UNE BOMBE BLONDE AUX YEUX CARAMELS
Sacré Bruno!
Un putain d'intello!
Il avait tout lu,tout vu.
Cet ami là citait Céline,Satie, Soutine dans le texte,Coco Chanel et ses prises de nez.
Cet ami là
avait toujours la phrase qui blesse,
un amas de sens en vingt mots.
Le tour du monde de la littérature sur la toile. Un Wikipédia sur pattes.
Entre deux citations
et quatre subtiles allusions,
il s’agissait d’être à la hauteur,
surtout en compagnie
de sa plus jeune sœur Pamela,
pour qui mon cœur
Bat. Une bombe blonde aux yeux caramels qui déchausserait un moine de ses sandales.
Plan invitation au cinéma:
- «Allo, Pamela? tu as vu le dernier film de Richer? On y va ce soir?»
«Avec plaisir! je vais demander à Bruno s’il veut nous accompagner.»
Demander à Bruno?
Pamela, Bruno et moi,
installés dans le noir d’un film
superbement chiant,
avancions dans un scénario incompréhensible
signé de Richer,
l'auteur du cultissime
«Trois petits trous dans la tête»,
Une allégorie algébrique du temps qui casse. Tu vois le genre.
Le chef d’œuvre que tout le monde a vu sauf moi.
«Quand le vieux sage meurt dans la casse de voitures
et que dans un dernier geste,
il met la vitesse au point
mort!
Cà, çà c’est la magie de Richer!».
Bruno avait adoré le film. Les subtilités du montage, ponctué de notes Kafkaiennes Raccords maîtrisés aux écoles de Wells et Gambloski.Un élan volontaire dans la désintégration de l'image.
Vitesse au point mort. Paméla et moi.
La bombe longue blonde n'était pas pour moi.
Paméla et moi. Une chanson à écrire...
Finalement, j’appris que
Bruno avait beaucoup de tendresse pour mes cheveux bouclés et
mes lunettes en écaille de chez Stross.
Il m’a laissé un message sur mon répondeur:
«je t’aime à m’en mordre les doigts,
comme disait
Marcus Pilato
à Don fécond de la Verde
le jour de l’épiphanie
en l’an trente après Jésus Christ
quand les Immoliens,
battus par les Sbires,
furent transformés en pierre de lave du
Coustang
se décidèrent à offrir au chef
Kalone
une vierge brune au pubis blond
et aux yeux torves.
«Je t’aime à m’en mordre les doigts» lança t-il!
Les Mousrats des hauts plateaux
du Tyzé lui coupèrent
les mains et…»
Bruno t’es trop,
et ta sœur pas assez.
Mon ordinateur est mort ce soir à 21H30.
Effondré au fond du fauteuil.
Mes amis m’attendent.
Mon ordinateur est mort ce soir.
Je suis en panne de toile.
Messages agonisants et musique absente,
Que vont faire mes copines
Lointaines
S’interrogeant sur mon devenir ?
Mon prestige latent,
Mes messages égarés
Auprès de poupées biélorusses,
La catastrophe est suspendue.
Suspendue.
Suspendue de tout.
Cette souris morte
Servira de cache-nez,
Et l écran,
Malade,
Là,
Sera mon cercueil.
Que vois-je cet écran mort?
Incapable de me rendre monnaie
De cette pièce jouée avec lui.
Tu m’emmerdes!
Piteuse machine
Calme et tempête
Avant de sombrer
Dans les délices
De l’absurde pour un écran
Mort.
Un écran mort.
Je veux mourir avec lui,
Au creux de sa souris,
Et me pendre entre ses deux oreilles.
La solitude de cette putain de machine
M’émeut.
Me fait idiot.
L’instinct me reviendra.
Ce texte est rédigé
A la main,
Au crayon,
Avec une gomme.
Il est l’heure de le débrancher.
Testament, ventre vide
Disque dur,
A l’âme rendue resteront des souvenirs.