Ecrit à Menton face à des éléments naturels aux fragrances exotiques, La nature des choses est un disque libératoire aux tonalités chamarrées. Carole Masseport ose une forme de lâcher-prise intérieur, poussant chacun de ses mots avec une frappante détermination. Moins inquiète que par le passé et portée par une irrépressible volonté d’aller de l’avant. De la sensibilité sous forme d’acception, de la chaleur latine, des volutes électriques, de l’intimité caressante. On l’avait quittée il y a quatre ans En équilibre, confectionneuse de chansons aussi alertes qu’intemporelles au sein d’un troisième album solo présenté au Café de la Danse. Y figurait notamment un duo avec JP Nataf, moitié des Innocents qu’elle aura retrouvé dans la foulée pour une création-hommage destinée à une icône de la variété (Darling dear Dalida). En équilibre toujours, comme cette stabilité trouvée entre son activité de professeure de chant et celle d’auteure-compositrice-interprète. Outre les séances individuelles qu’elle offre à des artistes tel·le·s Angèle, Pierre de Maere, Nuit Incolore, Dajak, Gabi Hartmann, Elephanz ou encore Yoa, Carole Masseport fait partie des contributeur·rice·s du dispositif d’accompagnement du Chantier des Francofolies de La Rochelle. Elle délivre ses conseils, échange sur le processus de création, se nourrit de la fraîcheur et des vibrations de ces débutant·e·s. Apport mutuel et attache maternelle. Là-bas, elle multiplie les rencontres. Se constitue une sorte de seconde famille. Du lien, du feeling, des amitiés. Celle de Poppy Fusée, petite sœur de cœur avec laquelle elle partage Mal de père, chanson de filiation batailleuse qui passe par le prisme d’une valse ouatée. Celle de Pierre Mottron, qui a mixé l’album et délivre quelques parties au piano. Celle de Sebastien Hoog (Izïa, Jeanne Cherhal), à qui elle offert la casquette de réalisateur-arrangeur. Elle aime sa manière de repenser les structures, ses suites d’accords, sa douceur infinie, son sens prégnant de la musicalité. Il aime l’épine dorsale et la sincérité des chansons de sa camarade. Une entente parfaite pour favoriser ce cohérent mélange de genres et de tons et apporter une dimension panoramique au disque. Comprendre ainsi que la jeune femme qui a a trouvé dans le collectif un espace pour s’épanouir. Fidélité aussi à Maya McCallum, son ancienne acolyte du groupe punk P.O.U.F, devenue plasticienne et qui se retrouve en charge ici de l’image. Chez Carole Masseport, les émotions sont fortes, très fortes. Elles peuvent tout emporter. C’est cette vérité et cette affirmation qui traversent cet album. Tour à tour résiliante dans un climat mélancolique (Les larmes d’Aphrodite), menaçante et guerrière pour chasser les relations toxiques (J’ai tué l’araignée) ou érigeant la nature comme béquille dans un emballage léger à la Lilicub (La nature des choses), elle glisse un émouvant piano-cordes-voix sur le désir vital d’enfant à travers le portrait d’une femme en temps de guerre (Zoya). Il y a encore le souvenir réconfortant d’instants d’enfance malgré le deuil (Ange gardienne), l’éloignement familial sous couvert de culpabilité écologique (Pamela), une reprise catchy de Karkwa qui convoque les troubles de l’angoisse (Mieux respirer). La voix qu’on sait d’une beauté ample se glisse en toute intimité, donnant la primeur à la justesse d’interprétation plutôt qu’à la performance. Et lorsqu’en fin de parcours, elle se questionne, un brin fataliste, sur son rapport aux sentiments – par ricochet il est aussi question de solitude profonde – on a juste envie de lui répondre que l’amour, c’est elle qui nous le donne.