Patrick Sebastien

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Né Patrick Boutot, le futur Patrick Sébastien voit le jour le 14 novembre 1953 à quelques kilomètres de Brive-la-Gaillarde, en Corrèze. Élevé par sa seule mère, le jeune homme n'apprend l'identité de son père biologique (un prêtre corse) qu'à sa majorité. Élevé dans le culte de l'ovalie, il pratique très tôt le rugby et envisage même d'en faire sa carrière. Mais le jeune homme est volontiers coureur et, en conséquence, il se retrouve père alors qu'il n'a que 18 ans. Abandonnant son envie de devenir rugbyman professionnel, il entame des études de lettres à Paris.

Doué pour l'imitation, il monte un spectacle qu'il propose aux cabarets parisiens. Parmi les premières personnalités dont il prend la voix, on retrouve Bourvil, Raimu et Louis de Funès, trois des plus grandes vedettes de l'époque. Courant le cachet de théâtre en cabaret, il est contraint d'exercer quelques petits boulots à côté tant ses salaires de comédien sont maigres. À son répertoire s'ajoute désormais la figure récurrente de Jacques Chirac, alors récemment élu maire de Paris. Deux rencontres vont être déterminante pour le jeune comédien : celle de Michel Sardou, qui l'invite à faire la première partie de son spectacle à l'Olympia en 1976, et celle de Marie Myriam qui lui ouvre les portes de la télévision.

C'est dans les émissions de Guy Lux qu'il effectue ses premières prestations télévisées. Innovant pour un imitateur de l'époque, il ne se contente pas de contrefaire sa voix et d'adopter quelques mimiques de la personnalité qu'il imite, mais va jusqu'à se grimer totalement afin de ressembler le plus possible à la cible de son pastiche. Il commence à être connu, on le voit dans des émissions comme Top Club dimanche ou Le grand échiquier. Sur scène, il triomphe au Casino de Paris et adopte le pseudonyme de Patrick Sébastien, en hommage à son premier fils dont Sébastien est le prénom.

Au cinéma, il décroche un petit rôle référentiel dans Le Téléphone sonne toujours deux fois de Jean-Pierre Vergne ou une prestation plus conséquente dans Le Pactole, de Mocky, dans lequel il se révèle un acteur efficace, même lorsqu'il n'est pas dans son registre habituel du pastiche. Mais c'est en 1984 qu'il perce vraiment à la télévision en créant l'émission Carnaval, sur la récemment privatisée première chaîne. Le concept même de l'émission est totalement novateur pour l'époque car si le public est déguisé, les invités le sont également, et pastichent eux-mêmes d'autres figures médiatiques. On y voit ainsi Yves Mourousi et Marie-Laure Augry se grimer en couple de punks, Richard Anthony en bagnard (alors qu'il sortait de prison) ou même Lionel Jospin venu chanter « Les feuilles mortes ». Si l'émission frôle souvent les 50% de parts de marché, elle fait grincer les dents car cette manière d'inviter des personnalités politiques pour leur faire faire des pitreries est loin de faire l'unanimité.

Répondant favorablement aux sollicitations de la Cinq qui débauche alors les talents de l'époque pour remplir sa grille de programmes, il y anime tout d'abord Coup de pouce, une émission visant à dénicher de jeunes talents, puis Farandole, un show dédié à la chanson dans lequel l'animateur n'hésite pas à lui-même pousser la chansonnette. En 1988, repassant sur TF1, il crée Sébastien, c'est fou, une variation sur le thème de Carnaval. Les artistes s'y griment toujours, il n'hésite pas à inviter ses camarades imitateurs Didier Gustin ou Yves Lecoq et même à y redonner une chance à un acteur sur le retour en la personne de Paul Préboist.

N'hésitant pas à montrer ses techniciens et assistants à l'écran et à leur rendre publiquement hommage ou les impliquer dans ses sketches, il en rajoute parfois des tonnes dans le côté « j'ai un coeur gros comme ça », ce qui peut par ailleurs agacer, d'autant que parfois, le fantaisiste se fait moraliste et s'improvise donneur de leçons. C'est également dans cette émission qu'il lance sa première chanson festive, le « Gambadou ». La perte de son fils, dans un accident de moto, est un drame personnel pour l'animateur qui cherche à exorciser sa peine au travers d'un livre autobiographique.

En 1992, Sébastien c'est fou, dont le concept s'est progressivement essoufflé (au corps défendant de l'animateur, c'est une émission hebdomadaire qui demande énormément de moyens et de créativité), est déprogrammée. Mais si Patrick Sébastien quitte alors la télévision, il le fait avec un certain panache avec l'émission Le grand bluff, dans laquelle, grimé en invité insupportable, il piège ses confrères animateurs. Le show attire près de 18 millions de téléspectateurs et s'inscrit dans le Livre des records.Ne s'étant plus confronté au public depuis plusieurs années, il repart en tournées, pendant l'été et emmène la plupart de ses amis fantaisistes avec lui. Il conçoit ses spectacles comme de vastes pot-pourris où l'on retrouve chansons, sketches, imitations et numéros de music-hall. S'il revient à la télévision de manière occasionnelle, c'est essentiellement pour des émissions spéciales comme Super nanas, super mecs, Les Vieux de la vieille où, plus que jamais, il se pose en défenseur des petites gens contre les élites lointaines et indifférentes.

Il devient également aux yeux d'une partie de l'opinion, « le chanteur de la France d'en-bas », l'homme du « Petit bonhomme en mousse », de « Tourner les serviettes » ou de « Fiesta », le chanteur pour mariages, férias et autres bodegas, le type vulgaire qui soutient la pathétique candidature de Marlène à l'élection présidentielle de 1995 et qu'il est bon de détester. D'autant que sa tentative maladroite de revenir à une télé « provoc » avec l'émission Osons et son fameux sketch raté (où l'animateur, travesti en Jean-Marie Le Pen, chante « Casser du noir » avant de demander son avis au principal intéressé) est un échec. Un échec qui crée en outre la polémique sur sa complaisance supposée avec l'extrême-droite (qui n'existe d'ailleurs aucunement, « Casser du noir » n'étant qu'un sketch maladroitement mis en scène, non une main tendue au leader du Front National). D'autres humoristes, à commencer par les Guignols de l'info achèvent d'enfoncer quelques clous virtuels dans son cercueil médiatique.

La défense de l'animateur est d'ailleurs elle aussi maladroite car s'il se défend de tout racisme, il n'en fustige pas moins de manière assez démagogie ses détracteurs qu'il classe dans le camp des « snobs » là où lui-même se définit comme un représentant des petites gens. Revenant sur ses terres natales à Brive-la-gaillarde, il prend la présidence du club de rugby local et se tient éloigné quelques années de la télévision. Sa tentative de ressusciter l'Ecole des fans, de Jacques Martin, est un échec, mais, en 1999, il propose un concept audacieux à France Télévision : celui d'animer le samedi soir, en prime-time, une émission de music hall présentant des numéros visuels. C'est Le plus grand cabaret du monde, l'émission par laquelle il fait son grand retour à la télévision. En 2002, il passe à la réalisation de son premier long-métrage, T'aime, qui se fait sévèrement étriller par la critique, même s'il n'est pas spécialement honteux pour un premier film.

S'il continue à sortir des CD aux titres évocateurs (Bar Academy, Le Roi de la Fête, Le Grand Cabaret, DJ Patrick Sébastien...) où il reprend ses grands standards, du « Petit bonhomme en mousse » au « Gambadou » en passant par une grande partie du patrimoine des chansons paillardes ou à fort potentiel de gaudriole, il tente à nouveau quelques coups télévisuels comme celui de se faire passer pour un énigmatique romancier, Joseph Lubsky, ancien taulard, pour venir vendre son thriller La cellule de Zarkane. Cette imposture lui vaut un échange houleux avec le chroniqueur Michel Polac et, s'il avoue être effectivement l'auteur du livre, il confesse également qu'un polar signé de sa main se serait fait descendre par la critique avant même d'avoir été ouvert.

Animant toujours son émission de music-hall (aux côtés de Shirley et Dino, au départ duo comique devenu co-animateur à part entière), Patrick Sébastien continue de véhiculer cette image de paillard chantant, à la fois généreux, grivois, vulgaire, sincère et incontestablement, polémique. Une image encore entretenue par l'album, Ah... Si Tu Pouvais Fermer Ta Gueule..., adressé collectivement à la classe politique. En 2011, Patrick Sébastien invite son public à oublier les crises financières et autres en faisant la fête avec l'album Faut Qu'on Slash. Toujours aussi festif, le présentateur-chanteur et amuseur public se lâche à nouveau dans À L'Attaque (2013) et Ça Va Être Ta Fête l'année suivante, comprenant les tubes « On est des dingues » et « Il fait chaud ».

En 2015 surgit une polémique à propos de son titre « Une p'tite pipe », que la Secrétaire d'état à la Famille, Laurence Rossignol, qui le juge « incestueux », ce dont le chanteur se défend. En conséquence, la chanson grivoise n'apparaît pas sur l'album Ça Va Bouger, lequel contient néanmoins une réponse chantée. De retour au disque en fin d'année 2016, il livre Le Sébastien Nouveau Est Arrivé.

Copyright 2016 Music Story Benjamin D'Alguerre

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