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Prokofiev: Peter and the Wolf, Op. 67 (Live)
par Viola Davis, Los Angeles Philharmonic, Sergei Prokofiev, Gustavo Dudamel
22/05/2026
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Enfant de la modernité, Sergueï Prokofiev s'est illustré avec audace dans tous les genres, à l'exception de la musique religieuse. Pianiste virtuose et compositeur russe dans l'âme, il quitté son pays après la Révolution de 1917 et a embrassé l'exil occidental avant de retourner à ses racines, où ses œuvres novatrices ont dû se plier aux conformités musicales soviétiques. C'est à Sontsovka, en Ukraine, alors dans l'Empire russe, que naît Sergueï Sergueïevitch Prokofiev, le 11 avril 1891. Fils d'un ingénieur agronome et d'une pianiste amateur, il montre très tôt de grandes dispositions au piano lors de son apprentissage avec sa mère. Il compose ses premières pièces à cinq ans et, après avoir découvert l'opéra à Moscou, élabore à neuf ans une pièce lyrique pour enfants, Le Géant. En 1902, sa mère l'accompagne à Moscou pour prendre des leçons de composition avec Reinhold Glière, avant la suite de ses études au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où le jeune Prokofiev a pour professeurs Anna Esipova (piano), Anatoli Liadov (composition), Nicolas Tcherepnine (direction d'orchestre) et le maître Nikolaï Rimski-Korsakov (orchestration). Pianiste doté d'une technique impressionnante et auteur de premières œuvres avant-gardistes comme Suggestion diabolique (1908), la formidable Toccata (1912) ou Sarcasmes (1914), son goût pour les partitions modernes déplaît autant que son attitude anticonformiste, qu'il cultive dans les Soirées de musique contemporaine. En 1910, sa Sonate pour piano n° 1 est publiée par Jurgenson et créée à Moscou. Après des voyages à Paris, à Londres et en Suisse, Prokofiev reçoit en 1914 son diplôme du conservatoire et le Prix Anton Rubinstein, interprétant pour l'occasion son déconcertant Concerto pour piano n° 1, créé à Moscou en 1912. En 1913, son Concerto pour piano n° 2 avait déjà fait scandale auprès du public et de la presse pour son style percussif et ses combinaisons harmoniques. Le compositeur, adepte d'un humour grotesque et ironique comme de beauté lyrique, continue dans cette veine avec la Suite scythe (1914), une œuvre orchestrale prévue à l'origine pour le ballet Ala et Lolli qu'a refusé Diaghilev, rencontré à Londres, et les vingt Visions fugitives pour piano (1917). Après l'écriture d'un Concerto pour violon n° 1, Prokofiev prend le contre-pied et surprend avec sa Symphonie n° 1 dite « Classique », qu'il dirige le 21 avril 1918 à Pétrograd, un hommage à la manière du XVIIIe siècle teinté de modernisme. Il achève aussi une première version de l'opéra Le Joueur, d'après Dostoïevski, qui ne sera créé qu'après révision, le 29 avril 1929, à Bruxelles. Alors que l'Europe est le théâtre de la Première Guerre mondiale et que la Révolution d'Octobre a frappé la Russie en 1917, Sergueï Prokofiev choisit d'émigrer en mai 1918 et passe par le Japon, où il donne des récitals de piano, pour atteindre les États-Unis. Mal accueilli par la critique musicale, notamment lors de son premier récital à New York le 29 octobre 1918, Prokofiev retourne s'installer à Paris et retrouve Diaghilev, à qui il soumet son ballet révisé, Chout (Le Bouffon), créé le 17 mai 1921. Deux autres suivront, Le Pas d'acier constructiviste (1927) et Le Fils prodigue (1929), chorégraphié par George Balanchine. Entre temps, il honore une commande émanant de l'Opéra de Chicago pour la création de l'opéra farceur en français, L'Amour des trois oranges, d'après Carlo Gozzi (30 décembre 1921), qui sera un succès en Europe avec sa célèbre Marche. Lors d'un séjour à Ettal, en Allemagne, il achève à la demande de Serge Koussevitsky l'opéra L'Ange de feu, dont une version de concert partielle est donnée en 1928, avant sa création sur scène, de manière posthume, à Venise, en 1955. En 1923, Prokofiev épouse la soprano d'origine espagnole Carlina Codina, connue sous le nom de scène Lina Llubera, qui donnera naissance à deux fils, Sviatoslav et Oleg. De cette période américaine et européenne datent son Concerto pour piano n° 3, créé à Chicago en 1921 et la Symphonie n° 2, créée à Paris en 1925, comme la suivante en 1929. Rival de Stravinsky à Paris, Prokofiev ressent le mal du pays. En 1927, invité à donner une série de concerts en URSS, il est accueilli en héros pendant deux mois et retrouve son ami de jeunesse devenu compositeur, Nikolaï Miaskovski. À son retour, il s'attelle à la Symphonie n° 3 et à la n° 4 (créées respectivement à Paris en 1929 et à Boston en 1930), au Concerto pour piano n° 4 pour la main gauche, à la demande de Paul Wittgenstein, qui le trouve injouable, puis au n° 5, que le compositeur interprète à Berlin en 1932. Après d'autres voyages en URSS, Prokofiev décide d'y retourner, définitivement, en 1936. Choyé par le régime soviétique, il compose la musique du film Lieutenant Kijé (1933), dont il tire une suite orchestrale très appréciée, suivie d'autres pour le réalisateur Sergueï Eisenstein, Alexandre Nevski (1938) et Ivan le Terrible (1945). Ses œuvres les plus populaires voient le jour : le conte musical féérique Pierre et le loup pour le Théâtre académique de la jeunesse (1936) et les ballets Roméo et Juliette (créé à Brno en 1938) et Cendrillon (1945), parmi d'autres compositions comme le Concerto pour violon n° 2 (1935), le Concerto pour violoncelle n° 1 (1938), la Symphonie n° 5 (1945) et la n° 6 (1947). Prokofiev, qui tente de satisfaire aux règles définies par l'Union des compositeurs soviétiques, honore aussi des commandes officielles pour des célébrations patriotiques, mais il subit parfois des revers avec des partitions refusées. En 1940, son opéra Semyon Kotko est créé à Moscou, tandis que son auteur, Vsevolod Meyerhold, a été arrêté et exécuté. Composées entre 1940 et 1944, les Sonates pour piano n° 6, n° 7 et n° 8 forment le triptyque des « sonates de guerre », créées par Sviatoslav Richter pour les deux premières et Emil Guilels pour la troisième. La Sonate n° 9 verra le jour en 1947 et la n° 10 restera à l'état d'esquisse. À partir de 1940, Prokofiev quitte son épouse et partage sa vie avec Mira Mendelssohn, une jeune écrivaine qui devient sa librettiste pour l'opéra comique Les Fiançailles au couvent (ou La Duègne, 1946), d'après le dramaturge irlandais Richard Brinsley Sheridan, puis de Guerre et paix, d'après Tolstoï. Entrepris dès 1941, cet avant-dernier opéra fera l'objet de plusieurs créations partielles et de révisions jusqu'à la représentation du 12 juin 1946 au Théâtre Maly de Leningrad, suivi d'autres plus complètes. En 1943, le compositeur est honoré par le Prix Staline. Il épouse Mira Mendelssohn en 1948, tandis que la première, Lina, est condamnée au goulag pour de fausses accusations d'espionnage, jusqu'à sa libération en 1956. Proclamé Artiste du peuple de la RSFSR en 1947, Prokofiev est peu après accusé d'antiformalisme et de cosmopolitisme lors d'une campagne menée par Andreï Jdanov. Malgré une autocritique, il vit ses dernières années dans la misère et la maladie, alors que son dernier opéra, L'Histoire d'un homme véritable, est censuré et que sa Symphonie n° 7 est dénigrée. Sujet à plusieurs alertes cardiaques, Sergueï Prokofiev meurt d'une hémorragie cérébrale, le 5 mars 1953, à l'âge de 61 ans. Son décès, survenu une heure avant celui de Joseph Staline, est passé sous silence.