Shaka Ponk

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Une maxime orientale dit « qu’un désastre trop récent a l’inconvénient d’empêcher d’en discerner les bons côtés ». En Novembre 2012, le groupe Shaka Ponk, en pleine bourre, frôle la catastrophe lors d’un concert lyonnais. Frah, leur chanteur, jamais en reste pour jouer les hommes volants, se blesse gravement au genou après un slam dans le public mal réceptionné. Le lendemain, ignorant la douleur et les risques, il en remet une couche, aggrave sa blessure et se rend indisponible pour plusieurs mois. La tournée est annulée ainsi que des concerts programmés à l’étranger. Ce coup d’arrêt contraint les musiciens à mariner dans la frustration et la déprime. Mais les oblige aussi, et c’est là le bon côté du désastre, à chercher une issue par le haut, qui va se traduire par l’écriture de nouvelles chansons dont le processus s’effectue en deux phases distinctes. Dans un premier temps, ils évacuent en une bourrasque de titres l’explosif mélange de rage et d’abattement qui s’empare de leurs hémisphères cérébraux, intoxique leurs plaquettes sanguines. Une purge décibellique qui se prolonge jusqu’aux premiers bourgeons et gazouillis du printemps 2013 et les régénère au point qu’ils passent subitement du mode « flip intégral » et « bout du rouleau » à un autre carrément euphorique. Loin de désavouer cette dichotomie d’humeur, ils décident de l’utiliser en répartissant les chansons sur deux disques différents. Celles nées dans l’optimisme retrouvé seront réservées à l’album blanc, White Pixel Ape paru au printemps dernier. Tandis que celles engendrées dans l’âpreté résultant de la chute accidentelle de leur chanteur sont regroupées sur un noir, Black Pixel Ape, aujourd’hui disponible.

On connaît le magnétisme propre aux « black albums », du Velvet Underground à Jay Z en passant par Prince et Metallica. On sait qu’ils relèvent toujours de l’extrême comme si la couleur noire appelait la mise en danger. Celui de Shaka Ponk ne déroge pas à la règle avec une douzaine de nouveaux titres synonyme d’immersion obsessive dans le fracas des riffs et des beats. Car c’est une formation bataillant avec l’adversité que révèle cette rafale d’inédits aussi velus qu’abrasifs où les guitares se fraient un chemin en tronçonnant dans le vif du sujet. Ici pas de ballade, pas de temps morts, nulle diversion. Ce disque c’est Shaka Ponk qui au pied du mur, poussé dans ses derniers retranchements, s’est donné pour mission d’exorciser à chaud le mauvais sort et entend reprendre le dessus. On ne s’étonnera pas de découvrir sur On The Road, Come On Cama, The Way Out ou 4xget, un groupe qui cherchant la lumière au bout du tunnel n’a jamais été aussi concentré et volontaire. Au point qu’on les entend littéralement franchir cette frontière aux confins de la condition humaine qui sépare la détresse de l’extase et la rage de l’ivresse. Avec Black Pixel Ape, Shaka Ponk renoue ainsi avec ce rock radical qui à leurs débuts leur a servi de planche de survie et a fini par engendrer une identité sonore parmi les plus fortes de ces dernières années.

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