Claude François

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1er février 1939 : les sirènes d'Ismaïlia, près du lac Timsah, résonnent en Egypte. Lucia alias Chouffa, femme d'Aimé François, donne naissance à un fils prénommé Claude, Marie, Antoine. Expulsée d'Egypte après la nationalisation du canal de Suez (1956), la famille fuit en France, avant de s'installer à Monte-Carlo. Le jeune Claude François, confronté à un père malade, doit aider les siens, déracinés. Il travaille dans une banque mais ce musicien de formation préfère courir le cachet sur scène.

Ce choix professionnel marque la rupture définitive avec son père qui refuse de le voir embrasser une carrière artistique (que sa mort en 1961 le privera de suivre). Cette blessure, Claude s'en sert comme un moteur pour prouver l'évidence de son parcours. Il se fait engager dans plusieurs orchestres de la région (celui de Louis Frezio), en tant que batteur, puis chanteur.

Plus d'appétit qu'un Barracuda

Leçon n°1 : avoir une détermination à toute épreuve. Claude François n'en manque pas lorsqu'il débarque à Paris en 1961, accompagné de sa première femme Janet Woollacott (une danseuse épousée le 5/11/1959). De galères en galères, il réussit néanmoins à auditionner pour Fontana le 16 septembre 1961 (au programme : Sacha Distel, Ray Charles, et une composition de son cru, « Bye Bye Blackbird »). A l'époque, la déferlante Salut Les Copains, célèbre émission de radio sur Europe 1, abreuve la France de reprises en français de chansons américaines. Comme de nombreux adolescents, Claude François se lance dans l'aventure en groupe avec Les Gamblers, accompagnant Sacha Distel et Olivier Despax lors des soirées du Caramel Club. Remarqué par Claude Dejacques, directeur artistique des disques Philips, une deuxième chance lui permet d'enregistrer un premier 45-tours « Le Nabout twist », paru en mars 1962 sous le nom de Kôkô. Sans succès. Janet Wollacott décide de le quitter pour Gilbert Bécaud. Claude François tente d'oublier cette mésaventure en rejoignant Les Gamblers pour la saison d'été du Papagayo, à Saint-Tropez.

Alors que la vague yé-yé divise le pays et les générations, Claude François s'engouffre dans la brèche avec « Belles, belles, belles » (octobre 1962), adapté d'une chanson des Everly Brothers (« Made To Love ») par Vline Buggy. On découvre dans un scopitone de Claude Lelouch, un jeune homme en sous-pull orange, la mèche sage, sautillant dans la neige. C'est le début de la saga version yé-yé. Après un passage à l'Olympia le 18 décembre 1962 en première partie de Dalida, Claude part en tournée d'été 1963, avec les Gam's et Sylvie Vartan. A la fin de l'année 1963, le roi du mashed potatoes, danse à la mode, reçoit deux Disques d'or pour deux millions de disques vendus grâce aux titres des Super 45-tours « Marche tout droit » et« Dis lui » (février), « Des bises de moi pour toi » (le « From Me To You » des Beatles, en juin, avec le premier album 25cm) et « Si j'avais un marteau » (adapté du « If I Had A Hammer » de Trini Lopez, en octobre). En novembre, un deuxième album (édité en versions 25cm et 30cm) renforce le succès de la nouvelle idole des jeunes.

Si tu es grande et mince... les Clodettes

En 1964, les disques continuent de se succéder : « Petite mèche de cheveux » (mars), « La Ferme du bonheur » (juillet), un album en juin. Sa notoriété fait l'objet d'un film Un été frénétique, de Claude Vernick où le chanteur tient son propre rôle. A partir du 14 novembre, Claude François fait l'Olympia pour la première fois en vedette durant trois semaines. Il y interprète ses nouveaux succès dont « Donna, Donna » et « J'y pense et puis j'oublie », présents dans l'album Claude François à l'Olympia. La Cloclomania est née. L'idole en transe, déchaîne un public féminin animé d'une fièvre hystérique. Il quitte la capitale pour s'acheter le moulin de Dannemois (Essonne). Comme dit le poète Karen Cheryl dans Je me souviens : « Toutes les filles de mon âge étaient folles de lui ».

Pour la première fois en juillet 1965, Claude François part enregistrer à Londres, avec un orchestre dirigé par Les Reed pour le titre original « Même si tu revenais ». « Le Jouet extraordinaire » est son succès suivant (janvier 1966).

Pour son nouveau spectacle à l'Olympia du 8 au 25 décembre 1966, Claude François est entouré par quatre danseuses, il lance le concept des Clodettes : « Si tu es grande, mince et porte bien le string... » (on pense à cette scène du film Podium de Yann Moix où le sosie de Claude François fait répéter ses Clodettes sur l'aire d'un supermarché...).

Flèche, un jouet extraordinaire

« L'amour s'en va, l'amour revient » chante son homonyme Frédéric François. En 1967, Claude François rencontre sa seconde femme Isabelle, mère de ses fils Claude Junior (Coco) et Marc. L'année démarre sur les chapeaux de roue avec « J'attendrai » (janvier) et un opportuniste « Hip Hip Hip Hurrah » signé Serge Gainsbourg (juin).

En septembre, il crée sa propre maison d'édition, les Disques Flèche. C'est sous ce label qu'en octobre, en souvenir de son idylle avec France Gall, il sort une chanson écrite avec Gilles Thibaut et Jacques Revaux. Bingo international : « Comme d'habitude » (titre de travail : « For Me ») devient un hymne repris par les plus grands artistes, le fameux « My Way » adapté par Paul Anka et interprété des centaines de fois, de Frank Sinatra à Sid Vicious (Sex Pistols).

Leçon n°2 : devenir un businessman. Claude François n'est pas de ceux à qui l'on donne éternellement des ordres. Avec la création du label Flèche, abritant d'autres artistes telle Anne Philippe, il devient un précurseur dans la manière de gérer sa carrière. En avril 1968, il sort « Jacques a dit ». Ou plutôt « Claude a dit ». Désormais, il supervise tout avec une poigne de fer, voire de la tyrannie, du mixage d'un disque à la qualité de son brushing. Merci Patron ? En 1969, outre le succès de « Eloïse », l'infatigable show-man passe vingt-deux jours à l'Olympia : Clodettes, Fléchettes (choristes), huit musiciens et un grand orchestre... Claude François, businessman averti (« Monsieur le business man » fin 1968), produit également d'autres artistes dont Alain Chamfort et investit dans la presse en rachetant Podium, magazine pour jeunes (1972), puis Absolu, pour les moins jeunes.

T'as le look, Cloclo

Leçon n°3 : garder le bon répertoire. Depuis le début de sa carrière, Claude François a un flair évident. Il exploite à nouveau le filon de l'adaptation en mai 1971 avec « C'est la même chanson » (adapté des Four Tops) qu'il enregistre dans les studios de la Tamla Motown. Le chanteur fait aussi la rencontre de Patrick Juvet qui lui écrit un de ses plus gros succès « Le lundi au soleil » (1972). C'est vrai qu'on aimerait le passer à s'aimer. Ou à répéter les inimitables chorégraphies du chanteur (souple) ! Un jeté de jambes à droite, à gauche et on tourne... Il impose son pas de danse sur d'autres standards comme « Chanson populaire » (1973). Claude François arbore désormais un look chic : vestes cintrées, pulls en V sur des chemises col pelle à tarte et paillettes à gogo pour les Clodettes. La musique, en priorité dansante, est richement orchestrée. Les années 70 lui appartiennent tout autant que la décennie précédente à travers des hits montés en enfilade (« Il fait beau, il fait bon », « Y'a le printemps qui chante », « Belinda »...).

Comme on ne peut pas tout le temps danser, Claude François chante parfois à contretemps, « Le Mal aimé » (juillet 1974),« Toi et moi contre le monde entier » et « Le chanteur malheureux » l'année suivante. Et surtout, l'hymne des enfants et des nostalgiques du téléphone à cadran : « Le Téléphone pleure » (octobre 1974), vendu à deux millions d'exemplaires. Il repart pour une série de concerts d'été que la journaliste Elisabeth Schemla suit pour l'Express en 1975 : « (...) il vérifie l'emplacement des micros, règle l'éclairage et les sonos, reprend un musicien, change un tempo, descend dans la salle, peste: « Le son, putain, le son... C'est moi qu'on vient entendre, pas l'orchestre! », remonte sur scène, exécute un pas avec les Claudettes encore vêtues, ne se résout pas à partir. Les premiers spectateurs pénètrent dans l'enceinte, qu'il est encore là, homme-orchestre, dévoré par l'angoisse de l'échec et la volonté de réussite » écrit-elle sur l'intransigeance obsessionnelle de l'artiste. A cette époque, il signe trois autres hits incontournables, « Cette année-là » (été 1976), « Je vais à Rio », « C'est comme ça que l'on s'est aimé », et « Magnolias for ever » (1977). Ces rengaines nationales sont entrecoupées d'un album pour enfants (Pour les Jeunes de 8 à 88 ans : « Sale bonhomme ») et d'un disque anglophone (So Near And Yet So Far, fin 1977).

Je te survivrai d'un amour vivant

Leçon n°4 : survivre à soi-même. En 1977, Claude François enregistre une chanson d'Etienne Roda-Gil, l'ultra-disco « Alexandrie, Alexandra ». Le 45-tours, le dernier de son vivant, sort le jour de son enterrement, le 15 mars 1978. Il avait échappé à un accident de voiture, un attentat de l'IRA et une violente agression. Le samedi 11 mars 1978, Claude François meurt électrocuté dans sa salle de bains. « La pendule de l'entrée s'est arrêtée sur midi ». La France porte le deuil. Mais le chanteur malheureux est-il vraiment mort ? Il n'a jamais été aussi présent grâce au culte « fascinant » dont il fait l'objet. Son fils Claude François Junior gère l'entreprise Flèche qui entretient le mythe. Le 11 mars 2008, pour le 30ème anniversaire de sa mort, on doit donc s'attendre à une nouvelle overdose de compilations. Un album de reprises par la jeune génération (Vincent Baguian, Adrienne Pauly...) doit également célébrer cet « événement ». Et comme cela ne suffit pas, les célébrations trouvent leur prolongation au cinéma avec le film Podium (2004) de Yann Moix, racontant l'histoire d'un sosie, ou Cloclo (2012) de Florent Emilio Siri, avec Jérémie Rénier. Cet événement est le prétexte à la sortie de rééditions et d'un live inédit, 100 % Concert.

Evidemment, on ne retient pas l'anthologie de ses textes en seize volumes. Claude François a plutôt été un artiste atypique dans son pays, à la fois chanteur, danseur et businessman. Enfin, il a réussi l'impensable : faire groover en V. F . la France giscardienne. Cloclo for ever.

Copyright 2016 Music Story Paula Haddad

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