Saez

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C'est le premier août 1977 que Damien Saez voit le jour, à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie). Ses parents divorcent en 1981 et le garçonnet part s'installer dans le sud de la France. C'est avec sa mère, éducatrice pour adolescents en difficulté, et son beau-père, documentariste, qu'il grandit dans la région de Marseille. Très tôt attiré par la musique, il débute le piano et est admis à 8 ans au Conservatoire national de musique de Dijon, où la famille s'installe. Il en sort à l'âge de 17 ans, puis obtient son bac S en 1995.

Déjà, il fait partie de groupes au sein desquels il joue des reprises. Mais Damien Saez, qui s'est également familiarisé en autodidacte avec la guitare, souhaite jouer et chanter ses propres compositions et textes. En avril 1996, il « monte » à Paris, avec en tête l'idée de s'y faire repérer. Bientôt, William Sheller en personne le prend sous son aile. Remarqué, il est signé par le label Island (filiale d'Universal) et enregistre un premier album.

Le single « Jeune et con », très diffusé en radio et sur les chaînes musicales, attire immédiatement l'attention du public. L'album, dont le single est extrait, Jours Etranges, révèle un auteur-compositeur-interprète aux talents et à l'inventivité prometteurs. Si le single, classique dans son format et sa composition, était un bon morceau, l'album se révèle riche, entre rock saturé et ballades, le tout mâtiné d'arrangements électroniques maîtrisés. Pour l'enregistrement, qui s'est étalé sur sept mois, il s'est entouré de vrais pros, notamment Ron St. Germain au mixage, célèbre pour ses travaux aux côtés de Lou Reed, Soundgarden, U2, ou encore Sonic Youth.

L'album devient double disque d'or et Saez est nominé en tant que « Révélation de l'année » aux Victoires de la Musique en 2001. A la cérémonie, il donne d'ailleurs une performance dans laquelle les fans voient la marque d'un rebelle et les autres un moment pathétique de télévision : venu chanter « Jeune et con », le chanteur débute en chantant - mal - « Thank You » de Dido. Puis, le bonnet rabattu sur les yeux, il interprète son tube en forçant sur l'image du rebelle - jusqu'au ridicule -, comme pour réaliser un hold-up en direct...

De fait, les uns l'idolâtrent et les autres le trouvent agaçant : il faut dire que son chant maniéré, sa voix cassée et ses paroles souvent presque puériles ont quelque chose de caricaturalement (post-)adolescent. Mais Damien Saez revendique tout à fait ces paroles naïves, aiguillées par un lyrisme juvénile d'un romantisme au fond très classique, voguant entre révolte politique, désabusement mélancolique et échappatoires dans le rêve, les drogues ou l'amour. Qu'il plaise ou déplaise, le jeune artiste exprime des sentiments assez largement partagés par la « génération » (mot qu'il utilise beaucoup dans ses paroles) devenue adulte après l'effondrement du bloc soviétique, sur fond de « mort des idéologies » proclamées par les élites. De fait, le jeune artiste, évoluant dans un registre rock à guitares, revendique aussi - dans des textes encore fort maladroits - l'héritage de la chanson engagée de tradition française (Jean Ferrat, Léo Ferré, Georges Moustaki, etc.).

C'est d'ailleurs assez logiquement qu'il participe, au côté des tout meilleurs artistes de la scène française (Noir Désir, Arthur H, Tarmac, Miossec, etc) à l'album-hommage à Georges Brassens Les Oiseaux de Passage, qui sort en décembre 2001, reprenant « La Prière ». Ce même mois, paraît A ton nom, recueil de poèmes et de réflexions de Saez, dans la prestigieuse maison d'édition Actes Sud, misant davantage sur la notoriété du chanteur et son rapport commercial que sur la qualité poétique et littéraire de ses textes.

Après avoir pas mal tourné pour défendre son premier album, Saez enregistre God Blesse / Katagena, un double album musicalement ambitieux qui paraît en mars 2002. Et pour cela, Saez s'entoure de professionnels chevronnés : Theo Miller (Placebo) à la production, James Eller (Julian Cope, Nick Lowe, Mark Knopfler, No One Is Innocent) à la basse, Clive Deamer (Jeff Beck, Portishead) à la batterie, entre autres. Les arrangements de cordes sont dirigés par Eumir Deodato (qui a notamment travaillé sur la majorité des chansons de l'album Post de Björk) et Wayne Wilkins (Johnny Cash). De son côté, Damien Saez assure l'ensemble des parties de guitares et de claviers. L'album surprend par sa profusion, allant du rock saturé aux relents industriels de « J'veux du nucléaire » au techno « Sexe », en passant par de belles pièces d'inspiration romantique (piano et cordes) ou des morceaux de rock symphonique... On y trouve également l'hymne désabusé « Solution », dans lequel il chante : « Nous ne voulons plus de vos solutions / Il n'y a plus de rêve pour cette génération ».

De part en part, court une mélancolie tenace, qui tourne de la révolte à l'accablement. Semblant se poser en porte-voix d'une partie de la jeunesse, dans la continuité du précédent album, il n'a de cesse de parler de « génération » (« enfant d'une génération ratée... », « il n'y a plus de rêve pour cette génération », « elle est condamnée, notre génération »...). Saez semble en fait parcouru par les contradictions d'un post-adolescent, ce que traduit encore son chant maniéré et son rejet répété d'un monde adulte abhorré, ce en quoi il rappelle les thèmes de groupes grunge tels qu'Alice In Chains ou Nirvana... Si les paroles n'ont pas grandement évolué, musicalement c'est d'un bon en avant dont on peut parler.

Le mois suivant la sortie de l'album, Saez se signale à nouveau, suite au premier tour de l'élection présidentielle 2002, qui porte - à la surprise générale - Jean-Marie Le Pen, leader de l'extrême droite française depuis les années 70, face au président sortant, le candidat de droite Jacques Chirac. Sous le coup de la colère, il enregistre dans la nuit « Fils de France », qu'il met en téléchargement gratuit dès le lendemain, le 22 avril. Les paroles n'évitent pas le cliché et le « cocorico » républicain (« Nous sommes, nous sommes / La Nation des Droits de l'Homme / (...) La Nation de la Tolérance / (...) La Nation des Lumières / (...) A l'heure de la Résistance »), mais rappellent l'engagement - fût-il naïf et sentimental - du chanteur. La chanson ne mérite pas vraiment la postérité et a quelque chose d'un éditorial musical, rappelant le projet de John Lennon qui envisageait d'enregistrer un album par jour comme on édite le journal. « Fils de France », dictée par l'urgence et la colère, ne pèse en fait pas grand-chose face à « La Sentinelle » de Luke, chanson sur le même sujet à la portée autrement plus poétique, qui paraît en 2004 sur l'album La Tête en arrière...

C'est également en avril que sort le film Femme Fatale de Brian de Palma, sur la bande originale duquel se retrouve le single « Sexe ». Cette chanson « techno/porno » et son clip donnent lieu à une « censure » de la part des radios et des télévisions, en raison des paroles « explicites » (« Mets ta langue ou tu sais / Non ne t'arrête pas / Continue de lécher », etc.), ce qui ne manque pas d'alimenter l'image de rockeur/poète maudit que les fans accolent à Saez.

A l'été 2004, paraît son troisième album, Debbie, un album plus court (11 titres et un peu plus d'une heure contre 29 titres et 2h 20 pour le prédécesseur) sous l'influence prépondérante de Noir Désir. Le morceau-titre qui ouvre l'album évoque un singulier mélange entre le Noir Désir énergique de Du Ciment Sous Les Plaines et les cuivres irrésistibles de La Mano Negra. De fait, le disque s'inscrit nettement dans le sillage de la bande à Bertrand Cantat, dont il explore largement le patrimoine. Le résultat est, une fois de plus, convaincant musicalement ; il surprend surtout par des paroles enfin débarrassées de l'afféterie grandiloquente des deux premiers albums. Par instants, Saez se montre capable de paroles réellement poétiques (à l'image, notamment, de « Comme une ombre »). Le public suit, une fois de plus.

Décidant d'entamer une carrière en indépendant, Saez quitte Universal, avant de se lancer en 2005 dans une tournée accompagné de trois guitares et un piano... Au printemps 2008 sort le quatrième album de Saez, le triple Varsovie / L'Alhambra / Paris, sur son nouveau label Cinq7 (distribué par Wagram). Cet opus gargantuesque en temps de crise du disque est suivi du plus léger Lovers Prayer (mars 2009), album de pop anglaise édité sous le patronyme de Yellow Tricycle.

Suite à cette parenthèse, Saez marque son retour par le fracassant J'Accuse. En guise d'amuse-bouche, l'inédit « Police » est largué en novembre 2009. Avant même sa sortie le 29 mars 2010, l'album bénéficie d'une publicité inattendue due à la RATP qui censure l'affiche représentant le visuel de la pochette, une femme nue dans un caddie de supermarché. Le chanteur s'indigne de cette décision portant atteinte à sa liberté d'expression et fait valoir sa dénonciation de la marchandisation du corps humain. La tournée qui démarre en avril s'annonce comme une croisade pour l'artiste en mal de reconnaissance.

Après un J'accuse diffusé à 100 000 exemplaires et une tournée tout autant triomphale, Saez retourne à sa plume pour ébaucher la trentaine de titres de l'opus suivant. Présenté sous la forme d'un triple album et annoncé par l'extrait « Les Fils d'Artaud », Messina qui sort le 17 septembre 2012 est un nouveau grand-oeuvre de l'artiste qui réédite son coup de 2008. Plus poétique que politique, Messina est la preuve par Saez de sa verve inextinguible et inaltérable. Le succès ne se dément pas et Messina atteint la seconde place du top albums français. Damien Saez manie une nouvelle fois la provocation en 2013 avec la pochette de Miami qui cadre un fessier féminin en partie caché par la Bible. Chez Damien Saez le contenant ne doit cependant pas faire oublier le contenu, qui est tout simplement excellent.

Copyright 2016 Music Story Mikaël Faujour

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