le groupe évolue à la toute fin des années cinquante dans les pavillons ouvriers d'une cité HLM de Detroit (Michigan), à une portée de micro des Primes (ce groupe de garçons, entraîné par Eddie Kendricks, préfèrera bien vite le nom de Temptations).

Toutes les filles, copines de classe, sont les fiancées de tous les garçons et s'amusent, dans un registre calqué sur l'exemple de Frankie Lymon & the Teenagers, à interpréter des standards de Ray Charles dans le moindre radio-crochet. Elles sont accompagnées avec enthousiasme par le guitariste Marvin Tarplin (qui rejoindra plus tard les Miracles de Smokey Robinson) et Florence (la soul), Mary (les ballades) et Diana (la pop) chantent tour à tour en leader.

Après un premier 45-tours passé inaperçu, c'est leur voisin d'immeuble Smokey Robinson qui convainc (après avoir détourné leur guitariste) malgré leurs réticences (trop jeunes, trop expérimentées) les grands patrons du premier label de la ville de les engager. Berry Gordy est en particulier fasciné par l'élégance de Diana Ross, alors seule vendeuse noire du magasin Harrod's de la ville. En 1960, Barbara Martin remplace donc McGlown (« Finis d'abord tes études »), les Supremes remplacent les Primettes (c'est Ballard qui choisit le nom, jugé trop masculin par les deux autres) et un contrat chez Motown remplace la cité.

Dès 1962, Martin (« Finis d'abord tes études », bis) laisse les trois autres se débrouiller comme des grandes. Durant une année, le nouveau trio enregistre huit 45-tours (la plupart signés Berry Gordy ou Smokey Robinson) : total insuccès. Les choses vont tellement mal que Diana Ross boucle les fins de mois comme serveuse dans une cafétéria de supermarché. Même si leur compagnie discographique porte tous ses efforts promotionnels sur le trio, les autres artistes du label (toujours bons camarades de classe) les surnomment No Hit Supremes.Mais les trois jeunes femmes font feu de tout bois, louant leurs services pour la moindre des sessions (on les entends taper des mains derrière Marvin Gaye ou assurer les ch?urs pour le compte des Temptations à 2,50 $ la séance, soit à peine quelques cents du claquement). Le premier album du groupe (Meet the Supremes) est édité en décembre 1962 et n'est salué d'aucun écho particulier.

Décembre 1963 salue le caractère méritoire de leurs efforts, avec la première entrée de l'un de leurs disques dans les plus hautes places des classements (« When the Lovelight Starts Shining Through His Eyes »). Il s'agit également du début d'une longue et fructueuse collaboration avec le tandem de compositeurs maison Brian et Edward Holland et Lamont Dozier (déjà immortels créateurs du « Please Mr. Postman » pour le compte des Marvelettes). Berry Gordy profite de la marche en avant pour confier le rôle de chanteuse soliste à Diana Ross, plus apte à son sens à capter l'intérêt d'un public populaire.Rien n'est alors laissé au hasard : on habille les Supremes de robes de haute couture, leur maquillage est étudié et testé, on les confie aux bons soins d'un chorégraphe qui leur inculque l'art du déhanchement gracieux et discrètement sensuel et l'accent est mis sur la voix douce et presque sous-modulée de Diana Ross. On vend des poupées Supremes, des cendriers Supremes et des coussins Supremes. Tout concourt, en fait, à ce que le public blanc soit aussi conquis que le public noir.

Le personnage de la chanteuse principale est sculpté jusque dans ses moindres détails : on offre au monde son caractère méritant, parvenant à fuir la pauvreté (Diana Ross est pourtant, de son propre aveu, issue de la classe moyenne) et l'attrait d'une femme-enfant, soumise mais amoureuse et, donc, ardente.Les choses s'accélèrent au printemps de l'année suivante : « Where Did Our Love Go » (refusée par les Marvelettes et que les Supremes n'aimaient pas) devient le premier n°1 du trio (il est également classé en n°3 en Grande-Bretagne). Le disque est suivi de quatre autres succès (dont « Baby Love » et « Stop ! In the Name of Love »). C'est la première fois aux Etats-Unis qu'un groupe édite un album dont on extrait trois 45-tours qui deviennent n°1.

C'est - toujours - en 1965 que la course du monde retient son souffle : un ami membre des Temptations inspire en effet au groupe (cela se déroule dans les toilettes pour hommes d'une quelconque salle de concert... mais qu'y faisaient nos jeunes filles ?) l'effet chorégraphique qui sera sa signature sur scène : bras étiré et paume ouverte, un agent de police de charme interrompt le flux de la circulation. La même année, Berry Gordy, mû par une folie dispendieuse, concède au groupe près d'un cent par 45-tours vendu. Au mois de décembre, consécration de classe (dans les deux sens du terme), le trio se produit au Philharmonic Hall de New York.

En 1966, l'album The Supremes A'Go-Go est le premier enregistrement d'un groupe féminin à atteindre la première position des charts. La presse à disques fonctionne alors à plein et les trois de Detroit enregistrent des albums en public (projet avorté), des hommages à Sam Cooke, un disque uniquement constitué de chansons des Beatles, un recueil de country songs, des succès de musiques de films...Même ralenti, le rythme se poursuivra des deux côtés de l'Atlantique jusqu'en 1967, avec en particulier le triomphal « You Can't Hurry Love », l'insistant « You Keep Me Hangin' On » (dont Diana Ross, après un timide galop d'essai, finira par offrir une interprétation pleine de rage) et le lumineux « I Hear a Symphony ». Le trio commence à enregistrer quelques chansons extraites de bandes originales de films et on le voit assurer une poignée de panouilles pour le septième art.

Par un entrisme forcené (elles émargent au programme de l'Ed Sullivan Show plus que de raison et on peut les applaudir sur la scène du Copacabana, à laquelle seuls de rares noirs, à l'instar de Sam Cooke ou Sammy Davis Jr., ont eu accès), les Supremes font vaciller certains préjugés raciaux, ouvrant une voie, modeste mais réelle, à des groupes comme les Jackson Five ou les Temptations.

Le 29 septembre 1966, Tamla Motown décide d'annoncer le début de la carrière en solitaire de Diana Ross et ce depuis le symbolique Flamingo de Las Vegas : la nouvelle est au dernier moment différée. Au mois de juillet 1967, Berry Gordy, président du label avant Dieu, rebaptise le trio en Diana Ross and the Supremes et décide de l'éviction de Florence Ballard (qui arrive désormais systématiquement en retard aux concerts ou trop ivre pour chanter), remplacée par Cindy Birdsong (venue du groupe de Patti LaBelle). La première, qualifiée par certains journalistes de l'une des plus grandes tragédies du rock, souffre de dépression chronique et d'alcoolisme. Sa prise de poids est telle qu'elle ne peut bientôt plus entrer dans ses robes de scène. Malgré une tentative avortée de carrière en solo (dont témoigne le très bel album The Supreme), elle disparaît prématurément à l'âge de trente-deux ans, dans un état d'extrême dénuement et de solitude.

En tout état de cause, il est clair que la romance entre Gordy et Ross éloigne les Supremes les unes des autres et les Supremes du reste de l'écurie Motown (comme Martha Reeves & the Vandellas ou les Marvelettes, qui goûtent peu l'extrême attention du patron de l'entreprise à la carrière du trio)... et nuit, par sa mise en avant d'une chanteuse, à son unité, même si deux nouveaux hits illuminent le premier semestre de l'année.

Au mois d'octobre 1967, la compilation Diana Ross & the Supremes : Greatest Hits est le premier album du genre à se classer n°1 simultanément aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. C'est au tout début de 1968 que les compositeurs Holland-Dozier-Holland quittent la Motown, mécontents du traitement financier qui leur est réservé : ce départ porte un coup fatal aux Supremes, qui voient le nombre de leurs hits chuter de manière drastique. En tout état de cause, les tensions sont telles au sein du trio que Mary Wilson et Cindy Birdsong sont parfois remplacées à l'occasion de sessions d'enregistrement par des choristes de studio (les Andantes).

Mais le grand tort des Supremes, ou tout du moins de ceux qui les dirigent, reste de ne pas avoir perçu les changements de la société : la culture noire américaine se radicalise et on ne peut plus susurrer une pop élégante alors que le Black Panther Party parade dans les rues. L'une des rares exceptions à cette règle d'incapacité à flairer l'air du temps reste l'album Reflections (mars 1968), habile incorporation dans le savoir-faire du groupe d'influences psychédéliques.

Le groupe est alors mis sous assistance médicale et on lui fait enregistrer deux albums aux côtés de leurs anciens copains d'école les Temptations. Les disques sont d'authentiques succès.

Les derniers mois du groupe dans sa formation (presque) originale frôle la schizophrénie : durant la journée, une mouture des Supremes enregistre. Le soir, une autre s'offre en spectacle. Un astucieux planning de studio permet même à Diana Ross et aux choristes de ne jamais se croiser lors des sessions. En 1969, on réécrit l'histoire à tout va, attribuant à Diana Ross la découverte des Jackson 5 (en fait de la responsabilité de Gladys Knight). Au mois de novembre, Ross s'envole enfin pour une carrière solo couronnée de succès et la composition du trio change à plusieurs reprises (se succèdent ainsi Jean Terrell - s?ur du champion de boxe qui fit mettre un genou à terre à Mohamed Ali -, Susaye Greene, Lynda Laurence, Scherrie Payne...) et ce jusqu'à l'extinction des feux, en 1977.

« Someday We'll Be Together » (qui devait initialement constituer le premier tube de Ross) est en décembre 1969, le dernier n°1 des Supremes (et par ricochet le dernier de la décennie).

Celles qu'on dénomme désormais The New Supremes ou les 70's Supremes, considérées comme offrant un retour vers une musique plus proche de leurs racines noires, connaissent quelques succès (« Nathan Jones », repris en 1987 par Bananarama). Mais la carrière du trio, de modestes réalisations en authentiques échecs (les tentations disco), se délite, malgré les stars accourues à son chevet : ni le compositeur et arrangeur Jim Web ni les musiciens de Stevie Wonder ne peuvent ralentir l'agonie. Motown déménage de Detroit à Los Angeles et ne mise plus un fifrelin sur le groupe. Pis : la compagnie n'édite plus d'albums du groupe ou les réserve au marché... japonais et entame un chantage au renouvellement de contrat.

En 1976, le film Sparkle (avec Irene Cara) conte sur une musique de Curtis Mayfield interprétée par Aretha Franklin, le parcours d'un trio musical féminin très proche de celui des Supremes. Les Supremes qui donnent leur concert d'adieu à Londres, le 12 juin 1977.

Des années durant, Mary Wilson poursuivra une carrière en solo, spéculant sur l'âge d'or du groupe. En 1981, la comédie musicale Dreamgirls, largement inspirée de l'histoire des Supremes, tient l'affiche à Broadway et y reste plus de cinq années durant. La pièce est adaptée en 2006 au cinéma sous le même titre, pour un film affichant à son générique Eddy Murphy, Jamie Foxx, Beyoncé Knowles ou Danny Glover.

En 1986, l'autobiographie de Mary Wilson et sa vision de l'histoire des Supremes constituent une attaque en règle de l'image de Diana Ross. Mary Wilson ne donnera jamais sa part au chien pour, les années suivantes et à plusieurs reprises, porter des coups sévères à la réputation de son ancienne copine.

Plus positif, les Supremes sont honorées par le Rock and Roll of Fame en 1988. Depuis cette date, de nombreux avatars du groupe, incluant membres historiques ou pas (dont l'hilarant Former Ladies of the Supremes ou le plus énigmatique The Sounds of the Supremes) se produisent de par le monde, accréditant en Europe ou au Japon la conviction absolue que les années soixante sont éternelles.

Des tubes par pelletées, trois années pour conquérir le monde, des dizaines de millions de disques vendus de par le monde, la dizaine de jeunes femmes à s'être succédées au sein du groupe, celles que l'homme de télévision Ed Sullivan surnommait les girls, la conviction que noir ou blanc, tout le monde a un porte-monnaie, la beauté noire offerte en pâture au monde blanc et les pop songs ciselées avec une précision chirurgicale : les Supremes furent une aventure artistique et commerciale. On peut simplement regretter que l'histoire n'ait fait que peu de cas de sa dimension humaine.

Copyright 2017 Music Story Christian Larrède

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