La voix de Vaslo marque à la première écoute. Touchante et vulnérable dans le registre de tête, puissante et baroque quand elle résonne dans la poitrine, elle se balade entre les octaves, flirte avec le slam ou le lyrique, fait des détours du côté du rock progressif, dialogue avec la clarinette… Et illustre au-delà des mots la liberté que l’auteur-compositeur a dû conquérir. Si la chanson française lui a décerné de nombreux prix (Coup de coeur de l’académie Charles Cros 2022, Prix Georges Moustaki 2021…) et si Murray Head l’a invité à chanter en duo sur sa dernière tournée, c’est une quête de reconnaissance plus profonde et personnelle qui habite Vaslo et trouve une résolution dans son troisième album « D’or et de feu ». Sur la pochette, il se maquille de fards, et ce n’est pas une planque : c’est une autorisation. Celle d’interroger ses contours, fluidifier son rapport au genre, explorer ses identités multiples, embrasser toutes ses inspirations (Archive, Gaël Faye, Bach ou Bette Midler) et trouver sa place au milieu des flous. Une autorisation aussi à porter sa voix, ne plus craindre qu’elle cogne, accepter qu’elle répare.
Valentin Gilbert a 27 ans quand il découvre qu’il peut chanter. Il a rangé depuis longtemps la clarinette de ses années d’école de musique, et improvise du blues pour rire en rentrant de soirée avec un ami musicien. Ce dernier s’arrête : « c’est toi cette voix ? Il faut en faire quelque chose ». Un déclic, autant qu’un challenge intime à surmonter. Pour lui, la voix, c’est la violence, les éclats qui rebondissent sur les murs de sa maison d’enfance à Fontenay-aux-Roses, c’est huit ans de thérapie familiale pour remettre le passé en ordre et avancer. Pourtant, sa petite voix intérieure pousse de plus en plus fort, alors il ose : il plaque tout et devient musicien du métro à Paris. Mais après trois ans dans les courants d’air de la station Montparnasse, sa voix lâche… S’en suivent trois ans d’orthophonie, il faut tout réapprendre : trouver son souffle, chanter depuis le ventre, veiller à ne pas se faire de mal. Vaslo en ressort guéri, et comme une proposition tombée du ciel, il rejoint l’hôpital Necker pour intervenir en tant que musicien dans les chambres des enfants malades. De la voix qui blesse à la voix qui soigne, il a enfin trouvé la sienne.
« Je marchais dans les pas d'un autre que moi » raconte-t-il sur son premier album “A travers les regards”. Sur le deuxième, “Vagues”, il craint d’en faire, des vagues, en haussant le ton ou en portant des voix contraires à celles qui dominent. En 2026, sa rencontre avec l’univers du cabaret lui offre des pistes de réponses à ses questions existentielles et un terrain d’expression salvateur : au sein du collectif La Flaque, Vaslo chante des airs de soprane, couronné de plumes à la manière de Farinelli, personnage androgyne qui l’a toujours intrigué. Une liberté qui infuse au-delà de la scène, jusque dans les chansons de ce troisième opus.
L’artiste ne craint plus les jugements (Laisser filer, Feu) ; le regard de l’autre devient aimant et soutenant (La peau des prunes, Le temps d’un baiser) ; et en se réappropriant son histoire (Le vent du Nord) il peut désormais porter celles des autres (De l’or, dédié à un ami drag-queen victime de harcèlement de rue et Fracas, récit d’une rencontre bouleversante). Comme une ponctuation dans l’océan des émotions, une larme de fado s’invite le temps d’un duo avec la chanteuse Lizzie (Fleuve). L’album se conclut sur une promesse (Retrouver la douceur). Et le chant des oiseaux enregistré dans le jardin du Studio de la Vimondière en Normandie, lieu où ces douze titres ont pris forme sous la houlette du réalisateur Pierre Guillot. Les arrangements acoustiques, d’un subtil arpège de guitare vers de puissantes orchestrations, viennent soutenir les envolées vocales, portées par le violoncelle de Martina Rodriguez, les percussions de Pierre Mahier et le violon de Maria Zaharia. Vaslo, lui, a ressorti sa clarinette pour lui redonner toute sa place. Dans l’air, le souffle de l’enfance, et une inspiration contagieuse à se réconcilier avec toutes les parts de soi.