Après quatre ans d’absence et une multitude de projets parallèles, Laetitia Sheriff retrouve ses acolytes Gaël Desbois et Olivier Mellano pour Games Over, son deuxième album. Réalisé en un mois du côté de Rennes et mixé par Peter Deimel (les Thugs, Shellac) au Black Box studio, ce disque propose une pop aventureuse et résolument moderne oscillant entre l’atmosphère éthérée de titres comme "There, High" ou "Cosmosonic" et l’énergie plus directe de l’imparable "Let’s Party".
Il aura suffi d’une lettre de trop, d’un "f " ajouté par erreur à son nom de scène sur un flyer pour que Laetitia Sheriff trouve définitivement son patronyme d’artiste et gagne, du même coup, cette touche "américaine" qui sied si bien à la pop vive et tranchante de cette Française convertie à l’anglais par la poésie de Yeats. L’épisode eut lieu en 2001, soit environ deux ans avant qu’elle choisisse de s’installer définitivement à Rennes, happée par sa collaboration régulière avec le multi-instrumentiste Olivier Mellano. Laetitia raconte : "Nous nous sommes réellement rencontrés sur une scène partagée et nous avons tout de suite échangé beaucoup de musique et d’idées. Après quelques mois d’allers et retours entre Lille et Rennes, il était devenu évident que je devais finir par m’installer en Bretagne." Très vite, Olivier Mellano ralliera Gaël Desbois à leur cause commune. Laetitia : "Olivier et Gaël jouent ensemble depuis l’âge de seize ans. Ils ont leur propre projet, Mobiil, et viennent me rejoindre si j’ai besoin de retravailler avec eux. Ce que nous faisons ensemble répond surtout à une envie commune."
Il reste que le trio ne mettra pas longtemps à trouver une véritable dynamique de groupe. En effet, moins d’une vingtaine de dates après le début de leur aventure, les trois se lançaient dans la production de Codification, le premier album de Laetita Sheriff (Corida, 2004). Ensuite, dans une effervescence pluridisciplinaire typiquement rennaise (semble-t-il), Laetitia enchaînera sur une longue série de projets très enthousiasmants. Parmi ceux-ci, elle cite notamment Les Trunks, son autre groupe mêlant instrumentaux et chansons reprenant des haïkus de Kerouac, mais aussi sa bande-son pour le documentaire La Communauté 28 d’Hélène Desplanques : "Le film est consacré à une communauté de frères dominicains vivant à Lille Sud, pas loin de l’endroit où j’ai grandi. La seule contrainte que j’avais était de n’utiliser que ma guitare." En 2007, Laetitia rejoint la compagnie de danse contemporaine d’Hervé Koubi : "Il s’agit d’une aventure qui aura duré deux ans et dans laquelle j’ai aussi été accompagnée par Gaël Desbois et Stéphane Fromentin (le guitariste des Trunks). Hervé Koubi a un univers très lynchéen, mais il nous a laissé carte blanche pour ce projet. Du coup, nous nous sommes naturellement orienté vers un univers mêlant les influences de, disons, The Fall, Sonic Youth, Cocteau Twins et Philip Glass."
Au bout de cette longue parenthèse, Laetitia aura l’envie de se mettre enfin à son deuxième album et commencera par réunir de nouveau Gaël et Olivier. "Nous avions tous les trois envie de retravailler ensemble, explique-t-elle, mais je tenais à faire les choses dans les règles et à leur proposer officiellement de me rejoindre sur ce nouveau disque." L’accord fut immédiat et, en septembre 2006, le trio se retrouva au studio Cocoon pour réaliser ce qui allait devenir Games Over : "Nous nous sommes donné un délai d’un mois en essayant d’adopter une vraie démarche de groupe. Nous avons défini une thématique de dualité qui devait nous servir aussi bien pour les textes que pour les ambiances, parfois minimalistes ou très arrangées, de l’album. Ensuite, nous avons tout fait au jour le jour. L’idée était d’assumer complètement toutes les propositions du trio." Au final, Games Over se présente surtout comme un disque d’ouverture. Ainsi, le remarquable "The Story Won’t Persist In Being A Closed Book" annonce une réconciliation de la chanteuse avec sa propre histoire. Placé juste derrière cette introduction toute en suspension, l’irrésistible "Let’s Party" lance le disque sur un mode particulièrement roboratif. Plus loin, l’envoûtant "Cosmosonic" ou le très aérien "There, High" confirment que le trio, assisté ici de David Euverte (Dominique A) aux claviers (piano, Rhodes et célesta), du Zeste Quartet aux cordes (arrangées par Olivier Mellano) et des Rennais de Montgomery dans les chœurs (sur "Like Ink With The Rain"), a décidément bien grandi durant ces quatre années d’absence.
Pseudoremifasol - 2008-07-15 10:51
le premier album était excellent ... je me lance dans l'écoute de celui-ci