Episode cover of La force de la communauté pour informer sur YouTube, avec Aude Favre

La force de la communauté pour informer sur YouTube, avec Aude Favre

A Parte

  • 25/02/2021
  • 41 min

Résumé de l'épisode

Il y a deux ans, dans l’épisode 1 d’A Parte, Aude Favre nous racontait comment elle démontait les fake news sur Youtube avec sa chaîne WTFake. Toujours journaliste et youtubeuse pour raconter les coulisses de ses enquêtes de fact-checking, Aude a vécu beaucoup de changements en 2020.  Le confinement l’a amenée à lancer des enquêtes collaboratives en mobilisant sa communauté de 86 000 abonnés. Peu avant, la collaboration avec France TV Slash s’était arrêtée, la conduisant à se tourner vers un modèle plus participatif pour financer sa chaîne. Place donc à la communauté : 1400 personnes sont actuellement réunies sur le serveur Discord et travaillent avec elle sur les enquêtes. Pour Aude, ce fonctionnement ouvert est aussi une excellente manière de combattre les incompréhensions sur le travail des journalistes et tenter de restaurer la confiance entre ceux-ci et le grand public. L’objectif pour Aude maintenant, avec son camarade Sylvain Louvet, est de sortir une grande enquête collaborative qui pourra avoir un fort impact. --- Pour aller plus loin  La chaîne Youtube WTFake Le Tipee de WTFake la rédac L’épisode 1 d’A Parte avec Aude Favre --- L’essentiel de l’épisode  [4:45 ] Ma chaîne est à l’arrêt provisoirement. Je me suis rendu compte que c’est bien de fact-checker dans la joie et la bonne humeur mais je ne sais pas si c’est si efficace que ça. Je m'explique : on a eu de l’impact sur beaucoup de contenus complotistes qui ont fini par disparaître, notamment parce qu’ils avaient honte et qu’on les avait affichés. De ce point de vue c’est efficace. Mais en même temps l’efficacité était limitée par le côté “Aude contre le reste du monde”. J’ai mes petits moyens, j’ai besoin de trois mois pour faire des vidéos fouillées. Du coup j’ai senti que c’était peut-être la fin d’un cycle. [6:18] Là-dessus est venue se greffer la crise covid qui fait que je me suis retrouvée démunie : je n’étais plus en contrat avec France TV et j’ai un peu échoué à la campagne où je n’avais aucun matériel. Et j’ai commencé à fact-checker avec la communauté. J’ai découvert à ce moment-là la force que ça pouvait représenter de travailler ensemble avec 100 puis 200 puis 600 et aujourd’hui 1400 personnes. On se retrouve sur le serveur Discord et on est la rédac WTFake. [07:10] C’est hyper intéressant en termes d’impact et en termes d’ouverture du journalisme. On invite qui le souhaite, y compris des fans de certains documentaires un peu complotistes sont dans la rédac. Ensemble nous essayons de recouper des infos, d’enquêter et ça fait réfléchir tout le monde. Je crois de plus en plus en un mouvement d'alliance entre les journalistes et les citoyens pour assainir le débat public. Je travaille avec Sylvain Louvet, journaliste avec lequel je travaille sur de nombreux projets. [8:55] Après une ou deux vidéos de fact-checking, où je donnais un peu des devoirs aux gens, très rapidement j’ai été dépassée. Des gens de la communauté m’ont dit : il faut aller sur Discord. Pour tous ceux qui s’y connaissent c’était vraiment la bonne solution car ça permet d’organiser les choses.  [10:15] Je suis pas du tout geek, ils m’ont tenu la main, certains sont devenus modérateurs et font un boulot de dingue. C’est génial. j’ai découvert la force d’une communauté, c’est comme une petite famille. Aujourd’hui on est 1440. On se retrouve régulièrement dans des lives sur Twitch et on fait progresser les enquêtes sur Discord.  [11:40] Au début il y avait des personnes qui n’étaient pas dans l’ambiance, qui est bon enfant, courtoise… Certains étaient clairement dans la mouvance complotiste. Le problème c’était la façon dont ils interagissaient, ils étaient hargneux. Cela s’est calmé rapidement  [12:45] Le Discord est ouvert à tous. Grâce au travail des modérateurs, il n'y a pas de soucis. Dans les temps qui viennent, on va s’organiser un peu plus, on va mettre des règles basiques sur le groupe : courtoisie, ne pas changer de pseudo tous les jours, ne pas contacter le ministère de l’Intérieur au nom de la rédac... [15:00] J’ai relancé le Tipeee avec l’objectif de 9000 euros par mois, qui est en fait un objectif bas pour produire des enquêtes ambitieuses. Les enquêtes coûtent très cher mais je ne suis pas une bonne marketeuse. On doit être à 17% de l’objectif. C’est aussi de mon fait dans le sens où on n’a pas encore produit “L’enquête de la rédac” qui peut être un produit d’appel pour que les gens donnent. Avec Sylvain Louvet, on veut faire une super belle enquête et on n’avait pas encore les moyens.  On avait le choix de faire une enquête artisanale soit attendre de trouver des partenaires médias intéressants, peut-être des donateurs… On a choisi la deuxième option. Depuis la rentrée, je suis partie en recherche de fonds, remplir des dossiers de 90 pages. Et donc à partir de ce moment-là le Tipee n’a plus augmenté. Là, on est en bonne voie pour produire quelque chose de vraiment chouette grâce à des donateurs, un média web. [18:40] Il y a des gens, notamment dans la communauté, qui trouvent que ça ne va pas assez vite, qu’on pourrait produire des enquêtes. Mais dans l’exercice de rédaction collaborative, il y a aussi cette idée que les enquêtes c’est long et ça prend du temps. Personne ne se doute qu’il faut faire des notes de centaines de pages pour intéresser les financeurs. Peut-être certaines personnes se demandent ce que je fais alors que j’ai des journées de 29 heures… Peut-être que je devrais communiquer sur les réseaux sociaux. Pour moi, c’est pas grave si je disparais quelque temps parce que je sais que ça avance. [21:15] A la base je cherchais plutôt à aider quelqu’un sur Youtube, je ne voulais pas me mettre en avant. C’est une expérience vraiment à part. J’ai beaucoup de  collègues à la télé qui me regardent et se disent : qu’est-ce qu’elle fait ? [22:15] Comme expérience c’est très riche. J’en retire que c’est payant d'être soi et d’y aller. L’information est trop formatée. Ce que j’ai fait sur ma chaîne pendant trois ans, je serais encore en train d'essayer si j’avais essayé de le vendre à un gros média. Peu de gens parient sur des choses nouvelles. [23: 10 ]Là où ça me pose question c’est les effets de foule, le trolling, la haine qui est assez forte.  Au début, je regardais les notifications. Au début, 80% des commentaires les gens aimaient bien.  Après quand j’ai commencé à avoir un peu d’impact, ça a fait moins rire un certain nombre de gens. Là j’ai commencé à avoir des trolls. Et ça a explosé avec une vague en particulier (Lama Fâché). [24:50 ]En fait, ça a été les montagnes russes : des vagues de “c’est top” et des vagues encore plus grandes de haine pure. J’ai passé pas mal de temps très mal où je ne dormais pas. Si tu lis trop ces commentaires, tu finis par penser que tu es la pire des créatures qui a existé sur terre… En fait, il faut pas les regarder.  [26:00] Je me suis pris des torrents de haine par certaines périodes. J’ai appris à le gérer. Je n’ai pas pris de cours, mais finalement j’ai arrêté de regarder mes notifications et puis en fait je lis beaucoup et la littérature me fait un bien de dingue. Je n'ai jamais autant aimé la littérature que depuis que je suis sur YouTube. Tu te poses, tu prends du recul, tu es dans le silence. Dans les réseaux sociaux, l y a un côté intoxication, ça t'attaque ton mental, tu ne fais plus que penser à ça. Je me suis réfugiée dans les bouquins, le silence, mes enfants. La vie est courte. Parfois il y a un seul mec sous 40 pseudos. De quel droit il peut me pourrir la vie? Cela m’a pris du temps de relativiser ça. C’est important d’être droit avec soi-même. Je pense souvent aux jeunes qui se mettent sur ce truc-là. A 38 ans c’est bon, à 19 ans je n’aurais pas tenu…  [30:10] La solution sur le financement, je la cherche. Je n'ai pas cette compétence de faire une stratégie économique. Je suis une petite journaliste qui aime faire ses sujets. Sur Youtube il faut être entrepreneur, c’est une autre paire de manches. J’ai juste créé un Tipee. Je compte sur le fait que nos enquêtes vont nous permettre d’asseoire une communauté plus large. Je pense que l’avenir c'est de se faire financer par sa communauté. C'est un défi : créer une communauté prend du temps mais c'est l'avenir.  [33:30] J’ai la chance d'avoir une société de production qui me suit dans mes différents projets, qui s’appelle Babel. On est à la frontière entre l’ancien monde et le nouveau monde. Tout le monde dans les médias se posent des questions. J’avoue, je  n’ai pas de réflexion très pointue là-dessus, c’est peut-être un peu handicap. L’argent, le financement, le marketing ne sont pas des choses qui me parlent. Mais je suis accompagnée, de la rédac, de Sylvain, de Babel.  [35:50 ]Le fact-checking n’est pas le graal. Cela ne marche pas toujours de faire comprendre à quelqu’un qu’il a tort. Cela ne suffit pas et ça ne marche pas toujours de montrer qu’on a vérifié. A mon grand regret  Sur un live, on a eu un échange hyper intéressant sur Hold up avec une femme qui en était fan. Les faits vérifiés, elle s’en fichait . C’est perçu comme l’élite qui cherche à contrôler l’information. Alors que non !  C’est ce qui me fait penser qu’en créant une sorte de mouvement collectif, où chacun agrège ses compétences, qu’on va s’en sortir. En ouvrant la façon dont on travaille au plus grand nombre. Le problème de fond, c'est la confiance. On est dans une société où plus personne n’a confiance dans les journalistes alors qu’ils posent les questionnements de monsieur et madame tout le monde et se faire leur porte-voix. C'est dramatique à l’échelle d’une société. C’est l’essence de mon travail : réconcilier journalistes et grand public, dialoguer ensemble, pour exiger un débat public qui reposent sur des faits et non des fantasmes.  --- Crédits  Interview : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio

Titres

Tech Trash, la newsletter qui décape la startup nation, avec Lauren Boudard et Dan Geiselhart
Réunis par l’idée de créer un média un peu pirate pour parler du monde de la tech, Lauren Boudard et Dan Geiselhart ont lancé en 2017 la newsletter Tech Trash. Ton ironique, visuels décalés, rubriques mordantes comme la fameuse “bulshit quote” de la semaine, ils ont rapidement trouvé une identité percutante, sans oublier le fond. Avec aujourd’hui plus de 30 000 fans de ce rendez-vous hebdomadaire. En avançant, le duo a vu tout le potentiel du format des newsletters. Ils viennent de réussir leur campagne de financement participatif pour lancer une nouvelle newsletter, Climax, sur le climat : 2000 personnes ont souscrit un abonnement payant. Parce que l’objectif pour eux est maintenant de vivre en développant ces petits médias. Et en accompagnant d’autres projets éditoriaux, grâce à leur studio judicieusement baptisé Courriel. --- Pour aller plus loin  https://www.crrl.xyz/ https://www.climaxnewsletter.fr/ https://www.techtrash.fr/ --- L’essentiel de l’épisode  04:20 Tech trash est né d’un constat mêlé d’une frustration : dans le milieu feutré de l’innovation, beaucoup de choses se disent en off et bien souvent dans les médias on trouve surtout les levées de fonds. Il y a assez peu de critiques. Quand on s’est lancé en 2017, la startup nation avait le vent en poupe. 06:45 On s’est positionné avec notre ton : on parle un peu des mêmes choses que dans les médias tech mais un peu différemment, en mettant en lumière les trucs qu’on aime pas. Les lecteurs trouvaient chez nous quelque chose qu’ils ne trouvaient pas ailleurs. L’idée était de proposer un récit alternatif au mythe entrepreneurial. 08:15 On a réfléchi Tech Trash comme un média, avec de nombreuses rubriques. Il y a une tendance aux newsletters très incarnées, avec un édito écrit à la première personne. Nous, on a surtout voulu l’incarner par le ton et pas les personnes. Le Canard Enchaîné nous a inspiré, avec ses rubriques et son ton : on se sent un peu les pirates de la tech. 09:55 Il y a une couche d’analyse et de données scientifiques, une couche de catharsis quand on pointe des propos absurdes et une touche d’humour et de poésie. Tout cela donne un ton unique. Et les rubriques permettent de créer un équilibre dans tout ce qu’on essaie d’insuffler dans la newsletter. On est assez différent des newsletters à l’américaine. 10:40 Ces rubriques créent aussi le rdv toutes les semaines, certaines touchent les gens, les font marrer, notamment la fameuse “bullshit quote”.  11:35 A la base, l’identité visuelle était à l’arrache. On l’avait dessinée seuls. On en a gardé le fait de prendre des photos et de réécrire dessus sur Paint pour le côté caricature et pirate qu’on aime bien. Plus tard, on a été accompagnés par un très bon graphique qui nous a refait notre identité visuelle plus précise qui fonctionne très bien et garde le côté dessiné à la main qu’on aime beaucoup. 16:18 Souvent les newsletters sont des aventures individuelles. Pour nous ce n’est pas totalement le cas, du coup ça nous demande un travail de coordination et de ne pas trop avoir d’ego quand l’autre repasse sur le texte. On fait un très gros travail de veille, on s’envoie des notes et des commentaires sur un Google doc. On écrit puis on repasse sur les sujets de l’autre pour obtenir un ton uniforme même si on est deux.  17:20 Tech Trash on le voit comme un collectif et beaucoup de gens nous envoient des infos.  19:50 Au début on l’a fait sans réfléchir au business model, parce qu’on avait très envie de porter cette voix différente. On avait quand même envie que ce soit un vrai média, même si à l’époque, la newsletter était vue comme un hobby et tout le monde pensait que ça s’écrivait en 2h avant de l’envoyer. 22:30 La publicité a été écartée de fait. Le payant, on a eu du mal à trancher. Du coup on s’est reporté sur le modèle du don parce qu’on avait atteint une communauté suffisamment grande  et avec un engagement suffisamment fort pour pouvoir espérer financer notre journée par semaine à de travail pour chacun. 23:30 On a 30 000 abonnés et vu qu’on n’a jamais fait de pub, la croissance s’est faite par pics. Lorsqu’on avait des reprises dans un média ou que la newsletter était relayée par un influenceur, d’un coup on prenait 1000 abonnés. Maintenant, avec la taille, on gagne plusieurs centaines de nouveaux abonnés par semaine via le bouche à oreille. 25:15 Beaucoup de nos abonnés les plus engagés bossent dans le milieu de la tech ou des startups, aussi des geeks, des passionnés des nouvelles technologies.  La bonne surprise, ça a été que notre audience est assez équilibrée hommes-femmes.  26:45 La tech est un univers codé et pour comprendre certaines bullshit quotes il faut le connaître pour comprendre la saveur.  Pour certains maintenant ça devient une manière de découvrir cet univers. 28:00 Une autre bonne surprise ça a été que les gens répondent assez naturellement à la newsletter, comme si c’était le mail d’un pote. On a l’image du format de l’email qui est assez vertical et froid, et en fait il permet bien l’interaction. Et d’ailleurs on essaie de répondre à chaque mail. 30:05 Au lancement de Tech Trash, on s’est posé la question du fond mais pas vraiment de la forme. C’est le fait d’avoir investi ce format durant 3 ans qui nous a convaincus qu’il est hyper intéressant à investir, notamment pour s’affranchir de contraintes d’un média traditionnel comme l’algorithme de Facebook pour diffuser les articles. Il n’y a pas d’effets extérieurs qui viennent parasiter, avec en plus une liberté de ton et de format. 31:50 Pour nous, la newsletter est avant tout un format éditorialisé. C’est un peu le nouveau journal que tu reçois dans ta boîte mail plutôt que dans la boîte aux lettres. 35:20 La newsletter existe depuis toujours, comme le podcast, et à un moment on s’est dit que c’est le renouveau du journalisme. Ce qu’on peut dire c’est que c’est un format sous utilisé et il y a plein de choses à faire.  36:05 C’est un format pas très coûteux, à part en termes de temps. C’est un média très accessible, pas coûteux et pas compliqué techniquement. Cela permet à plein de monde de se lancer sur un sujet de niche, une thématique qui les passionne. Comme à l’époque des blogs ou des radios pirates. On a bien 10 ans devant nous. 37:05 On n’est pas très loin d’en vivre assez raisonnablement. Il y a de la marge parce que c’est assez léger, pas besoin de générer un revenu trop important pour assurer une forme de pérennité. 37:50 Avec Climax, on a basculé sur le payant. La campagne de financement participatif a permis de lever 3 fois plus qu’avec Tech trash en 3 fois moins de temps. Mais c’est vrai que c’est encore balbutiant en France, il n’y a que Brief me qui y arrive. 39:55 La passion economy permet de générer des revenus qui donnent une liberté à des journalistes mais il y a aussi une vraie force dans le collectif, qu’on peut potentiellement perdre avec la solitude de la newsletter. Avec Climax, on veut recréer une dynamique de comité de rédaction. Je ne pense pas que tous les sujets seront épluchés pour ne devenir que des sous-verticales de niches. C’est plutôt un phénomène américain. On croit beaucoup à l’intelligence collective, de faire des projets à plusieurs. --- Crédits  Interview : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio
46:12 06/05/2021
Voxe a conquis 20.000 jeunes femmes en 1 an avec sa newsletter, avec Léonore de Roquefeuil
Voxe jusqu’à fin 2019, avait la forme d’un chatbot sur Facebook Messenger destiné à aider les jeunes à s’engager dans le débat public, comme nous le racontait sa présidente Léonore de Roquefeuil dans l’épisode 17 d’A Parte. Elle est revenue nous expliquer comment Voxe s’est transformée en une newsletter d’empowerment pour les jeunes femmes. Entre-temps, l’équipe a fait un gros travail sur son audience, pour identifier les personnes les plus engagées. Est alors apparue de manière un peu inattendue l’importance des jeunes femmes de 20 à 40 ans et leur besoin de s'informer différemment sur les sujets sérieux. Le rituel de la newsletter matinale s’est ainsi imposé, avec un ton très travaillé de discussion entre copines. Côté finances, le média veut équilibrer ses revenus entre ceux provenant de la communauté - club, programme de coaching et ces jours-ci campagne de donation - et ceux issus de marques en affinité avec les valeurs du média. L’essentiel de l’épisode  [02:40] Voxe est un média d’actu et d’empowerment féminin qui fonctionne principalement via une newsletter qui s’appelle La Quotidienne [03:20] Il y a une partie actu, chaude ou tiède : 4-5 brèves sur l’actu éco, sociale, politique puis une actu centrale de 5000 signes pour entrer en profondeur. La newsletter arrive chaque matin à 6h30 et permet d’être au point sur l’actu pour la machine à café ou la réunion zoom du matin. La deuxième partie présente 5 piliers d’empowerment, différent chaque jour : travail, écologie, vie de la cité, argent, culture.  A la fin du mail, on trouve une sélection de bons plans et un exemple d’une femme qui a fait quelque chose de remarquable, parce qu’on veut montrer des rôles modèles. [07:30] Le ton, c’est un peu la “sauce secrète” de Voxe : on l’a pensé comme une conversation. On considère que pour qu’une info soit bien assimilée, il faut se mettre à la place de la personne à laquelle on s’adresse. Le format questions-réponses est écrit vraiment avec les questions que nous nous posons. On vise les urbaines de 20 à 40 ans : on parle et on écrit comme nous on le fait avec nos amies, d’où beaucoup de références à la pop culture. Le but étant de donner la pêche à la personne qui nous lit. [10:30] Charlotte, qui a cofondé Voxe et est journaliste de formation, rappelle souvent les deux règles de journalisme : “est-ce que ça intéresse Mme Michu?” et la loi du mort-kilomètre. La réalité est très différente, notre audience par exemple est intéressée par des sujets très ardus, le Rwanda ou la dette publique. On a une section dédiée à l’échange. On l’utilise pour expliciter nos réflexions éditoriales. Tous les vendredis, on propose de voter sur les sujets de la semaine suivante.  [15:35] La newsletter est un support très intéressant. Même les jeunes ouvrent leurs mails parce qu’il y a plein de services pour lesquels on a besoin d’un mail, c’est devenu l’équivalent de l’adresse postale. Mais c’est est vrai qu’on touche des gens moins jeunes que lorsqu’on était un chatbot sur Facebook Messenger. On est passé de 18-25 ans à 20-40 ans. La boîte mail est hyper intime : notre audience, ouvrir sa boîte mail c’est la première chose qu’elle fait dans la journée. La newsletter un outil qui est économiquement et stratégiquement hyper utile parce qu’on contrôle sa base de mails et qu’on évite d’être dépendant d’une techno qui n’est pas la sienne. [17:50] Jusqu’à fin 2019, on publiait l’actu sous forme d’un questionnaire via un chatbot sur Messenger. On avait environ 20 000 abonnés qui avaient entre 18 et 25 ans, avec lesquels on échangeait sous forme d’une conversation sur Messenger.  On s’est rendus compte qu’on se lassait du format, qu’on était très contraints par Facebook Messenger et qu’on commençait à voir nos taux d’ouverture baisser, parce que Facebook changeait sa politique. On a creusé nos données et on s’est rendu compte que 70% des personnes qui cliquaient ou s’engageaient étaient des jeunes femmes alors qu’on ne s’était jamais vus comme un média féminin. Du coup, on a mené une étude auprès des 500 plus actives de cette audience durant 8 semaines, avec un questionnaire par semaine, pour comprendre leur rapport à l’info : à quel moment elles s’informent, ce dont elles ont besoin. On s’est rendu compte que pour elles l’info est très anxiogène et qu’elles aimaient notre aspect positif et décomplexant. Elles aimaient aussi le côté pratique pour consommer l’info quand elles voulaient.  [21:15] Les femmes paient moins pour de l’info. On s’est dit qu’il y avait un truc particulier à faire sur la presse généraliste pour ces jeunes femmes. [21:55] Sur la newsletter tu vois moins de choses que sur un chatbot. On pouvait savoir à quel moment de la lecture les gens s’arrêtaient. On a des données sur l’ouverture, le nombre de personnes qui cliquent et donc s’engagent. Les clics à la fin sont la seule façon de voir si les gens vont jusqu’au bout.  [23:35] Tous les 6 mois on fait une étude approfondie auprès des lectrices. [24:20] Pour l’instant on se concentre sur la newsletter comme format auto-porteur pour avoir toute l’info sur un seul endroit et pour bien faire ça, c’est du travail. On a plein de demandes pour le podcast, notamment des mamans nous disent qu’en audio ce serait plus pratique le matin. Le problème du podcast c’est la monétisation. [26:40] On a conçu la newsletter comme un média communautaire. La première brique c’est le club. On l’a lancé en novembre. Il permet d’avoir plus de Voxe : d’autres contenus, notamment la “Friteletter” une fois par mois sur un sujet déployé un peu comme le fait le magazine Le 1, une conférence d’empowerment chaque mois. Actuellement, on augmente l’offre pour donner accès en permanence aux archives de la newsletter. [30:50] On cible les jeunes marques de la transition, des vêtements, de la cosmétique, des services, qui mettent les utilisatrices au centre et pensent à la planète et à leur impact sur la société. L’idée est d’avoir 50% des revenus qui viennent de la communauté et 50% de revenus de marques. On veut laisser une place importante à l’audience. [32:55] Le portrait-robot de notre audience, on l’appelle Chloé : elle a 28 ans, elle vit à Nantes, elle a fait 2-3 années d’études post-bac et elle est à un moment de sa vie où elle pense à s’établir. [35:05] On peut le dire maintenant, il nous restait 6 mois de cash quand on a décidé le changement. On voulait tester la newsletter mais on n’était pas serein. On a eu une chance folle, nos actionnaires nous ont dit oui.  On a testé durant 6 mois et on a vu très vite le succès, avec plein des mails de lectrices qui nous disent qu’on a changé leur rapport à l’actu. En 7 ans d’entreprenariat, je n’avais jamais eu ce sentiment. Quand tu n’as pas trouvé ton marché tu ne le sais pas mais quand tu l'as trouvé tu le sens. Notre chance a été de commencer à exister au moment du premier confinement et comme on ne comptait pas sur des revenus, on ne comptait pas sur des revenus. On a eu un peu de temps pour apprendre. [37:40] Pendant le premier confinement, certaines de nos lectrices nous ont parlé de leurs questions existentielles sur leur boulot et nous ont proposé des groupes de discussion. Après analyse du besoin, on a proposé le programme d’accompagnement“Boost camp” sur 5 semaines, avec 2h30 par semaine puis une séquence de mails qui permettent de se poser les bonnes questions pour prendre les rênes de sa vie pro. [40:20] Pour participer à la vie publique, il faut se sentir légitime, il y a un vrai sujet de confiance en soi et notamment de ne pas regarder ses chaussures quand un débat éclate et l’info est le premier outil pour ça. Crédits  Interview : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio
43:31 01/04/2021
La force de la communauté pour informer sur YouTube, avec Aude Favre
Il y a deux ans, dans l’épisode 1 d’A Parte, Aude Favre nous racontait comment elle démontait les fake news sur Youtube avec sa chaîne WTFake. Toujours journaliste et youtubeuse pour raconter les coulisses de ses enquêtes de fact-checking, Aude a vécu beaucoup de changements en 2020.  Le confinement l’a amenée à lancer des enquêtes collaboratives en mobilisant sa communauté de 86 000 abonnés. Peu avant, la collaboration avec France TV Slash s’était arrêtée, la conduisant à se tourner vers un modèle plus participatif pour financer sa chaîne. Place donc à la communauté : 1400 personnes sont actuellement réunies sur le serveur Discord et travaillent avec elle sur les enquêtes. Pour Aude, ce fonctionnement ouvert est aussi une excellente manière de combattre les incompréhensions sur le travail des journalistes et tenter de restaurer la confiance entre ceux-ci et le grand public. L’objectif pour Aude maintenant, avec son camarade Sylvain Louvet, est de sortir une grande enquête collaborative qui pourra avoir un fort impact. --- Pour aller plus loin  La chaîne Youtube WTFake Le Tipee de WTFake la rédac L’épisode 1 d’A Parte avec Aude Favre --- L’essentiel de l’épisode  [4:45 ] Ma chaîne est à l’arrêt provisoirement. Je me suis rendu compte que c’est bien de fact-checker dans la joie et la bonne humeur mais je ne sais pas si c’est si efficace que ça. Je m'explique : on a eu de l’impact sur beaucoup de contenus complotistes qui ont fini par disparaître, notamment parce qu’ils avaient honte et qu’on les avait affichés. De ce point de vue c’est efficace. Mais en même temps l’efficacité était limitée par le côté “Aude contre le reste du monde”. J’ai mes petits moyens, j’ai besoin de trois mois pour faire des vidéos fouillées. Du coup j’ai senti que c’était peut-être la fin d’un cycle. [6:18] Là-dessus est venue se greffer la crise covid qui fait que je me suis retrouvée démunie : je n’étais plus en contrat avec France TV et j’ai un peu échoué à la campagne où je n’avais aucun matériel. Et j’ai commencé à fact-checker avec la communauté. J’ai découvert à ce moment-là la force que ça pouvait représenter de travailler ensemble avec 100 puis 200 puis 600 et aujourd’hui 1400 personnes. On se retrouve sur le serveur Discord et on est la rédac WTFake. [07:10] C’est hyper intéressant en termes d’impact et en termes d’ouverture du journalisme. On invite qui le souhaite, y compris des fans de certains documentaires un peu complotistes sont dans la rédac. Ensemble nous essayons de recouper des infos, d’enquêter et ça fait réfléchir tout le monde. Je crois de plus en plus en un mouvement d'alliance entre les journalistes et les citoyens pour assainir le débat public. Je travaille avec Sylvain Louvet, journaliste avec lequel je travaille sur de nombreux projets. [8:55] Après une ou deux vidéos de fact-checking, où je donnais un peu des devoirs aux gens, très rapidement j’ai été dépassée. Des gens de la communauté m’ont dit : il faut aller sur Discord. Pour tous ceux qui s’y connaissent c’était vraiment la bonne solution car ça permet d’organiser les choses.  [10:15] Je suis pas du tout geek, ils m’ont tenu la main, certains sont devenus modérateurs et font un boulot de dingue. C’est génial. j’ai découvert la force d’une communauté, c’est comme une petite famille. Aujourd’hui on est 1440. On se retrouve régulièrement dans des lives sur Twitch et on fait progresser les enquêtes sur Discord.  [11:40] Au début il y avait des personnes qui n’étaient pas dans l’ambiance, qui est bon enfant, courtoise… Certains étaient clairement dans la mouvance complotiste. Le problème c’était la façon dont ils interagissaient, ils étaient hargneux. Cela s’est calmé rapidement  [12:45] Le Discord est ouvert à tous. Grâce au travail des modérateurs, il n'y a pas de soucis. Dans les temps qui viennent, on va s’organiser un peu plus, on va mettre des règles basiques sur le groupe : courtoisie, ne pas changer de pseudo tous les jours, ne pas contacter le ministère de l’Intérieur au nom de la rédac... [15:00] J’ai relancé le Tipeee avec l’objectif de 9000 euros par mois, qui est en fait un objectif bas pour produire des enquêtes ambitieuses. Les enquêtes coûtent très cher mais je ne suis pas une bonne marketeuse. On doit être à 17% de l’objectif. C’est aussi de mon fait dans le sens où on n’a pas encore produit “L’enquête de la rédac” qui peut être un produit d’appel pour que les gens donnent. Avec Sylvain Louvet, on veut faire une super belle enquête et on n’avait pas encore les moyens.  On avait le choix de faire une enquête artisanale soit attendre de trouver des partenaires médias intéressants, peut-être des donateurs… On a choisi la deuxième option. Depuis la rentrée, je suis partie en recherche de fonds, remplir des dossiers de 90 pages. Et donc à partir de ce moment-là le Tipee n’a plus augmenté. Là, on est en bonne voie pour produire quelque chose de vraiment chouette grâce à des donateurs, un média web. [18:40] Il y a des gens, notamment dans la communauté, qui trouvent que ça ne va pas assez vite, qu’on pourrait produire des enquêtes. Mais dans l’exercice de rédaction collaborative, il y a aussi cette idée que les enquêtes c’est long et ça prend du temps. Personne ne se doute qu’il faut faire des notes de centaines de pages pour intéresser les financeurs. Peut-être certaines personnes se demandent ce que je fais alors que j’ai des journées de 29 heures… Peut-être que je devrais communiquer sur les réseaux sociaux. Pour moi, c’est pas grave si je disparais quelque temps parce que je sais que ça avance. [21:15] A la base je cherchais plutôt à aider quelqu’un sur Youtube, je ne voulais pas me mettre en avant. C’est une expérience vraiment à part. J’ai beaucoup de  collègues à la télé qui me regardent et se disent : qu’est-ce qu’elle fait ? [22:15] Comme expérience c’est très riche. J’en retire que c’est payant d'être soi et d’y aller. L’information est trop formatée. Ce que j’ai fait sur ma chaîne pendant trois ans, je serais encore en train d'essayer si j’avais essayé de le vendre à un gros média. Peu de gens parient sur des choses nouvelles. [23: 10 ]Là où ça me pose question c’est les effets de foule, le trolling, la haine qui est assez forte.  Au début, je regardais les notifications. Au début, 80% des commentaires les gens aimaient bien.  Après quand j’ai commencé à avoir un peu d’impact, ça a fait moins rire un certain nombre de gens. Là j’ai commencé à avoir des trolls. Et ça a explosé avec une vague en particulier (Lama Fâché). [24:50 ]En fait, ça a été les montagnes russes : des vagues de “c’est top” et des vagues encore plus grandes de haine pure. J’ai passé pas mal de temps très mal où je ne dormais pas. Si tu lis trop ces commentaires, tu finis par penser que tu es la pire des créatures qui a existé sur terre… En fait, il faut pas les regarder.  [26:00] Je me suis pris des torrents de haine par certaines périodes. J’ai appris à le gérer. Je n’ai pas pris de cours, mais finalement j’ai arrêté de regarder mes notifications et puis en fait je lis beaucoup et la littérature me fait un bien de dingue. Je n'ai jamais autant aimé la littérature que depuis que je suis sur YouTube. Tu te poses, tu prends du recul, tu es dans le silence. Dans les réseaux sociaux, l y a un côté intoxication, ça t'attaque ton mental, tu ne fais plus que penser à ça. Je me suis réfugiée dans les bouquins, le silence, mes enfants. La vie est courte. Parfois il y a un seul mec sous 40 pseudos. De quel droit il peut me pourrir la vie? Cela m’a pris du temps de relativiser ça. C’est important d’être droit avec soi-même. Je pense souvent aux jeunes qui se mettent sur ce truc-là. A 38 ans c’est bon, à 19 ans je n’aurais pas tenu…  [30:10] La solution sur le financement, je la cherche. Je n'ai pas cette compétence de faire une stratégie économique. Je suis une petite journaliste qui aime faire ses sujets. Sur Youtube il faut être entrepreneur, c’est une autre paire de manches. J’ai juste créé un Tipee. Je compte sur le fait que nos enquêtes vont nous permettre d’asseoire une communauté plus large. Je pense que l’avenir c'est de se faire financer par sa communauté. C'est un défi : créer une communauté prend du temps mais c'est l'avenir.  [33:30] J’ai la chance d'avoir une société de production qui me suit dans mes différents projets, qui s’appelle Babel. On est à la frontière entre l’ancien monde et le nouveau monde. Tout le monde dans les médias se posent des questions. J’avoue, je  n’ai pas de réflexion très pointue là-dessus, c’est peut-être un peu handicap. L’argent, le financement, le marketing ne sont pas des choses qui me parlent. Mais je suis accompagnée, de la rédac, de Sylvain, de Babel.  [35:50 ]Le fact-checking n’est pas le graal. Cela ne marche pas toujours de faire comprendre à quelqu’un qu’il a tort. Cela ne suffit pas et ça ne marche pas toujours de montrer qu’on a vérifié. A mon grand regret  Sur un live, on a eu un échange hyper intéressant sur Hold up avec une femme qui en était fan. Les faits vérifiés, elle s’en fichait . C’est perçu comme l’élite qui cherche à contrôler l’information. Alors que non !  C’est ce qui me fait penser qu’en créant une sorte de mouvement collectif, où chacun agrège ses compétences, qu’on va s’en sortir. En ouvrant la façon dont on travaille au plus grand nombre. Le problème de fond, c'est la confiance. On est dans une société où plus personne n’a confiance dans les journalistes alors qu’ils posent les questionnements de monsieur et madame tout le monde et se faire leur porte-voix. C'est dramatique à l’échelle d’une société. C’est l’essence de mon travail : réconcilier journalistes et grand public, dialoguer ensemble, pour exiger un débat public qui reposent sur des faits et non des fantasmes.  --- Crédits  Interview : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio
41:45 25/02/2021
La tech n'est pas réservée aux geeks, la preuve par #Règle30, avec Lucie Ronfaut
La tech n’est pas un monde réservé à des ingénieurs blancs : elle infuse dans toute notre société. C’est sur ce postulat que le média Numerama a lancé, en mars 2020, la newsletter #Règle 30, allusion ironique à cette “règle des internets” qui prétend qu’ “il n’y a pas de femme sur internet”.  Preuve du contraire, l’autrice de #Règle30, Lucie Ronfaut, navigue dans la tech et le web depuis longtemps maintenant : après 6 ans à travailler sur ces sujets au Figaro, elle a décidé, fin 2019, de devenir journaliste indépendante. Avec cette newsletter, elle a trouvé l’endroit où partager un regard plus “chaud” sur ce monde très froid en apparence de la tech. Bilan au bout de presqu’un an : 2000 abonnés et un taux d’ouverture de 57% en moyenne. Une belle performance. L’objectif pour cette année est de développer l’interactivité avec l’audience, via un live Twitch par exemple et - dès que possible - des rendez-vous en vrai. --- Pour aller plus loin : La newsletter #Règle30 https://www.numerama.com/newsletter-regle30-il-ny-a-pas-de-femmes-sur-internet/ Les podcasts réalisés par Lucie pour Binge Audio : https://www.binge.audio/podcast/programme-b/les-skyblogs-ladolescence-du-web https://www.binge.audio/podcast/programme-b/mort-a-la-ligne?uri=mort-a-la-ligne%2F --- L’essentiel de l’épisode : [02:30] Numerama voulait une newsletter qui mêle les sujets d’inclusivité, de féminisme et de tech parce que ce sont des sujets qu’ils abordent beaucoup. Pour eux, dans un monde où tout est numérique, traiter du numérique, c’est parler de la société.  Marie Turcan qui est rédactrice en chef et Julien Cadot qui est COO sont venus me voir. On a discuté plusieurs mois et on est tombé sur cette idée. [03:30] Règle 30 c’est une inside joke. Nous ne sommes pas tombés dessus tout dessus. Un titre c’est toujours difficile… C’est une référence à “rule 30”.  Au début des internets il y avait une blague comme quoi il y avait des “règles”. La plus connue est la 34 selon laquelle, quand il existe quelque chose, il en existe du porno. On connaît moins la règle 30 : “il n’y a pas de femme sur internet”. Comme les filles aiment pas aller sur internet, si tu parles à une femme, c’est sans doute en fait un mec.  Cette blague un peu stupide collait en fait assez bien à ce qu’on voulait faire : se concentrer sur tout ce qui n’est pas le cliché du geek, un homme, blanc, jeune, peut-êrre avec des lunettes… On parle de femmes, de personnes LGBT, racisées, handicapées. On essaie de sortir un peu de ce cliché.   [05:30] C’est une newsletter d’actu car hebdo. Elle est divisée en 3 parties : un édito sur une actu qui a accrochée notre attention. [07:00] L’éco et les produits ce sont souvent les angles privilégiés de la tech. Les angles sociétaux ont longtemps été les parents pauvres de la tech et c’est que Numerama veut mettre en avant. [07:50] Je ne suis pas toute seule. Je travaille toutes les semaines avec Marie Turcan, redchef de Numerama. Le lundi entre 10 et 16 heures, je vais voir Marie. Elle me fait ses retours, on débat et ensuite je mets à écrire. J’y consacre environ une journée. Le plus gros c’est l’intro, qui fait entre 3 et 5 000 signes. Ensuite il y a la revue de presse. C’ets un travail qui se fait tout au long de la semaine pour ma curiosité et mon travail, je “pockete” mes articles. Le lundi j’en choisis quatre, avec au moins un article en français. J’essaie aussi de trouver des articles qui n’ont pas trop tourné.  La 3e partie, c’est la reco culture : j’essaie d’élargir, d’ouvrir le point de vue. Si ça touche aux nouvelles technologies, de près ou de loin, et à l’inclusivité, je vais en parler. Le but ce n’est pas forcément de parler des nouveautés. Cela peut être un livre de science fiction  d’il y a 10 ans, une vidéo de la semaine dernière... [11:38] Au Figaro, on n’utilise pas le “je”. Je pense que c’est avec Numerama qu’on s’est dit que cet usage était approprié. Je viens en tant que femme dans la tech, qui en a aussi subi les mauvais aspects, comme le sexisme. Je ne fais pas du journalisme gonzo mais j’essaie de personnifier l’information, de la même manière que sur Twitter. Cela me permet de faire des blagues ou des coups de gueule, d’avoir une écriture “plus chaude” vis à vis d’une actu tech plutôt froide, un peu désincarnée. J’essaie de la réincarner. [14:15] On voulait une newsletter courte, qui puisse être lu en 5 minutes dans le métro.  On utilise le logiciel Mailchimp qui donne 2 stats principales : le taux d’ouverture qui laisse pense que le format plait et le taux de clics On vient de passer la barre des 2000 abonnés, avec un taux d'ouverture de 57%. Cela nous rend fiers. [13:40] Fin 2020, j’ai demandé aux lecteurs ce qu’ils voulaient changer : on a beaucoup de compliments, le format a l’air de plaire. On est à la recherche de pas mal d’interactivité. Autoriser une newsletter à venir dans sa boîte mail, c’est une marque de confiance. Mais on a moins d’interactions qu’un article, on n’a pas les commentaires. En fin de semaine je vais faire un premier live Twitch.  Quand on répond au mail je peux consulter. J’essaie d’encourager cette interactivité. [18:10] L’enjeu c’est de tomber du premier coup dans l’onglet boîte principale et pas promotions. L’ennemi n°1 c’est Gmail et ses onglets. On a remarqué que les mots lesbiennes, pénis, vagin sont utilisés, la newsletter  est moins ouverte, sans doute parce qu’elle a été envoyée dans les promotions et donc moins vue. [21:45]  On a deux leviers : ceux de Numerama, sur Twitter et Facebook, un peu moins Instagram. Et après moi de mon côté, je vais utiliser mes réseaux. J’ai 18 000 followers sur Twitter. A un moment dans la semaine, je rappelle que j’ai une newsletter. Et le jour où on envoie la newsletter, je fais une capture d’écran, je le relaie sur Twitter et Instagram. De plus en plus, on a aussi des lectrices et des lecteurs qui en parlent directement sur Twitter. Cela nous permet de toucher une audience qui n’est pas la nôtre et c’est une démarche super valorisante. On a remarqué aussi que dès que j’ai de la visibilité, même sans rapport avec la newsletter, cela crée des nouveaux abonnés. [25:05] Le succès actuel des newsletters montre un vrai intérêt pour une info qui va un peu moins vite, une info plus éditorialisée. Il y a un charme un peu rétro d’attendre le numéro suivant. Cela dit aussi des choses sur les jeunes journalistes et leur place dans les rédactions. Peut-être un retour à quelque chose de plus petit, reprendre un peu le contrôle sur la manière dont on veut traiter l’info.  Enfin, on retrouve un rapport plus direct avec le lecteur ou la lectrice. Je ne reçois jamais d’insultes, contrairement aux espaces de commentaire dans les médias, où c’est la guerre. C’est un rapport beaucoup plus sain [28:45] La newsletter est un vieux format. Elle a été longtemps quelque chose de féminin. Est-ce que c’est une bulle ? Les meilleures et celles qui sont amenées à durer sont celles qui rémunèrent la personne qui les produit et encadre cette personne.C’est du travail. Avoir un éditeur, un redchef qui relit, c’est essentiel à sa pérennité et aussi un gage de qualité sur le long terme. C’est un format assez enthousiasmant. Convaincre une personne de payer, c’est retrouver ce rapport direct. Il y aura forcément un écrémage. Je suis assez optimiste. Je suis très cliente, je suis abonnée à au moins 40 newsletters et je les lis toutes! [31:50] Je suis journaliste indépendante depuis plus d’un an : je suis partie du Figaro juste avant la pandémie… Le Figaro était ma première expérience professionnelle qui a été super. J’approchais de la fin de ma vingtaine. J’ai eu envie de prendre un peu de risques, de travailler avec d'autres rédactions et de creuser ces sujets de société et d’inclusivité.  J’ai eu la chance de travailler avec Numerama dès mars 2020. Avoir des piges régulières c’est le graal. Je travaille avec Libération, Le Monde…  J’avais aussi envie d’aborder des formats différents, la newsletter, le podcast. Binge audio m’a donné ma chance alors que je ne venais pas de l’audio.  Je sors un roman en avril : “Les règles du jeu”, sur les startups et le féminisme, aux éditions La ville brûle.  --- Crédits  Interview : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio
45:00 28/01/2021
Un média à deux voix pour penser le monde d’après, avec Laetitia Vitaud
Mi-mars, en plein confinement en Normandie, Laetitia Vitaud et son conjoint Nicolas Colin se posent beaucoup de questions existentielles. “Nous avions envie de prendre la parole et de travailler ensemble.” Ainsi naît “Nouveau Départ, le média de la crise et de la transition” avec la volonté pour eux d’en tirer un revenu dans ce monde incertain pour des indépendants. Laetitia Vitaud est autrice : elle a publié en 2019 le livre Du Labeur à l’ouvrage, elle anime la newsletter gratuite Laetitia@work sur le futur du travail et le féminisme, et elle est aussi rédactrice en en chef pour la startup Welcome to the jungle. Quant à Nicolas Colin, cofondateur de l’accélérateur de startups The Family, il est spécialiste du monde numérique et édite la newsletter “European Straits”. “Nouveau Média” a démarré en vidéo mais les tests sur ce format ne sont pas révélés concluants : format trop complexe à produire. La newsletter inclut finalement des contenus écrits - éditos ou notes de lecture - ainsi que les épisodes du podcast “A Deux Voix”, réservés aux abonnés. Tout l’enjeu est en effet de convaincre l’audience de soutenir le projet à hauteur de 150 euros par an. Résultat au bout de 6 mois : environ 5% des inscrits - 3000 en tout - sautent le pas du payant. La suite est déjà en construction : “Building Bridges”, sorte de version européenne de “Nouveau Départ”, propose des interviews sous forme de podcast en anglais, déclinées en français, allemand et bientôt espagnol. ----- Pour aller plus loin (liens à mentionner) Laëtitia Vitaud est présente sur LinkedIn et sur Twitter. “Nouveau Départ” a sa page LinkedIn, sa chaîne YouTube, son compte Twitter. Les conseils newsletter de Laetitia... ...sur le futur du travail... Zevillage (Xavier de Mazenod) Billet du futur (Samuel Durand) La Mutante (Noémie Aubron) Remotive (Rodolphe Dutel) Fwd: Economy (MIT)  The Professional Freelancer (Anna Codrea-Rado) O'Reilly Next Economy (Tim O'Reilly) … sur d’autres sujets... European Straits (la newsletter de Nicolas Colin) Idée fixe (Toni Cowan-Brown) The Uncertainty Mindset (Vaughn Tan) Behavioral Scientist  Maker Mind (Anne-Laure Le Cunff) Les Glorieuses (Rebecca Amsellem) Culture Study (Anne Helen Petersen)  Plumes with Attitude (Benjamin Perrin) ----- L’essentiel de l’épisode (avec time code) [06:25] Les usages du podcast ont évolué. Les gens avaient l’habitude de les écouter sur le chemin du travail, un demi-épisode le matin et l’autre le soir. Le confinement a créé de nouveaux usages : en faisant la cuisine ou en faisant son sport. On y revient d’autant plus qu’on en a marre d’avoir les yeux rivés sur l’écran, le fameux tunnel zoom. [06:43] Une fois qu’on a levé le verrou technique, sur les outils et la qualité du son, il y a quand même un petit coût d’entrée. Après, il n’y a plus de limite. Les gens sont plus disponibles. [08:00] Nouveau Départ est une newsletter : les abonnés qui paient un abonnement reçoivent des contenus exclusifs, le podcast “A deux voix”, qui est une conversation avec nos deux approches différentes qui est différent de ce qu’on entend à la radio. On en fait deux fois par semaine. Le chapeau, c’est “le média de la crise et de la transition”. On a compris que la crise actuelle accélère un certain nombre de phénomènes en germe et qui nous font passer d’un paradigme à un autre. Le prisme de Nicolas  c’est l’économie numérique et l'entrepreneuriat. Mon angle de travail est le futur du travail, les transformations des organisations.  [13:43] La newsletter permet d’envoyer des formats différents. Le lundi par exemple on envoie un édito écrit avec une version audio et à tous nos inscrits. [15:39] La newsletter est du coup plutôt un canal mais cela a ceci de particulier que ça crée un lien différent avec les abonnés : il suffit de répondre pour interagir directement avec la personne qui crée le média et de manière beaucoup plus intime, plus direct. Pas du tout comme de laisser un commentaire au bas d’un article ou d’un blog de manière anonyme. Là c’est toujours plus constructif. [17:20] On a largement dépassé les 100 abonnés. C’est intéressant de regarder la courbe. Au début ce temps qu’on passe pour très peu d’abonnés , ça semble pas du tout rentable. Et arrive un moment quand ça progresse, on voit que ça commence à valoir la peine, et puis on commence à envisager d’acheter du matériel, d’avoir des personnes qui nous aident. [19:02] Un média comme ça finalement c’est une startup : toucher le plus de gens possible, tu attires un maximum de gens avec du contenu gratuit, tu les habitues et puis un jour certains passent le pas du payant. Donc le défi c’est de savoir ce qui va leur faire franchir le cap, en faisant découvrir par exemple notre podcast, ou avec des opérations spéciales.  [21:05] Environ 5 et 10% inscrits sont abonnés et on doit être à un peu moins de 3000 inscrits, avec à peu près 5-6% abonnés. [23:05] Il y a quelque chose de très personnel, c’est une relation qui s’établit. Soit ils aiment cette manière de voir le monde, en particulier pour l’un de nous deux. C’est nous qu’on vient suivre. Souvent des gens avec lesquels on a déjà interagi, par exemple lors d’une conférence. [28:45] Dans un monde qui se polarise, où on cherche des choses tranchées, singulières, le côté “média fourre-tout”, qui ne se mouille pas, sans identité, c’est pas forcément ce que les gens viennent chercher. Pour un accès à l’information brute, oui, mais seules quelques institutions pourront jouer ce rôle.  [29:27] On voit émerger des modèles singuliers, d’individus, souvent des anciens journalistes, qui décident de faire disparaître cet intermédiaire qu’est le média traditionnel et vont s’adresser directement à une communauté, parfois ils ont même déjà construit une audience. [32:24] Est-ce qu’il y a de la place pour tout le monde ? Dans cette phase de conquête, il y a des gens qui vont prendre des places. Mais à un moment il va y avoir saturation.  [33:10]  Pour arriver à 100 abonnés prêts à payer, il faut en avoir touché 10-20 000. C’est pas un hasard si beaucoup de ceux qui réussissent à en vivre sont des journalistes car il vaut mieux  avoir une audience au départ. [34:10] En théorie les grands médias ont une opportunité extraordinaire de recruter des talents et de redevenir plus glamour auprès d’une audience qui évolue, comme à l’époque des blogueurs. C’est ce qu’avait fait New York Times avec le blog FiveThirtyEight de Nate Silver pour les élections de 2012.  [35:25] Ces stars de la passion economy deviennent des médias eux-mêmes et ils perdraient en liberté, indépendance, autonomie sans gagner forcément en notoriété. Il faudrait pouvoir les détecter au bon moment, avant qu’ils soient des superstars et ça nécessiterait de prendre des risques, d’être très curieux des petites pousses. J’ai pas l’impression que les grands médias fassent ça. Et j’ai l’impression que les grands médias font cela avec beaucoup de retard. [38:11]Pour exister dans la passion economy il faut pouvoir dire “je”, exister comme une personne singulière, avoir une identité éditoriale très claire, une niche.  [38:51] Il faut se lancer ! Créer un média c’est un véhicule pour créer son identité dans un contexte où il faut construire une réputation, un réseau. Beaucoup de podcasts que j’aime bien sont partis comme ça. Ils l’ont fait au début sur une volonté d’apprendre, pas immédiatement avec l’idée d’en faire quelque chose de rentable. Et finalement ils en ont fait quelque chose d’unique, et se sont créé un revenu. ----- Crédits  Interviews : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio
44:09 10/12/2020
Une «ONG» pour révolutionner l'économie des médias, avec Cécile Calmon et Assen Lekarski
La défiance vis-à-vis des grands médias tient en partie à l’actionnariat de ces entreprises, avec la présence de nombreux milliardaires, et au doute sur l’indépendance des rédactions qui en découle. Ce constat constitue le point de départ d’Un Bout du Monde qui propose, via un financement participatif, à tout un chacun de devenir membre de cette association qui a vocation à peser sur la gouvernance du Monde et d’autres médias. Les deux animateurs de la campagne, Assen Lekarski, fondateur de l'agence Kokoshka (ex-Newspayper), et Cécile Calmon, chargée d'opérations au sein d'Un Bout du Monde, nous racontent ce projet porté par l’économiste Julia Cagé, autrice de Sauver les médias et présidente de la société des lecteurs du Monde.  Cette association souhaite devenir une sorte d’ «ONG» pour les médias français, permettant à la fois de mobiliser une communauté impliquée dans l’indépendance des rédactions et de fournir un support logistique, juridique… aux médias ayant des problématiques d’actionnariat. ----- Pour suivre Un Bout du Monde Site Un Bout du Monde : https://unboutdumonde.org/ Campagne KisskissBankbank : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/unboutdumonde?utm_source=unboutdumonde&utm_campaign=aparte&utm_medium=podcast ------ L’essentiel de l’épisode [06:07] L’idée de Julia Cagé est de concrétiser pour le Monde et les grands médias la capacité à fédérer de manière citoyenne et démocratique les journalistes, les salariés et les lecteurs afin de leur permettre d’entrer dans le capital de ces médias [07:14] Pourquoi c’est intéressant de faire appel au grand public ? En France la question de la production de l’information est éminemment politique, c’est très présent dans le débat. Tout le monde a un avis sur les médias, notamment mainstream. Il suffit de regarder l’arrivée de Daniel Kretinski au capital du Monde. [08:37] Il y a un besoin de fiabilité, un besoin de comprendre, avec beaucoup de sujets complexes à appréhender (climat, 5G…). L’association fait aussi le constat d’un manque de confiance dans l’information proposée avec, parmi les facteurs évoqués, la question de l’actionnariat. Il y a une volonté de s’investir à l’échelle individuelle et pas forcément la structure qui permet de s’organiser collectivement pour peser dans le débat public et participer au financement des médias.  Donc l’idée du financement participatif, c’est de remettre les citoyens au centre du jeu. Les médias sont un pilier de la démocratie : aujourd’hui on fait le constat d’un doute grandissant vis-à-vis des médias dits mainstream. Le financement participatif permet de parler à chacun et de peser collectivement. Il y a vraiment cet effet de bascule.  [11:21] Quand Daniel Kretinski a racheté la participation de Mathieu Pigasse dans Le Monde, c’est uniquement grâce à la mobilisation des journalistes, des salariés et des lecteurs mobilisés par le journal contre cet actionnaire non désiré qu’un droit d’agrément a pu être obtenu par les journalistes et le pôle d’indépendance. L’association Un Bout du Monde vise à consolider ce soutien dans le temps et de se doter de fonds pour mener des actions d’entrée au capital là où ce sera possible, avec une présence au conseil d’administration. Et tout simplement aussi avoir cette foule prête à se battre pour l’indépendance des journalistes, des gens identifiés, prêts à se battre et facilement mobilisables. [12:58] C’est une sorte d’ONG des médias qu’on est en train de créer avec Au Bout du Monde, comme dans l’environnement, avec des gens prêts à se mobiliser pour des causes et des initiatives. [14:12] Julia Cagé, en tant que présidente de la Société des Lecteurs du Monde, participe aux réunions avec les actionnaires et a évoqué l’association. La direction du Monde soutient l’initiative, ainsi que le po^le d’indépendance, membre de l’association, et la Société des Rédacteurs du Monde.  [15:42] Un point lié au financement participatif : quel que soit le montant de la participation, 5 ou 30 euros, chaque personne a une voix en assemblée générale. Une personne, une voix. [17:11] Dans l’action d’Un Bout du Monde vis-à-vis des autres médias, il y a bien sûr les situations de crise, avec des actionnaires non désirés, pour mobiliser l’opinion mais il existe aussi des situations où des rédactions ont envie d’une nouvelle gouvernance et ont besoin d’un accompagnement. Par exemple de petits médias indépendants qui ont fait des choix courageux et ont des questionnements juridiques pour évoluer vers un schéma de fondation comme on le pousse. [19:30] On peut aussi soutenir l’action des journalistes s’ils sont en grève, s’ils veulent défendre leur indépendance à cause de décisions qui touchent leur éthique ou leurs conditions de travail, on sera là pour les défendre, nous et la communauté. ----- Crédits  Interviews : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio
24:03 03/12/2020
Créer des mini-magazines sur mobile grâce à des newsletters, avec Jean Abbiateci
Après des années passées en Suisse au journal Le Temps et au sein du jeune site Heidi.news, médias où il a développé de nombreuses newsletters, Jean Abbiateci a lancé Bulletin.fr en juin 2020. Un média à taille humaine qui va pouvoir grandir avec le nombre de ses abonnés. Le point de départ de son aventure entrepreneuriale ? Franchir le mur du temps !  Les formats courts des bulletins sont en effet pensés pour s’adapter aux vies très denses des 30-45 ans. Concrètement, Bulletin utilise le canal de la newsletter pour proposer de mini-magazines à haute valeur ajoutée en terme de confort visuel et avec la promesse d’être lisibles en 5 minutes. Jean Abbiateci mise sur la curiosité, une vertu selon lui délaissée par les médias, en mélangeant infos concernantes et découvertes. Son modèle économique est “freemium” : on s’abonne gratuitement à un bulletin et, si on en veut plus, il faut s’abonner. Prochaines thématiques à venir : parentalité, écrans, psycho-sciences... ----- Pour aller plus loin  Le site de Bulletin Les coups de coeur de Jean Abbiateci : la revue Pays actuellement en campagne de financement participatif, le collectif Argos sur les questions climatiques et le collectif Youpress qui travaille beaucoup sur les questions de harcèlement au travail.  Un petit coup de coeur personnel : le magazine Sphères.  ----- L’essentiel de l’épisode (avec time code) [05:53] : Le sentiment que j’ai, qui est peut-être iconoclaste, est qu’il faut aller vers le format court. Je ne voulais pas faire un média qui soit mis dans une bibliothèque de manière un peu cérémonielle mais un média qui soit lu. [08:25] J’ai l’impression aujourd’hui qu’un média doit devenir un média compagnon, qui nous accompagne au long de la journée, de la semaine, du mois.  On ne peut plus juste dire : venez chez nous, on a du contenu.  [08:59] : La newsletter, par son format simple, régulier, qui crée un rendez-vous, ouvre sur d’autres sources, permet de réaliser ce média compagnon. La newsletter du New York Times est très incarnée. Un média doit être comme un guide de musée qui indique ce qui est intéressant à regarder aujourd’hui sur un sujet. C’est un mélange de recommandations, de conseils de lectures... [10:24] Une bonne newsletter c’est de l’info et de l’esprit. Dans cet ordre-là.  [11:05] Une des promesses initiales de la newsletter c’est : moi lecteur, je vous donne mon adresse email et vous, éditeur,vous engagez à m’envoyer du contenu ma ma boîte mail, sinon je vous supprime. Cela crée un lien très fort. [11:25] Le modèle des pages vues ne permet plus de créer ce lien entre le lectorat et une rédaction [12:03] L’idée est de créer de mini-magazines pour le mobile. On a vraiment travaillé sur le design, avec un découpage court, de petites formats, on a créé des cartes de textes, d’images, de quizz… Faire l’expérience la plus simple, la plus agréable possible. Qu’on puisse lire un Bulletin avec un café le matin  [15:03] Mon obsession était d’éviter de faire un média de journaliste pour des journalistes. C’est un des biais quand on crée des médias, on s’écoute beaucoup et on a envie d’être reconnus par nos pairs. Il faut beaucoup plus écouter les gens qui seront vos lecteurs : bouchers, fonctionnaires… Quand je travaille sur mes audiences, je chasse ceux que j’ai identifiés comme journalistes pour ne pas être biaisé dans l’analyse. [16:38] La cible de Bulletin, ce sont les CSP+ - parce que ce sont eux qui lisent de l’information - dans les villes de province. En fait j’ai pensé à ma femme qui est institutrice. Comment faire un média pour elle ? Comment est-ce qu’elle consulte l’info, qu’est-ce qu’elle lit, qu’est-ce qui l’intéresse ? Réponse, un mélange entre des infos pratiques et des infos inspirantes. Pour moi cette façon de faire est moins intimidante que d’imaginer un média pour une audience large. [18:10] Aujourd’hui on a 500 pré-abonnés payants  via un crowdfunding. Et puis 9000 abonnés gratuits. Grosso modo ils ont entre 30 et 45 ans, c’est un public en légère majorité féminin, plutôt CSP+. [19:20] Le projet Bulletin, ce sont des bulletins à la carte. On s’abonne aux bulletins qui nous intéressent. Pour l’instant il y a un bulletin sur l’actualité. Et demain il y aura un bulletin sur la parentalité, sûrement un sur les écrans, un entre psycho et sciences... C’est le média à la carte.  [20:15] Ce qui me frappe c’est que dans la presse française il y a peu de choses sur la parentalité qui m’intéressent moi, père de 3 enfants. Je pense qu’il y a un créneau à prendre. [21:09] Ce n’est pas que de l’utile, c’est un mix entre des choses concernantes et des choses qui m’ouvrent. Je crois beaucoup au “média piège” . [22:38] Un bon média doit écouter ses lecteurs et les ouvrir à d’autres choses. [23:15] Je fais une part importantes à des articles de chercheurs, pas que des articles de journalistes. [24:20] En créant Bulletin, je voulais éviter une erreur. J’ai vu beaucoup de copains qui créaient des médias. Ils font une super revue. Le problème c’est que ce n’est pas tenable sur la durée, une fois passée la période du bénévolat. J’ai conçu Bulletin comme quelque chose de très modeste. Je peux gagner ma vie à côté.  [25:40] Le crowdfunding à 13 000 euros était modeste. Cette expérience a été très cool, a permis de tester des choses. Maintenant nous avons la possibilité de demander des aides à la presse. J’ai investi un peu d’argent personnel. La première année est donc à peu près assurée. Après, on verra si les gens sont prêts à mettre quelques euros par mois… [26:55] On pourra s’abonner à un bulletin gratuitement et si on en veut plus on prend un abonnement. [29:24] Je crois beaucoup à la fabrication à plusieurs de l’information, entre les journalistes et le public. Il faut inventer des projets sur-mesure qui permettent au lecteur d’être acteur de l’information. [31:15] Je pense que c’est important d’avoir une mission en tant que média, de savoir à quoi on sert. [32:08] La mission de Bulletin c’est l’éveil par la curiosité. La curiosité c’est une vertu peu oubliée par les médias je trouve. A Bulletin, on est sensible aux infos un peu plus optimistes, des choses dans les angles morts, regarder ailleurs ou dans le rétro. C’est une hygiène professionnelle d’aller explorer ça.  [34:01] L’innovation dans les médias se fait beaucoup hors des rédactions.  ----- Crédits   Interviews : Jean-Baptiste Diebold Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Design graphique : Benjamin Laible Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio
38:34 12/11/2020
Google au secours des médias ?, avec Ludovic Blecher
Le dernier invité de la deuxième saison d’A Parte est Ludovic Blecher, le responsable de Google News Initiative Innovation (GNI), la structure mondiale créée il y a 3 ans au sein du géant du numérique pour favoriser la “collaboration et le soutien aux initiatives dans les médias”. Un poste d’observation particulièrement intéressant sur le monde de l’information. Ludovic Blecher raconte comment, en pleine crise du covid 19, Google a lancé en quelques jours un fonds d’urgence d’aide aux médias qui a permis à plus de 5000 d’entre eux à travers le monde, surtout de petites structures locales, de recevoir quelques milliers d’euros pour faire face aux besoins matériels liés au confinement. Cette opération s’inscrit dans une stratégie globale de Google depuis 2013 d’accompagnement de la transformation numérique des médias. La plateforme, décriée comme fossoyeuse des revenus des éditeurs mais devenue indispensable pour leur trafic, lance des appels à projets innovants, finance des études du Reuters Institute ou encore crée des produits utiles à la presse, comme Subscribe with Google, récemment adopté par Le Monde. Dans son parcours l’amenant du site internet de Libération jusqu’à Google, en passant par une bourse d’étude à Harvard, Ludovic Blecher raconte sa passion pour le journalisme de qualité et son constat qu’à l’ère numérique il n’existe plus de recette magique. A chaque média d’inventer son modèle. Pour aller plus loin  Le site de Google News Initiative  Subscribe with Google ----- L’essentiel de l’épisode  L’urgence face à la crise du Covid [00:07:45] C'est une lame de fond qui vient toucher, impacter absolument tout le monde. Et moi, ça fait des années, quasiment dix ans, que le cœur de mon métier, c'est de stimuler l'innovation, de pousser les médias à réfléchir, mettre en place des habitudes nouvelles, à tester des choses, à travailler aussi sur leur culture, sur des logiques d'accompagnement du changement, sur les nouveaux modes de production, des nouveaux modes de distribution. Et finalement, là, il n’était plus tellement question d'innovation dans les discussions que j'avais, ou en tout cas plus question de pousser à innover puisque l'innovation et l'adaptation étaient forcées du jour au lendemain. Il fallait réinventer des méthodes de travail. Il fallait inventer immédiatement, mettre en place du jour au lendemain d'autres méthodes de distribution, etc. [00:08:49] En revanche, là où s'est vraiment focalisée la conversation, ça a été de dire : le choc est tel que l'on n'est pas sûr d'avoir le minimum pour pouvoir continuer à faire le boulot minimum. Comment on paie nos journalistes? Comment on fait pour s'équiper, pour travailler à la maison? Comment on fait pour s'adapter et assurer le besoin d'information dans cette période si particulière, alors même que les gens ont plus que jamais besoin d'être informés?  [00:17:18] On a reçu tout de suite, dès le premier jour, un nombre extrêmement conséquent de projets. Alors, je vous donne le chiffre, évidemment. On a reçu au final plus de 12 000 projets de 140 pays éligibles. Donc, c'est absolument énorme, gigantesque. Et 90% de ces projets venaient de salles de rédaction, d'entités, d'organisation médias, de moins de 26 journalistes. Il y en avait des beaucoup plus grosses, évidemment, mais ça dit à quel point il y avait cet impact, à quel point la crise touchait tout le monde et était dure, brutale, violente. [00:19:54] Le nombre de médias aidés, c'est plus de 5300 médias et qui ont reçu ou sont en train de recevoir un soutien entre 5 000 dollars et 30.000 US dollars. [00:24:59] Cet d'amortisseur a permis de mieux mettre en place toute cette mécanique indispensable pour se mettre en ordre de bataille et essayer de s'adapter à cette nouvelle réalité. Créer une “collaboration” entre Google et les médias [00:29:42] Moi je crois à la collaboration entre différents acteurs qui font partie d'un écosystème. Il est évident qu'on fait partie d'un écosystème. Aujourd'hui, nous Google - j'ai plus de difficulté à mettre dans un même sac toutes les plateformes parce que je crois que chacun a des différences - Google est évidemment a un modèle d’apport d'audience, de trafic, de partage de revenus. [00:30:15] Il faut quand même avoir, là aussi, quelques chiffres intéressants en tête. En Europe, plus de 8 milliards de fois, des gens cliquent sur des contenus news depuis Google. Il y a plus de 3000 de clics par seconde et de visiteurs qui sont apportés à des sites médias. En 2018, plus de 14 milliards ont été partagés à travers le monde à travers du partage de revenus publicitaires à des éditeurs. [00:32:39] La façon dont ont été pensées ces appels à projets, ont permis, ont vu passer là, certainement parmi, si ce n'est les principales, innovations de ces dernières années dans les médias français.  Tous les grands modèles, les changement de modèle, modèle d'abonnement, mise en place de zones premium, travail sur la relation avec les lecteurs, des nouveaux produits éditoriaux, je pense à la Matinale du Monde mais on pourrait vraiment en mentionner beaucoup, certains extrêmement réussis, d'autres qui ont permis d'apprendre des choses même si ça n'a pas été une innovation qui a permis nécessairement de générer des revenus. D'autres qui se sont vraiment installés dans le paysage. Tous ces projets sont passés par par ce fonds français, ont été financés par le fonds français, ensuite par le fonds européen. [00:33:40] Ce qu'on voit très bien, c'est que cette collaboration, qui a ouvert un espace de discussion permanent entre les médias et Google, a permis d'avancer sur tout un tas de thématiques. Et donc de ce fonds français, de ces discussions, de cette émulation, est née une initiative, cette fois au niveau européen, qui est venue deux ans et demi ou trois ans après est venue prendre le relais, c’est qu'on a appelé le DNI, le Digital News Initiative. [00:34:14] Cette fois, on a été plus loin. On s'est pas contenté de faire un fonds qui stimule l'innovation dans les médias dont j'ai pris la charge. Mais on a aussi ajouté deux autres piliers, autour de la formation et de la recherche, avec des rapports sur le numérique, des études super approfondies, vraiment passionnantes, qui sont faits chaque année en partenariat avec le Reuters Institute. J’incite tout le monde à aller voir, c'est certainement l'une des sources les plus les plus profondes, les plus travaillées sur l'état de la mutation, de la transformation des médias à l'heure du numérique, partout dans le monde. [00:35:18] Et puis, une dimension plus “produit” avec des produits comme AMP, qui a permis un nouveau standard open source pour multiplier et accélérer énormément l'affichage de l’information des articles sur les mobiles, intégrant là aussi des logiques d'abonnement, des nouveaux produits qui sont venus un peu plus tard, comme Subscribe with Google, qui est maintenant mis en place par différents acteurs. Le Monde l'a récemment mis en place, ainsi que beaucoup d'autres acteurs partout ailleurs en Europe et dans le monde. Une carrière dans la transformation digitale de l’info [00:42:58] J'étais rédacteur en chef et directeur numérique à Libération. Et finalement, j'étais un journaliste qui était devenu un amoureux de la fabrication de nos produits. J'ai toujours estimé que le digital, c'était finalement une chance, une opportunité. Et en tant que journaliste, c'était tellement rare de voir des nouveaux médium se créer, qu’il fallait le prendre tel quel en inventant des nouvelles écritures, en inventant une nouvelle relation avec le lecteur, et que tout ça, c'était génial. Et donc, j'ai été d'abord journaliste, reporter. C'était ma passion. Et puis, très vite, je me suis dit : moi, j'aime aussi créer des médias, ou à l'intérieur des médias, créer ce qu'on appelle, ce qui était à l'époque un gros mot à Libération, des produits, avec un marketing pour installer ce produit et attirer de nouveaux lecteurs. J'ai été confronté un peu à cette logique où on vit un peu en silos, où j'avais le sentiment que les journalistes me regardaient parfois avec des gros yeux en disant : mais pourquoi tu t'intéresses aux abonnés, au montant de l'abonnement, au prix à payer, voire à la publicité ou bien à la communication et au marketing. Cela ne doit pas être dans ton champ. [00:49:00] Je crois qu’un des éléments du numérique, c'est qu'il n’y a plus de “silver bullet”, comme disent les Américains, c’est-à-dire de recette miracle, de recette magique. Chacun doit construire sa petite recette. Il faut s'inspirer des autres. On peut emprunter les ingrédients de ce qui se fait partout ailleurs, mais à un moment, il faut construire avec son identité, son journalisme, sa réalité et surtout ses audiences.  [00:52:15] Si on fait du journalisme, il est évident que le point de départ est l'éditorial. Mais le rapport aux outils et à la techno va être différent si on est dans un modèle 100% abonnement, si on a un modèle d'un taux de conversion avec un modèle très mixte, où avoir besoin de beaucoup d'audience et beaucoup de reach est aussi important que de monter son taux d'abonnement, ou bien si l'on est sur un modèle purement gratuit ou là, ce qui est important, c'est de générer un maximum d'audience. [00:52:58] Je crois que réellement, la reconstitution des liens avec les lecteurs, part de là, c'est le plus fondamental. Quelle est sa promesse éditoriale? Comme on est capable de la tenir, comme on est capable de faire des choix, comment on est capable de produire un journalisme d'extrême qualité aujourd'hui. Et ça, les gens sont prêts à le payer. Ensuite, la techno va être utilisée, cette fois dans un second temps, pour des logiques de réduction par exemple du churn, de réduction de l'attrition, comment on maintient ses abonnés. Comment on se rappelle à ses abonnés? Comment on fait en sorte que quelqu'un qui s'est abonné avant tout pour soutenir la qualité soit aussi au courant de ce qui est produit à travers des newsletters, des rappels, des alertes, des choses qui sont poussées pour s'assurer qu'il consomme et qui profite de la qualité et que cela lui donne envie de se réabonner ou d’être un ambassadeur de la marque média. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
59:57 09/07/2020
Une radio participative sur WhatsApp en Afrique de l’Ouest, avec Israël Guebo
Ce nouvel épisode d’A parte nous emmène en Côte d’Ivoire, où les jeunes journalistes se tournent de plus en plus vers la communication digitale. Formé à l’ESJ Lille, puis revenu à Abidjan, Israël Guebo innove depuis 10 ans dans les médias en Afrique de l’Ouest. Son dernier projet en date est une radio militante et bénévole qui lutte contre les fake news en diffusant des informations vérifiées sur WhatsApp, Twitter et Facebook. Depuis le début de la crise du coronavirus, WAmédias joue ainsi un rôle fondamental pour sensibiliser et éduquer la population. Son JT touche de nombreux Ivoiriens, au pays et à l’étranger, notamment grâce à la reprise des contenus par des radios communautaires, qui assurent une traduction en langues locales. Dans les prochains mois, WAmédias pourrait continuer son travail de fact-checking à l’occasion de la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Avant Wamédias, Israël Guebo a mené de nombreux autres projets journalistiques, souvent participatif, toujours militant, pour que les médias gardent toute leur place dans le pays. Il a notamment créé une école de journalisme afin d'insuffler aux jeunes le même enthousiasme qui l’anime depuis 10 ans. ----- L'essentiel de l'épisode  [00:04:05.460] La Côte d'Ivoire a eu son premier cas d'infection au coronavirus le 11 mars. Et dans la foulée, il y a eu beaucoup d'informations qui circulaient, disant par exemple que le soleil tue le coronavirus. Que les Noirs ne meurent pas du coronavirus. Qu’il faut boire de l'eau chaude pour lutter contre le coronavirus. Et à côté de ça, on s'est rendu compte que l'information institutionnelle donnée par le gouvernement restait au niveau au sommet, ne descendait pas auprès des populations. On s'est dit : il faut qu'on arrive à récupérer ces informations, à vérifier et à les diffuser auprès des populations, qu'elles soient en ville ou village. Parce que finalement, ces informations trouvent le bouche à oreille et deuxièmement, faire un écho, faire un relais aux informations officielles qui permettent également de contrer les fake news. [00:05:27.970] Au tout début, on a lancé un appel à contribution. On a dit : que vous soyez en Chine, au Japon, au Congo-Kinshasa, à Brazzaville, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, si vous avez envie de témoigner sur la situation du coronavirus chez vous, rejoignez ce qu'on appelle la salle de rédaction, qui est en fait un groupe Facebook. Aujourd'hui, près de 600 personnes ont adhéré. Et c'est ainsi que on reçoit des éléments un peu partout dans le monde. Ensuite, nous, on a trois, quatre journalistes qui sont ici à Abidjan et qui vérifient l'information et ensuite diffusent via WhatsApp. [00:07:47.070] WA médias est inspiré de situations qui existent ici en Côte d'Ivoire. Je me suis rendu compte que dans un village, une femme qui ne savait ni lire ni écrire utilisait WhatsApp pour vendre de l'huile de palme. Elle faisait des notes vocales dans la langue locale, les personnes passaient commande également via une note vocale. J’ai trouvé que c'était une façon assez innovante de communiquer et qu’on pouvait l'adapter à la diffusion de l'information. D'autant plus qu'aujourd'hui aujourd'hui, WhatsApp devient un grand diffuseur de la désinformation. Si on veut contrer les fakes news, c’est sur ce terrain là que nous devons jouer et c’est pourquoi on est arrivé sur WhatsApp. [00:09:05.070] C’est entièrement bénévole. Et pour être très honnête, je l’ai fait sur un coup de tête. Moi, j'adore la radio, et je me suis dit : qu'est ce qu'on peut faire avec des amis ? [00:09:40.970] On a eu des radios rurales, des radios communautaires qui nous ont approché. Il y en a aujourd'hui qui récupèrent le son brut du journal et le diffusent sur leurs antennes ensuite, notamment deux radios dans le centre du pays. Elles vont prendre cet élément des reportages et les traduire en langue locale. Donc, indirectement, on arrive à toucher les populations rurales via les radios communautaires.  [00:11:27.550] Qui sont les auditeurs qui vous contactent pour poser des questions aux auditeurs? Il y en a qui qui posent des questions sur des informations et qu’ils veulent qu'on vérifie. Et pour “auditeurs à l'antenne”, ils répondent plutôt à une question. Le vendredi, nous mettons la question de la semaine dans le groupe WhatsApp et sur Facebook. Ils ont toute la journée du vendredi et du samedi pour nous envoyer leurs réponses en 60 secondes par notes vocales. Et après, on met tout cela bout en bout. [00:12:39.660] Comment vous gérez ça sur WhatsApp? On sait que les groupes ont une limite à 256 personnes. Alors on crée des listes de diffusion. Donc aujourd'hui, nous sommes à sept liste de diffusion et chaque liste de diffusion peut prendre jusqu'à 256 personnes. Donc on imagine que 7 fois 256 personnes vont écouter les émissions. Mais parallèlement, vous diffusez aussi sur Facebook et sur Twitter? [00:13:33.150] Oui, parce que tout le monde n'est pas sur WhatsApp. On a aussi près de 5000 personnes qui sont abonnées à notre page Facebook et à notre compte Twitter. Le fait déjà qu'on ait près de 2000 personnes qui entendent la bonne information, c'est déjà un pas. Petite anecdote : chaque soir avant le journal, nous envoyons les chiffres officiels du coronavirus en Côte d'Ivoire. Et quand, à 20 heures, on n'a pas envoyé les chiffres du jour, même si le ministère de la Santé a publié officiellement les informations, les auditeurs attendent WAmédias avant de se dire : OK, c'est vrai. Donc, cette crédibilité là, elle est assise. Et puis derrière, on se dit que c'est un projet qui est duplicable partout, par exemple sur les élections. [00:14:52.490] On l'a entendu dans l'extrait il y a quelques minutes, la Côte d'Ivoire va avoir des élections à l'automne. Quel rôle pourrait jouer WAmédias à ce moment là et dans quel avenir? Au regard de ce petit succès, je me dis qu’on peut être utile dans cette période pré électorale parce qu'on sait très bien qu'à l'approche des élections en Côte d'Ivoire ou ailleurs d'ailleurs, il y a beaucoup de fausses informations qui circulent. Et aujourd'hui, cette radio peut servir à donner de la bonne information. Donner la bonne information, c'est aussi garantir un climat de stabilité et de paix. On a aussi un rôle d'éducation. D'ailleurs, notre slogan, c'est informer, éduquer, sensibiliser. [00:19:38.830] Tu es passé par l’ESJ Lille avant de revenir en Côte d'Ivoire pour lancer de nouveaux médias comme Avenue 225, qui était un site participatif à l'époque, dans la veine de ce que proposait Rue89. Tu as aussi donné beaucoup de formations en Afrique de l'Ouest. Quel est le regard que tu portes, toi, sur l'innovation média en Afrique de l'Ouest? [00:20:00.220] Je pense que on a eu un gros retard au niveau justement des médias et du développement des médias en Afrique de l'Ouest, notamment francophones. Et puis, sur les 4, 5 dernières années, on a vraiment une sorte de révolution qui se met en place en utilisant les réseaux sociaux. De plus en plus de journalistes sont sur les réseaux sociaux, de plus en plus de journalistes créent leurs blogs, des médias intègrent l'interaction. Dans le site internet, on amène du multimédia, donc on a vraiment cette ébullition. Ça, c'est le côté technique, mais après, on a toujours de gros défis au niveau éditorial et au niveau de l'éthique, parce que les habitudes journalistiques qu'on avait dans la presse papier se retrouvent aussi sur Internet. Ca veut dire qu’on va privilégier une conférence de presse plutôt qu'un reportage dans lequel on prend le temps de vérifier une information avant de la diffuser. [00:23:51.970] Est ce que, selon toi, le métier de journaliste attire encore en Côte d'Ivoire? Je peux répondre directement : le journalisme n’attire plus en Côte d'Ivoire. La plupart des jeunes formés notamment dans les écoles de journalisme ici, notamment à l'Institut supérieur des sciences de la communication STC, virent tous vers la communication, pour finir, comme attaché de presse, parce que c'est là où il y a beaucoup plus d'argent que le journalisme. Mais je pense que c'est une mauvaise approche de l'environnement. C'est vrai qu'aujourd'hui, il y a un gros désamour entre les lecteurs et les journalistes parce qu'ils ont longtemps été habitués à ce qu'on appelle la titrologie. La titrologie, pour ceux qui ne savent pas, c'est le fait de s'informer en regardant uniquement les titres des journaux sans acheter. Pendant vingt ans on a été habitués à ça. Les populations ne savent pas pourquoi acheter un journal. Il y a quelques années, les coûts des journaux ont augmenté autour de 300 francs CFA. Environ 50 centimes. 50 centimes, c'est le prix d'un plat pour manger à midi, donc pour le lecteur le choix est tout de suite fait. Et puis, Internet est arrivé, qui est beaucoup plus dans l'instantané. Un événement qui a lieu le samedi, on va voir le même samedi. Alors que la presse écrite, on va attendre jusqu'au lundi pour avoir tout ça.  [00:26:24.560] Donc, non, le métier du journalisme lui même n'est plus sexy aujourd'hui. Celui de la com attire, celui de la com digitale encore plus. Mais justement, notre travail avec l'Institut africain des médias, c'est de redonner le goût, de redonner une certaine beauté aux journalistes en disant aux gens : si vous vous êtes un bon journaliste, vous avez des chances de réussir parce que moi, je suis un exemple palpable.  [00:26:49.950] Et toi, qu'est ce qui fait que tu tiens? Je pense que ce sont mes collaborations avec des médias étrangers, notamment. J'ai été correspondant pour la rédaction web de TV5 pendant 8 ans. Pendant cinq ans, de 2008 jusqu'à 2013, j'ai collaboré avec des magazines en Europe, en France, notamment avec le magazine Altermondes. Toutes ces collaborations là m'ont amené aussi à me dire que finalement, quand tu fais ton travail de journaliste, tu peux avoir des opportunités à l'international. Et puis, finalement, je me sens investi d'une mission de transmettre tout ça à une génération qui est un peu déphasée, un peu perdue, un peu découragée, un peu déçue de masquer la médiocrité présentée les 20 dernières années. ----- Crédits  Interviews : Philippe Couve, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
30:23 18/06/2020
Le collectif “journalistes solidaires” : une open newsroom qui démonte les fake news, avec Lina Fourneau
Chez les Journalistes Solidaires, on fait les conférences de rédaction sur Discord et les enquêtes en mode collaboratif sur AirTable. Ce collectif de pigistes bénévoles répartis dans plusieurs pays a vu le jour au début du confinement. Ensemble, ils traquent les fake news  qui se multiplient depuis le début de la crise sanitaire. Leur rédactrice en cheffe, Lina Fourneau, dévoile dans cet épisode le fonctionnement du collectif.  Journalistes Solidaires rassemble une soixantaine de journalistes, dont certains sont des experts du fact-checking et endossent la position de mentors pour encadrer les enquêtes. Enquêtes qui sont relayées par des médias  partenaires. Le collectif travaille en open newsroom : toutes les enquêtes sont accessibles à tous en ligne dans des fiches collaboratives. Un fonctionnement qui demande beaucoup de rigueur mais qui crée une grande confiance chez les internautes.  Ceux-ci ont la possibilité d’adresser des “signalements” aux Journalistes solidaires, c’est à dire des informations à vérifier ou démonter. Peu de moyens, mais beaucoup de motivation : tel est le credo des JS, qui ne comptent pas arrêter leur travail de fact-checking avec le déconfinement.  Leur dernière trouvaille ? Un outil d’intelligence artificielle pour anticiper la viralité potentielle d’une fake news. Une innovation applicable bien au delà du seul coronavirus. ----- Pour aller plus loin  https://journalistessolidaires.com/ ----- L’essentiel de l’épisode  [00:01:08.360] Bonjour tout le monde. Malgré le confinement, on continue d'enregistrer à distance et on parle aujourd'hui de Journalistes Solidaires ou JS pour les intimes. Il s'agit d'un collectif de pigistes né pendant la crise du coronavirus et qui traque les fake news. Nous sommes donc en ligne avec Lina Fourneau. Bonjour Lina, tu es journaliste pigiste et rédactrice en cheffe de Journalistes solidaires. Ou es tu actuellement? Et où sont les autres membres de JS ? [00:01:39.420] Je suis dans un appartement à Paris et les autres sont un peu partout. Comme le virus, on s'est propagé. On est entre la Belgique et la France principalement. On a quelqu'un en Alaska, au Mexique. On a créé une espèce de d'internationale. Ce sont des journalistes qui se sont regroupés à partir du 16 mars, au moment du discours d’Emmanuel Macron, qui annonçait le confinement. On a eu un message de Julien Cazenave, qui est un journaliste monteur vidéo qui nous proposait de faire quelque chose. Il y avait déjà plein de fake news différentes, tout le monde était un peu perdu sur le flux d'information qu'il y avait face à nous. Sur les réseaux sociaux, on voyait n'importe quoi, donc on se dit qu'il y avait quelque chose à faire. [00:05:23.080] On est principalement des pigistes. Les pigistes se sont fait couper les commandes au début du confinement. Donc on avait du temps devant nous. On s’est dit :  est ce que je décide de commencer une nouvelle série sur Netflix ou je participe à l'utilité publique? On a tous pris la deuxième option. Moi je suis un bébé de la PQR, j'ai commencé ma carrière il y a un an et demi. Je fais des piges principalement pour la presse économique. On a voulu prendre tout le monde, ouvrir la porte à des étudiants, à des jeunes journalistes comme je l'étais, mais aussi se faire aider par ce qu'on a appelé après des mentors qui étaient des experts du fact checking, qui avaient déjà leur expérience et qui pouvaient nous offrir aussi leurs ressources. Ca a hyper bien marché comme ça, parce qu'il y avait de l'entraide. Parce que, justement, ces journalistes spécialisés dans le fact checking avaient peut être moins de temps, mais beaucoup de choses à nous apprendre. [00:08:40.180] On a fait comme dans toutes les rédactions. On a créé un salon sur Discord : il y a vraiment le côté un peu machine à café où on discute de tout et de rien. Mais il y a aussi deux conférences de rédaction par semaine. Et c'est là on discute des sujets. On utilise  aussi Telegram, qui est en fait l'outil qu'on utilise pour avancer notre sujet. Chaque groupe se retrouve sur une discussion Telegram et on a Airtable qui en fait notre base de données éditable, une sorte d’Excel collaboratif en ligne. On s'est établi en open newsroom, c’est à dire une rédaction ouverte où, justement, tout le monde peut voir l'avancée de nos enquêtes et c'est vraiment notre idée de la transparence et notre idée des médias. Au début, on a tous été réticents parce que ça veut dire qu'il faut avoir de la rigueur tout le temps. Tout est visible sur le site.  [00:12:30.390] On fonctionne avec des signalements. Un signalement, c'est un internaute qui va dire OK, j'ai vu ce texte, j'ai vu ce tweet, j'ai vu ce post Facebook. Est ce que vous pouvez le vérifier s'il vous plait?  Chaque enquête mobilise  un coordinateur, deux vérificateurs et un mentor. Le coordinateur, c'est celui qui gère l'équipe et l’angle. Le mentor, c’est un expert du fact checking, des gens qui connaissent le métier, qui veulent nous aider. [00:15:01.260] Je pense que principalement, les gens sont quand même contents de ce qu'on fait parce qu’ils voient qu'on se décarcasse pour produire de l'information sans vraiment demander en retour des investissements. Après, bien sûr, on s'attaque à des idées conspirationnistes, donc forcément des gens peu convaincus. Donc, il y a des sujets où on a eu des réactions vraiment mauvaises. [00:16:16.010] On publie également des ce qu'on appelle les ripostes qui sont les articles externes, c'est à dire des articles du Monde ou de Libération faits par les cellules de fact checking. En fait, c'est comme ça qu'on a commencé à marcher. C'est en se servant de nos réseaux sociaux pour centraliser toutes les informations parce que les gens ne sont pas conscients qu'il existe autant d'outils pour faire du fact checking en France. [00:20:17.380] On a été assez bien reçus et ça a été assez bienveillant de la part des médias traditionnels. On a eu beaucoup de discussions avec France Info, notamment sur le mentorat. On a un partenariat avec les Observateurs et France24, avec qui on a publié notamment une enquête sur le test de la flamme sur les masques. C'est assez intéressant de travailler ensemble. Il y a d'autres discussions qui sont mises en place et on essaye d’être assez large. Ils ne peuvent pas traiter tous les sujets, donc je pense que l'entraide est dans les deux sens. [00:21:47.680] Pour le moment, il n'y a aucune rémunération, malheureusement. Mais on essaye de préparer l'après et ça a été l'objectif depuis la fin du confinement le 11 mai. C'est bien dans le bénévolat, mais ça va pas pouvoir durer. Et donc, oui, on essaye de trouver des solutions. On sait pas si ça va venir des médias ou si c'est à nous aussi d'aller d'aller chercher des fonds ailleurs. On a ouvert un open collective dès le mois d'avril, c’est à dire une plateforme de financement public. On a eu, je vous avoue, surtout eu de l'argent de nos proches, mais parce qu'ils avaient envie de nous soutenir, ils nous voyaient travailler 60 heures par semaine. On va voir si on continue à pérenniser le projet parce que ça serait dommage de baisser les bras à la fin du confinement. On a pris l'habitude de réfléchir à 20.000 mille choses à la fois, de faire tout de la veille pour le lendemain. Le confinement a été levé il y a deux semaines, donc c'est vrai qu'à l'échelle de JS, c'est beaucoup deux semaines, mais ça va être mis en place. [00:27:24.040] Comment est ce que vous imaginez changer l'équation chez Journalistes solidaires? [00:27:31.300] J'aimerais bien changer cette équation, mais malheureusement, c'est très compliqué. C'est beaucoup d'éducation médias. On a fait un espèce de bingo des news où, justement, on relevait toutes ces petites incohérences qui pouvaient faire une fausse information. [00:28:29.610] Il y a des équipes de fact checking dans beaucoup de médias en France et à travers le monde. Pourtant, on n'a pas l'impression que ça fasse réellement reculer les fake news, ni la crédulité face à un certain nombre de fake news. Qu'est ce que vous apportez de plus dans ce domaine? [00:28:56.970] Je pense que les gens nous font confiance, parce qu'ils ont vu qu’on était de bonne volonté et c'était peut être ça la différence. Je ne veux pas me comparer avec un média parce que c'est impossible, mais je pense qu'il y a eu une part de confiance qui venait du fait qu’on n'était pas un média et que dans cette crise de confiance envers les médias, on pouvait peut être changer les choses. On essaye vraiment vraiment de jouer sur cette éducation aux médias et sur cette proximité avec l'internaute surtout. On essaye de rester aussi très accessible. Sur notre  page Facebook, les internautes peuvent poser des questions et parfois, on pouvait avoir de grandes conversations en inbox avec des internautes qui, vraiment, avaient l'air un peu perdus. [00:30:33.510] Après, il y aura toujours des gens suspicieux, parce qu'il y a toujours des gens qui, sur des propos pas du tout fondés, vont remettre en question notre travail, comme dans tous les médias. Mais il faut passer à côté et justement, écouter ceux qui ont besoin de nous. On savait qu'on avait un énorme champ libre et on en a profité. Et la preuve, c'est qu'il y a des trucs qui ont marché. [00:32:24.890] Tu nous reparle de l'intelligence artificielle que vous avez mise à votre profit. De quelle manière? [00:32:30.870] Oui, on a décidé de développer ça au moment où on a participé au hackathon de la Commission européenne. Ça aussi, c'est un peu une idée folle, mais c'était c'était super parce qu'on a pu gagner en visibilité aussi. A ce moment là, on a créé cet outil d'intelligence artificielle. L'idée, c'est de calculer la viralité de la news avant même qu'elle ne devienne virale, c'est à dire que 'intelligence artificielle va calculer selon les critères qu'on lui a inculqué un indicateur pointant les fake news qui peuvent cartonner. [00:35:27.800] Qu'est ce que tu retiens, toi, de de cette expérience? Qu'est ce qui t’a marqué? Qu'est ce qui t'a surpris? Qu'est ce qui t'a déçu? Je pense que ce qui m'a réellement marqué, c'était que mon équipe était capable de faire quelque chose à petite échelle. On n'a peut être pas les moyens, mais on va essayer de le faire. Ce qui m'a aussi marquée, c'est le fait que l'on arrive à produire énormément alors qu'on se connait pas. C'est peut être le confinement qui a fait ça, mais il s'est passé quelque chose d'extraordinaire, de production, de la même, dans une ambiance assez conviviale. Enfin, il y a eu un effort collectif, et je pense qu'il y a aussi cette partie de bénévolat qui a été assez importante parce que forcément, quand on décide d'être bénévole pour un collectif, c'est qu'on est ultra motivé. Donc, on a eu une espèce d'hyperactivité collective de 60 personnes en même temps. Je vous avoue que à gérer, ce n'était pas toujours facile. J'ai été diplômée il y a un an et je me retrouvais à la tête d'un collectif de 60 personnes à gérer. ----- Crédits  Interview : Philippe Couve et Marianne Rigaux Design graphique : Benjamin Laible  Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Production : Ginkio et Samsa.fr
39:40 11/06/2020