Sur la scène rock de l'ex-Yougoslavie, le groupe de Belgrade Ekaterina Velika fait figure de légende, en raison de son influence majeure et du destin tragique qui aura frappé l’ensemble de ses membres. Deux amis de lycée, le chanteur et guitariste Milan Mladenović et le guitariste Gagi Mihajlović, en sont à l’origine. Ils recrutent Dusab Dejanović, un batteur que les deux musiciens ont côtoyé au sein du groupe Limunovo Drvo, et Zoran Radomirović au poste de bassiste. La formation ainsi constituée prend le nom de Katarina II, le prénom d’une fille pour qui Milan Mladenović entretenait un amour à sens unique. Quelques mois plus tard, l’équipe accueille Margita Stefanović, une nouvelle claviériste dotée d’une formation classique. En contrepartie, le groupe perd rapidement sa section rythmique et intègre en remplacement Branko Kustrin au poste de batteur, et Bojan Pečar à la basse. Le groupe ainsi constitué se réunit pour entamer les séances d’enregistrement d’un premier disque. Mais l’équipement du studio de piètre qualité les oblige à reporter sa diffusion et de nouvelles sessions seront organisées en 1984. Le disque en résultant est distribué à seulement 3000 exemplaires, le label, ZKP RTLJ, ne fondant pas grand espoir dans cette sortie. En conséquence, même si les critiques saluent l’originalité de la formule, mêlant new wave et post-punk, le succès n’est pas au rendez-vous. Parallèlement, d’importantes dissensions germent au sein du groupe. À la suite d’ennuis judiciaires de Gagi Mihajlović, les autres musiciens décident de le congédier. En représailles, le musicien, s’estimant co-propriétaire du nom du groupe, interdit aux autres de l’utiliser. C’est donc contraints que ces derniers optent pour Ekaterina Velika. Sous ce nouveau nom, la formation sort Ekaterina Velika en 1985, qui contient quelques-uns des morceaux-phare du groupe tels que « Oči Boje Meda » ou « Tattoo ». L’intérêt grandissant autour de cet album permet aux musiciens d’effectuer leurs premières dates à l’étranger, en Italie. Dès l’année suivante, un nouvel album, S Vetrom Uz Lice, voit le jour. Avec une régularité métronomique, Ekaterina Velika publie ensuite Ljubav qui laisse davantage la place aux guitares. Lui succède Samo Par Godina Za Nas en 1989 qui recèle les titres « Krug » et « Srce ». La guerre en Yougoslavie éclate en 1991 et marque profondément l’écriture de l’œuvre suivante, Dum Dum. Dans le prolongement, les musiciens s’impliquent à leur niveau en donnant des concerts improvisés dans les rues de Belgrade pour y interpréter des chansons pacifistes. C’est alors qu’ils apprennent la disparition de l’ancien membre Ivan Vdovič, emporté par le sida. Pour leur ultime album, Neko Nas Posmatra, sorti en 1993, les musiciens proposent un rock plus accessible et commercial, dont témoignent les titres « Ponos » ou « Jadransko More ». De nouvelles séances d’enregistrement sont envisagées mais la santé de Milan Mladenović, le chanteur, se dégrade. Atteint d’un cancer du pancréas, il succombe le 5 novembre 1994 à l’âge de 36 ans. Le groupe sera bientôt décimé avec la mort de Bojan Pečar d’une crise cardiaque le 13 octobre 1998 à l’âge de 38 ans et celle de Dusab Dejanović le 16 novembre 2000 des suites du sida également. Enfin, le 18 septembre 2002, Margita Stefanovič, devenue sans domicile fixe et toxicomane, s’éteint à 43 ans.