Show cover of Minuit dans le siècle

Minuit dans le siècle

Chaque mois, Ugo Palheta décortique le fascisme, non par fascination morbide pour les pires tendances de notre monde, mais pour regarder en face le danger, sans jamais séparer cette exploration de la lutte pour un autre monde. Dans "Minuit dans le siècle", on parle donc des origines du fascisme et de ses transformations, des rapports entre fascisme et police, entre fascisme et racisme ou entre fascisme et colonialisme, de la culture fasciste et des États fascistes, de la manière dont les fascistes investissent aujourd’hui le terrain de l’écologie. On explorera aussi des insurrections antifascistes du passé, des luttes qui sont menées ici et maintenant, des stratégies qui ont été et sont mises en œuvre par les mouvements antifascistes, des succès comme des échecs. "Minuit dans le siècle" est un podcast produit pour Spectre.

Titres

Au coeur du nouveau militantisme féminin d’extrême droite
On n'a sans doute pas assez insisté sur le rôle de la Manif pour tous, en France, dans le renouveau des extrêmes droites, dans la radicalisation de franges de la droite conservatrice mais aussi dans la stimulation d'un nouveau militantisme féminin ancré dans la sphère des droites radicales, identitaires et néofascistes. Dans ce nouvel épisode, on discute avec Magali Della Sudda de cette question à partir de son dernier livre, intitulé "Les nouvelles femmes de droite" et paru aux éditions Hors d'atteinte. On y évoque la création de nouveaux collectifs féminins, le socle éthique et politique qui les unit mais aussi les clivages qui les séparent, notamment entre antiféminisme et "féminisme identitaire". On revient sur les trajectoires, les propriétés sociales et les aspirations politiques de ces femmes - généralement jeunes - qui font le choix de militer dans ces collectifs. On parle enfin des nouvelles stratégies, communicationnelles et militantes, qu'elles mettent en oeuvre et la manière dont elles contribuent ainsi à la bataille culturelle.
70:49 15/11/2022
Aux sources du vote FN/RN (1) : la fabrique d’un "peuple de droite"
Dans ce nouvel épisode, on discute avec la sociologue Violaine Girard du vote pour l'extrême droite mais sous un angle un peu inhabituel : celui des politiques industrielles et d'aménagement urbain qui ont contribué à façonner un "peuple de droite". Dans son livre "Le vote FN au village" (éd. Le Croquant), elle montre en effet à quel point le vote pour le FN/RN doit être lu en lien avec ce qui se joue au travail mais aussi dans l'espace résidentiel. Elle insiste également sur le fait que les pouvoirs publics ont façonné une classe ouvrière conservatrice en implantant de nouvelles industries dans des territoires marqués par une faiblesse des solidarités collectives (notamment syndicales), mais ont aussi mené - sans le dire - des politiques de peuplement visant à construire ou maintenir un entre-soi blanc. Si l'éloge de la "valeur travail" et de la "méritocratie" mais aussi la stigmatisation des "assistés", de l'immigration et des quartiers populaires avaient permis à Nicolas Sarkozy de s'attirer les votes d'une partie des travailleurs·ses de ces territoires, la déception et la défiance vis-à-vis des élites politiques traditionnelles les a fait pencher largement depuis vers Marine Le Pen et l'extrême droite. On voit donc moins ici le basculement des classes populaires de la gauche vers l'extrême droite que la radicalisation d'un "peuple de droite", dans un contexte de montée des concurrences sur le marché du travail et dans l'espace résidentiel.
58:09 10/10/2022
Fratelli d’Italia : qui sont les néofascistes aux portes du pouvoir ?
Le parti Fratelli d'Italia caracole en tête des sondages d'opinion pour les élections qui doivent se dérouler dans quelques jours. Giorgia Meloni, sa présidente et principale figure publique, pourrait ainsi prendre la tête d'une coalition des droites - avec Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Lega de Matteo Salvini - et diriger le prochain gouvernement italien. Ce n'est pas la première fois que l'extrême droite figurerait dans un gouvernement, notamment en Italie, mais c'est la première fois qu'elle dominerait une coalition au pouvoir dans un des principales puissances capitalistes européennes. Avec David Broder, responsable éditorial de la revue Jacobin et historien spécialiste de l'Italie, nous revenons sur les origines, le projet et la stratégie de Fratelli d'Italia, et nous tentons de comprendre comment ce parti peut être actuellement la force dominante dans le champ politique italien. Nous nous interrogeons enfin sur ce qui pourrait déboucher d'une telle expérience, dans un pays où la gauche semble désespérément incapable de renouer un lien avec les classes populaires et d'entraver l'ascension des néofascistes.
71:09 19/09/2022
Comprendre et combattre le fascisme avec Gramsci
Gramsci est devenu une icône, célébrée par tou·tes ou presque (y compris les extrêmes droites contemporaines, héritiers de ses pires ennemis politiques), réduite à quelques citations (les fameux "monstres" qui surgissent dans le "clair-obscur" de la crise), en somme une figure parfois dépolitisée, souvent privée de son tranchant politique. Ce qu'on oublie bien souvent, c'est que Gramsci fut un dirigeant du parti communiste italien, s'inscrivant dans la filiation de Lénine et de la révolution russe, enfermé par la dictature mussolinienne. Mais on oublie aussi et surtout ses apports spécifiques à la compréhension du fascisme et de la lutte pour le communisme. Avec Yohann Douet, on se propose donc dans cet épisode de vous aider à naviguer parmi les textes, les idées et les concepts de Gramsci, en soulignant à quel point elles permettent de penser le fascisme, le danger qu'il représente et les voies par lesquelles il progresse. Chemin indispensable pour nous, au regard de la montée des extrêmes droites, en France et dans le monde.
68:03 29/08/2022
Peste brune et greenwashing : vers l’écofascisme ? (partie 2)
Dans ce nouvel épisode, on continue avec Pierre Madelin notre série sur l'écofascisme, et plus largement sur les rapports entre les extrêmes droites et l'écologie. Pour mieux combattre les écologies identitaires, qui ne se réduisent pas à une simple tactique électorale mais renvoient à une vieille préoccupation d'une certaine extrême droite, pour mieux montrer l'impasse dans laquelle ces écologies nous enferment, il faut comprendre la manière dont les néofascistes pensent l'environnement, s'approprient la question du climat, élaborent des arguments et popularisent des solutions (qui n'en sont pas). À rebours des logiques xénophobes et racistes qu'elles promeuvent, Pierre Madelin plaide pour une refondation internationaliste de l'écologie, montrant en particulier qu'il n'y a rien de contradictoire à défendre la solidarité avec les exilé·es et l'attention portée aux territoires.
46:50 07/06/2022
Après le 6 février 1934 : naissance d’un front antifasciste et débats stratégiques
Dans ce nouvel épisode, nous continuons à explorer avec Laurent Lévy les conséquences du 6 février 1934, mais sous l'angle de la réaction de la classe ouvrière et de la gauche à cette tentative de coup de force fasciste. Nous revenons notamment sur le formidable élan unitaire des travailleurs·ses en faveur de l'unité antifasciste, qui s'exprima notamment lors de la manifestation du 12 février 1934, à Paris mais aussi et surtout en province. Largement spontané, cet élan contraignit les dirigeants des organisations ouvrières - syndicales et politiques - à construire un front uni capable de faire reculer les ligues d'extrême droite. L'unité permit l'entrée dans une nouvelle séquence politique en donnant confiance à la classe ouvrière : les grèves avec occupation d'usines de mai-juin 36 et la victoire électorale du Front populaire au même moment en sont l'expression. La transformation du front des organisations ouvrières contre le fascisme en Front populaire, intégrant le Parti radical (un parti de notables, naviguant entre le centre-gauche et le centre-droit), donna par ailleurs lieu à des débats stratégiques importants, que nous évoquons également dans cet épisode.
67:16 24/05/2022
Le 6 février 1934, un coup de force fasciste ?
Dans ce nouvel épisode, on revient avec Laurent Lévy sur un moment crucial de l'histoire politique française en général, et du fascisme français en particulier : la manifestation du 6 février 1934. Appelée en réaction au remplacement du préfet de police de Paris, Jean Chiappe, proche des ligues d'extrême droite, elle se transforma rapidement en coup de force visant à faire tomber la République. Événement crucial, puisque dans un contexte marqué par l'arrivée au pouvoir de Hitler l'année précédente, l'insurrection manquée aboutira malgré tout à faire tomber le gouvernement Daladier mais aussi à resserrer les rangs de la gauche et du mouvement ouvrier dans les jours suivant le 6 février. Cette logique de front uni antifasciste - sur laquelle on reviendra dans un 2nd épisode, disponible très prochainement - aboutira à la constitution du Front populaire et à sa victoire électorale deux ans plus tard en 1936. Événement complexe, parce qu'il met en action - et au contact - des organisations aux revendications et aux aspirations très diverses, profondément contradictoires dans certains cas. Laurent Lévy nous permet dans cet épisode d'y voir plus clair en décrivant de manière très vivante le contexte historique, les forces en présence, le déroulement de la manifestation ainsi que ses effets immédiats.
57:39 12/05/2022
L’OAS, le racisme colonial et l’extrême droite
Pour ce nouvel épisode, on va parler histoire et plus précisément histoire coloniale avec Sylvie Thénault, historienne spécialiste de la guerre d'indépendance algérienne. On revient avec elle sur l'OAS (Organisation Armée Secrète), et plus précisément sur la manière dont cette organisation terroriste généralement classée à l'extrême droite a pu prospérer dans la société coloniale algérienne. On y rencontre évidemment le racisme colonial, à la fois ségrégation à tous les niveaux de cette société et ensemble de catégorisations raciales qui hiérarchisent les groupes tout en justifiant la suprématie française sur le peuple algérien. On y discute enfin de la manière dont l'extrême droite continue d'instrumentaliser la mémoire de la guerre d'Algérie, de la difficulté persistante à faire reconnaître les crimes du colonialisme français, mais aussi des rapports entre colonialisme et fascisme.
60:25 25/04/2022
Marine Le Pen, le RN, l’extrême droite : un ennemi mortel pour les femmes
L'extrême droite est aux portes du pouvoir en France et elle est représentée par une femme : Marine Le Pen. Est-ce que cela, ajouté au fait qu'elle prétend avoir rompu avec certaines des positions traditionnelles de l'extrême droite, change quoi que ce soit au fait que le FN (devenu RN) constitue un ennemi mortel pour les femmes, leurs droits, les mouvements féministes et la cause de l'égalité entre femmes et hommes ? Absolument pas, nous explique dans cet épisode l'historienne Mathilde Larrère. La droite et une bonne partie de la gauche ont longtemps partagé avec l'extrême droite les mêmes poncifs réactionnaires sur l'infériorité des femmes, la division naturelle des tâches, le refus du contrôle de leurs corps par les femmes elles-mêmes, etc. Mais depuis la conquête d'une série de droits importants par les mouvements féministes dans les années 1960 et 70, et depuis l'acceptation (ou la non-remise en cause) par la majorité de la droite de ces conquêtes, l'extrême droite est devenue le principal bastion dans le champ politique du masculinisme, le quartier général de l'antiféminisme. Même si évidemment le patriarcat structure l'ensemble de la société, suscite des violences dans toutes les couches sociales. Pour autant, l'extrême droite s'est perfectionné dans l'art de lutter contre les droits des femmes et l'égalité hommes/femmes. À l'antiféminisme et aux thèses réactionnaires de la "complémentarité" des sexes, elle a ajouté ces vingt dernières années le fémonationalisme : mettre la cause des femmes au service du racisme et du nationalisme blanc, en prétendant que les seuls ennemis des femmes seraient les migrant·es du Sud global, les musulman·es, les hommes des quartiers populaires et d'immigration. Une nouvelle contribution à la fabrication d'un Ennemi intérieur. C'est donc à déconstruire l'ensemble de ces discours que l'on travaille dans cet épisode, pour rappeler que l'extrême droite est encore aujourd'hui un ennemi mortel pour les femmes.
63:34 13/04/2022
L’islamophobie : racisme institutionnel et locomotive du néofascisme
Dans ce nouvel épisode, on tente de mieux comprendre l'islamophobie avec le sociologue Marwan Mohammed, chargé de recherche au CNRS et auteur notamment d'un livre fondamental sur la question avec Abdellali Hajjat, intitulé : "Islamophobie. Comment les élites fabriquent le problème musulman" (La Découverte, 2013). À la fois discrimination systémique, racisme institutionnel et discours de stigmatisation, l'islamophobie est au coeur des tendances néofascistes de notre temps. D'où la nécessité, d'un point de vue antiraciste et antifasciste, de combattre l'islamophobie sous toutes ses formes, d'où qu'elle vienne, aux côtés des musulman·es.
68:46 21/03/2022
Peste brune et greenwashing : vers l’écofascisme ? (partie 1)
C'est assez méconnu mais l'écologie est une vieille préoccupation des extrêmes droites, du nazisme à diverses variétés du néofascisme contemporain. Et aujourd'hui, en concurrence avec le greenwashing néolibéral d'un Macron, cherchant à "verdir" le capitalisme et voyant dans le marché la solution au changement climatique, on trouve un greenwashing néofasciste, qui prétend que le salut viendrait de la fermeture des frontières et qui repeint en vert la xénophobie. Dans ce nouvel épisode de "Minuit dans le siècle", qui marque le début d'une série sur l'écofascisme (et plus largement sur les rapports entre les extrêmes droites et l'écologie), on explore avec le philosophe Paul Guillibert la manière dont les fascistes pensent l'environnement, s'approprient la question du climat, élaborent des arguments et popularisent des solutions (qui n'en sont pas). On voit également avec lui comment l'écologie est le terrain d'une refondation intellectuelle et politique du racisme et de l'extrême droite. Et mieux, on discute de comment s'opposer aux politiques écofascistes et de quelle écologie nous avons besoin.
52:54 01/03/2022
Fascisme : vieux démons et nouveaux monstres
La montée du terrorisme d'extrême droite, l'assaut trumpiste contre le Capitole aux Etats-Unis, les appels à peine masqués de Bolsonaro à un coup d'État au Brésil, la radicalisation islamophobe de Modi en Inde, ou encore la progression électorale des extrêmes droites en France et plus largement en Europe, signifient-ils que le fascisme est de retour ? Fait-on face à un phénomène différent qui justifierait un cadre d'analyse radicalement autre ? Pour espérer répondre à cette question, la connaissance du fascisme historique est indispensable. L'historien Enzo Traverso nous aide dans cet épisode à nous orienter dans la profusion de travaux et de débats autour du fascisme, mais aussi de l'antifascisme.
94:26 08/02/2022
Pourquoi un podcast antifasciste ?
Dans cet épisode introductif de "Minuit dans le siècle", Ugo Palheta rappelle que nous avons besoin de mieux comprendre le fascisme, pour mieux combattre ses résurgences. Il revient sur le fascisme historique, celui de l'entre-deux-guerres, et sur la manière dont il a survécu, muté et appris à se dissimuler, afin de retrouver l'oreille de millions de personnes à travers le monde. Le fascisme est à nouveau une force politique, tendue vers un objectif : briser tous les projets et mouvements d'émancipation, renforcer toutes les hiérarchies et toutes les dominations, et consolider ainsi le capitalisme racial et patriarcal. À cette force il nous faut opposer, non pas des consciences vertueuses ou des institutions politiques moribondes, mais une puissance sociale, politique mais aussi culturelle : celle des exploité·es et des opprimé·es se soulevant pour l'égalité, la liberté et la justice. C'est pourquoi "Minuit dans le siècle" accordera une place importante aux révoltes antifascistes, aux stratégies pour affronter le fascisme, aux victoires comme aux défaites. Possibilité du fascisme, nécessité de l'antifascisme.
14:39 31/01/2022
Teaser
Un podcast antifasciste. Tous les mois, Ugo Palheta décortique le fascisme, non par fascination morbide pour les pires tendances de notre monde, mais pour regarder en face le danger, sans jamais séparer cette exploration de la lutte pour un autre monde. Dans "Minuit dans le siècle", on parle donc des origines du fascisme et de ses transformations, des rapports entre fascisme et police, entre fascisme et racisme ou entre fascisme et colonialisme, de la culture fasciste et des États fascistes, de la manière dont les fascistes investissent aujourd’hui le terrain de l’écologie. On explorera aussi des insurrections antifascistes du passé, des luttes qui sont menées ici et maintenant, des stratégies qui ont été et sont mises en œuvre par les mouvements antifascistes, des succès comme des échecs. "Minuit dans le siècle" est un podcast produit pour Spectre. Crédits musiqueGénérique : Kino Sousa"Fight the power" de Public Enemy"Grândola vila morena" de Zeca Afonso"Nothing’s more important than fighting fascism", discours de Fred Hampton
02:21 07/07/2021