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Afrique économie

Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

Titres

Les grands groupes mauriciens regardent au-delà des frontières de l'île. Leurs activités internationales représentent désormais une part importante de leurs revenus et de leurs investissements. Du Kenya à Madagascar, en passant par l'Afrique de l'Est et l'océan Indien, les implantations se multiplient, car le marché mauricien est saturé. Une stratégie d'expansion qui permet aux entreprises mauriciennes de diversifier leurs revenus tout en s'appuyant sur leur connaissance des marchés africains. De notre correspondant à Port-Louis, Les derniers rapports annuels, publiés récemment, démontrent que l'activité internationale pèse désormais lourd dans les résultats des conglomérats mauriciens. Cette expansion répond à la contrainte d'un marché intérieur de petite taille. Mais elle traduit aussi une ambition : profiter de la croissance de marchés africains où les opportunités sont grandes. « L'Afrique représente un marché important, avec une population jeune, des villes qui se développent, et beaucoup de besoins dans la finance, l'économie, l'immobilier, la technologie ou encore la distribution. C'est pour ça que les entreprises mauriciennes veulent diversifier leurs activités et ne pas dépendre uniquement de l'économie mauricienne », explique Tahir Wahab, analyste économique. Pour ces groupes, l'enjeu est donc de trouver des marchés suffisamment vastes, tout en capitalisant sur une expérience acquise à Maurice. L'Afrique de l'Est constitue l'un des principaux terrains d'expansion. C'est le cas du groupe familial CIEL qui accélère sa présence sur le continent, avec des activités dans le textile, les services financiers, l'industrie sucrière et la santé. « L'Afrique de l'Est fait partie de notre trajectoire de croissance depuis plusieurs décennies, avec Madagascar dès les années 90 et puis l'Afrique de l'Est à partir des années 2000. Aujourd'hui, près de 60% de nos revenus sont générés en dehors de Maurice, principalement l'Afrique de l'Est et le reste provenant de l'Asie », explique Guillaume Dalais, directeur général de CIEL. IBL suit une trajectoire comparable. Le groupe est notamment présent au Kenya dans la grande distribution avec Naivas, dont il a pris le contrôle en 2023, et qui compte aujourd'hui 114 supermarchés. Mais sa stratégie ne consiste pas uniquement à accumuler les participations, explique Michel Pilot, directeur des opérations d'IBL East Africa : « On n'est pas en train de délaisser notre cœur mauricien, loin de là, mais il faut aussi constater que notre stratégie Beyond Border fait qu'aujourd'hui, sur 124 milliards de roupies (2,33 milliards d'euros, NDLR), on a plus de la moitié de notre chiffre d'affaires qui est généré à l'étranger. La prochaine étape pour nous, c'est de mieux connecter ces investissements entre eux afin de créer une plateforme régionale qui partage nos savoir-faire et nos expertises. » Cette implantation progressive donne aux groupes mauriciens une dimension nouvelle. Leur avantage ne repose pas seulement sur leurs capacités financières, mais aussi sur leur connaissance des marchés régionaux et leur aptitude à travailler avec des partenaires locaux. À lire aussiMaurice: face aux difficultés économiques, de plus en plus de jeunes cherchent à émigrer

13/10/2026 • 02:06

Afrique du Sud, Mozambique, Zimbabwe mais aussi Tanzanie : les exportations de charbon d'Afrique australe ont bondi ces derniers mois. Du charbon qui permet notamment la production de carburants. Dans le contexte du blocus du détroit d'Ormuz qui entraîne des difficultés d'approvisionnement et des prix en forte hausse, le charbon africain retrouve sa compétitivité. Le charbon d'Afrique australe est de nouveau très attractif. Richard Senkondo, en charge de la campagne No New Coal (« Pas de nouveau charbon ») d'un consortium d'ONG de défense de l'environnement et de la santé, le confirme. « Il est vrai que depuis la fermeture du détroit d'Ormuz, l'Afrique est devenue la solution rapide à la crise énergétique. Et le charbon est une solution immédiate pour les pays développés », constate-t-il. Une tendance qu'expérimente les courtiers maritimes. Dionisios Tsilioris est analyste chez Ursa Shipbrokers, basé en Grèce. Sur les huit premiers mois de l'année, les exportations de charbons de l'Afrique du Sud et du Mozambique ont dépassé les 60 millions de tonnes métriques. « Une étape historique, selon cet expert. Ce sont les résultats les plus élevés enregistrées sur ces dix dernières années. En ce qui concerne les données de suivi des navires, qui remontent loin dans le temps, on observe actuellement un taux de croissance de 11%. C'est très important et très significatif. Le fait qu'un secteur affiche une croissance de 11% alors que la tendance mondiale est de 3%, c'est considérable. » À lire aussiLes exportations contestées de charbon d'Afrique du Sud vers Israël Des infrastructures en expension, de nouveaux projets miniers Une tendance qui s'explique par différents facteurs, selon sa collègue Ioanna Matsouka : « Je dirais que cela s'explique par la mise en place de quotas d'exportation de charbon par l'Indonésie, qui est le premier exportateur mondial. Et si l'on ajoute à cela le fait que, en raison des perturbations dans le détroit d'Ormuz, il n'y a pas eu d'exportations de GNL pour couvrir la production d'énergie, nous avons assisté à cette forte hausse des exportations d'Afrique du Sud et du Mozambique. » Dans les pays d'Afrique australe, les entreprises productrices de charbon ont enregistré des bénéfices record. En Tanzanie, cette dynamique se traduit – au grand désarroi de Richard Senkondo – par une grosse dynamique du secteur. La construction d'un nouveau terminal charbonnier est en cours. « Nous avons également assisté à une vague d'investissements en Tanzanie », a-t-il pu documenté. « La société Sichuan Hongda est de nouveau présente dans sud de la Tanzanie. Elle a signé un accord d'une valeur de trois milliards de dollars, pour lancer l'exploitation du charbon, dans le cadre d'un tout nouveau projet minier. Cette initiative sape l'engagement du gouvernement dans ces objectifs de décarbonation », regrette-t-il. Une dynamique vers l'extraction fossile polluante donc, alors que le phénomène El Niño s'apprête à durement toucher le continent.

11/10/2026 • 02:22

Au Sénégal, après le bus électrique, place aux taxis électriques. Pour ce projet pilote, la Banque pour le commerce et l'industrie vient d'investir dans un premier lot de 100 taxis 100% électriques. L'objectif : en avoir 10 000 d'ici 2030 pour moderniser le transport urbain toujours très polluant à Dakar. De notre correspondante à Dakar, Les 100 véhicules gris flambant neufs de la marque chinoise Geely sont tous garés sous un grand hangar. Un premier lot accueilli en grande pompe et une première étape dans la modernisation du parc automobile sénégalais. C'est ce qu'espère Barra Sow, administrateur du Fonds de développement des transports terrestres : « Cent véhicules, c'est un début. Au Sénégal, le transport est très vétuste. Il y a des véhicules qui datent et créent une pollution qu'on a du mal à gérer. L'introduction progressive de ces véhicules électriques va être une bouffée d'oxygène pour l'environnement et créer des conditions de transport beaucoup plus confortables. » L'idée est de créer un cercle vertueux : un transport plus écologique, avec des chauffeurs soit futurs propriétaires de la voiture avec un système de crédit-bail, soit salariés d'un groupement d'intérêt économique (GIE) ou d'une coopérative de transporteurs, avec contrat et compte en banque obligatoires. Une nouvelle forme d'inclusion financière « Le salaire toutes charges comprises est de 229 000 francs CFA (environ 350 euros, NDLR), avec assurance maladie et prime de retraite. À cela s'ajoute une politique d'épargne qui leur permet d'être éligibles à un autre crédit pour leur propre compte. Les chauffeurs de taxis bénéficient de cette inclusion financière. Et, par ricochet, leurs familles », explique Papa Massal Dièye, directeur général de la Banque pour le commerce et l'industrie (BCI), à l'initiative du projet. Une bancarisation intéressante pour la BCI, qui gère tout l'aspect financier, mais qui donne aussi de nouvelles perspectives aux chauffeurs. Famara Dafe, à la tête d'un GIE de 25 chauffeurs, se réjouit surtout des économies d'essence : « Avant ces véhicules, un taximan pouvait rouler toute la journée et dépenser en gasoil près de 30 000 francs CFA (environ 45 euros, NDLR). Aujourd'hui, on nous amène des véhicules et avec 5 000 francs CFA (environ 7,60 euros, NDLR), tu as 430 kilomètres ! Là, nous disons merci ! » Reste la mise en place des bornes électriques, en cours, promet l'entreprise qui s'en charge. Huit bornes avec charge rapide et fonctionnant sur batterie doivent être installées à Dakar. 10 000 véhicules d'ici 2030 Le coût des 1 000 véhicules est de 20 millions d'euros, selon la BCI. Dix milles doivent être livrés d'ici 2030. Shilu-Jie, responsable du projet chez Geely, confirme l'intérêt de son entreprise pour ce nouveau marché sénégalais : « Ça les intéresse beaucoup, car ici, c'est le début des véhicules électriques et ils vont apporter les services pour les réparations et tout car ils ont l'expertise. » Reste un frein majeur pour devenir propriétaire des voitures électriques : le coût de la mensualité – entre 500 et 600 euros par mois – pour acquérir le véhicule, au bout de quatre ans, risque d'être inaccessible pour la majorité des chauffeurs de taxi. À lire aussi«30 jours pour le juste prix» : quel bilan pour la campagne contre la vie chère au Sénégal?

08/10/2026 • 02:24

À Madagascar, le cuir de zébu et le raphia sont deux matières bien connues des artisans. Mais leur potentiel ne s’arrête pas aux objets traditionnels pour touristes. Aujourd’hui, de jeunes créateurs cherchent à les transformer localement en accessoires haut de gamme et à conquérir les marchés internationaux. À Antananarivo, une entreprise mise sur un savoir-faire maîtrisé de bout en bout, du tannage du cuir au dernier point de couture, avec l’ambition de montrer son potentiel aux enseignes de luxe et maisons de couture qui se fournissent déjà sur l’île en produits semi-finis. De notre correspondante à Antananarivo,  « Est-ce que les peaux sont prêtes, Lucien ? » « Non, pas encore, répond Lucien. Celles-là ont encore besoin d’une dizaine de jours supplémentaires de trempage. » Dans le quartier d’Andraisoro, une vingtaine de peaux de zébu sont immergées dans un mélange d’eau et d’écorces d’arbres. Elles doivent tremper au minimum 21 jours dans ce bassin de tannage végétal pour gagner en souplesse. Ici, le brassage se fait aux pieds et à la main. C’est la première étape de fabrication des sacs de Saravea, une entreprise créée en 2025 par deux jeunes femmes : « L’idée est partie de créer et de montrer au monde qu’on peut réaliser des produits d’exception made in Madagascar », explique Ando Rasolonjatovo, À 37 ans, elle est l’une des deux cofondatrices. Avec Domoina, elles dessinent des sacs qui mêlent cuir et raphia : « On a des raphias qui sont teints avec les feuilles de manioc. C’est ce qui donne cette couleur verte. Ce jaune-là, c’est teint avec du curcuma. Ça, c’est le premier bain, c’est plus foncé… et après le deuxième, le troisième bain, ils sont plus clairs. » Si le raphia fait l’objet d’une sélection minutieuse, les deux femmes ont surtout concentré leurs efforts sur la maîtrise du cuir. « Le cuir de zébu est très difficile à manier. On voulait un cuir très souple et sans odeur. C’est pour ça qu’on fait nous-mêmes notre propre tannage, poursuit-elle. Là, je vous emmène au cœur de notre atelier. Tous ces rouleaux sur les étagères, ce sont les peaux qu’on a tannées dans le bassin. Elles sont sèches, et prêtes à être parées. » « Nassa, tu as fini le traçage ?, demande Lucien. Ok, alors mets-toi, s’il te plaît, à la découpe pour le parage. » Selon Ando, Lucien est leur chef d’atelier : « C’est grâce à lui que nos idées prennent vie. Il nous a tout appris. » Du manuel dans chaque pièce Chaque pièce passe encore par des gestes entièrement manuels, jusqu’à la couture. « Une de nos autres spécificités, c'est le point sellier, dit Ando. Ce sont des points troués un à un à la main, puis cousus à la main aussi avec deux aiguilles en va-et-vient. Et ça, c’est le top pour la durabilité. » Cette exigence répond à une ambition : exporter un produit fini. L’artisanat malgache a généré 32 millions d’euros d’exportations en 2024, dont 58 % pour les produits à base de fibres végétales. Sur l’île, près de 70 % du raphia exporté quitte encore le pays sans avoir été transformé. « Ce qui nous démarque [de nos concurrents], ce sont surtout nos modèles, assez vintage, qui sortent des basiques, des cabas ordinaires. Notre objectif, c’est clairement de faire de l’export et d’obtenir des contrats de grandes marques pour des sous-traitances. » « Ce qui me plait avec cette ambition, c’est de partager ce savoir-faire précieux, opine Lucien. Former les jeunes, j’aime ça. Parce qu’une fois dans le tombeau, ce savoir-faire ne servira plus à rien. » À Saravea, le pari est donc double : faire monter en gamme des matières malgaches encore largement exportées à l’état brut, et surtout transmettre les gestes qui permettent de leur donner davantage de valeur.

07/10/2026 • 02:32

Le changement climatique impacte gravement la production agricole sur le continent africain. Le le Programme alimentaire mondial (PAM), estime que le phénomène El Niño menace de faire basculer près de 50 millions de personnes en plus dans une situation de faim aigüe. La Mauritanie ne fait pas exception aux difficultés. Sur place, le monde agricole tente de s’adapter. De notre correspondant à Nouakchott, Sous un petit hangar, au milieu de son champ de légumes, Mohamed Mbareck Bacary et ses collaborateurs cherchent un peu d'ombre. Devant eux, des pots bien alignés. Malgré l’arrosage, certaines jeunes pousses ont déjà jauni sous l’effet des chaleurs inhabituelles. Ingénieur environnementaliste, fondateur de l'association Tall Haya qui œuvre dans le maraîchage, il est en première ligne face au changement climatique : « La température est de plus en plus élevée, l'irrégularité de la pluviométrie également et la sécheresse s’accentue de plus en plus, déplore-t-il. Donc ceci affecte les domaines agricoles sensibles, nous avons des produits qui ne peuvent pas tenir dans ces conditions. » Cette année, il n’a que très peu plu en Mauritanie. Mohamed Fall évolue dans le secteur agricole depuis plus de trente ans. Même si ses champs ont produit cette année, c'est tout de même moins que d'habitude et cela l'inquiète. « C'est le dernier mois de pluie, après on sera en octobre. D'habitude, je suis en avance, je travaille toute l'année, explique-t-il. Là, j'ai déjà récolté, j'ai enlevé les poivrons. En ce moment, j'ai la tomate qui fleurit, j'ai l'aubergine qui fleurit et la pastèque en production », témoigne-t-il.  Pour mieux résister aux effets du changement climatique, pas de solution politique nationale mais des initiatives locales. Mohamed Fall, lui, mise sur le paillage. « Travailler le sol, en le mélangeant avec le fumier de la paille pour au moins pouvoir résister, indique l'agriculteur. On a découvert cette technique, là, vous voyez, c’est le paillage avec des débris de balles de riz et de la paille. Donc là, quand j’arrose, je pourrai rester trois jours sans arroser », témoigne cet agriculteur. À lire aussiMauritanie: trois tonnes de graines dispersées dans une nouvelle campagne de semis aériens Valoriser des plantes considérées comme nuisibles Les start-ups s'emparent également du sujet. Djeinaba Camara, cofondatrice de Typhinity SARL, valorise le typha, une plante envahissante habituellement considérée comme nuisible. Elle l'utilise pour fertiliser les terres des agriculteurs de Rosso et les aider à faire face au changement climatique. « Le typha est une plante envahissante, qui a occupé plus de soixante-deux mille hectares de terre en quelques années. Elle a une croissance rapide de mille quatre cents hectares par an. Donc elle est nuisible aux cultures, elle occupe les terres agricoles. C’est une menace environnementale que nous, on veut transformer en une opportunité économique en la valorisant dans une ressource organique pour la restauration des terres dégradées à Rosso », détaille-t-elle. Et de préciser l’usage détourné qu’elle propose de faire de cette plante : « C’est une alternative à l’utilisation des engrais chimiques. Autrement dit, pour aider à augmenter la fertilité de leur sol, augmenter leurs productions, tirer des bénéfices face au changement climatique. » Les acteurs rencontrés sont formels : le changement climatique a déjà affecté les rendements agricoles. Un enjeu crucial quand on sait que la Mauritanie importe plus de 70% de ce qu'elle consomme. À lire aussiMauritanie: les fortes pluies paralysent les déplacements dans la capitale Nouakchott

06/10/2026 • 02:31

Depuis 2019, les échanges commerciaux ont repris entre le nord du Nigeria et l’Extrême-Nord camerounais. La sécurisation du corridor permet aux transporteurs de circuler à nouveau et relance les recettes douanières. De notre correspondant de retour de Maroua, Un convoi de gros porteurs en provenance du Nigeria est à l’arrêt de part et d’autre de la bretelle sableuse qui relie le géant économique au Cameroun. Ces convois ont parfois été la cible d’attaques de Boko Haram. La situation s’est améliorée, selon Aboubacar Mahamed, un conducteur nigérian qui transporte des sacs de mil vers Ndjamena, au Tchad. « Du Nigeria, de Kano en passant par Maiduguri, de Maiduguri pour Banki pour entrer à Kourgui, nous n'avons eu aucun problème, il y a la sécurité de Kourgui à Amchidé et à Yagoua, aucun problème sur la route. » Malgré la sécurisation du corridor, Aboubacar Mahamed indique qu’il est préférable de l’emprunter à certaines heures : « Les soldats camerounais du Bataillon d'intervention rapide font beaucoup d’efforts, mais pour nous, si le camion tombe en panne, entre 18 heures et 19 heures, il vaut mieux passer la nuit dans ce village ou dans la brousse, explique-t-il, et autour de 6 heures du matin le lendemain, tu peux démarrer, c’est mieux de commencer à circuler à partir de 6h du matin et se garer autour de 17h. » À lire aussiAu nord du Cameroun, les petits commerçants s’approvisionnent au Nigeria [1/5] Un corridor devenu essentiel pour les populations Pour atteindre Kourgui, ces camionneurs transitent par Limani, le principal bureau des douanes côté camerounais. Fermé en 2014 à cause des exactions de Boko Haram, il a rouvert il y a sept ans. Célestin Delanga, spécialiste des questions de sécurité dans le bassin du lac Tchad à l’Institut d’études de sécurité (ISS), souligne l’importance de la reprise des échanges entre les deux pays : « Le Cameroun exporte des produits vivriers, du bétail vers le Nigeria, il importe du carburant, du textile, de l’électronique et des pièces détachées entre autres, liste le chercheur, cela contribue à assurer la sécurité économique. L’amélioration du trafic avec le renforcement du dispositif sécuritaire le long des axes commerciaux transfrontaliers permet notamment de redynamiser les échanges commerciaux » Les populations longtemps éprouvées par les exactions de Boko Haram tirent elles aussi les bénéfices de ce regain d’activités économiques. Pour Célestin Delanga, le commerce transfrontalier joue désormais un rôle essentiel dans une région confrontée à de nouvelles difficultés climatiques. « Il y a deux ans, ce sont des inondations qui ont détruit les cultures et les moyens de subsistance, cette année c’est la sécheresse qui paralyse la saison pluvieuse et donc le commerce transfrontalier est une sorte de bouée de sauvetage », affirme-t-il. L’amélioration du commerce pousse les ambitions de recettes douanières à 741 milliards de francs CFA pour les neuf premiers mois de 2026. Elles n’étaient que d’un milliard de francs CFA en 2023. Retrouvez notre webdocSur les traces de Boko Haram : Cameroun, la terreur aux frontières

05/10/2026 • 02:21

Après le refroidissement diplomatique de 2024, le Tchad et la France cherchent à relancer leur relation par l’économie. N'Djamena veut attirer les entreprises françaises pour financer ses ambitions de développement, avec 26 milliards d'euros d’investissements visés d’ici 2030. Un nouveau code du travail, des exonérations fiscales pour les investisseurs étrangers, la digitalisation des entreprises et des services de l’État : le Tchad veut convaincre que son climat des affaires s’améliore. Le pays mise notamment sur un guichet unique, via l’Agence nationale des investissements et des exportations (Anie), pour faciliter l’installation des entreprises. Abderrahmane Gademi, administrateur provisoire de la Chambre de commerce et d’industrie, défend ces réformes : « Aujourd'hui, les réformes sont engagées. Donc le développement économique du Tchad, la diversification économique dans sa globalité, la transformation du tissu industriel, liste-t-il, toutes ces priorités aujourd'hui rentrent dans le cadre du Plan national de développement Tchad Connexion 2030, dans le cadre de la mise en œuvre de la vision dictée par le Maréchal Président de la République. » À lire aussi«Tchad Connexion 2030» : le nouveau plan national de développement pour moderniser le pays L’électricité, un frein persistant aux investissements Les réformes sont récentes, mais l’indice d’attractivité établi par l’institut Amadeus pour 2024 ne progresse pas : le Tchad se classe 49e sur 54 pays africains évalués. Pour Djimadoum Mandekor, économiste et ancien directeur central à la Banque des États de l’Afrique centrale, l’un des principaux obstacles à l’investissement reste l’accès à l’électricité. « Cet obstacle-là n'a pas disparu. Il y a quand même un décalage entre des engagements et, encore une fois, une mise en œuvre pratique, concrète, souligne-t-il. Des efforts sont à faire pour que les entreprises, tant nationales que celles qui viennent de l'étranger, trouvent les moyens de réaliser effectivement leurs activités à faible coût. » Sur cette question, Marc Galinier, directeur Afrique de la société française Qair, vient de signer un accord pour deux centrales solaires de 30 mégawatts aux portes de N'Djamena. « Tout le modus operandi, que ce soit inhérent aux taxes fiscales et douanières, à la facilitation de la contractualisation, force est de constater que ça s'est extrêmement amélioré, met-il en avant, le Tchad met les moyens en place aujourd'hui pour faciliter l'installation des entrepreneurs. » À lire aussiTchad: des délestages récurrents à Ndjamena depuis l’incendie de la centrale électrique de Farcha Les entreprises françaises de retour au Tchad Côté français, le Medef International voit des opportunités dans ce réchauffement des relations, mais aussi dans la reprise de la coopération sécuritaire. Son président, Philippe Gauthier, souligne l’intérêt retrouvé des entreprises françaises pour le pays. « Le Tchad est un pays stable dans la région. Il est passé à travers les "révolutions" des autres pays du Sahel. Et on a pas mal d'entreprises françaises qui reprennent le chemin du Tchad sur les infrastructures, sur l'énergie, sur la santé, etc. », pointe-t-il. Quelques accords ont été signés ces dernières semaines. Ils pourraient contribuer à relancer les investissements directs français au Tchad, tombés à 48 millions d’euros en 2024. À lire aussiLa France et le Tchad ouvrent une nouvelle page dans leur relation bilatérale

04/10/2026 • 02:23

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote prévoit une nouvelle méga-raffinerie à Lamu, sur la côte est du Kenya. Le chantier a été lancé officiellement mercredi 30 septembre. Le coût est estimé à 16 milliards de dollars et la construction devrait s'achever en 2030 pour permettre à terme de traiter 700 000 barils de pétrole brut par jour. Le président du Kenya, William Ruto, en a largement fait la promotion, promettant la création de 60 000 emplois, directs et indirects, et l'émergence d'industries dérivées. Aliko Dangote a promis des formations pour 1 000 jeunes des communautés des alentours. Sur place, le projet est accueilli avec prudence, entre espoirs de développement et inquiétudes sur ses retombées.  De notre envoyée spéciale à Lamu, Issa Timamy, le gouverneur du comté de Lamu au Kenya, a été le premier à se réjouir de la naissance de ce projet de raffinerie lors de la cérémonie de lancement du chantier, le 30 septembre : « Pendant de nombreuses années, Lamu a été présentée comme une région en marge. Un comté riche de son histoire, de sa culture et de ses ressources naturelles, mais trop souvent laissé en retrait du développement. Aujourd'hui, Lamu fait la Une de l'actualité internationale en tant que destination pour les investissements et que terre d'opportunités. » Ce lancement a été suivi de près sur l'embarcadère animé de Mokowe, petite ville à une dizaine de kilomètres du port de Lamu, où la cérémonie a eu lieu. Dans cette région frontalière avec la Somalie, bien loin de la capitale, les promesses de développement font rêver Zion. Ce jeune de 27 ans dit gagner un peu d'argent en aidant les passagers à débarquer : « Pour l'instant, l'économie tourne au ralenti. Une fois la raffinerie en activité, elle va beaucoup se développer. Les gens viendront acheter des terrains, construire davantage de maisons et il y aura davantage de commerces. Nous aurons une grande ville dans le comté de Lamu ! » Impact environnemental Donald, 27 ans aussi, perché sur sa moto-taxi, dit avoir postulé à deux reprises pour travailler dans le port, mis en activité en 2021, sans succès. Alors, il se montre plus prudent : « Nous ne savons pas exactement ce qui se passe, nous sommes simplement spectateurs. J'espère que tout le monde pourra participer au projet et, surtout, en tirer quelque chose. La vie est un peu difficile ici. Tout a augmenté. Nous faisons de notre mieux pour survivre. » Le projet est aussi suivi de près sur l'île de Lamu, en face de Mokowe. Très prisée des touristes, qui apprécient sa tranquilité, les eaux de l'océan Indien bordées de mangrove et sa vieille ville, riche de la culture swahili. Mais des inquiétudes émergent sur les conséquences d'un tel projet sur cet écosystème marin et ces paysages paradisiaques. Jamil Mohamed Ali est président de l'association du tourisme sur l'île et lui-même directeur d'un hôtel : « L'industrie touristique est le pilier de l'île, tout tourne autour. Même si je crois à l'importance de transformer et créer de la valeur à partir de nos propres ressources, nous devons être extrêmement vigilants afin de ne pas détruire l'environnement et nos moyens de subsistance au nom des revenus supplémentaires que cette transformation de nos ressources pourrait générer. » Le président William Ruto a affirmé, lors du lancement du chantier, que les impacts environnementaux et sociaux de la raffinerie feraient l'objet « d'une évaluation rigoureuse ». À lire aussiKenya: le chantier de la méga-raffinerie Dangote inauguré à Lamu devant plusieurs chefs d'État africains

01/10/2026 • 02:22

Huit ans après la promulgation du code minier en RDC, le gouvernement envisage une nouvelle réforme. Malgré la hausse de la production, soit plus de 3 millions de tonnes de cuivre et 220 000 tonnes de cobalt en 2025, l’État estime que les recettes minières restent en deçà du potentiel du secteur minier. À Lubumbashi et à Kolwezi, la société civile recommande notamment une réforme qui permette à l’État de mieux capter les recettes minières. De notre correspondante à Lubumbashi, Entre 2018 et 2022, par exemple, les recettes fiscales en RDC sont passées de quatre milliards de dollars à au moins 5,5 milliards selon le FMI. Mais pour les acteurs de la société civile, plusieurs défis restent à relever. « Le premier problème, c’est le nombre de taxes, impôts, droits et redevances que les entreprises doivent payer. On est autour de 60. Cela pose problème », pointe Fabien Mayani, chargé de programme au Centre Carter. C’est pourquoi la société civile propose de « diminuer le nombre d’instruments fiscaux » et aussi de « regarder l’utilité même de certains instruments ». Au-delà des taxes, le régime fiscal d’exception dont bénéficie la société minière Sicomines, créée dans le cadre de l’accord RDC-Chine, pose aussi problème. Selon le ministère du Budget, ce régime fait perdre à l’État près d’un milliard de dollars par an. Pour Fabien Mayani, il faut y mettre fin car ce modèle particulier met en place des exonérations fiscales qui font perdre à l’État des recettes. « On a la même chose avec l’accord qui a été récemment signé avec les Américains, qui semble aussi créer des particularités vis-à-vis du code minier », souligne l’expert de l’industrie extractive. Il recommande donc que « tous les opérateurs miniers [soient] soumis au régime fiscal du code minier. » Des difficultés de recouvrement La société civile dénonce aussi les faiblesses dans le recouvrement de l’impôt sur les bénéfices excédentaires des sociétés minières, en période de hausse des prix. Cet impôt a généré 365 millions de dollars en 2022 contre 90,6 millions en 2023, soit une baisse de près de 25 %. Maître Jean Keba est membre de l’ONG Afrewatch : « Vous avez l’impôt sur le bénéfice excédentaire qui a été instauré en 2018, mais que l’État a des difficultés à recouvrer parce que la régie financière qui recouvre cet impôt n’a pas la maîtrise des études de faisabilité mises à jour par les entreprises redevables. » Des études de faisabilité qui permettent d'évaluer la rentabilité de l'entreprise. Annie Tshibola, membre de la dynamique des femmes du secteur minier, plaide plutôt pour une redevance minière fixée en fonction du prix du minerai sur le marché, à l’image de la Zambie. Dans ce pays, « pour le cuivre, lorsque le prix est supérieur à 4,5 mille dollars par tonne, on applique le taux de 4 % de redevance. Quand le prix de la tonne va au-delà de 9 000, on applique le taux de 10 % », prend-elle pour exemple. Pour sa part, la Chambre des mines estime qu’il faut avant tout évaluer l’application de l’actuel code minier avant toute nouvelle réforme. À lire aussiRDC: à Kinshasa, le recensement de la population entre dans sa phase pratique

30/09/2026 • 02:18

Les tensions en mer Noire et les perturbations du détroit d'Ormuz font remonter les inquiétudes sur l'approvisionnement mondial en blé. Pour les pays africains, fortement dépendants des importations, la hausse des cours et surtout leur volatilité compliquent déjà les approvisionnements et ravivent le spectre d'une nouvelle crise alimentaire. Le prix du blé a augmenté de plus de 20% depuis le début de l'année. À cette hausse des cours s'ajoutent l'augmentation des coûts du fret et des assurances, dans un contexte de tensions sur plusieurs routes commerciales stratégiques. Cette hausse se répercute déjà sur les consommateurs africains. Pour Rémi Depoix, président de la société de négoce internationale Céréalis, spécialisée dans l'exportation de blé vers l'Afrique, le risque serait plus important encore en cas de rupture d'approvisionnement : « Il y a un impact, bien sûr, pour les opérateurs économiques, mais aussi pour le consommateur. Parce que même si le prix du pain a parfois été bloqué/fixé dans les pays, le consommateur va le payer plus cher. Mais cela pourrait être plus grave s'il y avait vraiment des ruptures d'approvisionnement dans certains pays. Cela voudrait dire qu'il pourrait y avoir un manque de pain pour l'Égypte, pour l'Algérie ou pour d'autres pays qui en sont de grands consommateurs. Cela pourrait avoir des conséquences sociales extrêmement graves. » Les minoteries africaines exposées à la volatilité Céréalis a exporté quelque 900 000 tonnes de céréales vers le continent l'an dernier. Selon Rémi Depoix, les minoteries africaines sont particulièrement exposées aux fluctuations des prix, car elles achètent principalement au plus près du marché, plutôt que dans le cadre de contrats à long terme. À cette dépendance aux importations s'ajoutent les difficultés des productions locales. La sécheresse a notamment affecté certaines récoltes africaines. Au Tchad, le gouvernement a interdit l'exportation de plusieurs céréales, dont le blé, afin de préserver les stocks disponibles. Le ministre tchadien de l'Économie, Tahir Hamid Nguilin, se veut toutefois rassurant sur la situation du pays : « Nous avons énormément de terre. Le Tchad a fait autour de trois millions de tonnes de céréales par an. C'est le premier pays d'Afrique centrale en termes de production alimentaire vivrière en céréales. C'est pour dire le niveau. Nous pensons qu'on a un gap de 100 000 tonnes sur la production de cette année, en sachant que les deux années précédentes, nous avons eu quelque part une certaine surproduction. Nous n'avons pas de crainte à ce niveau. » Des récoltes qui ne suffisent pas à réduire la dépendance Certains pays d'Afrique du Nord ont enregistré de bonnes récoltes, à commencer par le Maroc, qui devrait produire environ neuf millions de tonnes de blé cette année. Mais cette récolte ne devrait pas modifier en profondeur les besoins du royaume en importations, estime l'économiste Abdelmalek Alaoui, président de l'Institut marocain d'intelligence stratégique : « Bien qu'il y ait eu une campagne agricole importante l'an dernier, elle profite majoritairement aux industries exportatrices qui, elles, apportent des devises. Quant à la souveraineté alimentaire en matière de blé, le Maroc est structurellement déficitaire du fait des habitudes alimentaires des Marocains. Le Maroc est un importateur de blé tendre. Si les Marocains consommaient plus de blé dur, nous ne serions pas dans cette situation systémique de déficit. » Le souvenir du choc de 2022 reste présent. Au début de la guerre en Ukraine, le prix du blé était passé d'environ 170 à 400 euros la tonne sur les marchés à terme. Les cours restent aujourd'hui très éloignés de ces niveaux. Mais le contexte logistique s'est de nouveau tendu, notamment autour des ports russes. Les exportations de blé de la Russie, premier fournisseur mondial, ont chuté à 347 000 tonnes en septembre, contre plus d'un million de tonnes de plus un an auparavant. À lire aussiLes tensions avec l'Algérie redessinent les performances du blé français à l'export

29/09/2026 • 02:33

Aux portes d’Antananarivo, à Madagascar, la région de l’Itasy abrite de nombreuses exploitations maraîchères familiales. Alors que la croissance démographique impose d’augmenter la production agricole, les sols souffrent de l’érosion et sont appauvris à long terme par l’utilisation d’engrais chimiques. Mais depuis près de dix ans, des milliers de paysans ont adopté un biofertilisant liquide dans leurs pratiques agricoles, ce qui a permis d’améliorer les rendements tout en préservant l’environnement. De notre envoyé spécial de retour d'Itasy, De l’ambiaty et du tanamasoandro sont disposés sur le sol en terre battue devant la maison de Fabienne Razafindraibe. « Ce sont des plantes bénéfiques pour la terre et elles poussent un peu partout aux alentours », explique-t-elle. Après avoir haché ces végétaux, l’agricultrice les verse dans un bassin rempli d’eau avec du fumier de zébu ramassé dans la localité. « Le bassin doit avoir la meilleure exposition au soleil possible. On mélange tous les quatre jours et le biofertilisant est prêt au bout de 28 jours. On le sait car le liquide est vert et homogène et il ne s’en dégage plus de fortes odeurs », détaille l’agricultrice. À ce mélange, d’autres plantes aux facultés répulsives, comme la consoude ou le tephrosia, peuvent être ajoutées pour lutter contre les nuisibles. La technique a été enseignée par l’ONG Agrisud à un réseau de 350 maîtres exploitants, des agriculteurs référents chargés de transmettre ensuite cette pratique innovante aux communautés paysannes locales. Environ 15 000 producteurs utilisent désormais le biofertilisant liquide dans la région de l’Itasy, explique Fetison Ramaly Andriamahitsy, chef de projet dans le cadre du programme Agriter : « La production des biofertilisants liquides est accessible à tous les producteurs parce qu’on n’a pas besoin de matériel sophistiqué. Les producteurs peuvent même utiliser des bidons jaunes comme récipients », souligne-t-il. Cette technique permet l’amélioration de la productivité avec une augmentation de 20 % des rendements, assure Fetison Ramaly Andriamahitsy. À lire aussiÀ Madagascar, la recherche scientifique pour une agriculture durable Amélioration des revenus, diversification des activités L’usage des engrais chimiques ou des pesticides chimiques, nocifs pour la santé, rendait l’air irrespirable, se souvient Jean-Patrick Ramanandraibe. Les biofertilisants liquides, que ce paysan utilise désormais, sont particulièrement efficaces pour la culture d’haricots verts. Sur un terrain de 100 m² , il en récolte 250 à 300 kilos, contre 150 kilos auparavant. « La terre produit plus, donc je gagne plus, étant donné que la majeure partie de la récolte est destinée à la vente. Je peux désormais nourrir correctement mes porcs et mes volailles, alors que ce n’était pas le cas auparavant. Les revenus supplémentaires m’ont permis d’investir pour améliorer mon activité d’élevage », témoigne-t-il. Une diversification des activités économiques également bienvenue à l’heure où la croissance démographique réduit la taille moyenne des parcelles agricoles léguées par les parents à leurs enfants. L’Institut national de la statistique anticipe un doublement de la population malgache à l’horizon 2050. À lire aussiÀ Madagascar, l’érosion menace les terres agricoles de l’Itasy [1/2]

28/09/2026 • 02:28

À Madagascar, l’érosion menace les terres agricoles et les revenus des paysans. Dans la région de l’Itasy, les pluies plus intenses accélèrent la dégradation des sols et l’ensablement des rizières. Agriculteurs et ONG tentent de restaurer ces terres et de préserver les activités qui en dépendent. Aux portes d’Antananarivo, les champs de l’Itasy aménagés à flanc de colline sont de plus en plus exposés à des pluies intenses. Sur des terrains fragilisés par certaines pratiques agricoles, l’eau dévale les pentes et emporte progressivement la couche arable du sol. « Quand il n’y a plus cette partie arable, les 20 premiers centimètres du sol, toute la fertilité part avec ça. En dessous, on a un socle très dur, la texture ne permet plus d’avoir de bonnes productions », explique Ramarofidy Andriamirajo, coordinateur national de l’ONG Agrisud. L’érosion provoque également l’ensablement des rizières et des zones fertiles situées en contrebas des versants. À Madagascar, les immenses ravines creusées dans les sols sont appelées « lavaka ». Elles sont devenues l’un des signes les plus visibles de la dégradation des terres. Pour les agriculteurs, les conséquences sont directes. Hanitriniaina Fanomezantsoa a vu une grande partie de ses parcelles recouverte de sable. « Les trois quarts de mes terrains ont été envahis par le sable. Pendant cinq ans, je n’ai eu aucune récolte d’haricots, de pommes de terre et de riz. Certains habitants ont même déménagé à cause de ce problème, d’autres cherchent des sources de revenus complémentaires pour compenser le manque à gagner », raconte-t-il. À lire aussiMadagascar s'inquiète de l'impact du phénomène El Niño sur les écosystèmes Planter pour retenir les sols Pour lutter contre le phénomène, 26 pépinières ont été installées dans la région dans le cadre du programme « Agriter ». Elles produisent notamment des acacias, des pins et du café robusta. « On cultive des plants d’acacias, de pinus et de café robusta. Ces espèces ont été sélectionnées pour leur capacité à freiner l’érosion du sol », explique Julienne Ramirantsoa, responsable de l’une de ces pépinières. Les jeunes arbres sont ensuite plantés sur les terrains les plus dégradés. Plus de 1,5 million d’arbres ont ainsi été mis en terre dans la région. L’ONG Agrisud aménage également des courbes de niveau le long des versants afin de ralentir l’écoulement de l’eau. « Sur les lignes de courbes de niveau, on installe des plantes stabilisatrices du sol type vétiver, des ananas, des defrosia, des citronnelles… Et entre les lignes des courbes de niveau, c’est là que les producteurs vont installer les cultures vivrières », détaille Ramarofidy Andriamirajo. À terme, ces aménagements doivent permettre de transformer progressivement les pentes en terrasses agricoles et de favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols. Un enjeu qui dépasse l’agriculture La protection des bassins versants concerne bien plus que les seules parcelles agricoles. Dans l’Itasy, le lac du même nom est lui aussi menacé par l’ensablement. Selon Agrisud, sans intervention, le lac pourrait être fortement affecté par le phénomène dans les prochaines décennies. Or il constitue une ressource importante pour l’économie locale : il attire des visiteurs venus notamment de la capitale et fait vivre pêcheurs et artisans. Préserver les sols agricoles revient donc aussi à protéger l’ensemble de l’activité économique qui dépend de cet environnement. À lire aussiÀ Madagascar, modéliser les impacts du changement climatique pour mieux planifier

27/09/2026 • 02:34

Comme l'Afrique du Sud et l'Égypte, le Sénégal a connu cette année une fréquentation accrue de la part des touristes français (+18 % en 2025-2026). Ils se sont reportés vers les destinations africaines, face aux risques liés à la guerre au Moyen-Orient. Mais avec un million et demi de touristes en 2025, le Sénégal est loin de son objectif de 2 millions et demi de visiteurs annuels. Face à l'essoufflement du tourisme balnéaire, le pays de la Téranga veut diversifier son offre et sa clientèle. Dans le tourisme depuis plus de 40 ans, Boubacar Sabaly, directeur général de l'hôtel Bougainvillées à Saly-Portudal, sur la Petite Côte, au sud de Dakar, observe que beaucoup d'hébergements balnéaires ont fermé. « Dans notre zone, nous avons perdu 2 000 lits. Nous avons eu la fermeture de l'hôtel Aldiana, 300 chambres, la fermeture également du Domaine de Nianing, 300 chambres, liste ce professionnel de l'hôtellerie. Nous avons perdu deux hôtels Savana, 216 chambres. Nous avons perdu l'hôtel Teranga, 75 chambres. Nous avons perdu également l'hôtel L'Espadon… Ça fait beaucoup. » À lire aussiTourisme: le Maroc maintient le cap malgré les tensions géopolitiques Plus d'immersion culturelle Diversifier l'offre touristique du Sénégal est impératif, reconnaît Malick Mbaye, le secrétaire général de l'Agence sénégalaise de promotion touristique, et c'est l'objectif des États généraux du tourisme, qui se poursuivront jusqu'à la fin de l'année. « Le Sénégal est malheureusement positionné comme une destination "soleil d'hiver balnéaire", alors que le potentiel culturel que nous avons est beaucoup plus important que ce que nous avons sur le balnéaire, martèle-t-il. Et c'est ça qui fait l'originalité d'une destination. Les touristes d'aujourd'hui cherchent des expériences aussi bien sur la culture que sur la nature. Le Sénégal a un potentiel très important. » Le Sénégal cherche à mieux vendre ses rendez-vous culturels, Festival de jazz et Fanal de Saint-Louis, Biennale de Dakar, Festival des minorités, mais aussi à promouvoir l'immersion des touristes dans la culture et le mode de vie sénégalais. Et c'est ce qu'Oumy Sall, directrice de production de l'agence sénégalaise Sahel Découverte, veut proposer de plus en plus aux tour-opérateurs. « Nous faisons découvrir Saint-Louis à travers des programmes immersifs. Pendant le festival de jazz, c'est le développement économique, social, touristique et culturel de Saint-Louis. Il y a aussi les îles du Saloum, où nous avons la possibilité de faire des ateliers d'initiation aux foyers améliorés, de plantation de la mangrove, décrit-elle. En Casamance, on propose des ateliers dans les rizières ou des ateliers de transformation de la noix de cajou. Même à Saly, réputée station balnéaire, on a de l'immersion, avec des ateliers de batik sur la plage et on fait découvrir comment se passent les mariages. » Jeunes de la diaspora En recevant les Jeux olympiques de la jeunesse dans un peu plus d'un mois, le Sénégal veut prouver qu'il peut accueillir des événements d'ampleur et développer le tourisme d'affaires, mais aussi miser sur l'appétit culturel des nouvelles générations de la diaspora africaine, avec, en projet avec l'Unesco, une future scénographie ludique des grands héros d'Afrique au musée Théodore Monod de Dakar. Une plateforme numérique « Le Sénégal en un clic » devrait d'ici la fin de l'année rassembler toute l'offre touristique du pays et mobiliser les influenceurs. À lire aussiMadagascar: malgré les chocs des derniers mois, le tourisme repart sur la Grande Île

24/09/2026 • 02:20

Au Cameroun, la direction générale des douanes a collecté entre avril et début septembre 2026 1,8 milliard de FCFA (environ 2,7 millions d’euros) de droits de douanes et taxes sur des téléphones, tablettes et terminaux numériques importés, grâce au nouveau mécanisme de collecte en vigueur. Avant l’entrée en vigueur de la réforme, le dédouanement des téléphones approvisionnait les caisses de l’État d’à peine 100 millions de francs par mois. Ce mécanisme fait grincer les dents chez certains importateurs alors que la douane dit poursuivre des objectifs fiscaux, sécuritaires et économiques. Avec notre correspondant à Yaoundé, Le lieu-dit avenue Kennedy à Yaoundé grouille de monde. C’est le principal point de vente des téléphones portables importés au Cameroun. Seydou, un importateur de téléphones d’occasion, dit avoir quelques soucis avec le nouveau mécanisme de déclaration et de dédouanement : « On importe les téléphones d’occasion qui sont vendus ici entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Ils sont dédouanés à l’aéroport, mais les douaniers n’enregistrent pas leur numéro de série. Quand on les vend aux clients, ils reviennent nous dire qu’ils reçoivent tout le temps des messages qu’on va bloquer leurs téléphones. » Depuis le 1er avril dernier, les prix des téléphones ont augmenté selon ce revendeur. « Les clients ne sont pas intéressés à acheter les téléphones non dédouanés, mais ils ne peuvent pas non plus payer le prix des téléphones dédouanés. Donc cela nous cause beaucoup de préjudices », témoigne Gérard Fontem. Ce dernier vend désormais ses téléphones plus chers, pour certains les prix ont presque doublé, passant de 45 000 à 85 000 francs CFA. « Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas » De 68 euros à 129 euros environ, pour Paul Olivier Libii, inspecteur principal des douanes et point focal de la réforme à la direction générale des douanes à Yaoundé, les importateurs sont loin d'être asphyxiés : « Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas [leurs taxes], parce que pour ceux qui payaient sur la base de la valeur transactionnelle à 66 %, le prix du téléphone va plutôt diminuer. Mais ceux qui ne payaient pas utilisaient le droit de douane comme variable d'ajustement pour mettre à mal ceux qui payaient. Le nouveau mécanisme va venir mettre tout le monde au même niveau. » Ce nouveau mécanisme n’est pas une nouvelle taxe, mais plutôt un nouveau système de collecte qui est fondé sur la digitalisation, soutient Paul Olivier Libii : « La valeur transactionnelle a été divisée par quatre, voire par sept. Nous avons huit catégories de collecte qui vont de 5 000 à 400 000 francs  CFA. Ensuite le taux global est passé de 67 % à 33,33 %, donc ce sont des méthodes de facilité. » Environ cinq millions de téléphones échappaient encore au système, des téléphones qui seront retrouvés, promettent les services des douanes. À lire aussiCameroun: une mesure sur la collecte des droits de douanes pour les téléphones fait débat

23/09/2026 • 02:12

Le commerce entre pays africains progresse, mais l’intégration économique du continent reste confrontée à un problème très concret : faire circuler les marchandises plus rapidement et à moindre coût. En Afrique de l’Ouest, le corridor Abidjan-Lagos permet de mesurer ces avancées. Les procédures se numérisent, les temps de passage diminuent à certains postes-frontières. Plus de 1 000 kilomètres de route et plusieurs postes-frontières jalonnent cet axe stratégique, avec des temps de passage encore très variables. Malgré ces difficultés, les échanges intra-régionaux entre le Nigeria et la Côte d’Ivoire ont progressé de plus de 20 % l’an dernier. La progression est également marquée avec le Togo. Des temps de traversée plus courts contribuent à rendre le corridor plus compétitif. « Plus qu’une route, c’est une colonne vertébrale », résume Youssouf Sangaré. Cet enseignant-chercheur travaille depuis 25 ans sur la digitalisation des corridors commerciaux. « Il concentre plus de 75 % des activités commerciales de la Cédéao et relie des aires majeures comme Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou et Lagos. Nous sommes passés d'une vision purement infrastructurelle à une vision de corridors économiques intégrés ». Le corridor Abidjan-Lagos représente une part majeure du commerce régional et constitue également un terrain d’expérimentation pour la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), notamment sur les règles d’origine et les tarifs préférentiels. Les frontières restent le principal point de friction Pour Paul Akandé, chargé de programme à la Commission de la Cédéao, le corridor peut servir de modèle à l’échelle régionale. « La Cédéao, en tant qu’organisation régionale, facilite ce processus. Elle est en discussion sur le réseau routier qui relie Abidjan à Lagos, avec éventuellement une évolution vers le ferroviaire. Ce sont aussi ces initiatives qui permettent d’accélérer les échanges et le trafic entre les pays traversés par ce corridor. C’est donc un très bon modèle. » Le principal obstacle à la compétitivité du corridor reste toutefois ce que les spécialistes appellent les « coûts de friction » : les dépenses supplémentaires, les pertes financières et les retards logistiques provoqués par les obstacles sur les routes et aux frontières. Une récente étude menée par l’Organisation du Corridor Abidjan-Lagos (OCAL) montre que les temps de traversée observés sur une dizaine de postes-frontières vont de 2 à 47 heures. L’étude relève également la persistance de barrages routiers, notamment au Nigeria, ainsi que des paiements informels signalés par près des trois quarts des chauffeurs routiers interrogés. De fortes disparités entre les postes-frontières La situation s’améliore néanmoins, estime Youssouf Sangaré, notamment grâce à la digitalisation des procédures : « Le système interconnecté de gestion des marchandises en transit de la Cédéao progresse. Les déclarations répétitives à chaque frontière, ce que j’appelle ici les coûts de friction, se réduisent. Un chargeur ivoirien n’a plus à tout recommencer à zéro à chaque poste-frontière, comme c’était le cas il y a dix ans. » Mais l’interconnexion reste encore incomplète. À Noé-Elubo, entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, la ressaisie manuelle des informations constitue toujours un point de friction. L’OCAL présente le poste de Noé-Elubo comme celui ayant enregistré la baisse la plus nette de son temps de passage : il serait passé d’environ 27 heures à 10 heures. Les performances restent en revanche beaucoup plus contrastées ailleurs sur le corridor. C’est notamment le cas à Kraké, entre le Nigeria et le Bénin, ou encore à Kodjoviakopé, à la frontière entre le Togo et le Ghana.

22/09/2026 • 02:25

Les investissements directs étrangers (IDE) reçus par un pays profitent-ils à son économie et à ses habitants ? Ce n'est en tout cas pas une évidence comme le montre l'exemple guinéen. La Guinée est arrivée en tête des IDE reçus l'année dernière, en Afrique. Le pays a reçu plus de 7,7 milliards de dollars, une somme essentiellement liée au lancement de la mine de fer de Simandou. Le projet gigantesque de mine de fer de Simandou a connu une accélération en 2025 avant d'entrer en production en novembre. Mais l'achat d'équipement et les gros travaux de construction du chemin de fer et du terminal portuaire de Moribaya n'ont pas profité aux entreprises locales, explique Oumar Barry Totiya, directeur de l'Observatoire guinéen des mines et métaux : « Simandou, c'est surtout des acteurs étrangers qui ont capté ces investissements, la construction des rails et du port a bénéficié à des entreprises chinoises, les travaux d'ingénierie lourde dans la mine ont profité à des entreprises portugaises ». Le secteur guinéen a hérité lui de quelques contrats de sous-traitance dans le domaine de la sécurité, de la restauration et de petits travaux de terrassement. Mais c'est loin d'être assez pour Chérif Mohamed Abdallah Haïdara, président du Groupe organisé des hommes d'affaires (GOHA) international : « Moi personnellement, je n'ai rien reçu, ni un marché, ni une proposition, ni un courrier d'invitation [à répondre à un marché], et je ne suis pas le seul. Nous invitons donc l'État à nous appuyer pour que les compagnies étrangères ne soient pas les seules à profiter. Nous ne les rejetons pas, mais si dans presque tous les domaines ce sont eux qui récupèrent les marchés, c'est compliqué » Une économie nationale encore en retrait face à l’ampleur des investissements Tous les constats se rejoignent : la capacité de l'économie guinéenne à capter les investissements étrangers est encore trop faible. Le secteur bancaire est tout aussi concerné, explique l'économiste Bella Bah : « Si vous prenez les sept milliards de dollars d'investissements directs étrangers, à peine un milliard a été viré sur les comptes en Guinée. La Guinée est un pays qui vit de l'importation, avoir un important flux de devises nous permet de valoriser le franc guinéen et cela a un impact sur le prix des produits importés comme le riz, la farine et le sucre. » Avoir suffisamment de devises permet notamment d'éviter tout retard de paiement, et de livraison, un facteur de stabilité des prix sur les marchés locaux. Bella Bah précise qu'il reste entre 13 et 15 milliards de dollars à investir dans le cadre du projet Simandou et espère qu'ils profiteront beaucoup plus à l'économie guinéenne.  À écouter aussiExploitation minière en Guinée: «Le projet de Simandou doit être accompagné d'une politique sociale»

21/09/2026 • 02:17

Le secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, Franck Garcia, s’est rendu le 6 septembre dernier sur le chantier du futur aéroport international de Bishoftu, à une quarantaine de kilomètres d’Addis-Abeba. Une visite durant laquelle Washington a pu manifester son intérêt pour la méga-infrastructure, qui sera à terme le plus grand aéroport d’Afrique. L’occasion, aussi, de se positionner face au concurrent chinois. De notre correspondante à Addis-Abeba, Depuis la pose de la première pierre du futur aéroport en janvier 2026, les États-Unis et la Chine se livrent une bataille d’influence autour du financement du méga projet. Coût total estimé : plus de 12 milliards de dollars. D’après Abdou Rahim Lema, politiste à l’université d’Ottawa et spécialiste des relations Chine-Afrique, Pékin, premier investisseur étranger en Éthiopie, a une longueur d’avance : « Ce n'est pas surprenant que la Chine soit en train de s'impliquer. Elle a déjà financé et construit beaucoup de projets. Aussi bien des projets d'infrastructures, mais aussi pour la transition énergétique, et aujourd'hui elle porte un discours sur les infrastructures digitales. Donc, l'implication de la Chine en Éthiopie est quand même bien ancrée. » En avril, la Banque de Chine s’est entretenue avec Ethiopian Airlines et le ministère éthiopien des Finances. Des discussions similaires ont eu lieu un mois plus tôt, à Pékin, cette fois avec la Banque d'import-export et la Banque de développement de Chine. Mais les États-Unis, de leur côté, ne sont pas en reste, affirme Mesfin Tasew Bekele, PDG d’Ethiopian Airlines : « Le gouvernement des États-Unis nous a fait savoir qu'il soutenait ce projet », assure-t-il. L'Éthiopie se positionne à l'international « La U.S. Development Finance Corporation (DFC) et l'Exim Bank ont ​​également apporté leur soutien et ont commencé à travailler sur le dossier. Elles procèdent actuellement à l'évaluation du projet et à l'examen des études de faisabilité », poursuit le patron. Il affirme également que des banques commerciales américaines telles que JP Morgan et Citibank ont ​​aussi commencé à travailler sur le projet d’aéroport. « L'intérêt des États-Unis est donc considérable », met en avant Mesfin Tasew Bekele. Le département d’État américain a en effet confirmé à RFI « étudier la possibilité de soutenir le projet grâce aux instruments de financement du gouvernement ». Ce partenariat vise à prioriser une collaboration technique : le département d’État souligne que « les entreprises américaines sont synonymes de haute qualité et de normes de sécurité […] comme en témoignent les partenariats de longue date entre Ethiopian Airlines et Boeing ». Pour Abdou Rahim Lema, cette guerre commerciale montre la position stratégique d'Addis-Abeba à l'international. « L'importance de l'Éthiopie fait que tous ces pays voudraient quand même avoir leur mot à dire, si on peut le dire de la sorte, et prendre une place au sein du processus de développement du pays. Parce qu’il est certain que ne pas s'impliquer voudrait dire qu'on est en train de perdre du terrain », analyse le chercheur. D’autres pays ont manifesté leur intérêt pour l’aéroport. D’après Mesfin Tasew Bekele, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France se sont aussi positionnés. À lire aussiÉthiopie: à Paris, Addis-Abeba cherche des partenaires pour son giga-aéroport de Bishoftu

20/09/2026 • 02:21

Avec un objectif de 26 millions de visiteurs en 2030, année de la Coupe du monde de football coorganisée avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc affiche des ambitions touristiques parmi les plus élevées au monde. Le royaume attire chaque année près de trois millions de visiteurs supplémentaires. L'attractivité du Maroc semble pour l'heure résister aux crises géopolitiques. Les prix des billets d'avion à destination du royaume ont même baissé malgré l'augmentation du prix du kérosène. Au premier semestre 2026, la croissance du nombre de visiteurs a toutefois légèrement ralenti, passant d'une progression à deux chiffres à une croissance à un chiffre. Les recettes touristiques ont, elles, bondi de 15 %. Achraf Fayda, directeur général de l'Office national marocain du tourisme (ONMT), se félicite du maintien de cette dynamique : « Malgré le contexte géopolitique global qui a ralenti un petit peu cette croissance, on est passé d'une croissance à double chiffre à une croissance à un seul chiffre. Mais on est content quand même de pouvoir maintenir la croissance tout en sachant que les recettes sont en train de croître à double chiffre, chose qui nous rassure quant à notre capacité de pouvoir attirer dans un contexte relativement fragile et difficile. » Pour Vanguelis Panayotis, président du cabinet MKG spécialisé dans le tourisme et l'hôtellerie, cette performance est le résultat d'une stratégie planifiée sur le long terme, accompagnée d'importants investissements en amont de la Coupe du monde 2030 : « Ça permet de donner une impulsion. On voit qu'on a beaucoup de choses qui sont faites dans la santé, dans les transports, avec cette connexion en train grande vitesse qui part de Marrakech et qui remonte sur Casablanca, Rabat, détaille-t-il. Ce sont des éléments structurants qui permettent de mettre en marché de façon touristique une destination et de ne plus avoir uniquement une ou deux destinations phares comme peut l'être Marrakech, mais de permettre le développement et l'irrigation économique sur l'ensemble du territoire de cette opportunité d'activité touristique. » À lire aussiLe Maroc devient la première destination touristique d'Afrique L'Espagne, un point de vigilance depuis Une ombre au tableau tout de même : les événements de Ceuta, fin juillet. Des dizaines de milliers de migrants ont tenté d'entrer illégalement dans l'enclave espagnole, à pied ou à la nage depuis le Maroc. S'en est suivie une crise diplomatique entre Rabat et Madrid. Les réservations des touristes espagnols pour l'automne accusent depuis un net recul, selon Vanguelis Panayotis : « La clientèle espagnole faisait partie des clientèles qui étaient parmi les plus fortes augmentations. Là, effectivement, on l'observe, il y a un coup d'arrêt parce qu'il y a ce contexte-là, admet l'expert. S'il ne perdure pas et que les choses se normalisent, on est assez confiant que dans un an, tout ça sera loin derrière tout le monde. » L'Office national marocain du tourisme ne confirme pas cette baisse des réservations espagnoles et mise sur la diversification des marchés et des destinations. « Presque 70 % du chiffre est concentré sur trois destinations, donc trois destinations et trois expériences, explique Achraf Fayda. D'ici 2030, on veut évoluer vers les douze régions qu'on veut mettre en avant, des destinations touristiques, et dix expériences. » Dernier exemple de cette stratégie : Dakhla, au Sahara occidental, qui attire bon nombre de kitesurfeurs français depuis l'ouverture d'une liaison aérienne directe il y a un an. À lire aussiLe Maroc met en garde l'Espagne contre une instrumentalisation politique de la crise migratoire

17/09/2026 • 02:27

À la campagne comme à la ville, les gony malagasy, ces grands sacs tissés en polypropylène, sont devenus des objets du quotidien. Ils servent aujourd’hui à transporter et stocker toutes sortes de récoltes. Ces sacs sont fabriqués et commercialisés localement depuis 50 ans par une entreprise familiale qui n'a cessé de s’adapter pour rester leader sur le marché de l’océan Indien. De notre correspondante à Antananarivo, Dans l’immense hangar d’Enduma, les métiers à tisser tournent à plein régime. Ces machines tubulaires à six trames produisent 24/24, dans un vacarme assourdissant. Il y a quelques minutes, ce n’étaient encore que de minuscules granulés de plastique. Les voilà transformés en sacs. Des sacs devenus familiers dans tout le pays. « Notre sac emblématique, c'est le "Miaka-bokatra", explique ce salarié. Littéralement, "la pleine saison". C'est le sac qu'on trouve un peu partout à Madagascar, qui marque le commencement de la saison des récoltes du riz, du paddy, qui donne une image à Madagascar. » À lire aussiÀ Madagascar, la culture zafimaniry, connue pour son art du bois, est menacée Des sacs au rythme des récoltes malgaches Décorés d’une charrette tirée par deux zébus, ces grands gony blancs peuvent transporter jusqu’à 250 kilos de denrées. À l’origine, ils ont été conçus pour remplacer les sacs en jute, plus lourds et perméables. Ils sont depuis devenus incontournables dans l’industrie, mais plus encore auprès des agriculteurs. Aujourd’hui, 75 % du chiffre d’affaires d’Enduma est réalisé à Madagascar, principalement pendant les saisons agricoles. « Il y a une utilisation industrielle qui nous fait travailler tout au long de l'année, pour des filières comme l'agroalimentaire, comme les industries minières, comme les industries de chaux, de farine, de ciment, du sel, etc. Ensuite, il y a également une utilisation du gony malgache dans l'agriculture ; nous accompagnons les différentes filières agricoles dans leur saison de récolte, explique Hassanein Hiridjee, le petit-fils du fondateur et PDG du groupe Trimeta, avec un début d'année dédié principalement au riz, puis à la campagne de vanille, de grains secs, de pois du Cap, de sel. Et donc c'est cet enchaînement de filières agricoles à Madagascar qui permet à notre division agricole de pouvoir fournir et s'adapter aux filières tout au long de l'année. » Plus les récoltes sont bonnes, plus l’entreprise vend de sacs. Sa croissance est intimement liée à la santé de l’agriculture malgache, à la météorologie et à ses effets de bord. Concurrence des sacs asiatiques Comme beaucoup d’industries du pays, Enduma doit également composer avec les coupures d’électricité récurrentes. Autre difficulté : l’importation massive de copies asiatiques (en provenance de Chine et d'Inde) de sacs tissés, de qualité inférieure, dépourvus de traçabilité et de certificat de « contact alimentaire », vendus, évidemment, moins chers. Pour faire face à cette concurrence, l’entreprise a décidé de diversifier ses activités. « Là, nous sommes dans l'atelier de transformation recyclage, poursuit Hassanein Hiridjee, ici, ce sont des déchets issus de la production, dus à des problèmes de courant, dus à des changements de trames, de bobines, etc. Nous pouvons ensuite retransformer ces déchets propres en granules qui redeviennent des matières premières, utilisées pour la plupart pour faire des bassines, des seaux, ce genre de choses. » Enduma fêtera ses 50 ans à la fin de l’année. Toujours 100 % familiale, l’entreprise aspire à changer d’échelle. Et elle mise sur son gony pour accélérer son développement régional et exporter son savoir-faire malgache vers l’océan Indien et le continent africain. À écouter dans Un jour au villageÀ Madagascar, produire des semences locales adaptées au climat et améliorer la sécurité alimentaire

16/09/2026 • 02:28

124 milliards de dollars : c’est le montant des transferts d’argent qui ont été effectués vers l’Afrique en 2025. C’est une hausse de 86 % par rapport à il y a 10 ans, révèle une étude du Fonds international de développement agricole (Fida) publiée en ce début de semaine. Cinq pays (Égypte, Nigéria, Maroc, Éthiopie, Kenya) reçoivent les trois quarts des transferts. Cependant d’autres régions, l’Afrique de l’Ouest en particulier, ont enregistré un boom important. Dans la Goutte-d'Or à Paris pullulent les officines de transfert d’argent. Dans cette petite boutique de la rue Doudeauville, le guichet ne désemplit pas. Les habitudes sont rodées. Pièce d’identité, numéro de téléphone, Mohamed sort un billet de 50 euros. Il transfère chaque mois de l’argent vers le Sénégal. « Pas beaucoup d’argent », estime-t-il. Pour ce boucher, arrivé il y a 10 ans à Paris, la question de faire des transferts d’argent à la famille ne se pose même pas. « Il y a des gens au bled qui sont malades. On envoie de l'argent pour des médicaments. C'est ça le but. S'il y a des problèmes, ils nous le disent et [on essaie] de régler ça. C'est un peu dur mais on les soutient parce qu'on est là pour eux. On travaille pour la famille », témoigne Mohamed.   Les flux d’argent de la diaspora en Afrique de l’Ouest ont explosé ces dernières années. +65 % au Sénégal, +417 % en Côte d’Ivoire. Plusieurs raisons à cela, selon Luc Kpenou, consultant en systèmes de paiement et service digital. « Le mobile money, forcément, a ramené de la proximité. On n'est plus limité simplement au fait qu’on n'est pas bancarisé. Et la faiblesse des agences bancaires a été remplacée par le maillage des distributeurs de mobile money qui sont un peu partout. Donc déjà, cette proximité, cette facilité d'usage est vraiment l'un des critères les plus importants », explique l’expert. Autre facteur, la concurrence qui s’est faite dans la région. « C'est plutôt un facteur stabilisateur » « Plusieurs acteurs ont été obligés de réajuster leur modèle économique pour s'aligner un peu sur les nouveaux entrants qui sont venus et qui étaient quand même assez agressifs en termes de tarification. Ça a été profitable pour les usagers. Quand le transfert coûte moins cher, forcément vous avez tendance à transférer un peu plus et plus souvent », poursuit Luc Kpenou. Autre facteur, les corridors de travailleurs saisonniers dans la région qui dynamisent ces flux financiers. Ces transferts d’argent représentent parfois près d’un quart du PIB des États, c’est le cas aux Comores, par exemple, en Gambie ou au Liberia. Pour Frédéric Ponsot, expert du Fida, cette dépendance aux flux de la diaspora n’est pas une fragilité. « C'est plutôt un facteur stabilisateur, assure-t-il. Dans le même temps, comme vous le savez, l'aide au développement a beaucoup diminué. Et puis les investissements directs étrangers sont assez erratiques. Quelles que soient les crises économiques, 2007, Covid… On a constaté en fait qu’au moment où il y a des crises, des crises économiques, ce qui se passe, c'est que les migrants, quelle que soit la situation dans laquelle ils se trouvent, ils regardent la situation dans laquelle leurs familles se trouvent et ils font les sacrifices nécessaires », détaille Frédéric Ponsot. Reste le défi de l’interopérabilité – car l’essentiel des flux migratoires sont intra-africains. Il s’agit de fluidifier les envois entre pays et de faire baisser les coûts des transferts d’argent. Ils atteignent en moyenne 7 % et font du continent la région la plus chère dans le domaine.  À lire aussiSerge-Éric Menye: «Aucun pays au monde ne peut prétendre avoir été développé par les diasporas»

15/09/2026 • 02:37

À Maurice, le secteur des centres d’appels et de l’externalisation traverse une zone de turbulences. Concentrix, l’un des principaux opérateurs présents dans l’île, vient d’annoncer son intention d'arrêter ses activités. Une décision qui ravive les inquiétudes sur l’avenir d’un secteur important pour l’emploi et l’économie mauricienne, confronté à des difficultés structurelles et à une concurrence internationale accrue. Avec notre correspondant à Port-Louis, En six ans, Concentrix dit avoir perdu sept de ses principaux clients et ses effectifs sont passés de 870 à moins de 320 salariés. Pour les syndicats, le cas de cette entreprise intervient dans un contexte où les suppressions de postes se multiplient dans les centres d’appels. Reaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé et représentant syndical des employés du secteur, estime que le phénomène mérite désormais une réponse des autorités. « Depuis quelques temps, on remarque que des travailleurs, surtout dans des centres d’appels, sont sujets à des comités disciplinaires ou sont forcés de quitter leur travail. Auparavant, on le voyait avec des compagnies qui employaient moins de 100 personnes, mais là, ce qu’on voit avec Concentrix confirme nos doutes », alerte-t-il. Une partie de l’explication se trouve au-delà des frontières mauriciennes. Le marché français est très important pour les opérateurs de l’île mais de nouveaux règlements dans l’hexagone interdisent désormais du démarchage commercial non-sollicité et cela pourrait rendre certaines prestations à distance moins attractives. Comment repositionner l'industrie mauricienne ? Pour les professionnels du secteur, cette vulnérabilité ne s’explique toutefois pas uniquement par la demande française. Jenny Chan, présidente de l’Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius (OTAM), qui représente les centres d’appels, identifie plusieurs facteurs qui pèsent désormais sur les opérateurs : « Les difficultés qu’ont évoquées Concentrix, notamment la pénurie de talents, la hausse des coûts d’exploitation, la compétitivité internationale et surtout l’impact de l’IA... Ce sont des défis auxquels sont confrontés de nombreux opérateurs dans ce secteur, surtout dans le domaine des BPO ». L’enjeu est donc de repositionner l’industrie mauricienne plutôt que de miser uniquement sur son avantage historique de coût et sur une main-d’œuvre relativement qualifiée. L’OTAM préconise de renforcer la productivité grâce aux nouvelles technologies, de faciliter l’accès aux compétences étrangères et de développer des services numériques à plus forte valeur ajoutée : « Ce qu’il faut faire pour éviter d’autres départs, c’est premièrement renforcer la compétitivité-coût de Maurice et surtout la productivité, et c’est là où également l’IA peut nous aider. Il faut aussi, pour pallier la pénurie de talent, faciliter l'accès aux talents étrangers spécialisés, surtout lorsque les compétences ne sont pas disponibles localement. Et surtout, en troisième lieu, c’est surtout accélérer notre montée en gamme vers des services numériques à plus forte valeur ajoutée. » Le gouvernement assure avoir engagé des discussions avec les représentants du secteur afin d’identifier des mesures de soutien. Pour les syndicats, la priorité est de limiter l’impact social des restructurations. Reaz Chuttoo réclame un mécanisme pour une mise en relation plus rapide des salariés licenciés avec les entreprises qui recrutent.

14/09/2026 • 02:25

Le sommet international de l’espace à Paris a été l’occasion pour les acteurs de se réunir. Les géants du secteur (Airbus, Thales, Amazon etc.) étaient présents. Mais pas question pour le continent africain de rester à l’écart. De fortes délégations africaines ont fait le déplacement. En jeu : beaucoup de réseaux et parfois des contrats. Un protocole d’accord a été par exemple signé entre la start up Leoblue et l’Agence sénégalaise d’études spatiales pour une solution d’alerte précoce. Cette solution doit apporter une réponse à des problématiques très concrètes : alerte aux pêcheurs en haute mer pour prévenir une tempête, gestion des foules pour la sécurité urbaine lors de grands événements, information sur une urgence sanitaire... Sous la coupole du Grand Palais, Yaya Silla se réjouit. Il est à la tête de Sah Analytics International – une entreprise ivoirienne qui propose des solutions autour de l'analyse des données spatiales. Pour lui, il n’y a pas de doute, il fallait être présent. « Vous voyez l'engouement qu'il y a autour. Cet engouement, ce n’est pas pour rien », lance-t-il enthousiaste. Il est important pour lui que des investissements soient réaliser pour permettre de faire des contrepoids aux géants comme Starlink en développant des produits dans le Sud et en Afrique. Dans le domaine, la Côte d’Ivoire, le Rwanda mais aussi le Sénégal ont engagé un développement important du secteur. Maram Kaire, le directeur général de l'Agence sénégalaise d'études spatiales, plaide pour une approche globale. « Nous sommes dans une dynamique à long terme et ça passe par plusieurs actions. D'abord, la mise en place des infrastructures. Il faut que les infrastructures existent et que les jeunes qui s'intéressent au secteur spatial puissent le faire dans leur propre pays. Deuxièmement, il faut que les jeunes puissent être formés au niveau national. Et il s'agit maintenant de programmes spatiaux : développer des satellites avec ces infrastructures, de pouvoir le faire sur place. Donc, c'est tout un ensemble », détaille-t-il. « Nous ne cherchons pas une action ponctuelle - lancer un satellite par exemple - nous cherchons à créer toute une nation spatiale », résume Maram Kaire. À lire aussiSommet de l'Espace: l'Afrique ne veut pas continuer à être distancée Rationnaliser les budgets, coordonner les intiatives Difficile pour des économies parfois contraintes. Pour le Dr Tidiane Ouattara, le président du conseil de l’Agence spatiale africaine, l’effort d’investissement devrait être réparti dans les différents ministères. « On pense qu'il faut prioriser l'espace à part et qu'il faut un budget à part. Je dis non. Il faut regarder cela de façon sectorielle et thématique », partage-t-il. « Si par exemple, la problématique de l'eau est une priorité pour un pays, ils vont trouver les moyens pour financer le secteur de l'eau. Mais le secteur de l'eau ne peut aller de l'avant qu'avec des données fiables, avec des infrastructures et des équipements fiables. C'est en cela que l'espace vient contribuer », poursuit-il rappelant les domaines d’application multiples (transport urbain, pollution marine, érosion côtière, agriculture etc). « L'espace n'est pas une fin en soi. L’espace est un moyen pour aider les décideurs à aller dans le bon sens dans leurs domaines respectifs. L'espace n'est pas une chose à part qu'il faut financer. Il faut le financer à l'intérieur des programmes de façon structurée », assure-t-il. Difficile pour des économies parfois contraintes. « Pour un pays qui n'a pas beaucoup de moyens, je pense que la chose importante, ce serait de de former des ingénieurs pour pouvoir traiter les images et datas qui sont gratuites et accessibles à tous, comme Copernicus », estiome Sekou Ouedraogo à la tête de l’African Aeronautics & Space Organisation. Pour le Dr Tidiane Ouattara, le président du conseil de l’Agence spatiale africaine, l’effort d’investissement devrait être réparti dans les différents ministères. « On pense qu'il faut prioriser l'espace à part et qu'il faut un budget à part. Je dis non. Il faut regarder cela de façon sectorielle et thématique », partage-t-il. « Si, par exemple, la problématique de l'eau est une priorité pour un pays, ils vont trouver les moyens pour financer le secteur de l'eau. Mais le secteur de l'eau ne peut aller de l'avant qu'avec des données fiables, avec des infrastructures et des équipements fiables. C'est en cela que l'espace vient contribuer », poursuit-il, rappelant les domaines d’application multiples (transport urbain, pollution marine, érosion côtière, agriculture, etc.). « L'espace n'est pas une fin en soi. L’espace est un moyen pour aider les décideurs à aller dans le bon sens dans leurs domaines respectifs. L'espace n'est pas une chose à part qu'il faut financer. Il faut le financer à l'intérieur des programmes de façon structurée », assure-t-il. Surtout, il est important que les États africains travaillent ensemble. La coordination, l’une des missions de Tidiane Ouattara. « L'Angola, cette année, a signé un accord avec l'Afrique du Sud. L’Angola est très puissant en télécommunications par satellite, mais s’est lancé dans l'observation de la Terre. Or, l'Afrique du Sud est très forte en observation de la Terre. Les deux vont se compléter pour éviter des duplications. Et l'Égypte a signé un protocole d'accord avec beaucoup d'autres. Le Rwanda, pareil », donne-t-il en exemple, même s’il concède que ces partenariats sont encore « timides ». « On n'a pas le choix de faire cela. Parce qu’un seul pays, un seul individu ne peut pas aborder l'espace qui est multidimensionnel et qui coûte cher », insiste-t-il. Charge également aux États de se rendre attractifs aux acteurs privés, en présentant précisément leurs besoins, et ainsi proposer des réalisations concrètes aux populations propose encore Sekou Ouedraogo.   À lire aussiAu sommet sur l'espace à Paris, la gouvernance mondiale spatiale au cœur des échanges

13/09/2026 • 02:35

En Afrique du Sud, l’entreprise pétrolière britannique Shell a perdu, le mois dernier, ses droits d’exploration au large de la Wild Coast qui longe l’océan Indien. La Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays, a donné raison aux populations locales et aux ONG qui avaient lancé cette action en justice. La décision ne laisse pas le secteur pétro-gazier indifférent. Avec notre correspondante en Afrique du Sud, Cela fait 5 ans que la société civile s’oppose aux explorations sismiques prévues par le géant britannique. Après plusieurs recours, la Cour constitutionnelle a finalement tranché : les populations n’ont pas été correctement consultées et le juge Jody Kollapen a donc confirmé à Shell le retrait de son autorisation : « La consultation est une procédure censée permettre de respecter la dignité humaine, en faisant une place à la table des décisions à ceux dont la vie et les moyens de subsistance pourraient être affectés ». Shell prévoyait de créer des ondes sismiques grâce à l’envoi d’un navire équipé de canons à air, afin de pouvoir analyser la structure géologique du sous-sol marin. Ce qui n’était pas au goût des militants locaux tels que Nonhle Mbuthuma. « Nous, les populations côtières, dépendons de l’océan et continuons à pratiquer des méthodes de pêche traditionnelles. Mais au-delà de nos moyens de subsistance, nous avons aussi des droits culturels : en tant qu'habitants de la Wild Coast, nous croyons que nos ancêtres résident dans l’océan », explique-t-elle. L’affaire pourrait créer des remous dans tout le secteur, estime Otlotleng Mokgatle, analyste chez Control Risks : « L'une des conséquences de cette décision, c’est de renforcer le sentiment, notamment chez les investisseurs, que le secteur offshore sud-africain est exposé à un ensemble de risques, liés à un groupe d’acteurs très actifs et, disons-le, offensifs en Afrique du Sud ». Le bassin d'Orange toujours attractif Le groupe français TotalEnergies a déjà connu des déboires similaires lorsque la justice a annulé, en première instance en 2025, une autorisation environnementale pour un ensemble de blocs au large du Cap. Cependant le bassin d'Orange, à la frontière avec la Namibie plus au nord, est plein de promesses et pourrait continuer à aiguiser les appétits et ce malgré les risques judiciaires. « Je ne dirais pas que cela va nécessairement réduire l’attractivité de l’Afrique du Sud pour de futurs investissements dans le pétrole et le gaz, notamment parce que le potentiel géologique reste très important. Les investisseurs prennent ce potentiel en compte, tout comme ils prennent en compte les conditions fiscales, les infrastructures existantes dans le pays, ainsi que les incertitudes judiciaires suite à cette décision. Je pense donc que cela aura davantage un impact sur la prime de risque, mais cela ne devrait pas faire perdre au marché toute son attractivité », selon Otlotleng Mokgatle : Début août, un tribunal a rejeté la demande d’associations qui cherchaient à empêcher une campagne d’études sismiques dans le bassin d'Orange. Shell y maintient pour l’instant sa présence, tout comme TotalEnergies, qui fait cependant l’objet d’un nouveau recours autour d’une autorisation environnementale. À lire aussiAfrique du Sud: victoire en justice des défenseurs de l'environnement face à Shell

10/09/2026 • 02:33

Ces derniers mois, plusieurs cargaisons d’oignons nigérians ont été saisies sur des marchés ghanéens par des commerçants locaux. En réponse, les négociants nigérians ont interrompu leurs exportations. En cause : un désaccord sur les règles de distribution sur les marchés ghanéens, avec en toile de fond la question des prix. Le Ghana est un marché crucial pour la filière nigériane : près de 100 000 tonnes d’oignons y sont exportées chaque année. Alors, lorsque des camions sont interceptés et que des centaines de tonnes d'oignons sont saisies sur le marché de Kotoka à Accra, la tension monte rapidement. C’est ce qui s’est produit à plusieurs reprises depuis le mois d’avril. Cela a conduit les acteurs du nord du Nigeria à suspendre les livraisons d’oignons vers le Ghana. Des oignons ghanéens moins compétitifs Car les Nigérians vendent les oignons sur le marché au prix qu’ils ont fixé… et c’est précisément ce qui ne passe pas auprès des commerçants ghanéens, explique David Olujinmi, analyste économique chez SBM Intelligence, basé à Lagos : « Ils estiment que les Nigérians arrivent avec leurs produits et font baisser les prix, parce que les oignons qu’ils vendent sont proposés à un prix bien moins élevé. Les oignons produits au Ghana ne sont donc pas compétitifs par rapport à ceux que les Nigérians apportent sur le marché ghanéen. » Un accord tacite a depuis été trouvé. Le différend est terminé, assure l’Association nigériane des producteurs, transformateurs et distributeurs d’oignons. À lire aussiLe Ghana souhaite industrialiser son agriculture avec l'aide de la Chine Mais pour David Olujinmi, cet épisode soulève des questions plus profondes sur le cadre du libre-échange interafricain : « L’excédent commercial du Nigeria avec l’Afrique de l’Ouest est gigantesque. Le Nigeria n’achète pas énormément aux autres pays, mais il leur vend beaucoup de produits. Notre monnaie est probablement la plus faible de la sous-région, cela rend nos produits plus compétitifs en termes de prix par rapport aux produits fabriqués dans ces pays. Mais le commerce doit fonctionner dans les deux sens, estime l'économiste. Les pays comme le Ghana commencent à subir des pressions politiques pour protéger leurs propres producteurs locaux. Et toutes ces pressions conduisent à certaines des situations que nous avons vues, comme ces restrictions informelles. » « Mieux appliquer les règles du libre-échange » Pour Paul Akande, chargé de programme pour le développement de l'aquaculture à la Commission de la Cédéao, le différend commercial entre le Nigeria et le Ghana ne nécessite pas la mise en place d’un nouvel accord. Les deux pays sont déjà liés par les mécanismes de libre-échange de l’organisation régionale. L’enjeu est plutôt de renforcer l’information auprès des acteurs économiques et de rappeler les règles existantes : « Il faudrait davantage de sensibilisation et d’information : rappeler que nous appartenons au même espace commercial et que nous avons le droit de commercer librement dans le cadre des mécanismes de libre-échange de la Cédéao. » Pour Pau Akande, cette sensibilisation doit concerner l’ensemble des acteurs de la chaîne commerciale. « Il faut que les exportateurs, les importateurs, les acheteurs et les vendeurs comprennent qu’ils doivent faire preuve de souplesse et de compréhension, souligne-t-il, parce que nous appartenons au même espace commercial et sommes liés par les mêmes accords de libre-échange. »  Cette question intervient alors que le commerce entre les pays d’Afrique de l’Ouest poursuit sa progression. Selon le dernier rapport de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), la région affichait un « taux d’échange intra-régional élevé de 76,1 % » l’année dernière. La banque souligne notamment le dynamisme de plusieurs corridors commerciaux, parmi lesquels celui reliant la Côte d’Ivoire et le Nigeria. À lire aussiSénégal: le gouvernement lève le gel des importations d’oignons

09/09/2026 • 02:23

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