Jean-Louis Aubert

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Ça pourrait faire peur, le chanteur chante le poète, sauf que pas du tout. Dès les premières mesures et les premiers vers, Aubert s’est approprié Houellebecq, comme s’ils s’étaient toujours habités, locataires l’un de l’autre. Un alphabet musical qui fait rock, qui fait mal et du bien à l’identique, auquel pour une fois les anglo-saxons, pionniers en la matière, n’ont pas accès. Un rock littéraire qui l’est si peu, tant le poète va au choc, à la lumière de l’os, sans jamais se payer de mots. Idem du musicien, qui a rejoint l’essentiel, doux quand ça l’invitait, dur quand ça le commandait. Une poésie sonique en rock cardiaque. Houellebecq lui a répété : « c’est plus beau que ce que j’ai écrit ! » Aubert répondait à chaque fois : « Mais non, c’était déjà là, dans les textes. »

Finalement, c’est ça qui fait peur. Que ça marche, que ça joue, que ça chante, que ça vive. Poème est devenu chanson, elle s’est mise à son rythme, il appartient désormais à sa mélodie. 16 au total : des très courtes, des plus longues, des lentes, des plus enlevées, des épurées, des plus orchestrées, des qui s’enchaînent et s’accouplent, d’autres qui font rupture ou trait-d-union, ici avec de la kora à l’hélium ou une guitare plombée, là avec un piano fébrile ou des sections de cordes et de cuivres enflammées; chantées toujours, parfois seulement effleurées, mais surtout jamais « dites ». Comme se font les disques, ni plus, ni moins, du moins comme Aubert sait les faire, avec sa voix qui dit l’enfant en lui et en chacun de nous – on vérifie, ici plus que jamais où chaque mot compte, l’excellence de sa diction, qui claque même dans le murmure, les impulse, les expulse, les propulse, les « pulse ». 16 poèmes adaptés de Configuration du dernier rivage*, au chapitre Les parages du vide pour l’essentiel, qui ont ainsi trouvé leurs titres en chansons sur l’album (les poèmes n’en ont pas dans le recueil : Jean-Louis a d’ailleurs pensé un temps leur donner ceux des numéros de pages qui les accueillent).

« C’est un cadeau, s’enflamme Aubert. Je n’ai pas cherché, j’ai été traversé. » En bas de chez lui, en même temps que des cigarettes (c’est mal), il achète le livre (c’est mieux). Pas particulièrement son truc, les recueils de poèmes, mais pas tout à fait un hasard, celui de Houellebecq: il a dévoré plusieurs de ses romans (« Caser, un livre de poèmes dans un tabac-papeterie, c’est pas rien ! », relèvera l’écrivain clopeur). C’est le hasard, en revanche, qui lui fait l’ouvrir à la page de ce qui deviendra Isolement. Ca fait écho dans l’instant, comme le poème qui précède, ça parle, et un autre, ça chante, puis 5, 6, une guitare à portée de main, quelques accords, ça s’emballe, les mélodies surviennent, elles sont dictées par les mots, « Leur rythme, leur musicalité », l’évidence. 3 jours plus tard, il a bouclé 8 démos. A ne pas en revenir ! « Je pense que si j’avais ouvert à un autre chapitre, le disque n’existerait pas, reconnaît Jean-Louis. J’aurais lu, aimé, mais ça n’aurait pas fait chanson, je n’aurais pas eu l’idée. Trop dur, trop noir pour moi, je ne sais pas le chanter. Une chanson, ça marche à côté de quelqu’un, il y a quelque chose d’amical dedans, alors qu’un texte plus noir peut faire du bien à l’intelligence, on peut y revenir de temps en temps, mais pas très souvent. Ou alors, il faut les dire, comme Ferré ou Bashung, ce que je ne voulais pas. Les poèmes que j’ai piochés sont lumineux, pour moi en tout cas. Ils sont d’amour pour la plupart. »

Quand il rencontre la poésie de Houellebecq, Aubert sort tout juste d’un film de Philippe Garrel dont il a écrit la musique (« Un ami à présent, une expérience épanouissante »), il est en vacance pour 2 semaines de l’album de Malo, qu’il produit. Tout a été si soudain, ça lui est tombé dessus. Il faut contacter Houellebecq, qu’il ne connaît pas. Il obtient son adresse mail, prend son courage à 2 mains (« Je suis timide pour ce genre de choses : il pouvait refuser, ne pas aimer, ne pas répondre… ») : « …Laissez-moi donner des ailes à vos mots… Pourrions-nous nous rencontrer sans trop vous déranger, que je vous fasse entendre… », premier mail de Jean-Louis, daté du 15 mai 2013 à 20:32. Réponse de Houellebecq le 17 mai à 06:10 (il joue alors son propre enlèvement dans le film de Guillaume Nicloux**, plus tard il s’exilera pour entamer l’écriture d’un roman) : « …Je suis très content d’être une source d’inspiration ; fier même… » C’est le début d’une longue correspondance (reproduite dans le livret qui accompagne l’édition limitée de l’album) au fil de laquelle une amitié se noue, pas loin d’un amour teinté de respect, d’admiration et de réconforts mutuels : on passe vite du « vous » au « tu » et bientôt on s’embrasse, avant même de s’être rencontré. C’est à la fois profond et anecdotique, passionnant à lire et édifiant quant à la progression concomitante de leur relation et de l’album.

« Il y a peut-être eu des croisements dans nos vies, dans nos oreilles, on a traversé le même monde dans des univers différents, reconnaît Jean-Louis. La raison pour laquelle j’ai fait de la musique, j’ai l’impression qu’elle est inscrite dans la colère de cet enfant qui a cassé son cerf-volant dans la chanson***, une espèce d’incompréhension du monde. Et puis il y a de l’amour : je n’ai jamais fait, dans une de mes chansons, une déclaration aussi frontale que « Voilà ce sera toi ». C’est assez antagoniste de l’image que quelque fois on a de lui, c’est l’inverse de « Voilà, c’est fini » et tout aussi aimant. »
Houellebecq connaît la chanson, il entend et s’y entend. « Le rock a été le grand choc de ma vie finalement, revendique-t-il. Le romantisme aussi, quand j’étais beaucoup plus jeune, les poètes romantiques, Lamartine… Mais le rock a été le gros truc de ma vie. » A Jean-Louis, qui l’apparente à « cette difficulté de s’adapter et de vivre », il répond : « Tu as raison, c’est beaucoup ça. » L’écrivain a vu le musicien très jeune sur scène, il a grandi avec Led Zeppelin, Hendrix, Cohen, Neil Young, les Beach Boys, David Crosby, qui sont sur son site officiel comme faisant partie de son monde. Il a écrit des romans on écoutant la même chanson pendant 2 ans. « Comme je t’ai dit, j’essaie d’écrire un roman, et en ce moment tu me sers d’arme secrète, écrit-il dans un mail. C’est-à-dire que je me mets tes morceaux avant de commencer à travailler, pour passer de l’univers normal à l’univers artistique (mais un univers artistique qui serait le mien, en même temps). Ça marche bien. »

Plus tard, l’album en fin de mixage, dans une conversation filmée avec Jean-Louis, il s’étonnera à propos des Reflets du vide : « c’est une grosse surprise de s’apercevoir qu’un rock, plutôt genre hard, va bien avec des textes théoriques presqu’incompréhensibles. »
Houellebecq n’a pas de coquetterie d’auteur, il laisse à Jean-Louis la liberté de couper ou de changer ses mots, de les mettre au service de la chanson. Ni le musicien, ni le chanteur n’en feront rien, pas même une virgule ne bougera. L’album a été écrit en 10 jours, 8 mois ensuite pour le réaliser, « mais tout était dans les maquettes, se souvient Aubert, je n’ai pas fait de ratures, pas cherché 2 musiques pour une chanson. La moitié des voix qu’on entend, c’est la première prise : je chante sur une guitare, le bouquin à la main. C’est comme si je n’avais rien eu à faire. D’ailleurs, j’ai très peu débordé, j’ai prolongé seulement quelques chansons. Je n’ai eu qu’à reproduire ce que j’entendais : une grande musicalité dans ses mots. Jamais de répétition, plus même de refrain, ce truc qu’on a souvent dans la chanson, chaque phrase met une claque à la précédente. Les mots ont cette rondeur, quelque chose d’apparemment simple et de très doux dans les sonorités qui m’émeut beaucoup. Et en même temps on est un peu dans le Rubik’s Cube, parce que ce sont souvent des alexandrins ou des octosyllabes, du grand classique, et c’est traité avec une rigueur maniaque, à l’ancienne. Quand on a le même nombre de pieds, ça donne tout de suite du rythme. »

Le 26 août à 08:28, Michel Houellebecq écrit dans un mail à Jean-Louis Aubert : « ce qu’il y a, c’est que ta voix va ». Saurait-on mieux dire ?

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