Le plus grand compositeur anglais de pièces pour luth et de chants de la Renaissance, John Dowland est l'auteur de chansons à la tonalité mélancolique, encore connues et jouées de nos jours. Né en 1563, probablement à Londres d'après certaines sources ou à Dublin pour d'autres, où il a certainement vécu dans sa jeunesse comme le prouve son hommage « From Silent Night », adressé à l'un des membres d'une grande famille de marchands irlandais. Toujours est-il qu'en 1580 il est à Paris, au service de l'ambassadeur Sir Henry Cobham et de son successeur, Sir Edward Stafford. Converti au catholicisme, il retourne en Angleterre et se marie, avant de recevoir en 1588 le diplôme de Bachelor of Music au collège de Christ Church à l'Université d'Oxford. Après la naissance de son fils Robert en 1591, il voit ses premières compositions publiées par Thomas East dans le recueil The Whole Book of Psalmes (1592), au côté d'oeuvres d'une dizaine d'autres musiciens dont Cavendish, Farnaby ou Kirbye. En 1596, le New Book of Tablature comprend sept de ses pièces pour le luth seul. Dowland compose aussi de la musique sacrée, comme en témoigne le Lamentatio Henrici Noël (1596), à destination de son bienfaiteur pour le choeur de Westminster. Entre temps, en 1594, il tente d'entrer à la cour d'Angleterre pour prendre la succession de John Johnson, luthiste de la reine Elisabeth Ire, mais échoue selon lui en raison de sa religion dans une période où le pouvoir est d'obédience protestante, bien que sa conversion ne soit rendue publique et que d'autres musiciens catholiques comme William Byrd ont fait carrière à la cour. Cette grande déception aurait eu une influence sur le caractère mélancolique de son œuvre et son envie de voyager, tout d'abord en Allemagne, à Cassel, où il bénéficie de la générosité d'un mécène mélomane, puis effectue un tour d'Italie passant par Venise, Padoue, Gênes, Ferrare, Florence et Rome, pour obtenir des conseils auprès de Luca Marenzio, puis à Nuremberg. De retour à Londres, il publie en 1597 son premier recueil personnel de chansons avec accompagnement au luth, First Booke of Songes and Ayres, qui rencontre un grand succès et fait l'objet de quatre rééditions de son vivant. Celui-ci présente des pièces connues comme « The Frog Gaillard », « Can She Excuse My Wrongs with Vertues Cloake », « Come Again » ou l'instrumental « My Lord Chamberlaine, His Gaillard ». Pour autant, cela ne le dissuade guère de repartir, au Danemark où il est nommé en 1598 luthiste du roi Christian IV, avec un très bon salaire et une entière liberté, malgré de fréquentes absences pour s'occuper de la publication de ses œuvres à Londres, en l'occurrence The Second Booke of Songs or Ayres (1600), comprenant les airs « Flow My Tears » et « I Saw My Lady Weepe » ; The Third and Last Booke of Songs or Aires (1603), avec « Farewell Too Faire » ou « Time Stands Still » ; puis Lachrimae, or Seven Teares (1604), dans lequel figure sept pavanes autour du thème de « Flow My Tears » avec son célèbre motif de quatre notes « falling tears » et la pièce autobiographique « Semper Dowland semper dolens ». Lors d'un retour en 1603, il essaie à nouveau de se placer à la cour d'Angleterre après la mort d'Elisabeth Ire, sans succès malgré ses efforts auprès d'Anne de Danemark, sœur de Christian IV et épouse du nouveau roi anglais Jacques VI et Ier, pour laquelle il dédiera le recueil, après l'avoir aidée dans la réalisation de son masque Prince Henry's Welcome in Winchester. Remercié par le roi du Danemark en 1606, John Dowland rentre définitivement en Angleterre et publie de nouveaux recueils, la traduction du Micrologus d'Andreas Ornithoparcus (1609), Varietie of Lute-Lessons (1610), publié par son fils, à l'instar de A Musicall Banquet (1611) comprenant trois de ses chansons dont « In Darknesse Let Me Dwell ». En 1612, il remercie son bienfaiteur, le courtisan Theophilus Howard, Lord Walden qui l'a employé, dans ce qui est son dernier recueil, A Pilgrimes Solace. Considéré comme le sommet de l'école anglaise du luth selon le musicologue Edmund Fellowes, celui-ci indique que « bien qu'il ne comporte pas de hit, c'est certainement le plus beau recueil de Dowland, témoignant de son absorption du style des monodistes italiens. » Finalement, au début de l'année, le compositeur a obtenu le poste tant convoité de luthiste pour le roi Jacques Ier à la cour d'Angleterre. Il ne compose plus que quelques pièces jusqu'à son décès, à Londres, en 1626, entre le 20 janvier, date de son dernier traitement et le 20 février, date de son inhumation. Son fils, luthiste, compositeur et éditeur, lui succède à ce poste. Ce pionnier de la musique mélancolique a fait l'objet d'hommages de la part de ses pairs Percy Grainger et Benjamin Britten et a vu ses compositions abondamment reprises par des interprètes comme le contre-ténor Alfred Deller, le guitariste Julian Bream en solo ou avec le ténor Peter Pears, les ensembles de musique ancienne tels The Early Music Consort, The Academy of Ancient Music et The Consort of Musicke, le guitariste Jan Akkerman du groupe néerlandais de rock progressif Focus, les luthistes Nigel North et Paul O'Dette, Jordi Savall et son ensemble Hespérion XX, Elvis Costello et l'ensemble Fretwork dans la réédition de l'album The Juliet Letters, sans oublier Sting qui lui a consacré l'album Songs from the Labyrinth, paru chez Deutsche Grammophon en 2006.