Il est des univers dans les sensations
autant qu’il est de nerfs dans la ville incongrue ;
sensations des soirs, sensations des rues,
sans cesse vers l’espoir des satisfactions.
Là-bas vers l’or vineux des villes
où les novembres se démembrent
le long des hêtres sur les êtres
en feuilles rouges en feuilles noires,
Là-bas l’étreinte désultoire
qui sert la fille qu’elle serre
l’étreinte immense et somnifère
se cambre comme une agonie
quand sur de longs trottoirs très lents
s’en vont sans cesse les passants
promener leurs mansuétudes paresseuses.
en déchirant, en supputant
les derniers jours des trois printemps
qui s’en vont
vers les incommodités hiémales
avec de peccables intentions
dans l’indisposition
novembrale
des passants.
Et le long des trottoirs trotte la ville chaude
trottent les chairs en deuil des villes promiscues
quand le soir très nerveux vient quémander au monde
pour les soleils couchants un peu du sang des rues.
Et latemment le soir fébrile
se loge dans les nerfs rouges de la ville
et le soir rouge de novembre
sous la domination gigantine
de l’exemple solaire
descend son sang aurifère
et unanime
dans toutes les poitrines délétères.
Il est des univers dans les sensations
autant qu’il est de nerfs dans la ville incongrue
sensations des soirs, sensations des rues,
sans cesse vers l’espoir des satisfactions.
Paul NEUHUYS
(La Source et l'Infini, Bruxelles, Oscar Lamberty, 1914)
Arnaud Fleurent-Didier est peu connu du grand public et, pourtant, la presse l'encense de toute part en le considérant comme la nouvelle révélation de la chanson française et de la "french touch". Après des débuts dans les années 90 au sein du groupe Notre-Dame et quelques albums, le jeune homme sort "La Reproduction", dans lequel il propose des textes entre chanson pop et poésie, le tout interprété avec un phrasé parfois à peine chanté. Pouvant être comparé à Benjamin Biolay ou Vincent Delerm, Arnaud Fleurent-Didier réussit à imposer sa griffe si particulière.
Dans la veine des chanteurs dits de la nouvelle scène française, l'artiste nous sert avec "La Reproduction" des textes imprégnés d'ironie, dans lesquels il exprime à la fois ses angoisses, ses doutes, ses interrogations, ses rêves, ses peines et ses joies. "France Culture", "L'origine du monde", ou encore "Reproductions" le mettent à nu sans pour autant dévoiler toutes ses facettes. Arnaud Fleurent-Didier nous surprend notamment avec le titre très pop "Je vais au cinéma", ou encore des morceaux aux ambiances rappelant les années 60 ou 70 ("Imbécile heureux", "My Space Oddity", "Pépé 44"). Un album à la fois intriguant et passionnant, à découvrir.