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Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

Titres

La région de Morogoro, à l’ouest de Dar es Salaam, est l’une des grandes régions agricoles de Tanzanie, et l’arrivée prochaine d’El Niño est suivie de près. Ce phénomène devrait apporter de fortes précipitations sur une grande partie du pays. Si certains les redoutent, d’autres y voient une opportunité. C’est le cas de l’association Agriwezesha qui va proposer aux petits agriculteurs qu’elle aide de profiter de ces pluies garanties pour planter des arbres.  De notre envoyée spéciale à Morogoro,  Au pied des monts Uluguru, à 5 heures de route de la capitale économique Dar es Salaam, Deograsia Ignas observe ses allées de plants d’arbres de toutes sortes. Certains sont encore tout jeunes, d’autres prêts à être plantés : « Ici, vous voyez, ce sont des girofliers qui ont à peu près 6 mois, montre-t-elle. Ici, nous avons des cacaoyers et des manguiers qui sont tous prêts à être plantés, on attend juste la pluie. » La jeune femme a fondé l’association Agriwezesha en 2019 et son objectif est d’accompagner les petits agriculteurs de la région à développer leurs terres et pérenniser leur production agricole. Selon Deograsia, les pluies à venir d’El Niño sont une aubaine : « D’habitude, nous plantons de mars à mai, donc ce qu’on va faire, c’est profiter d’El Niño pour remplacer les arbres morts de la saison dernière. » À lire aussiTanzanie: à Dar es Salaam, le quartier vulnérable de Kipawa se prépare à El Niño [1/3] Une saison des pluies supplémentaire Avec El Niño, l’irrigation est garantie et gratuite sur des parcelles qui n’ont aucun système d’irrigation artificiel. Une saison des pluies supplémentaire en somme qui fait gagner du temps aux agriculteurs. « En temps normal, nous devrions attendre jusqu’à mars prochain pour remplacer les arbres morts, en même temps que la plantation de la saison prochaine, précise Deograsia Ignas. Donc si la pluie vient, on pourra séparer les deux étapes et se focaliser uniquement sur les nouveaux arbres l’an prochain. Ça nous permet de commencer le travail en avance. » L’œil rivé sur ses petits plans collés les uns aux autres dans des pots en plastique noir, Mustafa Mtawa est l’un des jardiniers d’Agriwezesha. Lui tente de préparer au mieux sa pépinière avant l’arrivée de la pluie. « Les fortes pluies sont un défi mais on ne peut pas l’éviter, on doit le gérer, reconnait-il. C’est pour ça qu’on a creusé un système d’évacuation des eaux ici. Quand la pluie commencera, on sera sûrs que nos plants ne seront pas endommagés » Selon lui, une fois les précautions prises, il faudra ensuite tirer le meilleur de cette situation. « Les agriculteurs sont contents, pour ceux situés dans les hauteurs des montagnes, ils pourront en profiter pour cultiver des variétés à cycles courts. C’est une véritable opportunité », se réjouit-il. Les pluies d’El Niño devraient arriver dès le mois d’octobre avec un pic autour des mois de novembre et décembre en Tanzanie.  À lire aussiÀ Morogoro, la Croix Rouge prépare la population à l'arrivée d'El Niño [2/3]

06/10/2026 • 02:08

La Tanzanie s’apprête à affronter l’un des phénomènes climatiques les plus forts de l’année : El Niño. Parmi ses conséquences, le pays pourrait subir de fortes pluies prévues dès le mois d’octobre et qui devraient durer jusqu’à février prochain. Alors pour préparer au mieux la population, la Croix-Rouge fait plusieurs campagnes de prévention.  De notre envoyée spéciale à Morogoro, Dans le bureau local de la Croix-Rouge de Morogoro, ils sont une petite dizaine ce matin, veste rouge de bénévoles sur le dos et mégaphones en mains. Frank Tegwa, responsable du district pour l’association, leur explique le programme du jour : aller sur un marché pour prévenir des fortes pluies à venir causées par El Niño. « Ça, ce sont des affiches pour savoir comment se préparer avant l’arrivée des inondations prévues, montre-t-il. Sur ce dessin, vous pouvez voir quelqu’un qui écoute la radio car nous voulons que les gens reçoivent des informations justes et claires. Ici, on voit quelqu’un qui creuse un système d’évacuation. Comme ça, si El Niño arrive, l’eau pourra circuler. » Ces affiches seront placardées sur le marché de Mawenzi au nord de la ville. À 9 heures, ils rentrent dans deux bajaj, des véhicules à trois roues locaux. Une fois arrivés sur le marché, l’équipe explique sa venue au mégaphone : « Nous avons besoin de votre soutien pour nous préparer aux pluies à venir dues à El Niño. » À lire aussiEl Niño «va s'intensifier»: pourquoi les prochains mois inquiètent les climatologues Réduire le risque d'épidémies Au milieu des stands de fruits, légumes ou énormes sacs de riz, une petite équipe de la Croix-Rouge passe le balai sur le sol terreux. Deocles, 24 ans, fait partie des bénévoles ce jour-là : « Nous encourageons les gens à nettoyer autour de leur stand, surtout ceux avec des produits périssables, explique-t-il, ça nous aide à réduire le risque d’épidémies pendant les pluies à venir. » Avec les fortes pluies, le risque de propagation de maladies comme le choléra augmente et la Croix-Rouge tente de sensibiliser à la propreté de l’environnement et au nettoyage des mains. Depuis son étal de plants de bananes exposés à même le sol, Maria regarde les jeunes volontaires s’affairer autour d’elle. « C’est bien ce qu’ils font, notre plus grande peur, ce sont les maladies car quand la saleté s’accumule et les pluies sont fortes, ça devient un gros problème », s'inquiète-t-elle. El Niño devrait frapper la Tanzanie dès le mois d’octobre et durer jusqu’à février, une période bien plus longue que la saison des pluies habituelle en novembre. En 2024, le phénomène avait affecté plus de 200 000 personnes à travers le pays et fait au moins 155 morts. À lire aussiTanzanie: à Dar es Salaam, le quartier vulnérable de Kipawa se prépare à El Niño [1/3]

05/10/2026 • 02:05

À Dar es Salaam, 70 % de la population vit dans des quartiers informels, souvent dans des zones où assainissement et système d’évacuation d’eau sont rares. À l’approche d’El Niño, les habitants du quartier de Kipawa, qui vivent au bord de la rivière Msimbazi, tentent de se préparer au mieux face aux fortes pluies prévues et à la montée des eaux toutes proches. De notre correspondante à Dar es Salaam, À une poignée de kilomètres de l’aéroport international de Dar es Salaam, en Tanzanie, des habitants se retrouvent autour du collectif écologiste de Kipawa, KEG. Le quartier, situé au bord de la rivière Msimbazi, est sujet aux inondations depuis des décennies. Alors avec l’arrivée prochaine de fortes pluies provoquées par le phénomène El Niño, William et son association ont décidé de se préparer au mieux. Il nous emmène en contrebas de la rivière : « Comme vous le voyez ici, montre-t-il, nous avons construit une digue pour contrôler l’écoulement de l’eau. On a aussi planté des arbres pour lutter contre l’érosion des sols. » Devant lui, un mur de sable de 6 mètres de haut et 200 mètres de long que les habitants ont érigé en deux jours. Peter Boniface habite à Kipawa et sa famille a déjà perdu deux maisons à cause des inondations. « Quand j’étais petit, il suffisait de faire un pas pour traverser la rivière, mais ça s’est beaucoup élargi », déplore-t-il. L’urbanisation grandissante de Dar es Salaam fait diverger les cours d’eau et certains quartiers comme Kipawa se retrouvent en zone inondable. Avec l’arrivée d’El Niño, le gouvernement incite les citoyens à risque à quitter leur domicile. Une idée difficilement réalisable selon Peter Boniface : « Déménager, mais pour aller où ? Chez qui ? La seule chose qu’on peut faire, c’est prier Dieu pour que les prévisions de pluie se soient trompées, mais si ça doit arriver, ça arrivera », conclut-il, philosophe. À lire aussiEl Niño «va s'intensifier»: pourquoi les prochains mois inquiètent les climatologues « J’ai peur, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? » Si le collectif écologiste de Kipawa tente de préparer au mieux le quartier, les habitants, eux, se sentent impuissants. C’est ce qu’explique Ramadan Mangalaye, chauffeur de taxi-moto : « Il y a beaucoup d’inquiétude. Lors du précédent El Niño, les dégâts étaient considérables et beaucoup de maisons ont été emportées », se rappelle-t-il. Un peu plus loin, devant son échoppe de poissons grillés, Dionesia Luande aussi appréhende les pluies à venir. Sa maison a déjà été emportée une fois par les inondations. « Honnêtement, j’ai peur, mais en tant que citoyens, qu’est-ce qu’on peut faire ? », interroge-t-elle. Lorsqu’on lui demande si le gouvernement apporte de l’aide, sa réponse est sans équivoque : non. El Niño devrait frapper la Tanzanie au plus fort en novembre et décembre 2026. À écouter dans L'invité d'Afrique midiMobilisation en Tanzanie: «Les menaces de répression ont conduit de nombreuses personnes à rester chez elles»

04/10/2026 • 02:04

À Birao, la modernisation et la mondialisation peinent encore à s’imposer. Les habitants restent profondément attachés à leurs traditions, à leur culture et à leurs coutumes. Leur langue, leur manière de s’habiller, leur alimentation et leur façon de célébrer les cultes témoignent de cette identité fortement préservée. À Birao, la population vit principalement du commerce, de l’élevage et de l’agriculture.  De notre envoyé spécial de retour de Birao, À Birao, en Centrafrique, dès 4 heures du matin, les premières lueurs apparaissent à l’horizon. Peu à peu, la ville se réveille doucement. Sous ce baobab, situé à quelques mètres d’un marigot, dans le quartier Korsi, Cyriack-Moustapha s’adonne à l’artisanat traditionnel. Âgé de 32 ans, il reste profondément attaché à ce mode de vie transmis de génération en génération. « Loin de la modernité des grandes métropoles, notre ville conserve une identité profondément ancrée dans sa culture, ses coutumes et ses traditions, se réjouit-il. Je fabrique des chaises, des lits, des vêtements et des chaussures à partir de rotin et de peaux d’animaux. Je vends également des matériaux traditionnels utilisés pour la construction de maisons en bambou. » Fidèles à la culture locale, la plupart des hommes portent de grands boubous adaptés à la chaleur. Les femmes, quant à elles, se parent de gros bracelets et de colliers colorés. Selon Marita, une habitante, ces accessoires ne sont pas seulement décoratifs. « Ils expriment aussi l’appartenance culturelle et l’élégance que nous avons héritées de nos ancêtres, souligne-t-elle. Pour fabriquer ces colliers et ces bijoux, nous utilisons la peau des fruits, le bois et les écorces. Nous fabriquons également des parfums naturels à partir de certaines plantes, fleurs et essences d’arbres. » À lire aussiCentrafrique: avec le football, «on oublie la guerre et les armes» à Birao [2/3] « C’est important de vivre selon ses propres réalités » À Birao, Ali Mahamat fait partie des potiers les plus célèbres. Depuis 50 ans, il tient sa poterie, baptisée « Birao Tamam », ce qui signifie « Birao est bon ». Ici, le travail commence par la préparation de l’argile. La terre est soigneusement sélectionnée, débarrassée des pierres et des impuretés, puis travaillée avant d’être façonnée. « Depuis l’origine, la poterie est très utile dans cette région à forte chaleur. Nous fabriquons des vases qui nous permettent de garder l’eau fraîche, explique l'artisan. Nos pots et vases racontent l’histoire de la vie, des naissances, des luttes et de l’espoir d’un monde meilleur. » Mais à Birao, les infrastructures modernes restent limitées. Les quelque 30 000 habitants se déplacent principalement à dos d’âne, en charrette ou encore à vélo. « C’est important de vivre selon ses propres réalités. Il n’y a ni bus ni taxis, ni transport en commun pour relier les différents quartiers, poursuit-il. On se déplace avec des ânes ou des charrettes. C’est un moyen de transport simple et accessible à de nombreuses familles. Ici, l’âne est notre principal moyen de transport. Il nous aide à transporter les produits et à faire [tourner] l’économie. » Aujourd’hui, la ville fait face à plusieurs défis majeurs : l’insécurité, la dégradation du réseau routier et son isolement, qui entraînent une hausse du coût de la vie. À lire aussiCentrafrique: les chiens errants de Birao «font la particularité de la ville» [1/3]

03/10/2026 • 02:24

À Birao, dans l'extrême nord-est de la République centrafricaine, le sport, et particulièrement le football, se pratique dans des conditions extrêmement difficiles. Le manque criant d'infrastructures et d'équipements freine le développement des sportifs, malgré l'existence de nombreux talents. De notre correspondant à Bangui, Faute de terrains aménagés et de matériel adapté, plusieurs jeunes de Birao, en Centrafrique, s'entraînent sur des espaces improvisés, avec les moyens du bord, pour entretenir leur passion. Dans cette région marquée par l'insécurité et la dégradation des routes, les sportifs espèrent voir un jour leurs conditions s'améliorer. Mais à Birao, le football est bien plus qu'un simple sport. Il constitue un espace de dialogue, de fraternité et d'unité, capable de rapprocher les communautés et de nourrir l'espoir d'un avenir meilleur. Sur le terrain poussiéreux et accidenté du stade de Birao, quelques jeunes se retrouvent autour d'un ballon. Chaussures usées aux pieds, maillots multicolores de clubs européens sur le dos, ils sont une vingtaine réunis autour d'une même passion : le football. Dès que le coup d'envoi est donné, Henri Maliavo, vêtu d'un maillot du Paris Saint-Germain, raconte les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes footballeurs de Birao : « Nous aimons vraiment le football, mais nous manquons de moyens. Nous jouons sur des terrains difficiles, sans équipements. Malgré cela, nous continuons à nous entraîner parce que nous rêvons de pouvoir un jour jouer dans une équipe professionnelle. Nous organisons nous-mêmes de petites compétitions locales, avec les moyens du bord. » L'enclavement de la ville, la dégradation des routes et les difficultés liées à l'insécurité compliquent également le développement du sport. Quelques passionnés tentent malgré tout de maintenir les activités sportives. Pour beaucoup de jeunes comme Souleymane, jouer au football reste avant tout une affaire de débrouille et de détermination : « Le principal problème, c'est le manque d'infrastructures et d'encadrement. Nous avons du talent mais il n'y a pas de championnat ni de structures pour nous accompagner. Si des moyens étaient investis dans le sport, beaucoup de jeunes pourraient aller plus loin, pourquoi pas, représenter la RCA à l'échelle internationale. » « Une dimension qui dépasse largement le cadre sportif » Et pourtant, les jours de match de gala, Birao change de visage. Les rencontres mobilisent des milliers de personnes autour de terrains improvisés. Marcelin Ngandia, inspecteur des sports, témoigne de l'importance du football dans cette ville enclavée : « Quand il y a un match, toute la ville semble changer. Les jeunes viennent et les gens se retrouvent autour du même événement. Pendant quelques heures, on oublie la guerre et les armes. Dans cette région marquée par l'isolement et les tensions, un simple match peut ainsi prendre une dimension qui dépasse largement le cadre sportif. Le sport est le seul événement qui rassemble et met d'accord la population. » Aujourd'hui, les habitants de Birao ont un seul vœu : pouvoir pratiquer leur passion dans de meilleures conditions : « Nous ne demandons pas grand-chose ​​​​​​​: un terrain praticable, des équipements et la possibilité de participer à des compétitions régulières. Nous voulons simplement avoir les mêmes chances que les jeunes des autres villes. Le talent existe ici, il faut seulement nous donner la possibilité de pratiquer le sport. » À Birao, ville de plus de 30 000 habitants, dont une grande partie est constituée de jeunes, le manque d'infrastructures sportives limite fortement les possibilités de pratique. Faute d'activités sportives structurées, beaucoup de jeunes se tournent vers les travaux champêtres ou les activités socioprofessionnelles. À lire aussiCentrafrique: les chiens errants de Birao «font la particularité de la ville»

02/10/2026 • 02:34

Rendez-vous en Centrafrique, dans l'extrême nord-est du pays. À Birao, plusieurs centaines de chiens déambulent librement dans les rues. Certains ont un propriétaire, mais beaucoup vivent en errance et se mêlent chaque jour à la vie des habitants. Cette présence canine, devenue presque emblématique de la ville, intrigue les visiteurs et alimente une histoire transmise de génération en génération. Selon plusieurs habitants, ces chiens auraient été envoyés à Birao sous le règne de l'empereur Jean-Bedel Bokassa, dans les années 1970, notamment pour éloigner de Bangui des chiens atteints de la rage. Légende locale ou réalité historique, ces animaux font aujourd'hui partie du paysage de Birao. De notre correspondant de retour de Birao, Alfred Samba, un acteur humanitaire, vient d'arriver à Birao en Centrafrique et décide de se promener. Tout de suite, son regard est attiré par un chien géant qui passe devant lui. Quelques mètres plus loin, une dizaine d'autres se reposent à l'ombre d'un acacia. Les chiens sont de grandes tailles, avec différentes couleurs – blanc, noir ou encore marron : « Je constate que les chiens font vraiment partie du quotidien ici. On les croise partout dans les quartiers et sur les avenues. J'ai parcouru plusieurs régions du pays mais ici, je peux dire que les chiens font la particularité de la ville. » Quelques-uns seulement ont des propriétaires, mais beaucoup vivent seuls et cherchent leur nourriture dans les rues. Le jour, la cohabitation semble presque naturelle. Mais une fois la nuit tombée, l'ambiance change selon Assana Abdoulaye, un habitant de Birao : « Certains de ces chiens sont très agressifs. Quand tu veux sortir la nuit, il te faut un bâton en main. Ici, les chiens fuient les bâtons. C'est la nuit, tout le monde se promène avec un bâton. La nuit, si tu n'as pas de bâton, les chiens vont t'attaquer. » Des chiens pour « sécuriser les alentours de la prison » selon une légende Derrière cette présence canine devenue presque emblématique de Birao, une histoire se transmet depuis plusieurs générations. Elle remonte aux années 1970, sous le régime de l'empereur Jean-Bedel Bokassa. Arady Fotor, un notable de Birao, en parle : « La légende raconte deux histoires intéressantes liées à ces chiens. Premièrement, il y avait beaucoup de chiens qui souffraient de la rage et ils commettaient beaucoup de dégâts dans la capitale. Ils ont été traqués sur instruction de l'empereur avant d'être transférés dans cette ville. Aussi, plusieurs espèces de chiens plus géantes et costaud ont été envoyés là-bas pour sécuriser la grande prison. À l'époque, de redoutables criminels arrêtés à travers le pays ont été envoyés là-bas. Donc ces chiens dressés avaient pour mission de sécuriser les alentours de la prison. C'est pourquoi, avec le temps, ils se sont reproduits. Et ils traversent des générations. » Mais derrière cette présence massive de chiens, une question de santé publique s'impose. Car une importante population de chiens errants signifie également des risques liés aux morsures et aux maladies : « Le problème, c'est qu'on ne connaît pas toujours l'état de santé de ces chiens. La plupart ne sont pas vaccinés, ils ne suivent pas de traitement. Il faudrait pouvoir les identifier, les vacciner et surtout sensibiliser la population pour éviter les morsures et les risques liés à la rage. En cas d'épidémie comme la rage ou de maladie infectieuse propre chiens, il sera difficile de les canaliser ils seront dangereux pour la société. » Certains étrangers, acteurs humanitaires ou encore des visiteurs de passages à Birao repartent souvent avec des chiots de ces races afin qu'ils reproduisent chez eux ou dans leurs régions. À lire aussiCentrafrique: le coût élevé de la vie à Birao, ville du nord-est confrontée à un enclavement grandissant

01/10/2026 • 02:35

Dernier épisode de cette série de Reportage Afrique, à Bille dans le delta du Niger. Depuis fin octobre 2025, une pollution au gaz touche ce grand village de pêcheurs accessible uniquement par bateau. Si beaucoup ont quitté cette communauté pour se reloger ailleurs, la majorité des 41 000 habitants estimés vivent toujours sur place à Bille, où colère et frustration montent à cause de la lenteur des réponses institutionnelles. Fin septembre 2026, Bille n'est toujours pas déclaré en état d'urgence, ni en localité victime d'une catastrophe. Malgré les promesses et les multiples visites d'officiels d'agences fédérales et de l'industrie pétrolière et gazière, aucune évacuation n'a été organisée, presque un an après cette crise écologique. À chaque instant, la survie de chaque habitant de cette localité est en jeu à cause de la toxicité de l'air et de l'eau. De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt, Pas loin du palais du monarque de Bille, quelques personnes célèbrent l'allumage d'un groupe électrogène. Via un raccordement de bric et de broc, cet appareil est relié à une canalisation abandonnée d'où s'échappe du gaz. Pourtant proche du Conseil des chefs de Bille, Boma Paul se garde d'intervenir. « Même sur le groupe WhatsApp de la communauté, dès la première publication, les gens ont commencé à réagir car ils y voyaient une source de lumière. Certains donnaient des conseils, y compris les chefs, mais d'autres répliquaient en disant : ''Personne ne doit s'en mêler.'' Le gouvernement ne nous aide pas en matière d'électricité. Les entreprises pétrolières ne nous aident pas non plus. Maintenant que les gens ont de la lumière, vous voulez venir les en empêcher ? Vous allez voir, vous, ce qui va se passer si quelqu'un ose venir les empêcher d'utiliser ce gaz pour leur générateur », lâche-t-il. Boma Paul sort de sa poche son smartphone pour montrer une vidéo datant de mai 2026. On y voit des hommes luttant avec des seaux d'eau contre des flammes s'échappant de canalisations. Depuis ce sinistre, les esprits sont à fleur de peau, en particulier ceux de la jeunesse de Bille. « La plupart des jeunes sont en colère. En fait, il a fallu que les chefs interviennent pour les calmer suffisamment pour que les gens puissent continuer à venir. Même vous, vous avez pu venir à Bille en ce moment. Car cela ne ferait qu'aggraver la situation et poserait des problèmes si on empêchait les gens de venir », souligne Boma Paul. Cette colère consume également Erewarifagha Sokeipiri. Plusieurs mangroves, où cette quinquagénaire avait ses habitudes, sont polluées à cause du gaz. Erewarifagha ne pêche plus et n'a donc plus de revenu. Elle est désenchantée face à la lenteur des institutions nigérianes et au silence des entreprises pétrolières exploitant l'or noir autour de Bille. « Quoi qu'il arrive dans ta vie, tu continues d'avancer, tant que Dieu est là. Les autorités d'ici peuvent être cruelles. On est au Nigeria. Elles ne se soucient pas de savoir où se trouvent ceux qui sont dans le besoin. Elles n'aident que ceux qui ont des relations. Je ne peux donc pas quitter ma maison. Que la situation soit bonne ou mauvaise, je m'en sortirai », confie-t-elle. Tous les jours, Erewarifagha et ses voisins passent devant le camion de pompier offert par la Compagnie nationale du pétrole. Ce véhicule rouge est garé en permanence, car trop massif pour les ruelles et les cours étroites. À lire aussiBille, village du delta du Niger que le gaz menace

29/09/2026 • 02:33

Depuis octobre 2025, les habitants d’un gros village de pêcheurs, Bille, proche de Port Harcourt au sud du Nigeria, respirent du gaz s’échappant à travers des canalisations vétustes enfouies sous terre depuis des décennies. Aucune déclaration d’état d’urgence ou de catastrophe n'a été déclarée à ce jour malgré plusieurs décès dans Bille suite à cette pollution majeure combinant des émanations de méthane, dioxyde de carbone et hydrogène, selon plusieurs expertises scientifiques. De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt, Bille Town est l’île principale d’un archipel hébergeant des installations pétrolières ayant longtemps appartenu à Shell et revendues depuis une dizaine d’années à des repreneurs nigérians. Si beaucoup de familles ont fui Bille, plusieurs milliers de personnes vivent toujours sur place alors que leur espérance de vie se réduit jour après jour avec les risques d’explosion, et surtout l’air et l’eau pollués. Des nuits agitées à cause des cauchemars, d’autres sans sommeil, Remember Martins est perturbée depuis que Bille est envahie par le gaz. « Parfois, le matin, j'ai les lèvres ou le visage enflés, témoigne-t-elle. La plupart du temps, après la douche, on commence à ressentir des démangeaisons sur le corps. Aujourd'hui, je me suis plainte de ça. Ma fille m'a répondu : "D'accord, ça veut dire que ça ne vient pas de moi". Elle en souffre aussi. Mais elle n’en parlait pas jusque là. » Habitante d’une modeste maison en bois, donc inflammable en cas d’explosion, Remember s’inquiète pour sa fille adolescente et pour ses deux jumeaux, trop petits pour comprendre le dange de vivre actuellement à Bille. Cette quadragénaire garde en tête l’impact de la pollution au gaz sur des enfants de l’école primaire où elle enseigne. « Nous sommes confrontés à un autre type de maladie, comme des vomissements, décrit-elle. Ces symptômes s'intensifient. Parfois, les enfants avaient de la fièvre. Un enfant saignait du nez à cause du gaz, ce que je n'avais jamais vu auparavant. » À lire aussiNigeria: une fuite massive de gaz toxique menace l'existence du village de Bille dans le Delta du Niger [1/3] Ni médecins, ni installations adéquates Depuis le déclenchement de la crise, Boma Paul assure une veille dans Bille, beaucoup d’habitants le sollicitent alors qu’il n’est que parapharmacien, le centre de santé de Bille ne fonctionne qu’avec des agents communautaires incapables de gérer les cas de détresse sanitaire. « Le centre de santé n'est pas en activité. Le médecin a été muté il y a peu, déplore ce parapharmacien. Il n'y a donc pas de médecin pour l'instant. Il n'y a pas d'installations adéquates pour effectuer des examens fiables. Nous ne savons donc pas ce qu'il adviendra des personnes vivant à proximité de ces sources bouillonnantes. » Début septembre 2026, une explosion souffle la chambre de Joy Amos. Cette jeune femme se plaignait de la chaleur émanant du sol de son logement. Prise en charge par une voisine sage-femme, Joy Amos est évacuée de Bille vers Port Harcourt, où elle succombe à ses profondes blessures le 21 septembre 2026. À écouter dans Grand reportageBille, village du delta du Niger que le gaz menace

28/09/2026 • 02:07

Le gouvernement fédéral du Nigeria a ordonné, il y a plusieurs mois, une enquête diligentée par la Commission nationale de régulation des activités d'exploration et de production pétrolières (NUPRC) dans une communauté abritant des installations de Shell. Depuis octobre 2025, du gaz s’est soudainement mis à jaillir dans le village de Bille à la surface, s’échappant à travers des canalisations vétustes, enfouies sous terre depuis des décennies. Ce qui semblait au départ être un incident isolé s’est rapidement propagé dans toute la localité : aujourd'hui un bruit constant, des bulles de gaz provenant des profondeurs sont devenus partie intégrante du quotidien. Notre correspondant au Nigeria, Moïse Gomis, s’est donc rendu à Bille, dans ce grand village de pêcheurs, accessible uniquement par bateau à 45 km de Port Harcourt. De notre correspondant au Nigeria, D’un pas alerte, Diri Tomitonwa se dirige vers une grande villa blanche avec des colonnes et des balcons dorés. Chaussé de sandales en plastique, ce trentenaire zigzague pour éviter le sol glissant ou vaseux. D’un geste de la main, Diri fait signe de s’arrêter : « Je vous assure que si vous restez moins de 30 secondes, vous ne pourrez pas rester ici. Je vous donne 30 secondes, vous ne pourrez pas rester. À cause de l’odeur, qui est vraiment insupportable. Mais si vous jetez un œil dans la maison, vous verrez qu’il n’y a personne. Ils sont tous partis ailleurs. Peut-être qu’ils reviendront plus tard dans la soirée », explique-t-il. Diri est un des leaders de la fédération des jeunes de Bille. Dès qu’une odeur de gaz est signalée, il se déplace souvent sans masque pour se rendre compte de la situation. Comme devant la maison d'Anthony Digbani où des sons étranges sont perceptibles. « Vous voyez, quand cette chose émet ce bruit, ça envahit toute la pièce. La vapeur, l'odeur, c'est insupportable. J'ai alors pris un bloc de ciment et je l'ai mis au-dessus de ce trou, pour que le gaz ne puisse plus sortir. Mais ça n'a pas marché ; ça continue de sortir. On a peur. On a vraiment peur », déclare l'habitant. Plus de la moitié des puits touchés par la pollution Ces grondements sourds proviennent du sol de Bille. Ils s’échappent des canalisations et aussi des puits. Diri désigne un puits proche de la maison d’Anthony Blessing. À la surface de l’eau, des bulles se forment sous l’effet du gaz. Diri Tomitonwa raconte : « La première chose que nous avons constatée, c’était la présence d'algues spirogyras. Nous avons donc pris notre temps. Nous avons nettoyé le puits à plusieurs reprises. Moins de deux ou trois semaines plus tard, ces mêmes algues étaient de nouveau visibles. Nous avons donc également fourni de nouveaux seaux. Mais soudain, nous avons commencé à voir des bulles sortir des puits. C’était l’année dernière. À partir de là, pour ce puits en particulier, nous avons simplement demandé aux gens de ne plus boire son eau. » Et selon Diri, plus de la moitié des puits de Bille sont touchés par cette pollution. Beaucoup de ses voisins n’ont pas les moyens de s’acheter des packs de sachets d’eau, vendus à moins de 2 euros l’unité. À lire aussiPollution du delta du fleuve Niger: «Les compagnies pétrolières au Nigeria, pour la plupart, ont la responsabilité première»

27/09/2026 • 02:10

Au Tchad, des artistes musiciens s’emploient à renforcer le lien entre instruments traditionnels tels que la harpe, la cithare et le balafon et la musique moderne. C’est le cas de Soléa Damas, originaire du Sud, musicien sculpteur, harpiste et cithariste, auteur de plusieurs titres dominés par ces sonorités patrimoniales. Son œuvre, saluée pour son originalité après son premier album de 2018, inspire de nombreux jeunes qui imitent ses pas, se forment à la pratique et fabriquent eux-mêmes ces instruments. Notre correspondant Olivier Monodji a suivi une séance de formation au centre culturel et artistique « Kaya Kendé » (Les pro de la harpe) où la connaissance des instruments traditionnels continue de se transmettre. « Vouloir, c’est pouvoir », dit-on. Pour Soléa Damas, l’idée de fabriquer des instruments traditionnels ne date pas d’hier : c’est la concrétisation de son rêve, disposer de ses propres instruments pour mieux composer et interpréter ses chansons. « C'était parti, d'abord, d'une remarque. Plus tard, en 2019, je suis reparti chez les parents, certains détenteurs du savoir. Je travaille avec eux sur la fabrication, sur l'utilisation. Après, l'idée de faire des recherches est venue », explique-t-il.  Dans son atelier du 7ᵉ arrondissement de N’Djamena, vêtu de sa tenue de travail, deux morceaux de bois en main et un crayon posé sur l’oreille, il fredonne quelques-uns de ses titres tout en s’affairant au rythme des marteaux, scies et rabots. Les sons du réglage des instruments se mêlent à ce vacarme artisanal. « Ça, c'est la Sanza. Ça, c'est une innovation. On a récupéré quelques organes d'une guitare morte pour fabriquer la harpe. Là, elle est électro-acoustique », précise Soléa Damas.  À lire aussiLa sanza, un piano à pouces aux multiples noms Toujours entouré de ses apprenants, une dizaine au total. Parmi eux, Menda Benjamin, diplômé mais au chômage, découvre un métier porteur. Quant à la plus jeune, Sanglar Patricia, 15 ans, elle se distingue par sa motivation et sa passion : « J'ai adhéré pour motiver d'autres personnes. » Les matières premières se raréfient. « Il faut parcourir de longues distances pour s’en procurer, se lamente l’artiste Soléa Damas. Parfois, au mois de juillet ou autre, on rentre en province avec une autorisation, on taille du bois mort, c'est ce qui permet de fabriquer aussi les tambours, les tambourins. C'est beaucoup de difficultés et à l'heure où le monde fait face au réchauffement climatique, nous sommes aussi en train de chercher à innover, à réinventer la fabrication des instruments. » Fabriquer, oui, mais surtout concilier ces instruments avec sa musique : c’est ce qui révèle l’identité de l’artiste. C’est son défi. « Un peu ailleurs, partout, les artistes brillent avec les instruments patrimoniaux, avec les instruments de chez eux. Mais, pourquoi pas au Tchad ? Pourtant, il y a une panoplie d'instruments », regrette-t-il. Âgé de 38 ans et enseignant de carrière, Soléa Damas ambitionne de transformer le centre de formation et de fabrication des instruments traditionnels en une véritable académie, afin de promouvoir davantage le patrimoine musical tchadien. À lire aussiLe balafon, une histoire d’héritage

26/09/2026 • 02:28

En Côte d’Ivoire, se tiendra dans un mois, à partir du 25 octobre, la fête de l’Abissa. Deux semaines de festivités qui se déroulent dans la ville balnéaire de Grand-Bassam, à une trentaine de kilomètres d’Abidjan pour célébrer le nouvel an du peuple N’Zima Kôtôkô. Sur place, les habitants sont déjà à pied d’œuvre pour préparer la ville à recevoir les dizaines de milliers de festivaliers. Reportage à Grand-Bassam.  De notre correspondante en Côte d'Ivoire, Dans sa boutique située au quartier France, Jean Ndouba Kouamé vend des produits de tous les jours, divers articles qu’ils commencent à stocker en plus grand nombre, en prévision de la fête. « C’est un grand moment pour nous parce que tous les commerçants arrivent à s’en sortir. Peu importe ce que tu vends, ça va marcher. Même si tu es un mauvais dessinateur, dessine n’importe quoi sur un tableau et les gens vont aimer et acheter ! Parce que ce moment est un moment sacré pour nous, c’est notre nouvel an ! Les gens viennent de partout. Pendant cette période, si tu es un commerçant et que tu as l’habitude de vendre pour 50 000 francs CFA par mois, là en une semaine, tu vas atteindre près de 350 000 francs CFA. Tu multiplies ton chiffre d’affaires par 5 », explique-t-il. L’Abissa est une fête traditionnelle qui célèbre le nouvel an chez le peuple N’zima Kôtôkô. L’événement rassemble chaque fin octobre des dizaines de milliers de visiteurs, venus admirer les danses rituelles, de célébration et de cohésion. Elles se déroulent sur une place exiguë, près du palais royal, où les ouvriers sont à pied d’œuvre. « Il va y avoir une tribune ici qui est en train d’être installée…, raconte Binlin Ndamoulé, président de la Commission Tradition et Valorisation culturelle de l’Abissa. On sent la frénésie, parce qu’habituellement quand on vient, c’est calme. Mais vous voyez, à tous les coins de rue, des petites constructions sont en train d’être faites. C’est ça aussi, ça participe de la préparation de l’événement ». Un pagne créé spécialement pour le festival Si les tambours traditionnels rythment les danses de l’Abissa, les pagnes, eux, les habillent. Chaque année, le festival crée un modèle spécial. Sur des tons de bleu cette année, avec les attributs traditionnels – équivalent des armoiries – des 7 familles qui composent les N’zima. « Le pagne cette année est vraiment beau. On est sorti de l’ordinaire. On a changé la couleur, il est magnifique », précise Binlin Ndamoulé. Et ils se vendent plutôt bien, explique Dédé Kouamé Jean-Jacques, l’un des fournisseurs : « On peut vendre plus de 300 000 à 400 000 francs CFA par jour. Une année, j’ai même vendu plus de 1 400 000 francs CFA en une journée seulement. Ce n’est pas obligatoire [d’en porter, NDLR], mais quand on dit "l’Abissa", et que tu portes une tenue en pagne, c’est bien beau ». Vêtu du pagne officiel, maquillé de kaolin, comme il est de coutume à l’Abissa, il ne reste plus qu’à attendre le début des festivités. Elles sont prévues dans un mois. À lire aussiCôte d’Ivoire: quand les ainés N'Zima transmettent leur patrimoine culturel lors de l'Abissa

25/09/2026 • 02:13

Il y a un an, la jeunesse malgache descendait dans la rue pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité, la corruption galopante et les restrictions à la liberté d’expression. Cette mobilisation historique avait conduit trois semaines plus tard à la chute d’Andry Rajoelina et à la prise de pouvoir des militaires du Capsat. Un an après, la Gen Z entrevoit-elle de meilleures perspectives pour son avenir ? Son quotidien s’est-il amélioré ? Se sent-elle écoutée par les autorités de transition ? Témoignage de jeunes Malgaches à Antananarivo. De notre correspondant à Antananarivo, Ils sont des centaines, ce 25 septembre 2025, à quitter la cité universitaire d’Ankatso pour tenter de rejoindre la place d’Ambohijatovo dans le centre de la capitale. Des jeunes, vêtus de noir, ayant le plus grand mal depuis des semaines à apprendre, se laver, cuisiner, faute d’eau et d’électricité. Octave Herinandrasana en fait partie. D’autres étudiants, excédés comme lui, l’ont encouragé à se mobiliser. Un an plus tard, il nous invite dans sa chambre de 9 m² qu’il partage avec deux amis. « Je suis fier d’être allé dans la rue pour revendiquer le changement. J’ai manifesté par rapport à nos conditions de vie très précaires : les délestages, l’insécurité, la vétusté des infrastructures… Le positif ici, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus tellement de coupures d’eau et d’électricité. Mais quand je parle de vétusté, regardez : les canaux d’évacuation dégagent de mauvaises odeurs, c’est poussiéreux, les fenêtres ne sont pas étanches, déplore le jeune homme. Les rénovations ne sont faites qu’à moitié. Ils attendent de futures grèves pour continuer, ça a toujours été comme ça. » Si les coupures d’électricité ont baissé, la jeunesse malgache n’a guère plus de perspectives aujourd’hui qu’il y a un an, estime Marie-Laurence Andonirina, étudiante en économie. « Je ne suis pas très confiante, surtout par rapport aux débouchés. Beaucoup d’étudiants ont des diplômes mais ne peuvent pas travailler après leurs études, alerte-t-elle. Les étudiants ont cette parole ancrée dans leur tête qu’il faut partir, que Madagascar n’a pas d’avenir. Et pour moi, c’est un peu la même chose. » À lire aussiMadagascar: six mois de pouvoir militaire, quel bilan pour les jeunes? Éviter « un éternel recommencement » À quelques kilomètres de la cité universitaire d’Ankatso, Elliot Randriamandrato a donné rendez-vous dans un café surplombant la place du 13-Mai : « C’est la place que l’on a fini par prendre à la fin des événements, le 12 octobre 2025, une place très symbolique pour toutes les mobilisations dans l’histoire de Madagascar et qui est signe de changement, de révolution pour le peuple malgache », explique-t-il. Porte-parole du mouvement Gen Z, il a participé à de nombreuses réunions avec le gouvernement depuis un an. « On nous invite beaucoup pour les rencontres, mais il n’y a pas de réelle prise en compte, dénonce le jeune homme. Ce que je demanderais aux autorités, ce serait de mener à bien la concertation nationale et que celle-ci soit réellement prise en compte pour que l’on passe vers une Constitution qui défende la souveraineté citoyenne, la souveraineté locale, que la voix des jeunes soit réellement écoutée, que ce ne soit pas juste une mascarade. Ce serait un bon signe. » Elliot Randriamandrato espère maintenant que la Gen Z et la société civile sauront trouver un profil capable « d’incarner le changement » à la prochaine élection présidentielle. Pour éviter à Madagascar, dit-il, « un éternel recommencement ». À lire aussiÀ Madagascar, la Gen Z interpelle les autorités sur la démocratie

24/09/2026 • 02:29

La Côte d’Ivoire s’est engagée à porter à 45 % la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2035. À Ferkessédougou, dans le nord du pays, la centrale Ferké Solar, développée par PFO Énergie, est l’un des symboles de cette ambition. Mise sous tension en juillet 2026, elle doit injecter chaque année près de 90 gigawattheures d’électricité dans le réseau national. Une contribution encore modeste à l’échelle du pays, mais qui traduit la volonté de diversifier les sources de production d’électricité. Au-delà des chiffres, la nouvelle centrale a déjà des impacts sur le quotidien des populations de la région. De notre envoyé spécial à Ferkessédougou, À Sokoro, un village d’environ 500 habitants à l’entrée de Ferkessedougou, le bruit du moulin de Lamoussa se fait entendre dès les premières habitations. Chaque jour, ce jeune homme y transforme céréales et autres produits pour les villageois. Mais il y a encore quelques mois, son activité était régulièrement paralysée : « Il y avait beaucoup de coupures de courant ici à Sokoro, ça grillait même les moteurs. Mon activité s’arrêtait. J'arrivais à peine à gagner 1 000 francs CFA. » Mais depuis quelques semaines, Lamoussa dit constater une amélioration. Les coupures sont moins fréquentes et son moulin tourne désormais davantage. Conséquence : ses revenus augmentent. « Grâce à la centrale, le nombre de coupures de courant a nettement diminué durant la journée. Aujourd'hui je peux gagner 8 500 francs CFA. Je n’ai même plus le temps de m'occuper de mes activités champêtres. Je suis la plupart du temps au moulin. » À quelques pas de là, même constat. Dans sa boutique, Méyérégué diversifie désormais son activité. Aux produits de première nécessité s’ajoute la vente de boissons fraîches : « J’ai deux frigos. S’il y a du monde, je fais marcher les deux. Un jour comme aujourd’hui où il n'y a pas de cérémonie, là c’est un seul frigo qui fonctionne. Ça me permet de vendre les marchandises parce que quand les gens viennent, ils veulent ce qui est glacé. » L’amélioration de la fourniture en électricité profite aussi à l’école primaire publique de Sokoro. Les cours peuvent désormais se poursuivre dans de meilleures conditions, même lorsque le ciel s’assombrit. Zié Konaté est l’un des directeurs de l’établissement : « Les après-midi lorsqu’il pleut, les enfants ne peuvent pas exploiter leurs documents parce que la lumière est faible. Il fait sombre dans les salles. Avec l’arrivée de l’électricité, on n'a plus ce problème. Quelle que soit la météo, on a l’électricité en permanence maintenant. On peut continuer à dispenser notre cours correctement au grand bonheur des apprenants. » L’école dispose également d’une salle informatique équipée d’une trentaine d’ordinateurs. Plus de 200 élèves pourront ainsi s’initier à l’outil informatique. À lire aussiÀ Ferkessédougou, la Côte d'Ivoire accélère sa transition vers le solaire

23/09/2026 • 02:25

Parmi les communautés impactées par la présence du groupe terroriste Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord, au Cameroun, l’arrondissement de Kolofata, limitrophe du Nigeria, a longtemps été le théâtre d’attentats kamikazes faisant de nombreux blessés civils et militaires. Leur transfert vers les centres de santé ou les hôpitaux plus éloignés a parfois été fatal. Un hôpital de district, à Mora, assure désormais la prise en charge chirurgicale des blessés de guerre grâce à un partenariat entre le ministère de la Santé et Médecins sans frontières. De notre envoyé spécial à Mora, D’un pas alerte, le docteur Abali Malloum, directeur de l’hôpital de district de Mora, conduit vers un pavillon. « Nous allons visiter le service des urgences, c’est la première porte d’entrée de l’hôpital », explique le médecin. Devant, trois lits sont disposés dans la salle de soins. « C’est ici que les blessés de guerre ou par balles présentant des hémorragies sont admis, explique-t-il. Là, vous avez une équipe d’infirmiers qui est en train de s’occuper de deux personnes. » Dans la salle du bloc postopératoire, les onze lits sont occupés. « Chaque jour, on reçoit au moins deux à trois blessés avec des plaies balistiques. Ce sont des patients qui sont immédiatement pris en charge au bloc opératoire. Toute la zone est pauvre, les gens ne peuvent pas s’offrir le luxe de soins coûteux. S’il n’y avait pas MSF, ce serait compliqué », confie le Dr Abali Malloum. À lire aussiCameroun: comment la guerre contre Boko Haram a ruiné le tourisme à Maroua [1/3] Réduire le taux de mortalité Ibrahima est sorti du bloc opératoire il y a dix jours. Personne à mobilité réduite, il a été attaqué nuitamment à Sandawadjiri, un village situé à 11 kilomètres de Kolofata, à la frontière avec le Nigeria : « Dans la même nuit, après avoir reçu les balles, un membre du comité de vigilance m’a aidé à être évacué vers le centre de santé de Kerawa, à la frontière avec le Nigeria. Et puis, dans la matinée, on m’a porté pour m’emmener ici, à Mora, pour la prise en charge. » Depuis cinq ans, la prise en charge est gratuite selon certains critères : « Nous avons opté pour la prise en charge chirurgicale des cas qui sont beaucoup plus urgents afin de réduire le taux de mortalité, parce que c’est là qu’il faut vraiment agir, souligne le Dr Aboubacar Sow, chef du projet MSF-Mora. En plus, il y a ici l’insécurité et la pauvreté, donc les besoins humanitaires sont réels. Aujourd’hui, on a pu mettre en place une unité de chirurgie capable de prendre en charge une bonne part des urgences sur place. » Plus de 500 interventions chirurgicales ont été effectuées depuis le début de l’année à l’hôpital de district de Mora, la plupart au profit des blessés de guerre civils et militaires. La structure sanitaire est équipée depuis 2024 d’un bloc opératoire flambant neuf offert par Médecins sans frontières. À lire aussiCameroun: à la rencontre de femmes victime des exactions de Boko Haram

22/09/2026 • 02:14

Suite de notre série de reportages sur les conséquences de la présence de Boko Haram sur le quotidien des populations dans la région de l’Extrême-Nord, au Cameroun, où sont recensés 510 000 déplacés internes, selon l'Office international des migrations (OIM). De nombreuses femmes sont comptées dans ces effectifs, leur intégration dans les communautés hôtes est parfois difficile au même titre que leurs conditions de vie. Malgré les années qui passent, elles portent encore en elles le souvenir des jours et des nuits de terreur vécus lors des exactions de Boko Haram. À Kourgui, une localité proche de la frontière nigériane, l’une d’elles s’est confiée à notre correspondant. De notre envoyé spécial à Kourgui, Recouverte d’un voile aux motifs fleuris, Fana est une déplacée interne, elle raconte assise sur une pierre, la nuit où tout a basculé dans le village de Ndélé, à proximité de Banki dans l’État de Borno au Nigeria : « Les hommes armés nous ont assaillis, ils ont tout pillé, tout saccagé, incendié les cases. Mon mari, les enfants et moi, on a pris nos affaires et on a trouvé refuge ici à Kourgui. » Mère de cinq enfants, elle n’est jamais revenue dans le village qu’elle a quitté précipitamment, il y a 11 ans. À Kourgui, son quotidien se résume à ces deux activités : « Je vais souvent en brousse chercher du bois que je vends, je fais aussi du petit commerce, je vends la pâte d’arachide, après avoir extrait l’huile d’arachide. » Au sein de la communauté hôte, Fana fait face à plusieurs défis, parmi lesquels l’accès à la terre. Jodelle Kuenbou travaille pour le réseau de lutte contre la faim, Relufa. Cette ONG a initié un programme sur la production agricole et la création des banques de céréales dans la région de l’Extrême-Nord : « Les femmes déplacées n’ont déjà pas de moyens pour s’offrir un repas par jour, du coup s’imaginer qu’elles auront les moyens pour louer la terre, c’est très difficile. Par contre, pour celles qui ont un peu de moyens, elles peuvent louer la terre, qu’elles vont cultiver pendant un à deux ans puis la rendre. » Pour échapper aux exactions, certaines femmes sont contraintes de participer à l’économie de guerre, d’après Celestin Delanga, expert sécurité et chercheur à l’Institut d’études de sécurité : « Dans le Logone et Chari, les femmes sont obligées de revendre dans les marchés communautaires ou les marchés environnants les poissons issus de l'extorsion ou de la pêche par les groupes armés. En retour, elles doivent repartir avec des vivres, des vêtements, du carburant ou d'autres biens. Et en contrepartie, elles ont la vie sauve, leur mari ou leur communauté sont épargnés des exactions. » En juin dernier, selon ONU Femmes, la moitié des déplacés internes dans la région de l’Extrême-Nord étaient des femmes et des filles. À lire aussiCameroun: comment la guerre contre Boko Haram a ruiné le tourisme à Maroua [1/3]

21/09/2026 • 02:09

Cette semaine, RFI explore les conséquences de la présence du groupe terroriste Boko Haram sur la vie des populations de l’extrême-nord du Cameroun. Premier arrêt, les impacts du conflit sur le tourisme. Guides touristiques, pisteurs, artisans, et les autorités sont unanimes : la guerre a ruiné le tourisme dans l’extrême nord du pays. À Maroua, les lieux touristiques, pics de montagnes, les lacs et les parcs ne sont plus autant visités. De notre envoyé spécial à Maroua, Au marché central de Maroua, 150 marchands sont installés sous un bâtiment nouvellement construit. En cette mi-journée, pas l’ombre d’un seul visiteur. Et pourtant, le lieu a toujours été un point de chute incontournable des touristes occidentaux : « Je m’appelle Alidou Mohamadou, nous sommes au centre artisanal de Maroua. Je vends les samaras, les habits, les sacs, les objets de décoration, ça fait des années, entre 10 ou 12 ans que nous n’avons plus vu de touristes ici. » Abdourahmane Baba connaît les raisons par cœur : « On est dans la zone rouge, avant l’impact de Boko Haram, il y avait beaucoup de touristes, maintenant, on vient ici juste pour chercher de quoi nourrir nos familles », explique cet artisan. D’une voix posée, Denis Kodji, délégué régional du tourisme de l’Extrême Nord du pays, égrène les chiffres du déclin : « À partir de 2013, nous avons enregistré plus de 10 000 touristes occidentaux qui sont arrivés dans la région de l’Extrême Nord. À partir de 2015, on est passé de 10 000 à pratiquement zéro. » Escorter les touristes  En face du stade de Maroua, Nicolas Vendi discute avec une autorité de la ville. Depuis 2014, ce guide touristique n’a plus organisé un seul voyage vers les villages Rhumsiki et Kapsiki, des joyaux de la région, où les touristes se pressaient pour voir les montagnes et les cases en terre : « Beaucoup de jeunes qui sont guides touristiques ont quitté Rhumsiki, Waza, Maga, Pouss. Boko Haram s’est installé et vient de temps en temps nous attaquer au niveau du village, beaucoup de jeunes ont pris peur. » Aujourd’hui Nicolas est intermédiaire dans la location des véhicules et perçoit des commissions : « On est perdus, ça ne fonctionne pas, beaucoup de jeunes vadrouillent dans les quartiers, on prend de l’âge, ça rend les gens stressés. » La région de l’Extrême Nord a enregistré 26 touristes occidentaux en 2025 et deux depuis le début de l’année, d’après le délégué régional du tourisme : « Nous prenons l’initiative d’escorter les touristes pour qu’ils soient en sécurité, ce sont des initiatives spontanées. » Plus d'une décennie après le début de l'insurrection de Boko Haram, la sécurité n’est toujours pas revenue dans les zones à forte potentialité touristique. À Maroua, les autorités espèrent pouvoir former les guides touristiques pour qu’ils se déplacent vers d'autres régions du Cameroun, où le tourisme reste florissant. À lire aussiComment les factions issues de Boko Haram s'appuient de plus en plus sur des cadres camerounais

20/09/2026 • 02:13

En Mauritanie, un fléau silencieux gagne du terrain et détruit un peu plus chaque jour : salinisation des terres. Dans certains quartiers périphériques de Nouakchott, comme à Dar Naim par exemple, des maisons se désagrègent, le sel qui remonte du sol ronge les murs et fait tomber les briques une à une, jusqu’à rendre les habitations inhabitables. Dans ce quartier, des rues entières se vident car de nombreuses familles ont fui. De notre correspondant à Nouakchott,  Des centaines de maisons alignées à Dar Naim, mais la plupart abandonnées. À l’intérieur, des familles vivent encore dans la détresse. Le sel gagne du terrain et ronge les maisons, tout le monde en parle. Mais personne n’a de solution. Une situation qui se dégrade de jour en jour, comme nous l’explique Amadou Samba Ba, habitant du quartier : « Cela s'aggrave de jour en jour. Nous habitons sous des toits et le sel ronge les maisons sans que l'on s'en rende compte. Tout Dar Naim est attaqué par ce fléau ». Adama Ndiaye a presque 60 ans. Assise devant sa maison, le visage marqué par l’inquiétude. Faute d’argent, elle ne peut pas partir. Elle est condamnée à rester avec le sel qui monte : « Nous vivons une situation difficile, mais nous sommes obligés de faire avec. Parce que nous ne pouvons pas mettre toute notre famille à la rue. Et comme nous n’avons pas les moyens de partir, nous sommes obligés de rester. Nous sommes vraiment inquiets. » Ceux qui avaient les moyens de partir, sont partis. Hadja Tounkara, habitante de Dar Naim témoigne : « Toutes les maisons d’en face sont vides. Les habitants les ont quittées à cause du sel. Parfois, les maisons s’écroulent sur les gens et certaines personnes y perdent même la vie. Des murs se sont écroulés sur plusieurs jeunes ici, et certains ont fini par perdre la vie. Nous n’avons aucune solution pour faire face à cette situation. » À lire aussiLa salinisation des sols, un risque pour le maraichage au Bénin Nous nous sommes rendus dans la maison de Fatimetou Mint Cheikh, cicatrice à la main, elle affirme avoir vécu un douloureux souvenir : « Notre maison s’est écroulée. Une partie du mur m’est tombée sur l’épaule et j’ai été aussi blessé à la main. Tout le quartier est témoin de la situation que nous avons vécue. Jusqu’à présent le sel ronge les murs, comme vous pouvez le constater. » Les causes de la détérioration de l’eau salée relèvent de plusieurs facteurs. La principale est la remontée capillaire de la nappe phréatique peu profonde, surtout dans les zones littorales à faible pente comme Nouakchott, selon l’architecte Ahmed Mohamed Sidi. Il propose cependant des solutions pour faire face à ce fléau : « Cela suppose d'adapter les systèmes de drainage aux réalités des aménagements urbains et agricoles, de privilégier des matériaux de construction résistants à la salinité dans les zones touchées. Face à l'intensification des contraintes climatiques, l'architecture et la construction ne peuvent plus se contenter de réagir, elles doivent désormais anticiper les risques et les intégrer pleinement dès la phase de conception. » En attendant des solutions, à Dar Naim, le sel continue de remonter. D’autres quartiers périphériques de la capitale, sont également touchés par cette salinisation destructrice. À lire aussiQuand la terre devient salée...

19/09/2026 • 02:31

C'est un plat, un patrimoine culinaire très prisé par les Mauritaniens : le couscous, appelé aussi ngomu. Chaque jour, dans plusieurs cuisines, la vapeur monte au-dessus des couscoussières, répandant la douce odeur du ngomu à travers les quartiers. Ce plat requiert des heures de préparation. Avec délicatesse. De notre correspondant à Nouakchott, Moussa Oumar Barry Dans ce carrefour, du matin au soir, des femmes se retrouvent pour faire et vendre leur couscous. Du fait de ce plat, l’endroit est tellement prisé qu’il a été nommé le Carrefour Couscous. Mariame Mint Ahmed, assise, des plats de semoule bien tamisée autour d’elle, explique les procédures à suivre pour bien préparer le ngomu. « La semoule est tamisée, humidifiée et roulée à la main, puis cuite à la vapeur sur une couscoussière, détaille-t-elle. La viande est mijotée avec les épices et les légumes. Pour finir, on dresse la semoule dans un plat, on ajoute la viande et les légumes, puis on verse le bouillon avant de servir. » Elle donne aussi les raisons qui font que ce plat est si courtisé par les Mauritaniens. « Le couscous fait partie du patrimoine culinaire mauritanien. Il est préparé avec soin, surtout lors des mariages et des grands événements, rappelle-t-elle. Apprécié par les invités, il suscite souvent leur curiosité sur les endroits où on peut le déguster. » Ce plat, qui se prépare avec beaucoup de délicatesse, fait aussi l’objet de convoitise à l’extérieur. Selon Izzé Mint Brahim, chaque année, des milliers de sachets de couscous sec sont exportés du pays. « Pour le couscous sec que nous exportons, on utilise la semoule et la farine. Au lieu de la couscoussière, on l'étale sur un torchon propre pour le faire sécher puis nous le mettons en sachets, explique Izzé Mint Brahim. Il est ensuite expédié dans la sous-région. Certains clients nous appellent et nous mettent en contact avec des chauffeurs et d’autres envoient des proches pour l’acheter et l’envoyer à leur famille. » À lire aussiLe couscous: une tradition millénaire entre lieu de mémoire et syncrétisme culturel Un plat de partage Walid, lui, n’est pas venu pour acheter, mais il confirme la saveur du ngomu. « C'est un très bon plat mauritanien. Surtout, il est accompagné par des légumes, sourit-il. C'est délicieux. » Pour mieux conserver ce patrimoine culinaire et assurer sa transmission de génération en génération, l’État mauritanien a mis en place en 2021 l’École nationale des métiers du tourisme. « Le premier objectif, c'est de recenser notre patrimoine, ensuite de former des formatrices sur la technique pédagogique pour pouvoir transmettre ce savoir-faire à des jeunes générations, liste Mohamedou Zein El Abidine, son directeur général, et le troisième objectif, c'est que ce patrimoine-là soit reconnu au niveau de l'Unesco comme un patrimoine culinaire propre à la Mauritanie. » Le ngomu est plus qu’un simple repas. C’est aussi un plat de partage et de convivialité. Il rassemble les familles et les invités autour d’une même table.  À lire aussiEn Mauritanie, le thé, loin d'être une simple boisson, est une langue [1/3]

18/09/2026 • 02:24

En Mauritanie, le thé se vit et se boit au quotidien. Partout dans le pays, c’est la première chose servie à un visiteur. Derrière cette boisson se cache un aspect culturel très prisé par les populations, il est utilisé pour honorer les invités. Le thé rassemble les familles, accueille les invités et rythme les journées. Immersion dans le rituel le plus sacré des Mauritaniens. De notre correspondant à Nouakchott, Moussa Oumar Barry Dans cette maison, Mariam El Medou et quelques membres de sa famille sont assis dans le salon. Devant elle, il y a tout le matériel nécessaire pour préparer le thé. À côté, un plateau avec du pain, du lait et des arachides. Les discussions vont bon train, accompagnées par de la musique. Pour Mariam, le thé est essentiel dans le quotidien des Mauritaniens. « Le thé, c’est quelque chose qui honore les Mauritaniens. Il fait partie de notre culture. C’est la première boisson qu’on sert dès qu’on a une visite, explique Mariam. Partout où tu vas, on te servira du thé, peu importe la maison dans laquelle tu entres. Pour préparer le thé, nous utilisons trois théières. Le thé est une boisson que nous avons héritée de nos ancêtres. Si nous avons mal à la tête, nous comprenons immédiatement que c’est un signal qui indique qu’il faut boire du thé. » Le thé est loin d’être une simple boisson en Mauritanie. Selon Ba Adama Moussa, il joue aussi un rôle de fédérateur. « Le thé rapproche les Mauritaniens. C'est quelque chose que les Mauritaniens prennent pratiquement à toutes les heures de la journée, précise-t-il. Dans les bureaux mauritaniens, il est pratiquement pris à toutes les heures. Quand les Mauritaniens vous disent quoi de neuf ? En général, les langues se délient autour de ce thé-là. » À écouter dans 8 milliards de voisinsCuisine : thés et infusions du continent africain Une façon de recevoir Mohamed Zein Albidina décrit la spécificité du thé et le moment idéal pour le préparer. « On dit que le thé mauritanien, il a ses trois J. Le premier J, c'est qu'il faut un nombre de personnes pour que le thé soit agréable, liste-t-il. Le deuxième J, ce sont les braises. Aujourd'hui, on élabore le thé sur le feu à gaz, mais la saveur du thé, son goût, c'est lorsqu'il est fait sur des braises ou le feu de bois. Et le troisième J, c'est celui de la lenteur parce qu'il y a un premier verre et il y a un deuxième verre, et il y a un troisième verre. Et entre chacun des verres, il faut un temps qui va donner l'occasion de discuter. Et on dit que le dernier est le mieux apprécié. » C’est souvent autour du thé que se prennent les décisions les plus importantes. « En général, on décide ensemble. C'est comme des gens qui veulent faire un travail en Occident : les gens s'invitent autour d'un resto, autour d'un verre, ils commencent à discuter, à échanger. Voilà, ils commencent à prendre des décisions ou en tout cas à échanger et finissent par se connaître, par casser la glace, illustre Ba Adama Moussa. Le thé joue exactement ce rôle-là en Mauritanie. » En Mauritanie, le thé n’est pas qu’une boisson. C’est une langue, une façon de recevoir, une façon d’aimer. À écouter dans C'est pas du ventThé : du champ à la tasse

17/09/2026 • 02:30

À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi mise sur le Service national pour lutter contre l’insalubrité. Cette task force a déployé plus de 4 500 recrues dans les rues de la capitale, qui produit près de 15 000 tonnes de déchets chaque jour. Des hommes, pour la plupart d’anciens délinquants condamnés par la justice, sont aujourd’hui chargés de nettoyer la ville et d’y faire régner l’ordre.  De notre correspondante à Kinshasa,  5 heures du matin au stade Tata Raphaël. Dans la pénombre, 1 500 hommes avancent au pas. Vêtus de combinaisons bleues et de bottes jaunes, ils chantent à l’unisson, avant de se déployer dans Kinshasa. Leur rôle : débarrasser la capitale de ses montagnes de déchets. « Avant, j’étais kuluna, un délinquant, témoigne Nzaba Mubiala, aujourd'hui commandant de compagnie. La formation que j’ai suivie dans le centre m’a transformé. Ce que l’État a fait de moi, j’en suis très fier. Quand je vois ce que je suis devenu, je n’ai même pas les mots, c’est la joie. » Dans d’énormes camions-bennes, les hommes chargent pelles, balais et brouettes, direction les grands axes de la capitale. Avec une cinquantaine de camarades, Guillaume Kapuya, pelle à la main. débouche un caniveau : « Regarde, il y a du béton qui a été versé dans le caniveau. Avec les déchets, ça bloque l’eau, ça va tout inonder, montre-t-il. On est en train de l’enlever. Et le locataire de la maison juste à côté nous aide car c’est lui qui a versé le béton. » À écouter dans C'est pas du ventExplosion des déchets ménagers : pourquoi tous les pays sont concernés? Des méthodes qui font polémique Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrent des membres de cette task force infligeant des coups de fouet ou imposant du travail forcé. « On ne peut pas mettre d’amende ou prendre de l’argent. On n'est pas violent, conteste un membre de la compagnie. Si quelqu’un jette un déchet, on lui donne un peu de travail pour qu’il ne recommence pas. » Les membres du Service national sont rémunérés entre 250 et 500 dollars par mois. Dans les rues, les habitants observent le travail accompli. « Le Service national fait un superbe travail. Ils travaillent pour nous tous, car la ville est dans un état de saleté incroyable. C’est très bien ce qu’ils font », s'enthousiasme une personne. Une autre explique que depuis, elle garde ses bouteilles d'eau pour les jeter chez elle. Mais nettoyer ne suffit pas, selon les urbanistes. Sans véritable politique d’assainissement, les tas d’ordures risquent de vite réapparaitre. À écouter dans 8 milliards de voisinsDéchets urbains : ce que le propre et le sale disent de nos sociétés

16/09/2026 • 02:17

Au Gabon, ancienne colonie française, s’est joué un épisode méconnu de l'histoire de France. Au début de la Seconde Guerre mondiale, le territoire gabonais était sous le contrôle des hommes du maréchal Pétain. Après l’appel du général de Gaulle, le 18 juin 1940, plusieurs colonies françaises d’Afrique se rallient à la France libre, mais pas le Gabon. Une bataille sera lancée à Mayumba qui deviendra, selon un historien gabonais, la première victoire du général de Gaulle sur le maréchal Pétain. De notre envoyé spécial à Mayumba, au sud du Gabon, Septembre 1940. Il y a 86 ans, le territoire du Gabon est encore sous le contrôle du maréchal Pétain. « Après l'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, les colonies de l'Afrique équatoriale française ont rapidement rejoint le mouvement gaulliste de libération. Mais il n'y a que le Gabon qui a fait de la résistance », explique l'historien Chérubin Délicat. L’assaut sur Mayumba, comptoir colonial très prospère grâce à l’exploitation forestière, est en préparation depuis Brazzaville, capitale de la France libre. De son côté, l’administration de Pétain amasse au large de Mayumba des dizaines de soldats venus de Dakar. Le 15 septembre 1940, le colonel Parant, à la tête d’un commando de 10 personnes venues de Pointe-Noire, se pose nuitamment à Mayumba. Le 16 septembre au petit matin, Parant et ses hommes attaquent par surprise. « Ils passent par l'arrière de la maison. Poeydomenge se trouvait en train de prendre le petit déjeuner, décrit l'historien. Le commandant Parant arrive à l'improviste, sort son revolver, le braque à la tempe de Poeydomenge et lui demande de capituler. Il lui dit : "Moi, j'ai plusieurs bataillons et détachements à l'aéroport qui sont déjà rentrés dans la ville et vous n'avez aucune chance de vous en sortir". Donc, c'est sur la base d'un canular que Poeydomenge a dû capituler. » À lire aussiSeconde Guerre mondiale: le rôle de l'Afrique dans la victoire de 1945 Une croix de Lorraine à Mayumba Sur le site de la capitulation, les vainqueurs érigent une croix de Lorraine. « Les partisans du général de Gaulle ont érigé cette stèle, montre Éric André Zue, préfet de Mayumba. À partir de là, il était indéniable que les partisans du général de Gaulle s'étaient installés à Mayumba, en lieu et place des Pétainistes. » Mayumba est selon l’historien Délicat la première victoire militaire de de Gaulle sur le maréchal Pétain. « Mayumba symbolise la montée de la deuxième division Leclerc jusqu'en Tunisie, au Maroc, où en 1944, les troupes coloniales vont rejoindre la Bretagne et la Provence pour libérer la France », précise-t-il. En reconnaissance de cette belle épopée, les amis de la Fondation de Gaulle ont érigé en 2010 sur les hauteurs de Mayumba une réplique de la croix de Lorraine, semblable à celle de Colombey-les-Deux-Églises où repose le général de Gaulle. À lire aussiGabon: de nombreux Sénégalais se rendent à Mayumba, lieu de captivité de Cheikh Amadou Bamba

15/09/2026 • 02:33

Le retour du phénomène climatique El Niño, qui s’annonce très intense, inquiète particulièrement en Afrique australe où certaines zones pourraient être touchées par de grandes sécheresses. La ville et la région du Cap, en Afrique du Sud, anticipent déjà un été très chaud et sec, favorable au déclenchement d’incendies. Une organisation de pompiers bénévoles spécialisés en feux de forêt et collabore avec les autorités dans la zone.   De notre envoyée spéciale au Cap,  Le mois de novembre approche, et avec lui le début de la saison des feux. C’est l’heure de vérifier le matériel pour les pompiers bénévoles du Cap, tels que Rouvanne van den Berg, qui compte 13 ans d’expérience : « Voici ce qui se trouve à l’arrière de notre véhicule. Avec cette pompe, on peut attaquer des incendies à proximité des routes. Nous avons aussi ces outils que nous emportons avec nous jusqu’à la ligne de feu ». La ville est particulièrement exposée aux feux de végétation puisqu’elle est bâtie au pied de la montagne de la Table, comme l’explique Thane Masureik : « À partir de cette clôture, là-haut, à environ 50 mètres de nous, c’est le début de forêt. Et là en-bas, à une centaine de mètres, se trouve une grande autoroute et une zone résidentielle très peuplée ». En 2021 déjà, un grand incendie s’était déclaré non loin de cette base, ainsi que s'en souvient Rouvanne van den Berg : « Il a dévasté la grande bibliothèque de l’université du Cap. Des conditions météorologiques extrêmes ont contribué à son embrasement et à sa propagation très rapide. Nous avons passé la journée à le combattre, là-bas, puis je suis rentré chez moi. Le lendemain matin, vers 7h, le feu avait franchi la montagne jusqu'à atteindre mon propre jardin ! On combat des incendies dans des espaces naturels, mais ils peuvent immédiatement menacer les quartiers résidentiels qui entourent la montagne ». À lire aussiEl Niño «va s'intensifier»: pourquoi les prochains mois inquiètent les climatologues Les services météorologiques prévoient que le phénomène El Niño devrait fortement toucher l’Afrique du Sud cette année, de quoi renforcer le niveau de vigilance. Lee Kleynhans est en charge de la communication de ce groupe de pompiers bénévoles : « Bien sûr, je crains que la saison soit difficile. Et ce n’est pas seulement à cause d’El Niño : le dérèglement climatique a globalement changé la donne pour nous. On ne sait jamais vraiment ce qui peut arriver au cours d’une saison. La réalité, c’est qu’il existe toujours un risque que les équipes soient fatiguées et se retrouvent débordées », regrette-t-il.  Pour se préparer au mieux, il faut aussi étudier la végétation très particulière de la zone : « Nous avons beaucoup de plantes fynbos dans la région, et c’est une végétation qui a naturellement besoin du feu afin de pouvoir germer. Dans le cadre des préparatifs menés en collaboration avec les autorités, nous recueillons donc des données pour savoir quand une zone a brûlé pour la dernière fois et à quel moment elle pourrait être amenée à brûler de nouveau », précise Lee Kleynhans.  Les quelque 350 bénévoles, répartis sur quatre bases, vont aussi profiter des dernières semaines pour parfaire leur entraînement et se tenir prêts à intervenir dès les premiers départs de feu.   À écouter aussiEl Niño : pourquoi l’Afrique australe sera-t-elle plus touchée par ce phénomène?

15/09/2026 • 02:21

À Esse, une petite localité à environ 80 km de Yaoundé, les habitants n’ont plus accès à l'électricité depuis 12 ans à cause de factures impayées. En 2018, le gouvernement avait installé une centrale solaire qui alimentait le centre-ville et ses environs. Aujourd’hui cette centrale laissée à l'abandon ne fonctionne plus. Une situation qui divise. Certains critiquent même l'équipe communale en place depuis 2020 de ne pas vouloir entretenir la centrale solaire.   De notre correspondant à Yaoundé, Assis sur la véranda de son domicile, Emmanuel Tsala aperçoit à une centaine mètres la centrale solaire aujourd’hui à l’abandon. Inconditionnel de la radio, ce sexagénaire a dû acheter un petit poste récepteur qu’il recharge au soleil, comme ce matin : « Quand il y avait l’énergie solaire, nous étions comme à Yaoundé, c’était comme l’énergie électrique, il y avait les poteaux électriques et les compteurs et on payait les factures chaque mois. Quand ça s’est gâté, on aurait dû arranger la situation. » Depuis, les herbes ont poussé tout autour des installations. Plusieurs panneaux ont été dérobés. Dans les rues et quartiers du centre-ville d’Esse, les poteaux sont toujours debout. Mais les câbles qui reliaient la centrale aux ménages ont été sectionnés. « J'ai mal, j’ai vraiment mal. » Ambroise Evina a été maire de la commune d’Esse entre 2018 et 2020. C’est lui qui est à l’origine du projet de construction de la centrale solaire, sur financement du ministère de l’Eau et de l’Energie. Le projet a couté 200 millions de FCFA (environ 305 000 euros). « On a fonctionné avec ça durant pratiquement 4 ans et pour l’entretien, c’est la commune qui payait et faisait venir les techniciens après deux ou trois mois. Malheureusement quand je suis parti en 2020, le projet a été saboté, je ne voudrais attribuer le tort à qui que ce soit, mais vous pouvez constater qu’il n’y a plus de panneaux, il n’y a plus rien pratiquement, ce qui me fait tellement mal. » Depuis 2020, une nouvelle équipe dirige la commune et n’a plus assuré l’entretien. Martin Ndongo Bouné, le maire d’Esse : « Dans le cadre de ce projet, la commune n’était ni de près, ni de loin associée à la gestion, tant sur le suivi des équipements, la maintenance, le gardiennage et autres, mais dans le cadre de la maintenance qui est annoncée, la commune fera désormais partie du suivi et tout ce qu’on peut imaginer. » En attendant, tout Esse s’éclaire au groupe électrogène ou avec de petits panneaux solaires. Le retour de l’énergie solaire et du courant électrique, c’est pour bientôt, grâce à un nouveau financement du gouvernement, indique le maire.  À lire aussiNord du Cameroun: une cimenterie majeure à l’arrêt par manque d’électricité

13/09/2026 • 02:15

Penser l’architecture de demain pour le continent africain, c'est tout l’objectif de la Biennale panafricaine qui s’est tenue du 7 au 11 septembre à Nairobi, au Kenya. Cinq jours durant lesquels les architectes et urbanistes du continent ont pu confronter leurs idées et présenter leurs projets. C’était la première fois qu’un tel évènement était organisé sur le continent. Alors que l’Afrique connait la croissance urbaine la plus rapide au monde, les architectes et urbanistes réunis à Nairobi se sont penchés sur une question : à quoi pourrait ressembler l’habitat, la ville de demain ? Un village culturel pour valoriser le patrimoine des Pygmées Aka en Centrafrique ou un arbre à palabres fait de bambous en Guinée : à Nairobi, des architectes de l'ensemble du continent sont venus présenter leurs projets. De quoi inspirer les participants pour penser la ville de demain, où les idées ont fusé. Christian Benimana, qui travaille pour un studio d’architecture et de design basé à Kigali, au Rwanda, imagine des villes résolument tournées vers le partage et la nature. « Si cela ne tenait qu’à moi, il y aurait, je ne sais pas, des voitures volantes et de belles plantes partout. Il y aurait de nombreux espaces partagés qui rapprochent les gens, plutôt que de continuer à nous isoler dans nos habitations individuelles, qui ne nous permettent pas vraiment de créer du lien. » Timothy Abong’o, architecte à Nairobi, partage cette vision, mais avec une touche de réalisme teinté d’espoir. « Ce que je vois arriver malheureusement, c’est davantage de ce que nous avons aujourd’hui : des constructions en dur, des bâtiments plus hauts, moins d’espaces verts. Mais ce que j’espère, c’est de voir des villes avec moins de bâtiments, plus piétonnes, avec plus d’espaces communs, où la nature est omniprésente. Et la nature, ce n’est pas nécessairement un arbre planté. C’est aussi utiliser des matériaux issus des arbres. » Il cite en exemple le chaume, traditionnellement utilisé pour les toitures sur la côte kényane. Aboubacar Sidiki Komara, venu de Guinée, met quant à lui en avant les atouts du bambou. « La Guinée est considérée comme le château d’eau d’Afrique de l’Ouest. Cela veut dire que nous avons assez de rivières. Le bambou aime les rivières, donc nous avons assez de bambous. C’est l’un des matériaux de construction les plus renouvelables. Cela prend environ 3 à 5 ans pour que le bambou puisse grandir et être prêt à être utilisé comme structure dans un bâtiment. La majeure partie des arbres prennent plus de 10 ans. Le bambou représente vraiment une opportunité. Cela nous permet aussi de créer des espaces futuristiques intéressants, on peut créer des innovations qui sont un peu différentes de ce qu’on a aujourd’hui. » Utiliser les matériaux disponibles localement est également un principe défendu par Chadrac Agbodjogbe, architecte béninois. « La manière de construire à Nairobi peut être différente de la manière de construire au Mali, parce que ce ne sont pas les mêmes climats. Il faut adapter la construction en fonction de l’environnement et des matériaux qui sont disponibles. Nous avons besoin de décoloniser les mentalités parce que, malheureusement, beaucoup de cadres de nos sociétés pensent que la modernité que l'on construit, c’est copier ce qui vient de l’extérieur. Ce qui n’est pas adapté à leur milieu. Donc ils sont amenés à avoir des bâtiments énergivores où la clim doit être allumée tout le temps. » Une exposition, organisée durant toute la semaine à Nairobi, a mis en lumière des projets d’architecture issus de différents pays du continent africain, illustrant cette quête d’innovation ancrée dans les réalités locales. À lire aussiChangement climatique: à la Biennale panafricaine, une réflexion sur une architecture plus adaptée en Afrique

12/09/2026 • 02:23

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