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Vladimir Cosma

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Biographie

Prédestiné à son métier, Vladimir Cosma l’était incontestablement. Fils d’un chef d’orchestre et d’une pianiste virtuose, il voit le jour à Bucarest (Roumanie) le 13 avril 1940, à Bucarest. Sa filiation musicale ne s’arrête cependant pas à son ascendance directe puisque grands-parents, oncles et tantes font également partie du Who’s Who de la musique classique roumaine. Une ascendance bourgeoise et aristocratique qui ne fait cependant pas bon ménage avec le nouveau régime qui se met en place dès la fin de la guerre et qui voit Nicolae Ceaucescu être porté au pouvoir. Comme nombre d’intellectuels et d’artistes, les Cosma sont priés « gentiment » par la Securitate, la police politique du nouveau régime, de mettre leur art au service de la glorification du Conducator, ce que les Cosma supportent difficilement. Choisissant l’exil plutôt que l’art officiel réaliste-socialiste, la famille Cosma arrive à Paris au début des années 1960. Les études classiques au Conservatoire de Bucarest valent à Vladimir d’être accepté en 1963 à l’Ecole Nationale de Musique où il reçoit l’enseignement de Nadia Boulanger, l’ancienne professeur d’Aaron Copland, Leonard Bernstein, Quincy Jones ou Philip Glass. Intégrant plusieurs orchestres symphoniques, Vladimir Cosma entame plusieurs séries de tournées qui le mènent aux quatre coins du monde. De ses voyages, il revient avec, en tête, de nouvelles sonorités, des instruments exotiques, et surtout, un amour inconditionnel pour le jazz et la musique andine.

Polars, séries noires, Pierre Richard... et gros nanars

Musicien classique, la rencontre entre Vladimir Cosma et le cinéma est due davantage au hasard qu’à de réelles tentatives de l’artiste d’intégrer absolument ce milieu. En 1966, sa rencontre avec Michel Legrand, qui recherche un arrangeur pour la comédie musicale Les Demoiselles de Rochefort, le fait entrer de plain-pied dans ce petit milieu jusqu’alors très fermé. Les aventures des « deux sœurs jumelles nées sous le signe des Gémeaux » connaissent le succès que l’on sait et très bientôt, le refrain principal de cette comédie kitsch et sucrée est sur toutes les lèvres. C’est cependant sur Alexandre le bienheureux, d’Yves Robert, l’année suivante que Cosma fait ses premières armes sous son nom propre. Le film consacre non seulement Philippe Noiret comme vedette populaire, mais également Cosma comme compositeur efficace. Dès lors, Vladimir Cosma semble avoir trouvé sa voie, d’autant que les propositions commencent à affluer, Yves Robert et Michel Legrand ayant eu l’élégance de recommander le jeune compositeur autour d’eux. Pas bégueule, Cosma travaille aussi bien pour des films populaires de prestige que pour des tréfonds (parfois abyssaux) de l’humour potache et de la série B française. Pour un Clérambard, d’Yves Robert, Cosma doit également se coltiner un Maldonne, du tâcheron Sergio Gobbi ou les tripatouillages d’un Pierre Richard débutant derrière la caméra et franchement moins inspiré à ses débuts qu’il ne le sera plus tard dans sa carrière (Le Distrait, Les Malheurs d’Alfred...). Mais Cosma n’en prend pas moins toutes les commandes au sérieux et jamais ne traite un sujet par dessus la jambe, que ce soit les comédies ratées de Richard ou les polars cacochymes et miteux de Gobbi (réalisateur dont le « meilleur du pire » restait à venir, notamment avec L’Arbalète, sorte de « Mad Max à Barbès » offrant un rôle de Charles Bronson d’opérette au débutant Daniel Auteuil en 1984 ; ou l’épatoustillant La Nuit du risque, en 1986, série noire scénarisée par un journaliste du Figaro Magazine présentant le combat picaresque et tragique d’un boxeur encarté au RPR contre d’odieux socialistes barbouillant les affiches du candidat Jacques Chirac). Très sérieux, professionnel jusqu’au bout des ongles, Cosma sait composer de manière respectable l’entièreté de l’environnement sonore des films qu’on lui propose.

Cosma l’indispensable

C’est en 1972 que Vladimir Cosma obtient son premier grand succès populaire avec la bande-annonce du film Le Grand blond avec une chaussure noire, d’Yves Robert, dont le thème principal, joué à la flûte de Pan, tranche radicalement avec tout ce qui a pu être fait en matière de musiques de polars/films d’espionnage jusqu’à présent. Le film est un succès et sa BO contribue d’autant à sa célébrité. Mais s’il participe également à des oeuvrettes moins connues comme Le Journal intime d’une nymphomane de Jess Franco ou Les Grands sentiments font les bons gueuletons, de Michel Berry, c’est surtout la bande-annonce des Aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury qui permet au compositeur de réellement s’amuser tout en donnant son plein potentiel d’exploration de différentes palettes de musiques, de l’ambiance sonore jazzy new-yorkaise à la célèbre danse yiddish dans la rue des Rosiers. Alternant toujours entre le très bon (Dupont-Lajoie, d’Yves Boisset, en 1975, L’Aile ou la cuisse, de Claude Zidi la même année), le moins bon (La Course à l’échalote, encore de Zidi) et le franchement dispensable (Dracula, père et fils, d’Edouard Molinaro), Vladimir Cosma reste malgré tout fidèle au divertissement populaire et, s’il continue son travail de chef d’orchestre ici et là, devient véritablement l’un des piliers de la musique pour le cinéma. De véritables amitiés naissent de ces collaborations : Claude Zidi, Gérard Oury, Yves Robert, Pierre Richard... deviennent autant d’intimes de Cosma qui continue à évoluer dans un certain microcosme, celui des réalisateurs à succès dont les films sont autant de succès populaires.

Une carrière bien remplie

Ce n’est qu’avec le passage à la décennie 1980 que Cosma diversifie un peu plus sa production vers les œuvres à caractère « social », voire « revendicatif », celles d’un cinéma désenchanté qui subit la crise économique de plein fouet. Certes, ni La Boum (« dreaaaaaaaaaaams are myyyyy realityyyyyyyyyyyyyyy »), ni La Chèvre ne sont spécialement des œuvres à caractère politique, mais d’ores et déjà, des films comme Le Prix du danger, d’Yves Boisset (préfigurant la télé-réalité avec vingt ans d’avance) ou Le Père Noël est une ordure et l’humour vachard du Splendid font grincer quelques dents et annoncent les décennies cinématographiques à venir. Original et non conformiste, Cosma n’hésite pas à employer des instruments peu usités dans la composition de musiques de films : lyricons, harmonicas... sont autant de nouvelles couleurs grâce auxquelles Cosma habille les films dont il a la charge. Cependant, en dépit de sa créativité, Vladimir Cosma n’obtient guère la reconnaissance de ses pairs tant la composition de BO n’est, en France, guère considérée comme un genre « sérieux » et digne d’attention. Et pourtant, l’artiste d’origine roumaine n’en reste pas moins l’un des plus créatifs sur les travaux qui lui sont commandés. Un réalisateur anticonformiste comme Jean-Pierre Mocky ne s’y trompe d’ailleurs pas en lui confiant la bande originale de quelques-uns de ses films (Il gèle en enfer, Ville à vendre ...). Totalement pluridisciplinaire, Cosma embrasse totalement le cinéma de son temps et s’il obtient deux Césars en 1982 et 1984, c’est pour deux bandes originales consacrées respectivement à l’œuvre d’un jeune franc-tireur (Diva, de Jean-Jacques Beineix) et d’un vieux briscard (Le Bal, d’Ettore Scola). Mais, à l’aube des années 1990, le rythme de production de Vladimir Cosma ralentit considérablement. Non seulement la jeune génération trouve le compositeur un peu daté, mais en outre, Cosma se consacre à une œuvre plus personnelle. S’il reste fidèle aux vieux amis (Mocky, Oury, Zidi...) et répond aux sollicitations de « petits jeunes » (Palud, Pinoteau, Gélin fils ou Philippe Muyl), il se consacre de moins en moins au cinéma et de plus en plus à l’opéra. Grand admirateur de Pagnol, il porte depuis de nombreuses années le projet d’une adaptation de sa « trilogie Marseillaise » sous forme d’opéra. Tout en composant encore pour quelques cinéastes, ce sont avant tout ses projets personnels qui accaparent son temps. L’opéra Marius et Fanny voit le jour en 2007, à Marseille (forcément !), la même année que la sortie de 13, French Street, de Jean-Pierre Mocky, l’un des derniers réalisateurs pour lequel il travaille encore avec régularité.

Auteur de près de deux cent compositions, qu’elles soient pour le cinéma, le théâtre, le dessin animé ou l’opéra, Vladimir Cosma fait autant partie de l’univers des cinéphiles que de celui des amateurs de musiques classiques. S’il a marqué une grande partie de l’histoire du cinéma français de la deuxième moitié du XXème siècle, Vladimir Cosma fut de tous les styles et de tous les genres, illustrant à la fois les facéties d’un Pierre Richard, les aventures sautillantes d’un Jean-Paul Belmondo, les grimaces d’un Louis de Funès ou, au contraire, les comédies sociales d’un Jean-Pierre Mocky et les films sociétaux d’un Yves Boisset. Monument du cinéma français, Vladimir Cosma est aujourd’hui encore un peu trop sous-considéré par le public ou par son milieu professionnel d’origine qui ne lui a encore accordé aucune rétrospective ou César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Un oubli presque indécent au vu de l’œuvre de l’artiste.