Simon & Garfunkel

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Tom & Jerry

Tous deux sont nés à quelques jours d’intervalle en 1941, Paul dans le New Jersey, Arthur dans le quartier de Queens à New York, et ils se sont rencontrés à Forest Hills en sixième année d’études. Aussitôt ils s’aperçoivent en discutant musique et en fredonnant les chansonnettes du moment que leurs voix s’harmonisent à merveille. Ils reprennent des rengaines doo wop à la mode, s’inspirent de Buddy Holly, et surtout des Everly Brothers dès leur explosion en 1957, formant cette année-là le duo Tom & Jerry, et publient quelques titres en 45-tours (dont « Hey, Schoolgirl », n°49) sans succès. Ils enregistrent quelques faces aussi chacun de leur côté sous des pseudonymes, True Taylor, Paul Kane, Harrison Gregory, Tico & the Triumphs ou Jerry Landis pour Simon, Artie Garr pour Garfunkel : la plupart de ces essais seront publiés une première fois en 2000 puis en Angleterre (sur le label Superior) en 2002. Le premier étudie ensuite la littérature et essaie de placer ses chansons chez des éditeurs, tandis que le second se hasarde dans l’architecture.

Les sons du silence

Les deux amis se retrouvent en 1962, se produisent dans les clubs Folk de Greenwich Village, mais Paul Simon s’exile à Londres où il côtoie le multi-instrumentiste Martin Carthy. Deux ans plus tard le producteur Tom Wilson, les signe sur le même label que son poulain Bob Dylan, Columbia. Eux ont trouvé leur voie, devenir le duo de référence du mouvement Folk naissant, lui aura bientôt une autre idée en tête. Le premier album de Simon & Garfunkel, Wednesday Morning 3 A.M., en octobre 1964 est un tel échec que Paul Simon retourne vivre en Angleterre, où la branche locale de Columbia lui fait enregistrer un album solo, The Paul Simon Songbook (1965) lui aussi un fiasco, mais dans lequel il inclut deux de ses compositions qui deviendront des classiques : « I Am A Rock », et « The Sound Of Silence », déjà présent dans l’album du duo. Entre-temps, le rusé Tom Wilson, fort de son expérience prometteuse avec le virage folk-rock amorcé avec Bob Dylan, et le succès remporté par la version rock de son « Mr. Tambourine Man » des Byrds en juin 1965, reprend les bandes de « The Sound Of Silence » et les remixe en ajoutant guitares électriques et percussions. Publié en décembre, la nouvelle version obtient un succès foudroyant, devenant le premier n°1 de l’année 1966 aux Etats-Unis, le 1er janvier. Paul Simon rentre en catastrophe de l’autre côté de l’Atlantique pour enregistrer le premier album The Sounds Of Silence, agencé à la hâte et fait de bouts de ficelles mais produit au nouveau goût du jour. La carrière de Simon & Garfunkel semble lancée, surfant sur la vague du folk rock. « Homeward Bound » (de Paul Simon, sur le mal du pays lorsqu’il vivait à Londres) puis « I Am A Rock » remixés eux aussi sont deux autres hits dans la foulée, et le public va vite s’apercevoir que le duo ne va pas poursuivre longtemps le fil de la mode. En effet, en octobre 1966 il surprend son monde en proposant un joli disque aux styles variés légèrement empruntés de folk, mais nappé de guitares sèches dans tous les coins du spectre auditif (la « hi fi » est alors un luxe qui se démocratise) soutenues de percussions, les voix angéliques (Garfunkel sur « For Emily, Whenever I May Find Her ») magnifiant textes et mélodies de Paul Simon. Parmi ceux-ci, « Scarborough Fair » en reste la chanson la plus connue, poème chanté d’origine médiévale que Martin Carthy avait fait découvrir à Paul Simon.

Madame Robinson

Propres sur eux et pas très glamour, Simon & Garfunkel sont bien installés dans le paysage musical avec trois hits et cinq millions d’albums vendus derrière eux lorsqu’en juin 1967 ils participent au festival « pop » de Monterey, que Paul Simon co-finance en apportant dix mille dollars (« Parmi les « premières » en matière de spectacle, les artistes se produisaient gratuitement ; c’était la clé de sa réussite. Il montrait que nous faisions du rock ‘n’ roll seulement pour l’esprit, pour la satisfaction d’être des musiciens avant tout » - Art Garfunkel). L’année suivante le duo décroche la queue du Mickey pour de bon avec plusieurs succès successifs : « Scarborough Fair » obtient d’abord une reconnaissance tardive, et dans la foulée sort le film de Mike Nichols Le Lauréat, dont la bande originale est un événement mondial : inclus, « The Sounds Of Silence » connaît une deuxième vie, et la rengaine de Paul Simon qui a immortalisé l’actrice Anne Bancroft, « Mrs. Robinson », est un hit mondial et fait depuis partie de notre « mémoire collective ». Au printemps 1968 le titre est n°1, la bande originale du film est n°1, et en été, l’album Bookends lui aussi. Les harmonies vocales y sont toujours à pleurer de beauté, et les textes deviennent légèrement plus « subversifs » (toutes proportions gardées, Paul Simon étant encore un contestataire discret) mais bien sentis : « Hazy Shade of Winter » et « America ».

Le boxeur et le pont

Profitant d’un répit de séances de studio, sans la pression d’un nouvel album à délivrer, Simon & Garfunkel effectuent une petite tournée en 1968, tout en préparant de nouvelles chansons. En guise d’apéritif, « The Boxer » en avril 1968 (le premier morceau à avoir été enregistré sur seize pistes, ce qui fait sourire aujourd’hui, mais en 1968 c’était une grande avancée technologique) nous ouvre l’appétit pour le morceau de choix qui va suivre… En attendant, le pessimiste et terrible « I am just a poor boy… » ponctué des ses « lie-la-lie » installe définitivement Paul Simon dans la cour des très grands auteurs-compositeurs. Mais leur complicité s’effrite… Art Garfunkel effectue ses débuts d’acteur dans le film suivant de Mike Nichols Catch 22, et les deux musiciens travaillent souvent séparément dans le studio, ne s’entendant pas sur la direction à suivre et le choix des chansons de Paul. Lorsqu’il paraît en février 1970, Bridge Over Troubled Water est immédiatement salué comme un album majeur de la musique populaire. Il devient rapidement n°1 dans le monde entier, l’est simultanément aux Etats-Unis pendant dix semaines et en Grande Bretagne où il restera dans le hit-parade pendant près de huit ans ! Certaines chansons sont devenues des standards et ont souvent fait l’objet de reprises : le titre-phare, une ballade épique chantée par Garfunkel, et « Cecilia » ou l’exotique « El Condor Pasa », et, bien sûr, « The Boxer ». Il s’en est vendu plus de treize millions de copies dans le monde, dont la moitié dans leur pays.

Mais la tension entre les deux hommes a été trop forte et ils annoncent leur séparation la même année, en pleine gloire, accédant du coup au statut de légende. Ils se retrouvent brièvement lors d’un concert de charité en juin 1972 au Madison Square Garden pour le candidat malheureux à la présidence des Etats-Unis, George McGovern. La même année, leur Greatest Hits s'écoule à quatorze millions de copies, devenant la plus forte vente de l'histoire pour un duo. Tous deux se lancent en solo, avec une réussite quasi égale. Garfunkel poursuit sa carrière d’acteur (Carnal Knowledge - Ce Plaisir qu'on dit charnel - encore de Mike Nichols en 1971), publie Angel Clare en 1973 et Simon enchaîne quatre albums d’affilée entre 1972 et 75, tous les deux restant sous contrat chez Columbia. Mais l’amitié reste forte. Lorsque ce dernier enregistre le bel album Still Crazy After All These Years publié en octobre 1975, il vocalise avec Art sur « My Little Town » qu’il a écrit pour lui, et qui sort en single non seulement sous leur patronyme du duo, en devenant n°9 aux USA le 13 décembre 1975, et qui est aussi inclus dans le deuxième album de Garfunkel sorti simultanément, Breakaway. Art Garfunkel choisit un répertoire adulte classique souvent avec l’aide de l’auteur- compositeur-arrangeur Jim Webb, Paul Simon étant plus éclectique en variant les genres musicaux. En 1977, le prestigieux prix musical anglais British Britannia Award leur est attribué pour le meilleur album international des 25 dernières années pour Bridge Over Troubled Water. La même année lors d’un show TV consacré à Paul Simon, Art le rejoint pour interpréter leurs classiques ensemble. Quelques mois plus tard ils enregistrent en trio avec James Taylor une version du standard de Sam Cooke « (What A) Wonderful World ».

Central Park

Le 19 septembre 1981 a lieu dans Central Park à New York leurs grandes retrouvailles pour un concert gratuit devant près d’un demi-million de spectateurs. Le double album qui en résulte est un énorme succès mondial, et il est un instant question d’une reformation sérieuse et d’un nouvel album studio commun. Le projet tombe à l’eau lorsque à la suite d’un autre différend, Paul Simon enlève la piste des harmonies vocales d’Art enregistrées pour l’album Hearts and Bones l’année suivante. Les frères ennemis vont ensuite se retrouver sporadiquement, mais à de multiples occasions. Onze ans plus tard pour une série de concerts caritatifs, une tournée et un engagement de 21 soirées au fameux Paramount Theater à New York pour Paul Simon, mais au cours desquelles Art Garfunkel le rejoint sur scène plusieurs fois, laissant croire à une résurrection commune qui n’aura pas lieu. Le duo est récompensé en 1990 par leur intronisation au Rock and Roll of Fame à Cleveland, une nouvelle occasion pour des spectateurs privilégiés de les entendre, 36 ans après leurs débuts. En 1997 Columbia publie l’inévitable coffret CD rétrospectif de leur carrière, au contenu intégral, mais au contenant curieusement raté. Pour l’anecdote, il contient une vieille photographie du duo en studio, tous deux levant bizarrement la main avec deux doigts écartés : en pleine croisade anti-tabac, le concepteur du coffret a choisi de gommer les cigarettes qu’ils y tenaient !

Simon & Garfunkel ont vendu plus de vingt millions d’albums dans leur pays d’origine. Leur héritage musical, peu impressionnant en quantité, est néanmoins l’un des plus riches de l’histoire de la culture américaine. Alors qu’il faisait partie désormais de son histoire, le duo s’est réuni à la surprise générale en 2003 et en 2004 pour une longue tournée judicieusement nommée Old Friends, vingt ans après sa dernière apparition scénique. Le CD et le DVD Old Friends Live on Stage sont les témoignages d’une portion de la tournée, capturés à New York et dans le New Jersey en décembre 2003. On y retrouve entre autres perles « Bridge Over Troubled Water », « I Am a Rock », « Homeward Bound », « The Sounds of Silence », « Mrs. Robinson », « The Boxer », et une version de « Bye Bye Love » en compagnie de leurs maîtres, les Everly Brothers.
« Simon et Garfunkel ont apporté quelque chose de nouveau à la musique : eux-mêmes. Paul Simon est l’un de nos meilleurs auteurs-compositeurs. Ses chansons sont des hymnes. Il crée un monde unique, riche et plein, sa palette est si large, du folk élémentaire aux compositions les plus élaborées. Et je reconnaîtrais la rare voix d’Art Garfunkel n’importe où sans aucune hésitation dès la moitié d’une seule mesure » (James Taylor, dans le magazine Rolling Stone du 15 avril 2004).



Copyright 2016 Music Story Jean-Noël Ogouz

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