Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.
Directeur général de Canal+ Afrique, David Mignot est le grand invité de l'économie RFI-Jeune Afrique. Il défend une stratégie fondée sur l’effet d’échelle, la production locale et l’innovation technologique pour faire face aux plateformes mondiales. Après le rachat de Multichoice, le groupe veut devenir un acteur audiovisuel panafricain incontournable. Cotation à Johannesburg, lutte contre le piratage, contenus africains et nouveaux usages numériques : David Mignot détaille ses ambitions. Entretien assuré par Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique). Réalisation : Yann Bourdelas / Lauren Némausat / Stéphane Defossez. Découvrez l'émission en vidéo en cliquant ici. Canal+ Afrique change de dimension L’année 2026 marque une étape importante avec l’entrée du groupe Canal+ à la Bourse de Johannesburg. Une double cotation après Londres, destinée à renforcer l’ancrage africain du groupe et à ouvrir son capital à des investisseurs du continent. Pour David Mignot, cette implantation financière a aussi une portée symbolique. Canal+ veut apparaître comme un acteur pleinement intégré à l’écosystème audiovisuel africain. Le rachat de Multichoice pour atteindre une taille critique Le dirigeant revient sur l’acquisition de Multichoice, opérateur historique de télévision payante en Afrique anglophone et lusophone. Cette opération doit permettre au nouvel ensemble de dépasser les 40 millions d’abonnés dans près de 70 pays. Un changement d’échelle jugé indispensable face à la concurrence des grandes plateformes mondiales comme Netflix, Amazon ou Disney. David Mignot insiste sur la complémentarité géographique entre Canal+ et Multichoice. Selon lui, l’objectif est de construire un groupe capable d’investir massivement dans les contenus et les technologies. Le patron de Canal+ Afrique rappelle que le groupe emploie déjà plusieurs milliers d’ingénieurs et investit plus d’un milliard d’euros dans les infrastructures technologiques. Le piratage présenté comme la principale menace Contrairement aux idées reçues, David Mignot estime que le principal concurrent de Canal+ ne sont pas les grandes plateformes de diffusion mais le piratage. Selon lui, les nouvelles formes de diffusion illégale via les réseaux internet haut débit représentent un danger majeur pour toute l’industrie audiovisuelle. Le dirigeant explique que sans protection de la propriété intellectuelle, il devient impossible de financer durablement les productions locales et les grands événements sportifs. Miser sur les contenus africains Canal+ revendique aujourd’hui plus de 10 000 heures de contenus produits chaque année sur le continent africain dans une trentaine de langues. Séries ivoiriennes, productions nigérianes, contenus malgaches ou programmes en wolof, bambara ou peul : le groupe veut renforcer sa présence locale et développer des récits africains capables de séduire un public international. David Mignot compare cette stratégie à celle de la Turquie ou de la Corée du Sud, devenues de grands exportateurs de contenus audiovisuels. Selon lui, la taille du marché africain pourrait permettre à terme l’émergence de productions capables de rayonner à l’échelle mondiale. Des productions adaptées aux marchés locaux Le patron de Canal+ Afrique assure que les contenus locaux peuvent devenir rentables grâce à des coûts de production adaptés aux réalités économiques de chaque pays. Canal+ mise également sur la formation des talents locaux grâce à Canal+ University et à la Talent Factory de Multichoice. Plusieurs milliers de professionnels auraient déjà été formés aux métiers de la production audiovisuelle. Football, sport et diversification des contenus Le football reste un pilier majeur de l’offre de Canal+, notamment grâce à la Ligue des champions et aux grandes compétitions internationales. Mais David Mignot insiste sur la nécessité de ne pas dépendre uniquement des droits sportifs. Le groupe cherche à diversifier ses contenus avec des séries, des documentaires, des programmes jeunesse ou encore du basket africain et les sports de combat. Selon lui, la force de Canal+ repose avant tout sur sa capacité à agréger des contenus variés destinés à l’ensemble des membres d’un foyer. Une stratégie tournée vers les nouveaux usages Face à l’explosion du smartphone et des plateformes numériques, Canal+ veut adapter ses formats et ses outils de diffusion. David Mignot estime que le métier du groupe consiste désormais à occuper le temps libre des consommateurs, quel que soit l’écran utilisé. Le dirigeant reconnaît la montée en puissance de YouTube, TikTok ou Instagram, mais considère que les grands contenus premium conservent une place essentielle dans les usages audiovisuels. Canal+ veut devenir un acteur africain de référence Présent dans l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne, Canal+ revendique plus de 35 000 points de vente et des centaines de chaînes africaines diffusées sur ses bouquets. David Mignot affirme que le groupe est aujourd’hui perçu comme un acteur profondément africain malgré ses origines françaises. Le patron de Canal+ Afrique insiste enfin sur l’idée d’une « Afrique terre de croissance », devenue selon lui un axe stratégique majeur pour le groupe depuis plusieurs années.
09/05/2026 • 48:30
Éco d’ici, éco d’ailleurs explore cette semaine les transformations majeures de l'économie mondiale à travers trois secteurs stratégiques : les infrastructures numériques, l’innovation technologique liée au climat et la conquête spatiale. Trois entrepreneurs européens livrent leur vision de ces nouveaux champs de compétition où se jouent souveraineté, innovation et croissance. Une bataille qui se joue désormais autant sur Terre… que dans l’espace. Immersion dans les data centers : la souveraineté numérique en action Invité : Louis Blanchot, CEO d'Etix Everywhere L’émission débute par une visite immersive dans un data center, infrastructure clé de l’économie numérique. Louis Blanchot présente les enjeux techniques et stratégiques de ces installations. Un pilier invisible de l’économie numérique Les data centers assurent le stockage et le traitement des données, indispensables au fonctionnement d’Internet, du cloud et de l’intelligence artificielle. Leur fonctionnement repose sur quatre piliers essentiels : une alimentation électrique continue un système de refroidissement performant une sécurité renforcée une connectivité optimale La gestion thermique est cruciale : les serveurs doivent fonctionner dans une plage de température précise pour éviter toute défaillance. Un secteur en pleine expansion Porté par l’essor de l’IA, le marché des data centers connaît une croissance rapide. Etix s’est spécialisé dans les « data centers de proximité » (edge), permettant de rapprocher les infrastructures des utilisateurs finaux et d’améliorer la performance des services. L’entreprise a connu une forte croissance, passant de quelques sites à un réseau national couvrant plusieurs régions françaises, avec des ambitions européennes. L’enjeu clé : la souveraineté des données Au-delà de la performance technique, Louis Blanchot insiste sur un enjeu stratégique majeur : la souveraineté numérique. Dans un contexte géopolitique tendu, la maîtrise des données devient essentielle, notamment pour les secteurs sensibles comme : la défense l’aéronautique la recherche et développement L’idée n’est pas de tout localiser, mais de protéger les données stratégiques. Le choix d’un opérateur de data center devient ainsi un acte politique autant qu’économique. Transformer la recherche en business : le modèle du startup studio Invité : Olivier Thirifays, cofondateur de BXVentures Deuxième étape de l’émission : la Belgique pour découvrir le modèle du startup studio avec BXVentures Un pont entre laboratoire et marché Le constat de départ est simple : l’Europe regorge de technologies innovantes issues de la recherche, mais celles-ci peinent souvent à atteindre le marché. Le startup studio propose une approche différente : collaboration étroite avec les chercheurs co-création de startups financement initial accompagnement stratégique Contrairement aux incubateurs classiques, le studio s’implique directement dans la création des entreprises et partage les risques. Focus sur les climate tech BX Ventures se concentre sur les technologies liées au climat, avec une double exigence : impact environnemental positif viabilité économique L’objectif est de développer des innovations capables de répondre à des besoins industriels concrets, sans dépendre uniquement de réglementations ou de subventions. Un écosystème à construire Le modèle repose sur une collaboration étroite avec les industriels dès les premières phases. Cela permet : d’évaluer la pertinence des technologies d’ajuster leur développement de sécuriser leur débouché commercial Un exemple emblématique est le projet Chipswin, qui vise à structurer un écosystème européen dans la microélectronique en mutualisant infrastructures, compétences et ressources. Un enjeu européen majeur Pour Olivier Thirifays, l’Europe doit accélérer la mise sur le marché de ses innovations. Trop souvent, les technologies restent bloquées au stade du prototype, alors que d’autres régions du monde avancent plus vite. L’enjeu est clair : renforcer la souveraineté industrielle en densifiant l’écosystème technologique. Le NewSpace : l’économie à la conquête du cosmos Invité : Charles Beigbeder, entrepreneur et investisseur, président du fonds Audacia, auteur NewSpace, l'économie à la conquête du cosmos (Eyrolles) L'entretien est à découvrir en vidéo ici L’émission s’ouvre sur un horizon encore plus vaste : l’espace. Charles Beigbeder, investisseur passionné, décrypte les nouvelles opportunités économiques du secteur spatial. Une révolution en cours Le spatial n’est plus réservé aux États. Grâce à la baisse des coûts : fabrication de satellites lancements en orbite de nouveaux acteurs privés investissent massivement ce secteur. Le « new space » devient ainsi un terrain de compétition économique majeur, avec des applications multiples : connectivité mondiale observation de la Terre exploitation future de ressources extraterrestre Trois phases historiques Charles Beigbeder distingue trois grandes étapes : une phase géopolitique dominée par la guerre froide une phase industrielle contrôlée par de grands groupes une phase actuelle marquée par l’arrivée d’acteurs privés Aujourd’hui, l’espace devient un domaine économique « normal », accessible aux entreprises et aux investisseurs. Un enjeu stratégique pour l’Europe Face à la domination des États-Unis et de la Chine, l’Europe doit structurer son écosystème spatial pour rester compétitive. Le NewSpace représente à la fois : une opportunité économique majeure un enjeu de souveraineté technologique Réalisation de l'émission : Lauren Némausat Choix musical : « Miss Yo » – Danitsa feat. Béesau
01/05/2026 • 60:14
Vieillissement accéléré en Europe, chute de la natalité en Chine, explosion démographique en Afrique : la démographie est-elle en train de redessiner l’économie mondiale ? Elle n’est plus une simple variable statistique mais déterminant central de la puissance d'un pays. Retraites, productivité, immobilier, croissance, travail, intelligence artificielle : autant de sujets abordés avec deux économistes aux approches parfois convergentes, parfois opposées. Nos invités 🎤 Thibault Prébay, économiste, auteur de Démographie, la bombe tranquille (Éditions du Rocher) Ancien professionnel de la finance et analyste économique, Thibault Prébay défend l’idée que le choc démographique est sous-estimé car il agit lentement, presque silencieusement, avant de produire des effets brutaux. Son expression de « bombe tranquille » résume sa thèse : la crise démographique n’explose pas comme une crise financière, elle fragilise progressivement les sociétés jusqu’au moment où les systèmes sociaux, le marché du travail et les équilibres économiques commencent à se déchirer. 💬 « Le plus gros impact a quelque chose de très sourd, très lent, dont on a tendance à ne se rendre compte que quand c’est trop tard. » Thibault Prébay interroge aussi la capacité réelle des gains de productivité et de l’intelligence artificielle à compenser durablement la raréfaction du travail humain. 💬 « On passe d’un monde qui ne savait pas comment occuper ses enfants à un monde qui ne sait pas comment occuper les postes. » 🎤 David Duhamel, professeur d'économie à Sciences Po, auteur du livre et du podcast Un monde sans enfants Son point de départ : la chute mondiale de la fécondité est un phénomène inédit dans l’histoire humaine. 💬 « Le choc démographique est absolument inédit, global, universel et compliqué à comprendre. » Selon lui, l’événement majeur n’est pas seulement économique, il est civilisationnel. Il insiste notamment sur le rôle des transformations culturelles, du rapport à la parentalité et des rapports femmes-hommes. 💬 « La maternité est devenue un choix pour les femmes. Cela change tout. » David Duhamel invite à repenser les catégories avec lesquelles on mesure le progrès, en remettant notamment en question l’idée selon laquelle la croissance démographique ou le PIB seraient les seuls horizons du bien-être collectif. Un débat central : l’exemple chinois La Chine occupe une place centrale dans cette émission comme illustration spectaculaire du basculement démographique mondial. Après des décennies marquées par la politique de l’enfant unique, le pays affronte aujourd’hui une chute des naissances, un vieillissement accéléré et des tensions croissantes sur son modèle économique. Les invités soulignent que cette transition fragilise plusieurs piliers du développement chinois : la main-d’œuvre abondante, la croissance tirée par l’investissement et la dynamique immobilière. Cléa Broadhurst, correspondante permanente de RFI en Chine insiste sur le fait que le recul de la natalité ne s’explique pas seulement par l’héritage des politiques publiques passées, mais aussi par des facteurs sociaux profonds : coût du logement, pression éducative, précarité de l’emploi des jeunes et transformation des aspirations familiales. Elle souligne que les politiques natalistes lancées par Pékin peinent à inverser la tendance, car le problème relève moins d’un déficit d’incitations que d’un changement structurel des comportements. Elle met aussi en avant les conséquences géopolitiques possibles de cette contraction démographique pour la puissance chinoise. L’Afrique, l’autre versant du basculement mondial L’Afrique apparaît dans l’émission comme le contrepoint démographique des sociétés vieillissantes. Alors que l’Europe et une partie de l’Asie connaissent le ralentissement ou le recul de leur population, le continent africain concentre une part croissante de la jeunesse mondiale et pourrait représenter un habitant sur quatre d’ici 2050. Les échanges soulignent que cette dynamique peut devenir un puissant levier économique — à travers le marché du travail, l’innovation, l’urbanisation et la consommation — mais seulement si elle s’accompagne d’investissements massifs dans l’éducation, l’emploi et les infrastructures. Les invités rappellent ainsi que la croissance démographique n’est pas automatiquement un dividende économique : sans politiques adaptées, elle peut aussi accentuer les déséquilibres. L’Afrique est donc présentée moins comme un simple réservoir démographique que comme l’un des lieux où se jouera une part du futur économique mondial. Réalisation : Lauren Némausat Choix musicaux : Na Lingi Yo - Sly Johnson Fais des bébés - Jean-Jacques Goldman.
25/04/2026 • 55:20
À l'occasion du Gitex Africa Morocco 2026 à Marrakech, Eco d'ici Eco d'ailleurs dresse un état des lieux de la tech et du développement de l'IA sur le continent — souveraineté des données, financement, inclusion rurale, langues africaines et modèles propres à l'Afrique. Au micro de Bruno Faure (RFI), un florilège d'invités venus de différents horizons pour décrypter les enjeux de cette bataille stratégique. GITEX Africa, organisé par le Dubai World Trade Centre, est un événement annuel combinant exposition et conférences organisé à Marrakech (Maroc). L’événement réunit des leaders technologiques, des innovateurs, des start-up et des décideurs politiques pour faire progresser la transformation numérique à travers le continent africain. LES INVITÉS 🎤 Amal El Fellah Seghrouchni — Ministre marocaine de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration "Les Africains vont créer leur modèle de langage. Il ne s'agit pas de copier, il s'agit de trouver la troisième voie africaine de l'intelligence artificielle." L'entretien est à découvrir en vidéo et en intégralité ici 🎤 Yasmine Ndassa — PDG de Noor, consultante en stratégie data et IA (Atlanta / Maroc / Cameroun) 💬 "L'IA est un catalyseur qui va faire la différence entre de petits sauts ou des Quantum Leap. L'Afrique aura beaucoup à montrer au reste du monde." 🎤 Khalil Al Americani — Directeur général de Vodacom RDC 💬 "L'intelligence artificielle est un outil d'accélération incroyable, mais c'est comme l'énergie nucléaire — on peut bien s'en servir ou mal s'en servir." 🎤 Saad Jittou — Cofondateur de Weego, startup de mobilité intelligente (Maroc / Sénégal) 💬 "En Afrique, on ne parle pas de licornes, on parle de gazelles ou de chameaux — un modèle qui pousse à la croissance, mais surtout à la rentabilité rapide pour résister aux obstacles du continent." 🎤 Steven Bedi — Fondateur de Tylimmo, marketplace immobilière digitale (Côte d'Ivoire) 💬 "L'Afrique n'a pas forcément besoin d'une transformation digitale. Elle a besoin d'une digitalisation. Quand les besoins de base sont résolus, on fait un bond qui dépasse les technologies qu'on voulait rattraper." L'émission est à découvrir en vidéo et en intégralité ici 🎤 Yongkil Lee — Directeur de la Korea Africa Foundation, société spéciale relevant du ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud qui a été lancée en 2018. 💬 "Si nous regardons le présent, l'Afrique n'est pas encore là où nous voyons l'avenir — dans dix ans, dans vingt ans. Nous n'avons pas besoin d'être les premiers, nous devons coopérer." LES POINTS-CLÉS 👉 Souveraineté numérique et modèle africain de l'IA Le Maroc ambitionne de ne pas simplement reproduire les modèles américain, chinois ou européen. La ministre Amal El Fellah Seghrouchni plaide pour un hub arabo-africain du numérique — l'équivalent d'une Commission européenne à l'échelle du continent — et pour des modèles de langage travaillant sur des langues jusqu'ici ignorées comme le darija ou l'amazigh. La coopération avec Mistral AI porte ainsi sur des petits modèles de langage adaptés aux réalités locales. 👉 Langues africaines et biais des données L'IA mondiale est bâtie sur les grandes langues dominantes. Les dialectes africains — bambara, duala, wolof, darija — y sont quasi absents, ce qui crée des biais profonds et exclut des communautés entières des bénéfices de la technologie. Des startups africaines commencent à entraîner des modèles sur ces langues, une responsabilité que les grandes plateformes étrangères n'assumeront pas d'elles-mêmes. 👉 Inclusion rurale et besoins fondamentaux La RDC doit encore connecter 40 à 50 millions de personnes. Pour Steven Bedi, le vrai levier n'est pas la transformation digitale spectaculaire mais la digitalisation des besoins élémentaires : payer, se loger, se déplacer. L'exemple du mobile money — inventé en Afrique, aujourd'hui envié par l'Europe pour l'instantanéité de ses transferts — illustre ce que produit une innovation ancrée dans le quotidien. En RDC, 26 milliards de dollars circulent annuellement sur la plateforme M-Pesa. 👉 Financement et écosystème startup Le financement reste le nerf de la guerre. Les banques africaines demeurent frileuses, et contrairement à la Silicon Valley, les startups du continent doivent souvent afficher clients et revenus avant même de lever des fonds. Vodacom joue un rôle de catalyseur en ouvrant ses API, en finançant des incubateurs et en accompagnant les jeunes entrepreneurs. Weego a quant à lui bouclé une levée de plus d'un million de dollars pour s'étendre au Maroc, au Sénégal et en Côte d'Ivoire. 👉 Modèles à l'international : Corée du Sud, États-Unis, Europe La Corée du Sud est perçue comme un modèle inspirant pour la jeunesse africaine. La Korea Africa Foundation mise sur la climate tech et l'agritech, deux secteurs où la technologie coréenne est avancée et où la demande africaine est forte. Du côté américain, c'est la culture de collaboration d'écosystème — accepter l'échec, partager les connaissances — qui retient l'attention, plus que les licornes elles-mêmes. 👉 Coopération continentale : promesse ou réalité ? Malgré les disparités réglementaires et d'infrastructures, des convergences profondes existent. Weego a transposé son modèle du Sénégal au Maroc avec peu d'adaptations. La ministre marocaine a incubé 350 femmes africaines issues de 28 pays sur des projets technologiques communs. Pour tous les intervenants, la clé tient en quatre impératifs : former, financer, réguler et, surtout, coopérer. 🎵 Choix musicaux : Second Line - Lyre le temps (feat. Original Pinettes Brass Band) Djekafo -Mamani Keita, Nicolas Repac 💻 Réalisation : Guillaume Munier.
18/04/2026 • 48:40
Grand invité de l’économie RFI-Jeune Afrique, Moussa Batraki, secrétaire général de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), revient sur les grands défis économiques et géopolitiques qui redéfinissent les équilibres mondiaux. À la tête d’une organisation qui rassemble 79 pays, il évoque sa volonté de transformer l’ACP en une plateforme plus influente dans les négociations internationales, notamment sur les questions de financement, de climat et de commerce. Le sommet de Malabo (Guinée Équatoriale), organisé à l’occasion du 50è anniversaire de l’organisation, marque une étape-clé dans ce repositionnement stratégique. Face à la crise énergétique mondiale, amplifiée par les tensions au Moyen-Orient, Moussa Batraki souligne la double réalité des pays africains : une forte dépendance aux importations, mais aussi un potentiel important en matière de production et de transformation locale. La transition énergétique, entre énergies renouvelables et nucléaire, pose la question centrale des financements et des partenariats internationaux. Au micro de Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique), il aborde également la vulnérabilité alimentaire du continent, confronté à une hausse des importations et à des chocs extérieurs répétés. Autant d’enjeux qui appellent, selon lui, à une réflexion de long terme pour permettre aux pays ACP de s’affirmer comme des acteurs à part entière dans la recomposition du système économique mondial. 💻 Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier. 🎵 Choix musicaux : Naika - One Track Mind Jocelyn Balu - Borumba Song
11/04/2026 • 48:29
Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient autour du détroit d’Ormuz et du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, les marchés financiers mondiaux sont sous pression. Hausse du pétrole, incertitudes économiques, volatilité accrue : dans ce contexte instable, une question s’impose à tous — investisseurs, États, entreprises : qui va gagner de l’argent, et qui va en perdre ? Pour y répondre, Eco d’ici Eco d’ailleurs réunit plusieurs spécialistes de la finance et des marchés afin d’analyser les risques… mais aussi les opportunités. Des marchés sous tension permanente L’émission met en lumière un changement profond : les marchés sont désormais influencés en temps réel par les déclarations politiques, les réseaux sociaux et les algorithmes de trading. Une simple déclaration peut provoquer des réactions instantanées sur les marchés mondiaux. Dans ce contexte, deux scénarios se dessinent : Les risques choc énergétique durable ralentissement économique, hausse de l'inflation et des taux d'intérêt instabilité financière accrue Les opportunités secteurs énergétiques et matières premières stratégies d’investissement opportunistes arbitrages rapides pour les investisseurs avertis NOS INVITÉS 🎙️ Clémentine Gallès - cheffe économiste chez Société Générale Private Banking, accompagne des clients dans la gestion de leur patrimoine financier à l’échelle internationale. Elle souligne une évolution notable du comportement des investisseurs : une meilleure résistance au stress une habitude croissante de la volatilité une approche plus rationnelle face aux crises « Sur les marchés actions, le choc jusqu'à présent reste plutôt contenu quand on regarde l'indicateur de volatilité, l'indicateur de la peur. » 🎙️ Omar Dibo - cofondateur de Finneko. Basé à Monaco, il développe une approche d’éducation financière visant à rendre les investisseurs autonomes. Sa méthode repose sur une analyse dite « top-down », inspirée des grands investisseurs internationaux : partir de la géopolitique et de la macroéconomie identifier les tendances globales en déduire les secteurs porteurs « Les taux augmentent parce qu'il y a une certaine spéculation, cela reflète une certaine prime de risque sur les dettes européennes et américaines. Mais si on a une accalmie du conflit dans les prochaines semaines, je ne serai pas étonné de voir les taux revenir sur un pricing normal. » 🎙️ Alexandre Baradez - analyste marchés chez IG France, observe en temps réel les réactions des actifs aux événements mondiaux. Dans un environnement dominé par la géopolitique, il met en lumière les mécanismes en chaîne : tensions → hausse du pétrole hausse du pétrole → hausse des taux hausse des taux → pression sur les marchés Mais, son analyse se veut nuancée : la situation actuelle pourrait ressembler davantage à un choc économique qu’à une inflation durable. « Le risque aujourd’hui, c’est plutôt un scénario type 2008 : une flambée de l’énergie suivie d’un retournement brutal plutôt qu'une vraie vague inflationniste comme celle post-Covid. » 🎙️ Laurent Fontaine, designer de profession, représente ces investisseurs individuels de plus en plus nombreux à intervenir sur les marchés. Son parcours illustre l’apprentissage progressif nécessaire : premières pertes dès ses débuts importance de la diversification nécessité de comprendre ses investissements « J’ai compris assez vite qu’il fallait diversifier ses investissements, conserver des poches de liquidité et profiter des creux de marché. » En fin d'émission, notre entretien avec Yassine El Yattioui Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sont multiples : énergétiques, commerciales, géopolitiques, y compris en Afrique. Nous avons reçu le chercheur Yassine El Yattioui, docteur en science politique et relations internationales à l'université de Salamanque (Espagne). Un entretien à découvrir en vidéo et en intégralité sur la chaîne Youtube de RFI. 🖥️ Réalisation de l'émission : Guillaume Munier / Yann Bourdelas 🎵 Choix musical : You know I'm down - Juls ft. Tyler Daley
03/04/2026 • 70:09
De Sousse à Bizerte, de Sfax à Tunis, ce numéro d’« Éco d’ici, Éco d’ailleurs » vous emmène en Tunisie à la rencontre de celles et ceux qui transforment l’économie réelle : entrepreneures rurales, start-upers de la tech et de la « green tech », chercheurs et accompagnateurs de projets. Une immersion au plus près des initiatives qui misent sur l’agriculture durable, la transition écologique et l’innovation numérique pour créer des emplois et ouvrir de nouveaux marchés. 👉 Son de Blé, la biscuiterie artisanale qui fait bouger la filière healthy À Sousse, la biscuiterie « Son de Blé » propose des biscuits 100% naturels, riches en fibres, sans additifs ni conservateurs, pensés pour la santé des consommateurs – sportifs, personnes diabétiques ou en recherche d’une alimentation plus équilibrée. Derrière cette petite usine à taille humaine, une fondatrice passée de l’informatique à la gastronomie, entourée d’une équipe majoritairement féminine. 🎤 Wissal Fehmi, fondatrice de Son de Blé : « Je rêve d’un peu de stabilité pour que les petites entreprises puissent fixer des prix justes et se développer sans craindre chaque hausse brutale des matières premières. » 👉 Femmes rurales, climat et autonomie économique À Bizerte, un consortium d’associations, de centres de recherche tunisiens et français travaille sur l’impact du changement climatique sur les femmes rurales, très exposées à la sécheresse, à la pénurie d’eau et à la précarité de l’emploi agricole. L’objectif : co-construire avec elles des solutions concrètes pour renforcer leurs droits, leur pouvoir de négociation et leur accès aux marchés. 🎤 Najoua Bouraoui, présidente de l’Association pour la protection de l’environnement et le développement durable de Bizerte (APEDDUB) : « Ces femmes vivent dans des sociétés plutôt masculines. C’est l’homme qui commande, qui autorise, qui ordonne… Nous les aidons à surmonter cela, petit à petit, sans entrer en conflit avec leur contexte social. » 🎤 Anissa Hanafi, enseignante-chercheure à l'INAT (Institut national agronomique de Tunisie) : « L'ouvrière agricole fait face à différents problèmes - mauvaises conditions de travail, de transport, faible rémunération, etc... » 🎤 Mazhoud Houda, chercheure à l'INRAT (Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie) : « Les femmes représentent 70% de la main-d’œuvre agricole en Tunisie, mais leur statut d’ouvrière agricole n’est même pas reconnu officiellement. » 🎤 Nicolas Faysse, socio-économiste au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) : « Notre travail avec les associations, c’est de produire des connaissances avec les femmes rurales elles‑mêmes, puis de transformer ces connaissances en propositions très concrètes de politiques publiques. » 👉 Agro Sahteen, l’hydroponie au service de l’agriculture africaine La société Agro Sahteen, fondée par Mohamed Dahmani, développe des systèmes de culture hors-sol en hydroponie, dans des serres où l’environnement est entièrement contrôlé (eau, nutriments, lumière, hygrométrie). L’objectif : produire des cultures « intelligentes », résilientes à la sécheresse et exportables dans d’autres régions du monde confrontées à la rareté de l’eau. 🎤 Mohamed Dahmani, fondateur d’Agro Sahteen : « L’hydroponie permet d’économiser jusqu’à 95% d’eau. Pour produire un kilo de quinoa, j’utiliserai 95% d’eau en moins que dans un champ classique. » Pour soutenir l’export de cette technologie, Agro Sahteen a été accompagnée par le cabinet Stecia International dans le cadre du programme Qawafel, financé par l’AFD et mis en œuvre par Expertise France. Une mission de prospection au Sénégal a permis de confronter les solutions tunisiennes aux besoins d’agriculteurs sénégalais et d’institutions publiques. 🎤 Walid Gaddas, directeur général de Stecia International (sélection de start-up tunisiennes, étude de marché, mise en relation avec des partenaires, institutions et bailleurs de fonds) : « Contrairement à ce que beaucoup pensent, il y a énormément de points communs entre la Tunisie et le Sénégal : manque d’eau, petits agriculteurs, difficultés d’accès à la technologie… Avec quelques ajustements, les mêmes solutions peuvent fonctionner. » 👉 Sfax : un écosystème entrepreneurial en mouvement Le Centre d’affaires de Sfax accompagne depuis 2005 les TPE, PME et start-up de la région, dans un contexte de transition de l’entrepreneuriat « classique » vers l’entrepreneuriat innovant et l’économie verte. Malgré les crises politiques et la pandémie de Covid-19, la ville conserve un fort esprit entrepreneurial, notamment chez les jeunes. 🎤 Abir Hosni, directrice du Centre d’affaires de Sfax : « À Sfax, l’esprit entrepreneurial est très élevé chez les jeunes. Nous avons créé le premier réseau de business angels de la région, Syphax Angels, pour les aider à lever des fonds. » Artiste multidisciplinaire, Yassine Sellami a créé avec ses associés une entreprise de création de vidéos, bandes dessinées et figurines, accompagnée par le Centre d’affaires de Sfax. Formations à la gestion, à la propriété intellectuelle et aux études de financement lui ont permis de structurer son projet et de clarifier ses objectifs : 🎤 « Créer une start-up en Tunisie, c’est possible, mais ce n’est pas facile. Nous visons d’abord la reconnaissance à l’international, puis nous reviendrons ici pour donner la même chance à d’autres talents. » 👉 ProVerdy, l’IA au service du climat À Tunis, la start-up ProVerdy utilise l’intelligence artificielle pour aider les entreprises à calculer, réduire et reporter leurs émissions de gaz à effet de serre. Elle s’adresse en priorité aux entreprises d’Afrique et du Moyen-Orient, souvent sous-représentées dans les outils de reporting internationaux. 🎤 Souha Bejaoui, fondatrice et CEO de ProVerdy : « Avec ProVerdy, nous voulons démocratiser le bilan carbone en Afrique : une plateforme simple, accessible, qui transforme les données en actions concrètes pour le climat. » 👉 PigmentOCO, teindre sans eau et sans rejets chimiques La start-up PigmentOCO développe un procédé de teinture « sèche » pour l’industrie textile, sans utilisation d’eau et sans rejets chimiques dans l’environnement. L’ambition : réduire fortement les ressources utilisées dans la teinture des fibres naturelles, tout en coupant les coûts opérationnels pour les industriels. 🎤 Amal Chebbi, cofondatrice de PigmentOCO : « Nous offrons un procédé de teinture qui n’utilise pas d’eau, sans rejets chimiques, et qui réduit les coûts opérationnels de 50%. » 👉 Savoirs éco, Qawafel, Greenov'i, des programmes pour changer d’échelle ➡️ Savoirs Éco, financé par l’UE (4,5 M€ sur 3 ans) et mis en œuvre par Expertise France, renforce les structures productrices de savoirs économiques tunisiennes (think tanks, universités) via formations, mentorat et production de policy briefs sur développement durable et économie verte. ➡️ Qawafel, soutenu par l’AFD via Expertise France, cible l’internationalisation des startups/PME tunisiennes (agritech, healthtech, climatetech) avec subventions jusqu’à 120 000 € pour conquérir l’Afrique (Sénégal, RDC, Kenya…) – comme Agro Sahteen au Sénégal. ➡️ Greenov’i (12 M€, 2023-2028), également UE/Expertise France avec CITET, débloque subventions et vouchers verts pour éco-entreprises et clusters artisanaux, avec 1,3 M€ déjà accordés à 4 projets phares (Lead4Green). 💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musicaux : Ghali - Bayna Sabry Mosbah - Mansit
27/03/2026 • 62:18
Intelligence artificielle, cybersécurité, données : les technologies sont désormais au cœur des conflits contemporains. De l’Ukraine au Moyen-Orient en passant par Pékin et la Silicon Valley, une nouvelle guerre se joue, invisible mais stratégique. La tech devient à la fois un outil militaire, un levier économique et un enjeu de souveraineté. Décryptage avec nos invités réunis au Printemps de l’économie à Paris. Retrouvez ici toutes les conférences du 14ème Printemps de l'économie. NOS INVITÉS 🎤 Damien Douani, responsable de l'innovation à l'école Narratiiv, fondateur de Topos, cocréateur du podcast "Les Éclaireurs du Numérique" 🎤 Julien Pillot, économiste, enseignant à Inseec grande école (groupe OMNES Education) 🎤 Yrieix Denis, consultant en cybersécurité & business intelligence au sein du cabinet Alyghieri 🎤 Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie de Jizô AI. Une guerre technologique déjà bien réelle Pour Damien Douani, expert du numérique, la transformation est déjà visible sur le terrain. Mais au-delà du matériel, la guerre se déplace vers des dimensions immatérielles : « Il y a des guerres qu’on pourrait qualifier de cognitives, de vol de données ». Cette mutation marque une rupture : l’information, l’opinion et les systèmes numériques deviennent des cibles stratégiques. Des marchés colossaux et une économie de la guerre L’essor de ces conflits technologiques génère une économie massive. L’économiste Julien Pillot explique que « les montants sont tellement colossaux qu’ils sont impossibles à mesurer ». La cybersécurité et la cyberdéfense sont devenues des secteurs-clé, allant de la protection des entreprises jusqu’aux opérations de renseignement et de déstabilisation. Cybersécurité : un pilier stratégique Pour Yrieix Denis, spécialiste en cyberdéfense, les enjeux sont aussi organisationnels que technologiques. Il rappelle que la cybersécurité repose sur trois piliers : gouvernance, outils, usages. Et les investissements peuvent être massifs, notamment dans les secteurs sensibles : « il y a une domination énorme du secteur par les États-Unis et Israël ». Silicon Valley et armée : une alliance assumée Jusque-là parfois réticentes, les entreprises technologiques américaines collaborent désormais ouvertement avec le secteur militaire. Damien Douani résume ce basculement : « il y avait des réflexions éthiques […], le fait que Donald Trump dynamite les lignes a décomplexé certains acteurs ». Les logiques économiques et géopolitiques prennent souvent le dessus sur les considérations morales. Une guerre globale entre puissances La rivalité entre les États-Unis et la Chine structure largement cette nouvelle guerre technologique. Yrieix Denis rappelle l’ampleur du rattrapage chinois : « Pékin a réussi le plus grand transfert technologique de l’histoire […] grâce à l’espionnage informatique ». La cyberguerre, arme totale Pour Nicolas Arpagian, la cyberguerre est devenue incontournable : « toutes les dimensions sont activées dans le cadre de la cyberguerre ». Elle permet de cibler les infrastructures critiques, paralyser des économies, influencer les opinions publiques. Il insiste sur un point-clé : « les équipements numériques sont des cibles à part entière ». Une vulnérabilité humaine persistante Malgré les technologies avancées, le facteur humain reste le maillon faible. Julien Pillot le résume ainsi : « Beaucoup de cybermenaces passent par la capacité à se faire remettre les clés ». Damien Douani ajoute : « On dit souvent entre geeks que le chaînon manquant en informatique, il est entre le fauteuil et le clavier ». 🎼 Choix musical : Moonchild - Fear (Hey Friend) ft. PJ Morton. 🖥️ Réalisation : Guillaume Munier.
20/03/2026 • 50:45
La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël provoque un effet fulgurant sur les marchés énergétiques mondiaux. Blocage du détroit d’Ormuz, envolée des prix du pétrole, conséquences pour les pays producteurs et importateurs, repositionnement des grandes puissances : Éco d’ici Éco d’ailleurs analyse les effets économiques d’une crise qui pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier mondial, y compris sur le continent africain. Les impacts pétroliers et géoéconomiques Notre invité : Homayoun Falakshahi, analyste des marchés pétroliers chez Kpler, société spécialisée dans l’analyse des flux maritimes de matières premières. Son travail consiste à suivre les déplacements des navires transportant du pétrole afin de comprendre les dynamiques du commerce mondial. « On sait quasiment exactement ce qui est transporté, d’où les navires partent et où ils arrivent. » 👉 Le détroit d’Ormuz au cœur de la crise Depuis le début du conflit, la navigation dans le détroit d’Ormuz est fortement perturbée. Cette voie maritime stratégique, située entre l’Iran et Oman, constitue l’un des principaux passages du commerce pétrolier mondial. En temps normal, près d’une centaine de navires y transitent chaque jour. Mais depuis les menaces iraniennes visant les navires occidentaux et les risques militaires dans la zone, seuls quelques pétroliers continuent d’emprunter ce passage. Résultat : une partie considérable du pétrole produit dans le Golfe ne peut plus être acheminée vers les marchés internationaux. Les estimations évoquées dans l’émission indiquent qu’environ 12,5 millions de barils par jour sont aujourd’hui bloqués, soit près de 12,5% de la demande mondiale. Conséquence immédiate : la tension sur les prix du pétrole. Ce niveau rappelle les épisodes de forte tension énergétique observés ces dernières années. « Si on a davantage de signaux montrant que la guerre pourrait durer plus longtemps, rien n’est impossible et on pourrait voir les prix vraiment exploser. » 👉 Du pétrole immobilisé Selon Homayoun Falakshahi, environ 100 pétroliers chargés de brut seraient immobilisés dans la zone du détroit d’Ormuz. À cela, s’ajoutent 150 autres navires qui attendent dans le golfe d’Oman avant de pouvoir franchir le passage. Pour les pays producteurs, cette situation devient critique : certains États du Golfe disposent de capacités de stockage limitées et pourraient être contraints de réduire leur production si la situation se prolonge. 👉 Des routes alternatives ? Face aux tensions dans le détroit d’Ormuz, certains pays du Golfe ont développé des oléoducs permettant de contourner partiellement ce passage stratégique. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent ainsi d’infrastructures reliant leurs champs pétroliers directement à des ports situés hors du Golfe persique. « Les pays de la région ont construit des oléoducs pour contourner le détroit, mais ces deux oléoducs ne permettent pas de contourner à 100 %. » 👉 Le pétrole iranien continue de circuler vers la Chine Paradoxalement, malgré les tensions militaires et les sanctions occidentales, l’Iran continue d’exporter du pétrole. Les cargaisons partent principalement de l’île de Kharg, principal terminal pétrolier iranien dans le Golfe persique. Les pétroliers quittent le port, parfois en désactivant temporairement leurs systèmes de localisation, puis reprennent leur route. « Les systèmes d’exportation restent très opaques : les bateaux arrivent près de l’île de Kharg, éteignent leur signal, chargent le pétrole et traversent ensuite le détroit comme des navires normaux. » Aujourd’hui, la Chine est devenue l’unique acheteur du pétrole iranien. Cette situation illustre la transformation des relations énergétiques internationales et la montée en puissance de Pékin dans le commerce pétrolier mondial. 👉 La Chine teste sa stratégie énergétique De Pékin, la correspondante de RFI Cléa Broadhurst explique que cette crise constitue un véritable test pour la stratégie énergétique chinoise. La Chine a constitué d’importantes réserves stratégiques de pétrole, estimées à plus d’un milliard de barils. Ces stocks permettent au pays d’amortir temporairement les chocs d’approvisionnement. Par ailleurs, Pékin a progressivement diversifié ses sources d’importation en se tournant davantage vers la Russie. Cette stratégie s’inscrit dans une politique plus large visant à réduire la dépendance au pétrole grâce au développement des véhicules électriques et des énergies alternatives. 👉 La Russie, gagnante indirecte de la crise ? La crise actuelle pourrait aussi profiter à la Russie. Les perturbations dans le Golfe pourraient pousser certains pays asiatiques à augmenter leurs achats de pétrole russe. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou vend son pétrole à prix réduit pour contourner les sanctions occidentales. « Le régime de Vladimir Poutine est un des grands gagnants de ce qui se passe actuellement. » Dans le même temps, les États-Unis ont temporairement assoupli certaines sanctions afin de faciliter l’écoulement de certains stocks et limiter la flambée des prix. 👉 Les réserves stratégiques pour éviter un choc énergétique Face aux tensions sur le marché, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé une mobilisation exceptionnelle des réserves stratégiques des pays membres. Au total, 400 millions de barils de pétrole pourraient être injectés sur le marché afin de compenser les perturbations d’approvisionnement. Cependant, selon les analystes, cette quantité ne couvrirait qu’un mois à un mois et demi de déficit si le blocage du détroit d’Ormuz devait se prolonger. « 400 millions de barils, ça représente à peu près entre un mois et un mois et demi d’approvisionnement si on perd 9 millions de barils par jour. » 👉 Une crise révélatrice des dépendances énergétiques mondiales Cette situation pourrait accélérer certaines transformations déjà engagées : diversification des sources d’énergie, développement des véhicules électriques ou renforcement des réserves stratégiques. « Cette crise va aussi inciter les économies mondiales, notamment en Europe, à aller vers les voitures électriques. Mais d'abord, la priorité sera de constituer davantage de réserves stratégiques en prévision de futurs chocs. » L’Afrique face à la hausse du prix de l’énergie La seconde partie de l’émission s’intéresse aux conséquences de cette crise pour deux économies africaines. 🇨🇮 Côte d’Ivoire : la question de la souveraineté énergétique Basé à Abidjan, Kamel Koné, directeur général de la société Hydrodrill SA et président du groupement des entreprises pétrolières et gazières ivoiriennes, souligne les fragilités énergétiques du continent. De nombreux pays africains exportent du pétrole brut mais doivent importer des carburants raffinés. « L’Afrique dispose de ressources importantes mais dépend encore largement de l’extérieur pour les transformer et les consommer. » La hausse du prix du pétrole risque donc d’alourdir les factures énergétiques et d’alimenter l’inflation. Kamel Koné souligne également la nécessité de renforcer les financements pour les entreprises énergétiques locales et d’encourager les banques africaines à mieux accompagner ce secteur stratégique. Enfin, il plaide pour une coopération régionale accrue, avec la constitution de stocks stratégiques communs et l’interconnexion des infrastructures énergétiques, comme les pipelines et les réseaux logistiques, afin de mieux résister aux chocs internationaux. 🇹🇳 Tunisie : une économie particulièrement vulnérable L’économiste Ridha Chkoundali, professeur à l’Université de Carthage, explique que l’impact sur la Tunisie dépendra largement de l’évolution des prix du pétrole. Plusieurs scénarios sont envisagés : un baril à 85 dollars avec un impact modéré un baril à 100 dollars entraînant un coût budgétaire de plusieurs milliards de dinars un baril à 120 dollars provoquant une forte inflation un baril à 150 dollars avec des conséquences très graves pour l’économie tunisienne La dépendance énergétique du pays reste importante : la balance énergétique représente environ la moitié de la balance commerciale tunisienne. Dans ces conditions, toute hausse du prix du pétrole se répercute directement sur l’économie nationale, en aggravant le déficit commercial et en pesant sur les finances publiques. Cette dépendance limite également la marge de manœuvre du gouvernement. Les importations énergétiques, comme celles d’équipements ou de matières premières, sont difficiles à réduire sans affecter la production nationale et la croissance économique. L’économiste Rim Tekaya, enseignante universitaire, insiste elle aussi sur la vulnérabilité énergétique de la Tunisie dans le contexte actuel. Pour réduire cette dépendance, elle souligne l’importance de développer les énergies renouvelables, en particulier le solaire et l’éolien, dont le potentiel reste encore largement sous-exploité en Tunisie malgré un ensoleillement exceptionnel. 👉 GI4T (Global Institute For Transitions) : réfléchir aux transitions économiques en Tunisie Pour Khalil Ben Cherif, directeur exécutif du Global Institute for Transitions, think tank indépendant issu du projet Savoirs éco financé par l'Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, l’un des enjeux majeurs consiste à nourrir le débat public sur les questions économiques en Tunisie. Rassemblant économistes et experts, il produit des analyses et des propositions concrètes destinées aux décideurs politiques. À travers ses publications et ses conférences, l’institut cherche à éclairer les politiques publiques et à diffuser la réflexion économique auprès d’un public plus large. Dans ce travail collectif, les contributions portent à la fois sur la conjoncture économique et sur les transformations. 📖 À lire : L'économie tunisienne 2025 (éditions Nirvana) 📻 Éco d’ici Éco d’ailleurs est à retrouver sur le site de RFI et sur toutes les plateformes de podcast.
13/03/2026 • 55:41
Ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation du Gabon, Marc-Alexandre Doumba fait partie de la nouvelle génération de responsables africains qui misent sur la technologie pour accélérer le développement économique. Grand invité de l'économie RFI / Jeune Afrique, il revient au micro de Bruno Faure et Quentin Velluet sur sa vision du numérique comme levier stratégique de croissance pour l’Afrique, les enjeux de régulation des plateformes et le potentiel de l’intelligence artificielle dans les économies émergentes. Les principales thématiques de l’entretien Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient 💬 « Le commerce qui passe par le détroit d’Ormuz va être perturbé : cela peut créer un choc énergétique, avec une hausse du prix du pétrole. Pour un pays exportateur comme le Gabon, cela peut être positif, mais pour les pays importateurs, ce sera un renchérissement du coût de l’énergie. » Le style de gouvernance de Brice Oligui Nguema 💬 « Le président a une vision souverainiste, progressive et d’ouverture du Gabon vers le monde, avec une forte préoccupation pour les enjeux sociaux, le développement et un attachement à la démocratie. » La transformation numérique du Gabon 💬 « Le numérique fait partie des enjeux majeurs aujourd’hui, liés à la donnée, aux minerais critiques et à la gouvernance numérique de demain. » 💬 « Nous devons comprendre les tendances du monde pour les insérer dans nos politiques publiques et attirer des investissements dans le numérique. » Numérique et diversification économique 💬 « Il y a une volonté d’accélérer la croissance et de rattraper les retards accumulés sur les sujets qui préoccupent les populations gabonaises. » La régulation des réseaux sociaux Sujet sensible au Gabon : la suspension temporaire de certaines plateformes. Marc-Alexandre Doumba défend la responsabilité de l’État face aux risques de désinformation. 💬 « La responsabilité première de l’État est d’assurer la sécurité de ses populations et de ses institutions. » Il souligne aussi le manque d’éducation aux médias chez les jeunes utilisateurs. 💬 « Quand vous consommez une information sur les réseaux sociaux, il est très probable qu’elle ne soit pas vraie. » Les relations avec les géants du numérique L’entretien aborde également la relation entre États africains et grandes plateformes technologiques mondiales, ainsi que les questions de cybersécurité et de souveraineté numérique. 💬 « Le Gabon seul n’arrivera pas à infléchir une dynamique mondiale. Il faut que les pays africains se mettent d’accord sur des référentiels juridiques communs pour dialoguer avec les GAFAM et protéger nos populations. » Le passage du privé au public Ancien entrepreneur, le ministre estime que les profils issus de l’entreprise seront de plus en plus nombreux à rejoindre la Fonction publique. 💬 « De plus en plus d’Africains du secteur privé veulent participer à l’effort collectif et apporter leur expertise au service public. » 📻 Réalisation : Steven Helsly / Guillaume Munier 🎶 Choix musical : Ayayé / Créol - L'oiseau rare.
07/03/2026 • 60:09
L'industrie automobile mondiale traverse une mutation historique, entre transition électrique, rivalités géopolitiques et pressions réglementaires. Nous vous proposons une plongée au cœur de cette révolution : un reportage exclusif au plus près des lignes de production de l'usine Volvo Cars à Gand (Belgique) et des analyses d'experts pour mieux comprendre les défis et les enjeux d'une filière en pleine recomposition. Reportage à l'usine Volvo Car Gent (Belgique) L'usine en chiffres : 👉 Création en 1965, dernière usine automobile en Belgique 👉 212.000 véhicules produits en 2025 : modèles EX30, XC40, EX40, EC40 et V60 👉 6.500 salariés répartis sur trois équipes 👉 Production de véhicules thermiques, hybrides et 100% électriques 👉 Site pionnier d’assemblage de batteries pour Volvo (plus de 500 produites par jour dans chaque unité dédiée) 👉 Actionnaire : le groupe chinois Geely. Intervenants : • Barbara Blomme, Communications Manager Volvo Plants • Frederick Marchant, Superintendent Battery Plant & Engine Center • Michiel Van Goethem, Manager Battery Plant Volvo Car Gent • Eleen Bosteels, Procurement Program Manager Volvo Cars • Willem Schreyen, Senior Leader Manufacturing & Supply Chain • Godfried Stockman – Guide de l'usine Volvo Car Gent Thèmes principaux du reportage : 📌 Transition vers l’électrique : investissements, nouveaux métiers, formation 📌 Dépendance aux chaînes logistiques mondiales et défis d’approvisionnement 📌 Avantage concurrentiel de produire des batteries localement 📌 Capacité de Volvo à produire deux technologies : NMC et LFP 📌 Production à flux tendu : 950 véhicules/jour 📌 Importance de la flexibilité (moins d’automatisation que prévu) 📌 Analyse – Le marché automobile européen en mutation. Nos entretiens ✔️ Athina Argyriou, présidente déléguée de la CSIAM (Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle) évoque ces sujets : 📍 Déclin historique de l’emploi dans l’automobile européenne 📍 Mutation de l’industrie et nouveaux métiers 📍 Rôle des réglementations environnementales 📍 Problèmes d’harmonisation entre politiques européennes 📍 Difficulté de produire des petits véhicules en Europe 📍 Dépendance européenne aux batteries chinoises 📍 Nécessité d’une stratégie industrielle cohérente. Messages clés : 💬 L’industrie européenne n’est pas en déclin mais en transformation. 💬 Les différences de politiques nationales affaiblissent la compétitivité. 💬 La Chine domine le marché des batteries, pas des voitures. 💬 Donald Trump, en misant sur le pétrole, affaiblit l'industrie automobile américaine. ✔️ Anaïs Voy-Gillis, Chercheuse associée à l’IAE Poitiers, docteure en géographie et spécialiste des politiques industrielles dans le monde, auteure « Pour une révolution industrielle » (Presses de la Cité) aborde ces points principaux: 📝 L’Europe a pris trop tard le virage de l’électrique 📝 Réaction politique au dieselgate plutôt que stratégie à long terme 📝 Chine : 20 ans d’avance grâce à une vision systémique 📝 Triple pression sur les constructeurs européens : réglementaire, géoéconomique, technologique (logiciels, data) 📝 Fragmentation européenne (27 politiques industrielles différentes) 📝 Risques de renoncer trop vite à l’électrique 📝 Nécessité de politiques de réciprocité (localisation, antidumping) 📝 Importance vitale de ne pas abandonner les investissements en batteries. 🎵 Musique : Lukx – « Hands in the Dirt » 📻 Réalisation : Quentin Moulin.
27/02/2026 • 61:00
Dans un contexte de tensions géo-économiques accrues (qu'adviendra-t-il des droits de douane imposés par Donald Trump et retoqués par la Cour suprême américaine), un vocabulaire domine désormais les débats internationaux : compétition, concurrence, déclassement, compétitivité. Longtemps réservée aux entreprises, la rivalité s’étend aujourd’hui aux États, aux blocs régionaux et aux grandes puissances économiques — Union européenne, Chine, États-Unis et pays émergents — engagés dans une course permanente à l’influence industrielle et technologique. NOS INVITÉS 👉 Marie Krpata, chercheuse au Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri (Institut français des relations internationales, spécialiste des relations économiques internationales, de la Chine et de la politique industrielle européenne. 👉 Pieter Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Une Europe en situation d’urgence économique ? Lors d’un récent sommet sur la compétitivité, le président français Emmanuel Macron a lancé un appel clair : « Place à l’action ». Face à la désindustrialisation, à la concurrence américaine et chinoise et à la fragmentation du marché intérieur, l’Europe cherche à redéfinir sa stratégie. Parmi les questions clés abordées dans l’émission : La politique industrielle européenne est-elle cohérente ou réactive ? Quels secteurs sont les plus exposés ? Pourquoi la relocalisation industrielle progresse-t-elle moins vite que prévu ? L’autonomie stratégique est-elle compatible avec le libre-échange ? Le point de vue des entreprises européennes À Bruxelles, nous avons recueilli l’analyse de Pieter Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique. Les entreprises dénoncent notamment : coûts énergétiques élevés pression réglementaire fragmentation du marché européen lenteur décisionnelle. Les réponses institutionnelles européennes La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, propose notamment : un statut juridique commun « EU Inc. » pour simplifier la création d’entreprise dans toute l’Europe l’approfondissement de l’Union de l’épargne et de l’investissement l’intégration accrue des marchés de capitaux Objectif : réduire la fragmentation et renforcer la compétitivité globale. Protéger sans devenir protectionniste ? L’Europe cherche un équilibre délicat. Le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni défendent une position commune : lutter contre les pratiques commerciales déloyales sans basculer dans le protectionnisme. Mais plusieurs tensions demeurent : concurrence mondiale subventionnée dépendance technologique transition énergétique coûteuse désaccords sur l’endettement européen. Dette commune ou discipline budgétaire ? Faut-il mutualiser les investissements industriels ? Le débat oppose les partisans d’une dette européenne commune aux défenseurs de la rigueur budgétaire nationale. Une divergence qui reflète les lignes de fracture économiques du continent. Gouvernance, financement, souveraineté : les grandes contradictions européennes Au cœur de l’analyse de Marie Krpata : fragmentation des stratégies nationales règles de concurrence limitant les « champions européens » dépendances persistantes dans les chaînes de valeur stratégiques tensions entre transition écologique et compétitivité risque de course aux subventions entre États membres. L’Afrique dans la compétition mondiale Ces enjeux ne concernent pas uniquement l’Europe. Ils traversent aussi le continent africain, engagé dans ses propres stratégies industrielles et partenariales. Dans un entretien vidéo disponible sur la chaîne YouTube de RFI, le banquier d’affaires Khaled Igué — cofondateur de la French-African Foundation - exprime sa vision des alliances nécessaires pour le continent.
20/02/2026 • 60:47
Corruption, blanchiment, fraude fiscale ou détournement de fonds : quel est le rôle du journalisme d’investigation face aux crimes économiques mondiaux ? L'émission met en lumière le travail des journalistes qui enquêtent dans des contextes dangereux pour révéler des réalités souvent dissimulées. Elle a été enregistrée dans les locaux du réseau international de journalistes d’investigation Forbidden Stories, une organisation qui poursuit les enquêtes de reporters menacés, emprisonnés ou assassinés. Une mission : faire vivre les enquêtes menacées Créé en 2017, Forbidden Stories rassemble des centaines de journalistes dans le monde. Leur objectif : empêcher que des enquêtes disparaissent lorsque leurs auteurs sont réduits au silence. Ses missions : 👉 reprendre les investigations interrompues, 👉 les diffuser à l’échelle internationale, 👉 envoyer un message clair : supprimer un journaliste ne supprime pas l’information. Ce travail collaboratif s’appuie sur des partenaires dans de nombreux pays et sur l’analyse de données complexes, souvent issues de fuites ou d’enquêtes transnationales. Les invités de l’émission 🎙️ Laurent Richard, fondateur et directeur de Forbidden Stories. 🎙️ Eloïse Layan, journaliste d’investigation. Elle a repris plusieurs enquêtes sur le contournement des sanctions et sur les réseaux économiques illicites, au Kirghizistan et en Haïti. 🎙️ Emmanuel Colombié, journaliste d'investigation, auteur d'une enquête sur l'or illégal au Pérou 🎙️ Thibaut Bruttin, secrétaire général de Reporters sans frontières. Au départ, une enquête emblématique : le projet Daphne Parmi les premières grandes investigations du collectif, figure le projet consacré à la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, assassinée en 2017 alors qu’elle enquêtait sur des affaires de corruption liées au pouvoir politique et à des circuits financiers internationaux. Des dizaines de journalistes de plusieurs grands médias internationaux ont poursuivi son travail, révélant notamment l’implication d’acteurs proches du pouvoir. Cette mobilisation internationale a contribué à provoquer une crise politique majeure à Malte. Des enquêtes de terrain à travers le monde 🇵🇪 Les seigneurs de l’or : la mainmise des gangs sur les mines du Pérou Les journalistes de Forbidden Stories poursuivent l’enquête du journaliste local Manuel Kayo Quispe, menacé de mort et contraint de se cacher après avoir dénoncé les activités d’un gang près de la frontière bolivienne, une région marquée par l’exploitation illégale de l’or. Une organisation criminelle a progressivement pris le contrôle des mines et de toute la chaîne économique : sécurisation des sites d’extraction, collecte et transport de l’or, alliances avec des entreprises enregistrées, mélange d’or illégal et légal pour l’exportation internationale. Une activité extrêmement lucrative : l’or illégal représente un volume économique bien supérieur à celui du trafic de drogue dans la région. Un désastre environnemental majeur : déforestation massive, pollution des rivières par les produits chimiques utilisés pour l’extraction, destruction des territoires des communautés autochtones. Un impact social très lourd : violences, assassinats, disparitions et climat de peur généralisée. 🇭🇹 Haïti – gangs, contrebande et pouvoir économique En Haïti, l’économie est fortement influencée par les gangs et les réseaux de contrebande. L'enquête s’appuie sur le travail du journaliste haïtien assassiné Néhémie Joseph, qui enquêtait sur la contrebande à la frontière avec la République dominicaine. Les investigations ont révélé : des réseaux d’import-export contrôlés par quelques acteurs dominants, des soupçons de corruption douanière, des flux illégaux d’armes dissimulées dans des cargaisons commerciales, l’implication présumée de l’ancien sénateur Rony Célestin. Ces activités alimentent la violence armée et déstabilisent l’économie du pays. 🇰🇬 Sanction breakers au Kirghizistan – contournement des sanctions et commerce international L’émission évoque une enquête sur les circuits commerciaux permettant de contourner les sanctions internationales, notamment via l’Asie centrale. Ces réseaux impliquent des échanges complexes entre plusieurs pays, montrant comment les flux économiques mondiaux peuvent servir à masquer l’origine réelle des marchandises ou des capitaux. 🇬🇭 Ghana – l’économie mondiale de l’or illégal Au sud-ouest du Ghana, l’exploitation illégale de l’or est visible jusque depuis l’espace. Les conséquences sont multiples : destruction des forêts, pollution des rivières, enrichissement de réseaux criminels, violences et menaces contre les journalistes enquêtant sur le terrain. L’enquête montre que l’or suit un circuit international : extraction illégale → blanchiment dans un autre pays → raffinage ailleurs → vente sur les marchés mondiaux. Ce commerce illustre parfaitement la dimension globale des crimes économiques. Le regard de Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières Thibaut Bruttin analyse les pressions économiques et politiques qui menacent les médias dans le monde. Le gel ou la réduction de l’aide internationale américaine fragilise les médias indépendants : baisse des financements, affaiblissement du soutien diplomatique aux journalistes menacés ou emprisonnés. Les médias d’investigation font face à des attaques politiques croissantes visant à limiter leur influence et leur capacité de contrôle démocratique. L’audiovisuel public est particulièrement ciblé dans plusieurs pays, souvent pour des raisons électorales ou stratégiques. Cette fragilisation est perçue comme un phénomène mondial qui menace directement le pluralisme de l’information. Nos choix musicaux Afrrotronix / Stonebwoy - Beyond The Sky Coupé Cloué - Mon Compe ti Bom.
13/02/2026 • 62:32
Cette émission explore en profondeur la crise actuelle du secteur du cacao en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial avec plus de 40% de la production globale. Face à une volatilité historique des cours et des difficultés majeures pour les producteurs, l'émission donne la parole aux acteurs de terrain, experts et décideurs pour comprendre les enjeux économiques, sociaux et politiques de cette filière stratégique. Points clés de la situation : Prix bord champ fixé à 2 800 francs CFA/kg par l'État ivoirien en début de campagne 2025-2026 Chute brutale des cours mondiaux Accumulation de stocks estimés à 130 000 tonnes Producteurs privés de trésorerie malgré la livraison de leurs fèves Intervention de l'État pour racheter les stocks et restaurer la fluidité NOS INVITES : 👉 Alahassane Diakité, directeur général de la Maison du Cacao et Diakité Cocoa Products, député de Divo (Côte d'Ivoire). Fils de planteurs, il représente une nouvelle génération d'entrepreneurs ivoiriens engagés dans la transformation locale du cacao. « Le producteur de cacao vit de la sueur de son front, pas de la politique » L'entretien en vidéo et en intégralité ici 👉 Dr Lansana Gagny Sakho, secrétaire général du CAVIE (Centre Africain de Veille et d'Intelligence Economique), spécialiste des chaînes de valeur et de l'intelligence économique. « Tant que l’Afrique n’assurera pas la transformation locale de ses matières premières, elle restera dépendante. » 👉 Oscar Toukpo, chargé de recherche à l'Institut d'Ethno-Sociologie de l'Université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan, spécialiste de la ruralité et des questions de vulnérabilité dans la filière cacao. « Il y a un phénomène de migration des producteurs vers des terres plus fertiles au Libéria et en Guinée forestière. » La transformation locale : une solution ? Avec son frère jumeau Fousseini, Alahassane Diakité, qui a débuté comme pisteur (collecteur de fèves), a créé deux unités de transformation : Diakité Cocoa Products : capacité de 15 000 tonnes/an La Maison du Cacao (inaugurée août 2025) : capacité de 32 000 tonnes/an Objectif 2030 : atteindre 80 000 tonnes/an Emplois : plus de 200 actuellement, objectif de 1 000 employés Leurs produits vont au-delà du chocolat : pâtes à tartiner, gels douche, savons... avec l'ambition de créer des produits accessibles aux Ivoiriens. « Aujourd'hui, le chocolat n'est pas trop dans nos habitudes alimentaires. Nous voulons aussi limiter l'exportation pour que les produits que nous allons faire soient consommés ou utilisés localement. » L'analyse de l'intelligence économique Dr. Lansana Gagny Sakho met en lumière les faiblesses structurelles du modèle africain : Les obstacles à la transformation locale : Difficulté à attirer les investissements (l'Afrique représente moins de 5% des IDE mondiaux) Problèmes de compétitivité face à l'Asie Absence de collaboration entre pays producteurs (Côte d'Ivoire et Ghana produisent 70% du cacao mondial mais ne coordonnent pas leurs politiques) Marchés de consommation situés principalement en Occident Manque de respect des normes internationales « L'Afrique s'est toujours contentée à produire et à exporter ses matières premières brutes et rester en marge, là où on fait la valeur ajoutée [...] Nous n'avons jamais été capables d'anticiper. » Selon lui, la transformation locale pourrait multiplier par quatre la valeur des produits, mais nécessite une alliance stratégique entre pays producteurs, à l'image de l'OPEP pour le pétrole. La vulnérabilité des producteurs Oscar Toukpo décrit les facteurs de paupérisation des planteurs : : Revenus inférieurs à 750 francs CFA/jour (moins de 1,15 dollar), sous le seuil de pauvreté Pratiques agricoles destructrices (cacao plein soleil, déforestation) Impact du swollen shoot (maladie des pousses du cacaoyer) et vieillissement des plantations Appauvrissement des sols et migration constante vers de nouvelles terres Endettement auprès d'usuriers pendant la période de soudure Déperdition scolaire : familles nombreuses ne pouvant pas financer l'éducation des enfants Phénomène préoccupant : migration de producteurs ivoiriens vers le Libéria et la Guinée forestière pour trouver des terres plus fertiles, avec risque de conflits fonciers futurs. « Ces paysans là, qui produisent le cacao donc la matière première, n'ont aucunement d'influence sur la fixation des prix. » La réponse de l'État ivoirien et du Conseil Café-Cacao Yves Brahima Koné, directeur du Conseil Café-Cacao, explique la stratégie d'intervention : « L'État va s'appuyer en priorité sur des opérateurs nationaux crédibles, solides et structurés qui conduiront les opérations d'achat et d'enlèvement [...] Ce mécanisme mis en place se poursuivra tout au long de la campagne principale afin de décongestionner le bord champ. » Les défis futurs Alahassane Diakité, dans son nouveau rôle de député, identifie les priorités législatives : Programme d'action : Relecture de la loi d'orientation agricole de 2015 Préparation à la réglementation européenne RDUE sur la déforestation Anticipation des normes de sécurité alimentaire plus strictes Accès des producteurs et coopératives aux marchés à terme Tenue d'Assises nationales du cacao Modernisation de l'agriculture (IA, transition écologique) Adaptation des formations professionnelles aux besoins du secteur « Il faut que les choses soient faites réellement pour le bien-être des producteurs [...] On essaie d'oublier l'essentiel et on se concentre sur ce qui est ponctuel. »
07/02/2026 • 49:50
Ce sont des tensions inédites entre le pouvoir politique américain et la Réserve fédérale (Fed), au moment où Donald Trump multiplie les attaques publiques contre son président, Jerome Powell. Accusé de ne pas baisser les taux d’intérêt assez rapidement, le patron de la Fed est au cœur d’un bras de fer qui dépasse la simple controverse conjoncturelle et pose une question fondamentale : l’indépendance des banques centrales est-elle en train de vaciller ? 👉 L’émission revient d’abord sur la nature et l’ampleur de ces critiques, leur caractère inhabituel par leur virulence, et les tentatives de recours à des procédures judiciaires pour fragiliser certains membres de la Fed. Les invités montrent que, si les pressions politiques sur les banques centrales ne sont pas nouvelles, la forme prise aujourd’hui aux États-Unis marque une rupture dans les usages. Olivier Garnier, chef économiste de la Banque de France, ancien économiste à la Fed 💬 « Ce qui est plus nouveau, c’est que Trump s’est lancé dans des attaques pour essayer d’évincer certains membres du board de la Fed avec des procédures judiciaires. » 👉 À travers un éclairage historique, les débats replacent la situation actuelle dans une longue trajectoire, depuis l’entre-deux-guerres jusqu’à l’émergence, dans les années 1990, d’une conception moderne de l’indépendance des banques centrales, fondée sur un mandat clair de stabilité des prix et sur la maîtrise autonome des instruments de politique monétaire. L’émission explore également les différences institutionnelles entre la Fed et la Banque centrale européenne, ainsi que les raisons pour lesquelles le cadre européen offre, sur certains aspects, des garanties plus solides. Adriano do Vale, maître de conférences en économie à l'Université de Poitiers – Auteur «L’indépendance des banques centrales, à l'aune de l'histoire de la pensée et des pratiques» (Classiques Garnier) 💬 « La politique monétaire est une affaire éminemment politique, et ça, ça a toujours été comme ça. Ce qui marque la singularité de ce moment, c’est surtout la forme, le vocabulaire et le ton. » 👉 Les échanges abordent aussi la dimension internationale du dossier : la solidarité exprimée par plusieurs gouverneurs de banques centrales envers Jerome Powell, les réactions observées jusqu’en Nouvelle-Zélande, et le rôle de forums comme la Banque des règlements internationaux dans la constitution d’une véritable communauté mondiale de banquiers centraux. Enfin, l’émission se projette vers l’avenir en analysant les perspectives de politique monétaire américaine : maintien ou reprise des baisses de taux, risques d’une détente prématurée, crédibilité de la Fed face aux marchés et conséquences pour l’économie mondiale. Maxime Darmet, économiste senior chez Allianz Trade 💬 « La question centrale aujourd’hui est de savoir si la Fed pourra baisser ses taux dans les prochains mois sans compromettre sa crédibilité. » 👉 Dans la seconde partie de l'émission, nous vous proposons un entretien avec le député et ancien ministre de RDC Kin Kiey Mulumba, par ailleurs fondateur du journal Le Soft et président du Conseil d’administration de la Régie des Voies Aériennes (RVA). Il publie « Une histoire du Congo, de Mobutu à Tshisekedi » (Le Cherche Midi). Découvrez l'entretien en vidéo sur la chaîne Youtube de RFI.
30/01/2026 • 68:54
Notre Grand invité de l’économie RFI – Jeune Afrique est un spécialiste du financement des entreprises sur le continent africain, en particulier les très petites entreprises et les PME, moteurs essentiels de la croissance et de l’emploi : Philip Sigwart, président-directeur général du groupe panafricain de finance inclusive Baobab détaille sa stratégie et livre un diagnostic sur les défis du secteur au micro de Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique). À la tête du groupe Baobab depuis 2019, Philip Sigwart incarne une trajectoire singulière, à la croisée de la banque internationale, du terrain et de la finance inclusive. Formé à l’économie à l’Université de Saint-Gall (Suisse) puis titulaire d’un MBA de Chicago Booth, il débute sa carrière à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), où il travaille sur le financement des petites entreprises dans des économies en transition. Il rejoint ensuite ProCredit Holding, groupe bancaire spécialisé dans les PME, et occupe des fonctions de direction dans plusieurs pays : Kosovo, Géorgie et République démocratique du Congo. Cette expérience de terrain, au contact direct des entrepreneurs, façonne durablement sa vision du crédit et du risque. Entre 2015 et 2019, Philip Sigwart poursuit son parcours en Afrique de l’Est, au Kenya, où il pilote l’activité PME d’Equity Group, l’un des plus grands groupes bancaires africains. Depuis Paris, il dirige aujourd’hui le groupe Baobab, acteur majeur de la finance inclusive, présent dans sept pays africains, au service d’environ 1,6 million de clients, principalement des entreprises de petite taille, artisans et commerçants. Sous son impulsion, Baobab a opéré un recentrage stratégique sur l’Afrique et revendique une croissance responsable, conciliant performance financière, inclusion et impact social. Au cours de cet entretien, il revient sur : le rachat de Baobab par le groupe égyptien Beltone, les enjeux de consolidation de la microfinance africaine, le financement des TPE, PME et entrepreneurs, la gestion du risque de crédit, la place des fintechs, l’inclusion financière des femmes, les défis climatiques et agricoles, et les priorités stratégiques du groupe, notamment au Nigeria et en RDC. Avec la participation d'Eric Ntumba, directeur général de Baobab Nigeria, filiale stratégique du groupe dans la première économie d’Afrique. Retrouvez les grands invités de l'économie ici
24/01/2026 • 48:22
Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation économique et la montée de nouvelles puissances, la relation entre l’Europe et l’Afrique est à un tournant. Longtemps structurée autour de l’aide au développement, elle cherche aujourd’hui à évoluer vers un véritable partenariat fondé sur l’investissement, la co-construction et la création de valeur locale. C’est l’un des grands enjeux débattus lors du dernier sommet Union européenne – Union africaine, organisé à Luanda, en Angola. NOS INVITÉS 👉Mario Pezzini, économiste, ancien directeur du Centre de développement de l'OCDE, auteur du rapport Europa 360° pour la fondation espagnole Avanza 👉Benoît Chervalier, président de BCH Invest, vice-président Afrique du Medef international, président Africa Business Europe, cofondateur et directeur exécutif de la Chaire Business et industrie en Afrique de l'ESSEC, auteur de l'essai «Ce qu'attend l'Afrique» (éditions de l'Aube) 👉 Youssouf Camara, coach de dirigeants, directeur de la Maison de l'Afrique. D’un modèle d’aide à un modèle de partenariat Pendant des décennies, la relation euro-africaine a reposé sur une logique de donateurs et de bénéficiaires. Mais ce modèle montre aujourd’hui ses limites. Pour l’économiste Mario Pezzini, ancien directeur du Centre de développement de l’OCDE, il est temps de passer à une alliance fondée sur le dialogue et la co-gouvernance : « Il faut construire une relation différente, basée sur des règles définies ensemble, et non plus sur des projets pensés uniquement côté européen. » Même constat du côté du secteur privé. Benoît Chervalier, banquier d’affaires et président Afrique de Business Europe, plaide pour une rupture avec l’aide publique au développement telle qu’elle existe aujourd’hui : « Il faut sortir de la logique de l’aide et aller vers une logique d’investissement. Ce que veulent les citoyens, c’est un retour sur investissement, pas seulement des promesses. » Une Afrique plurielle, des partenariats multiples L’Afrique n’est pas un bloc homogène. Ses réalités économiques, politiques et sociales varient fortement d’un pays à l’autre. De plus, l’Europe n’est plus le seul partenaire stratégique du continent. La Chine, les pays du Golfe, la Turquie ou encore l’Inde renforcent leur présence économique. Les pays africains revendiquent désormais la liberté de choisir leurs partenaires. « Personne ne veut être sous tutelle, ni les Africains, ni les Européens », rappelle Benoît Chervalier. Cette diversification se traduit aussi par des relations bilatérales plus dynamiques entre certains pays européens et africains, au-delà des cadres institutionnels. Global Gateway : 300 milliards d’euros pour l’Afrique L’Union européenne a lancé en 2021 le programme Global Gateway, un vaste plan d’investissement de 300 milliards d’euros, dont la moitié destinée à l’Afrique. Les priorités : infrastructures transition énergétique numérique santé transports éducation L’objectif est de proposer une alternative aux investissements chinois, en misant sur des financements durables et transparents. Mais le président sud-africain Cyril Ramaphosa met en garde : « Ces investissements ne doivent pas remplacer une dépendance par une autre. Ils doivent être transformateurs et créateurs de capacités locales. » Le défi de la transformation locale Un point fait consensus : l’Afrique doit transformer davantage ses ressources sur place. Produire localement, développer les chaînes de valeur, créer des emplois et réduire la dépendance aux exportations de matières premières sont des priorités. Mario Pezzini insiste : « Une infrastructure sans compétences ni institutions devient un décor. Une route seule ne crée pas de développement. » Les investissements doivent donc s’accompagner : de formation de politiques industrielles de soutien aux PME de renforcement des institutions PME, agriculture et jeunesse au cœur du développement Les petites et moyennes entreprises, souvent familiales, constituent l’essentiel du tissu économique africain. Pourtant, elles rencontrent de nombreux obstacles : normes, accès au financement, compétitivité, logistique. Youssouf Camara, directeur général de la Maison de l’Afrique, plaide pour une coopération plus opérationnelle : « Les accords politiques ne suffisent pas. Il faut accompagner concrètement les entreprises africaines pour qu’elles accèdent aux marchés européens. » L’agriculture, l’agro-industrie et les industries locales sont également des secteurs-clé pour absorber la forte croissance démographique du continent. D’ici 2050, environ 800 millions de jeunes entreront sur le marché du travail africain. Vers une relation plus équilibrée La nouvelle doctrine européenne repose sur une idée centrale : créer de la richesse là où elle est produite. Cela suppose : une industrialisation progressive des investissements ciblés une meilleure intégration régionale un dialogue politique plus équilibré L’objectif n’est plus seulement de financer, mais de co-construire. Retrouvez nos invités de l'économie ici.
15/01/2026 • 65:09
Sous le commandement de Donald Trump, l'opération « Absolute Resolve » (Détermination Absolue) au Venezuela a créé une onde de choc mondiale avec des conséquences économiques majeures, bien au-delà des questions pétrolières et énergétiques. Pour la Chine (partenaire historique de Caracas), les autres BRICS, les potentielles cibles américaines (Groenland, Canada, Cuba) et les investisseurs du monde entier, un océan d'incertitudes se profile. Éco d'ici Éco d'ailleurs donne la parole aux experts. Les invités de l'émission Christopher Dembik, macroéconomiste, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management Alicia Garcia-Herrero, cheffe économiste pour la zone Asie-Pacifique de la Banque Natixis (basée à Hong-Kong) Philippe Sébille-Lopez, directeur du cabinet Géopolia, spécialiste des marchés pétroliers Margot François, chercheuse à l'Institut français de géopolitique et analyste chez Cassini, experte de l'économie cubaine Cléa Broadhurst, correspondante permanente de RFI à Pékin Le pétrole vénézuélien : un eldorado complexe Des réserves impressionnantes mais problématiques Le Venezuela possède théoriquement 300 milliards de barils de réserves, principalement dans le fleuve Orénoque, ce qui le placerait au premier rang mondial. Cependant, ces chiffres sont contestés et peu vérifiables. Les défis du pétrole vénézuélien Huile extra-lourde : très visqueuse et très soufrée, nécessitant un traitement particulier Coûts élevés : investissements nécessaires entre 60 et 80 dollars par baril Infrastructure vétuste : années de sous-investissement sous sanctions Raffinage complexe : vendu avec une forte décote sur le marché Un intérêt stratégique pour les États-Unis L'outil de raffinage américain est équipé à 70% pour traiter du brut lourd. Le pétrole vénézuélien correspond parfaitement à ces installations, ce qui explique l'intérêt stratégique au-delà de la simple production. « Nous avons construit l'industrie pétrolière vénézuélienne grâce au talent, au dynamisme et aux compétences des Américains. Et le régime socialiste nous l'a volé en recourant à la force. » - Donald Trump La dimension géopolitique Avant l'intervention, 80% de la production vénézuélienne partait vers la Chine. La Russie, via Rosneft, était également très présente. Pour Washington, il s'agit autant de reprendre le contrôle que d'empêcher les concurrents d'y accéder. Impact sur la Chine : premier acheteur menacé Une relation économique majeure en péril La Chine avait prêté environ 60 milliards de dollars au régime vénézuélien, principalement sous Chavez, sous forme de prêts gagés sur des productions futures de brut. Les compagnies chinoises étaient devenues les principaux acheteurs du pétrole vénézuélien. Conséquences immédiates Le pétrole vénézuélien arrivant en Chine est déjà vendu avec des rabais et passe par des circuits logistiques compliqués. Si Washington bloque ou inspecte les cargaisons, les coûts augmenteront considérablement : assurances plus chères, délais plus longs, risques juridiques accrus. Les raffineurs indépendants chinois, appelés « teapots », qui vivent sur les marges, seront particulièrement touchés. Le baril vénézuélien devient « un baril plus compliqué et plus cher ». « La Chine est profondément choquée et condamne fermement l'utilisation éhontée de la force contre un État souverain. Cela constitue une violation grave du droit international. »- Porte-parole du gouvernement chinois Révision stratégique en Amérique latine L'intervention envoie un signal clair à toute la région. Les gouvernements et entreprises doivent désormais calculer : « Si je fais un gros deal chinois dans un secteur sensible, est-ce que j'attire une pression américaine ? » La Chine ne va pas abandonner l'Amérique latine facilement. La région représente des investissements de près de 200 milliards de dollars dans les minéraux critiques, terres rares, or et argent. Cuba : une économie au bord du précipice Une crise structurelle aggravée L'économie cubaine, déjà en crise permanente depuis la chute de l'URSS, risque le coup fatal. Cuba dépend fortement du pétrole vénézuélien pour son système énergétique vétuste. La situation cubaine Dépendance énergétique : les livraisons vénézuéliennes étaient déjà réduites depuis 2017 Réseau électrique défaillant : coupures de courant quotidiennes, en province on parle "d'allumage de courant" Crise démographique : population passée de 11,2 millions à 9,75 millions (voire 8 millions selon des observateurs) Exode massif : 850 000 Cubains entrés aux États-Unis entre 2021 et 2023 « Cuba est un désastre. Il n'y a pas d'économie. Elle s'est complètement effondrée. Tous les gardes qui ont aidé à protéger Maduro étaient cubains. Les Vénézuéliens devraient déclarer leur indépendance vis-à-vis de Cuba. » - Marco Rubio, Secrétaire d'État américain Risque de crise sociale majeure Les manifestations de juillet 2021, les premières de grande ampleur depuis la révolution, ont été sévèrement réprimées. L'inflation galopante, les pénuries alimentaires, la fin progressive des subventions d'État créent un terreau fertile pour un mécontentement social explosif. Le Groenland : la prochaine cible Au-delà du pétrole : les minerais critiques Le Groenland regorge de ressources stratégiques : terres rares, cuivre, or, uranium, et potentiellement pétrole offshore. Ces minerais sont essentiels pour les industries de pointe, l'aéronautique, le spatial et l'intelligence artificielle. Une stratégie d'acquisition multiforme Les États-Unis disposent de nombreux leviers : pression économique sur le Danemark, proposition d'accords type Porto Rico, exploitation du souhait d'indépendance d'une partie des Groenlandais (environ 30% de l'électorat). La réaction européenne sera probablement limitée, l'Union européenne n'ayant ni l'unité ni les moyens militaires pour s'opposer à Washington. Implications économiques mondiales Le libre-échange fragilisé Au-delà des tarifs douaniers qui préoccupaient déjà en 2025, le monde découvre une "course aux riches et aux ressources" avec une dimension militaire. Cette nouvelle réalité fragilise considérablement le commerce international. Le risque de dédollarisation Les grandes économies, y compris l'Inde, s'inquiètent de l'utilisation du dollar dans leurs transactions. L'intervention au Venezuela pourrait accélérer la recherche d'alternatives monétaires. Cependant, la dédollarisation reste un processus lent. Le dollar demeure dominant dans les transferts internationaux et les réserves mondiales. Historiquement, les transitions monétaires nécessitent soit une guerre, soit une période d'hyperinflation. Le nationalisme métallique La véritable confrontation entre puissances ne porte pas sur la guerre commerciale, mais sur l'accès aux ressources essentielles. L'intelligence artificielle nécessite de l'énergie à bas coût et des minerais critiques. Cette course aux matériaux définit la géopolitique de 2026. Zones à surveiller Myanmar (Birmanie) : régime militaire soutenu par la Chine, riche en ressources Pakistan (Gwadar) : port stratégique pour la Chine dans le cadre des nouvelles routes de la soie Canal de Panama : route commerciale critique évoquée par l'administration Trump Honduras et Paraguay : enjeux autour de la reconnaissance de Taïwan Perspectives pour les investisseurs Le Venezuela : un pari très risqué Malgré les déclarations optimistes, le Venezuela reste extrêmement incertain. Les infrastructures sont vétustes, la corruption endémique, et la situation politique imprévisible. Les investissements nécessitent une vision à dix ans minimum. Certains fonds spéculatifs américains s'intéressent déjà aux obligations d'État vénézuéliennes, qui ont bien performé ces derniers mois. Mais ce sont des stratégies à très haut risque, réservées aux professionnels. Prudence régionale Les investisseurs adoptent une approche prudente sur l'ensemble de l'Amérique latine. Le risque n'est plus seulement la corruption classique des pays émergents, mais un vrai risque d'instabilité géopolitique et d'intervention américaine. La dette vénézuélienne En cas de stabilisation du pays, la dette vénézuélienne pourrait devenir attractive. Cependant, de nombreux obstacles subsistent : contrôles de capitaux stricts, incertitudes juridiques, et nécessité de réformes profondes. Conclusion : l'ère du nationalisme des ressources L'opération "Absolute Resolve" marque un tournant dans la géopolitique mondiale. Elle révèle une doctrine américaine claire : contrôler "l'hémisphère occidental" et ses ressources, éjecter les concurrents chinois et russes de la zone d'influence américaine. Cette approche s'inscrit dans une vision d'"aires civilisationnelles", rappelant la doctrine Monroe du XIXe siècle. Les États-Unis affirment leur droit à dominer leur sphère géographique, comme la Russie le fait avec l'espace slave et la Chine avec sa région. Pour les investisseurs et les entreprises, le monde devient plus fragmenté et plus risqué. Les matières premières, les minerais critiques et les routes commerciales définissent les nouveaux champs de bataille économiques. Cette réalité va structurer l'économie mondiale en 2026 et au-delà. « L'avenir sera déterminé par notre capacité à protéger le commerce, les territoires et les ressources qui sont essentielles à notre sécurité nationale. Tout comme les droits de douane, ils permettent à notre pays de s'enrichir. » - Donald Trump 🎵 Musique : Elena Rose / Alma
09/01/2026 • 59:08
Éco d’ici, Eco d’ailleurs donne la parole à six étudiants de Sup de Co Dakar venus du Sénégal, du Gabon, du Bénin et du Togo pour comprendre comment la jeunesse africaine envisage l’économie de demain. Comment ces futurs décideurs voient-ils leur rapport au monde du travail, au leadership et à l’entrepreneuriat ? Quelles sont leurs idées pour accomplir le développement du continent, via le numérique et la finance, sans épuiser ses ressources ? L'émission est enregistrée dans les locaux de leur école de management (Sup de Co Dakar), tournée vers l'international et qui a l'ambition de former des cadres capables de transformer les économies sans nécessairement s’expatrier. Dior Cécile Rock – Étudiante sénégalaise, Business Administration Spécialité : Management et développement durable. « On ne peut pas parler de croissance sans parler de durabilité. » « En tant que jeune, on entre d’abord dans une entreprise pour apprendre, mais aussi pour innover. » « Les entreprises doivent intégrer la RSE comme une véritable stratégie, surtout les PME. » Seynabou Touré – Étudiante sénégalaise, Relations internationales Spécialité : Diplomatie et coopération internationale. « Qui dit relations internationales dit forcément s’ouvrir au monde. » « L’Afrique est la première victime du réchauffement climatique. » « La diplomatie verte doit devenir centrale dans les politiques africaines. » Diawo Sarr – Étudiante sénégalaise, Business Administration (parcours anglophone) Spécialité : Leadership et entrepreneuriat féminin. « L’entrepreneuriat féminin prend de plus en plus d’ampleur en Afrique. » « Un métier n’est pas destiné à un homme ou à une femme, mais à des compétences. » « Les femmes doivent oser aller jusqu’au bout de leurs ambitions. » Alec Mbou Gandji – Étudiant gabonais, Finance Spécialité : Finance et inclusion financière. « Comprendre les mécanismes de la finance est indispensable au développement de l’Afrique. » « Le numérique a un rôle clé à jouer dans l’inclusion financière, y compris en zone rurale. » « La formation est le point de départ de toute transformation économique durable. » Aurel Kolani – Étudiant togolais, Numérique Spécialité : Technologies digitales et intelligence artificielle. « Le numérique peut apporter une véritable révolution dans tous les secteurs en Afrique. » « L’éducation est la base de toute économie performante. » « La transition écologique passe aussi par une meilleure gestion des déchets et des ressources. » Francis Hounye – Étudiant béninois, Logistique et transport Spécialité : Transport aérien et logistique. « Le transport et la logistique sont des piliers stratégiques du développement africain. » « Les infrastructures modernes sont indispensables à l’intégration économique du continent. » « Il faut fixer des objectifs clairs et progresser étape par étape dans ce secteur. » Abdoul Aziz Sy – Directeur général de Sup de Co Dakar « Sup de Co Dakar est la concrétisation d’un rêve né dans les années 1990 : former des managers africains ici, sans s’expatrier. » « Nous avons convaincu les entreprises par la qualité des diplômés que nous mettons sur le marché. » « La pluralité des écoles et des offres est une chance pour que chaque jeune trouve sa voie. » L'école Sup de Co Dakar a été fondée par Aboubacar Sedikh SY. Décédé le 27 octobre 2025, il fut un précurseur de l’enseignement supérieur privé au Sénégal et a présidé la Fondation du Secteur Privé pour l’Education (FSPE) 💻 Réalisation Ibrahima Ba / Guillaume Munier 🎶 Choix musicaux : 🎵 Kati-K – L’Oiseau Rare 🎵 Yin Ko Yi - OPA 🎵 Kaay Waay - VJ
03/01/2026 • 51:26
L'année 2025 restera comme une année charnière pour l'économie mondiale, marquée par le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison-Blanche et ses décisions commerciales radicales. Cette émission spéciale d'Éco d'ici, éco d'ailleurs revisite, avec les experts qui sont intervenus à notre micro, les moments clés d'une année économique tumultueuse, entre guerres commerciales, crises géopolitiques, révolution de l'intelligence artificielle et urgence climatique. 🇺🇸 LA GUERRE COMMERCIALE DE TRUMP Le "Jour de la Libération" Le 2 avril 2025, Donald Trump annonce ce qu'il appelle le "Jour de la Libération" : une vague massive de droits de douane qui secoue l'économie mondiale. Kenneth Bertrams, professeur d'histoire économique à l'Université libre de Bruxelles, rappelle qu'on n'avait pas vu une déflagration de cette ampleur depuis 80 ans, depuis la Seconde Guerre mondiale. Les racines historiques du protectionnisme américain Trump justifie sa politique en évoquant l'âge d'or américain de 1789 à 1913, période durant laquelle les États-Unis auraient été "extrêmement riches" grâce aux tarifs douaniers. Selon lui, dans les années 1880, les États-Unis collectaient tellement d'argent qu'ils ne savaient pas quoi en faire. Mais l'historien Kenneth Bertrams tempère ces affirmations : ces références historiques sont approximatives et les données de l'époque très floues. La véritable naissance de la souveraineté économique américaine date de 1776, avec la déclaration d'indépendance motivée avant tout par des raisons fiscales. Les colons de l'Est voulaient s'affranchir de l'Empire britannique pour obtenir leur souveraineté fiscale et économique. Les précédents historiques Le XIXe siècle a connu des cycles protectionnistes alternant avec des périodes plus libérales. En 1823, la doctrine Monroe instaure un isolationnisme géopolitique. Mais c'est surtout la crise de 1929 qui marque les esprits : en 1930, le président Herbert Hoover ratifie le Smoot-Hawley Tariff Act, augmentant les tarifs de 6 à 8,1%, malgré la protestation de plus d'un millier d'économistes. Cette mesure accélère la détérioration des échanges et enfonce le monde dans la crise. C'est Franklin Roosevelt qui, en 1934, remet en place une approche plus raisonnée avec le Reciprocal Tariff Act, préfigurant le moment libéral qui s'affirmera avec Bretton Woods en 1944. Citation clé : "On n'a pas vécu une déflagration de telle ampleur depuis 80 ans. Il faut se reporter avant la Seconde Guerre mondiale pour voir un choc d'une telle ampleur." — Kenneth Bertrams, professeur d'histoire économique Trump n'a pas inventé le protectionnisme moderne Kenneth Bertrams rappelle que Donald Trump n'est pas le premier président américain à recourir aux droits de douane. Dans les années 1980, Ronald Reagan augmente les barrières douanières face au Japon, notamment sur les voitures et l'électronique. Barack Obama fait de même sur l'acier lors de périodes de crise. Mais la différence avec Trump, c'est l'ampleur : un "paquet global" d'augmentation des tarifs que l'historien juge "extrêmement risqué, si pas complètement absurde." 💼 LES VICTIMES DU PROTECTIONNISME Témoignage du terrain : Gustavo Reyes à Houston À Houston (Texas), Gustavo Reyes incarne ces commerçants américains pris dans la tourmente. Son entreprise de vente en gros importe 85 à 90% de ses produits (fruits, légumes, viandes, fromages, produits mexicains) du Mexique. Face aux droits de douane, impossible d'absorber les hausses : "On a une marge très faible. On est en concurrence avec de grandes entreprises. C'est impossible. On ne peut pas absorber les droits de douane, on est obligé de les répercuter sur les clients", explique-t-il au micro de Nathanaël Vittrant, journaliste au service économie de RFI. Le problème ne vient pas uniquement des droits de douane. La politique d'immigration aggrave la situation : "À peu près 95% de nos clients sont hispaniques. Si tu descends dans la rue jusqu'au marché des producteurs, il n'y a personne. Surtout en janvier. Tout le monde avait peur, tout était fermé. Les gens ne voulaient pas sortir de chez eux. Ça nous impacte beaucoup." 🇨🇳 LA CHINE : UN GÉANT VULNÉRABLE Les inquiétudes de Pékin Le Premier ministre chinois Li Qiang s'inquiète publiquement : "Tout l'environnement international devient plus complexe et alarmant, ce qui pourrait avoir un impact important sur notre commerce, notre secteur technologique. L'unilatéralisme et le protectionnisme gagnent du terrain et déstabilisent l'économie mondiale." Le piège du modèle exportateur Benjamin Bürbaumer, maître de conférences en sciences économiques et spécialiste de l'économie politique internationale, explique le déséquilibre macroéconomique chinois : consommation très faible et investissement très important. "Cette équation ne peut fonctionner que si la Chine exporte des marchandises, si elle exporte des capitaux." L'économie chinoise est donc "nécessairement extravertie" et cela la rend "nécessairement vulnérable aux aléas, aux évolutions de l'économie mondiale." 30 ans d'annonces sans résultat Depuis 30 ans, les autorités chinoises annoncent vouloir basculer leur économie vers la demande intérieure, mais ça n'arrive jamais. Pourquoi ? "Il y a toute une série d'intérêts au sommet de l'État chinois. Les grandes entreprises visent à continuer le modèle exportateur, puisqu'il est hautement profitable pour une petite poignée ou même un grand nombre d'entreprises, et partant de là aussi pour l'État chinois. Mais le déséquilibre, il est là et à un moment il faudra y faire face." RUSSIE / UKRAINE : L'EFFICACITÉ DES SANCTIONS EN QUESTION Près de quatre ans de guerre Près de quatre ans après le début de l'offensive russe, la question de l'efficacité des sanctions économiques et financières européennes se pose. Un accord équitable est-il possible ? 2026 apportera peut-être la réponse. L'analyse de Charlotte Emlinger, économiste au CEPII Charlotte Emlinger, du CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), explique qu'on peut mesurer l'impact des sanctions sur les flux commerciaux. Les résultats montrent une baisse importante des échanges entre la Russie et les pays sanctionnateurs, tant à l'export qu'à l'import. Mais la Russie contourne "Après, est-ce que ça a vraiment un impact pour la Russie ? C'est une autre question puisque la Russie a pu se tourner vers d'autres fournisseurs." Le paradoxe des biens stratégiques Paradoxe majeur : "Quand on regarde les données, on se rend compte que la Russie a continué d'importer ses biens stratégiques et non seulement elle a continué de les importer, mais elle les a même encore plus importés. Pourquoi ? Parce qu'elle en a encore plus besoin, parce qu'elle est en guerre." Ces autres fournisseurs, essentiellement la Chine, fournissent ces biens à des prix plus élevés qu'auparavant. Les limites des "smart sanctions" Les sanctions ciblées ("smart sanctions") visent à éviter les dommages collatéraux sur les populations. Mais Charlotte Emlinger constate qu'elles ne marchent "pas très très bien" : Difficile de vraiment cibler Effets d'externalité sur le reste de l'économie Le gouvernement russe compense, ce qui coûte au contribuable russe au final Exemple : cibler une banque impacte tous les ménages russes qui dépendent de ce système financier. EUROPE : COURSE AUX ARMEMENTS ET NOUVEAUX DÉFIS 200 milliards d'euros mobilisés Face à la menace russe devenue "une menace pour la France et pour l'Europe" selon les autorités, l'UE mobilise près de 800 milliards d'euros pour la défense et la résilience. "C'est un moment pour l'Europe et nous sommes prêts à monter en puissance," affirme la Commission. La multiplication des espaces d'affrontement Julien Malizard, économiste de la défense, souligne une transformation majeure : "Aujourd'hui, on a une multiplicité des espaces d'affrontements. Dans le domaine spatial, dans le domaine du cyber, dans le domaine des fonds sous-marins. Et en fait, ça ne remplace pas les domaines traditionnels (terre, air, mer), ils ne font que se rajouter aux domaines classiques." Conséquence : des investissements supplémentaires dans chacun de ces domaines, des investissements coûteux et pas forcément prévus. L'intelligence artificielle militaire La création récente de l'AMIA (Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense) illustre ces nouveaux besoins. "C'est important de pouvoir se dire qu'on va maîtriser les technologies pour l'intelligence artificielle avec les applications pour la défense." Mais ces investissements créent des effets de substitution dans des enveloppes budgétaires déjà utilisées pour d'autres programmes. D'où l'importance de l'échelle européenne pour atteindre la taille critique nécessaire. 🇪🇺 L'EUROPE : INNOVATION EN PANNE ET SOUVERAINETÉ FRAGILE L'analyse de Jean Tirole, Prix Nobel d'économie 2014 Le prix Nobel d'économie français analyse les conséquences pour l'Europe. Les droits de douane de 15% acceptés par les Européens sont "inouïs" et créent une double inefficacité économique : Renchérissement des coûts dans les pays Incitation au repli sur soi et fin de la division internationale du travail Un désordre structurel ? Jean Tirole parle plutôt d'un "repli sur soi" : des zones où on se refait confiance, avec des échanges relativement libres, et entre zones, c'est plus compliqué. L'incertitude créée paralyse les industriels qui ne savent plus où investir pour leurs usines. "C'est un système inefficace, fondamentalement." L'économiste espère qu'après le départ de Trump, le monde reviendra à la raison, mais reconnaît : "Je l'espère. Mais nul ne peut parier." Le constat accablant du rapport Draghi Le vrai problème européen est structurel. Le rapport Draghi a posé un constat accablant que tout le monde a aimé mais qui "n'est pas très suivi" : l'Europe souffre d'un "déficit total d'innovation". Malgré les talents en quantité, ce ne sont pas les Européens qui possèdent les grandes plateformes tech ou biotech, ni les start-ups de rupture. "Nous sommes devenus une économie de deuxième plan du point de vue de l'innovation de rupture," déplore Tirole. Absence de souveraineté "On n'a pas de souveraineté militaire, on n'a pas de souveraineté économique. Et donc on peut se laisser imposer beaucoup de choses. Et je ne vois pas aujourd'hui, en particulier dans le débat français, mais aussi dans le débat européen plus généralement, beaucoup d'enthousiasme pour dire : comment se fait-il qu'on soit à la traîne d'un point de vue technologique ?" Citation clé : "L'Europe a un déficit total d'innovation. Nous sommes devenus une économie de deuxième plan. On n'a pas de souveraineté militaire, on n'a pas de souveraineté économique." — Jean Tirole, Prix Nobel d'économie 2014 💵 LE DOLLAR ET LES CRYPTOMONNAIES : LA PARADE DE TRUMP Renforcer le dollar par les actifs numériques Pour contrer un possible affaiblissement du dollar dû à ses politiques, Trump a trouvé une parade audacieuse : le Genius Act de juillet 2025 adosse le dollar à des actifs numériques. L'objectif est d'augmenter la demande pour le dollar et donc de le renforcer. Actuellement, environ 199% des stablecoins sont adossés au dollar. Cela permet aux États-Unis de continuer à profiter de leur privilège monétaire pour financer leur déficit. Conflits d'intérêts Jean Tirole critique cette stratégie : l'administration américaine est très impliquée financièrement, à titre personnel, dans les bitcoins et les stablecoins. Mais il y a aussi une dimension politique internationale : contrôler l'émission des stablecoins renforce la domination monétaire américaine. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : LA BATAILLE DES GÉANTS Une concurrence mondiale féroce Entre l'Américain OpenAI et le Chinois DeepSeek, la concurrence s'annonce féroce pour les prochaines années. Mais d'autres acteurs majeurs émergent en Europe, en Afrique subsaharienne, au Maghreb et au Moyen-Orient, prêts à s'allier pour développer ces technologies et défendre leur souveraineté. Station F : un écosystème attractif Roxanne Varza, directrice de Station F (incubateur international de start-up à Paris), témoigne : "Depuis le début, on est très international. Il y a 65 nationalités représentées ici. Parmi les pays les mieux représentés, on trouve les États-Unis juste derrière la France, le Royaume-Uni, l'Italie, le Maroc et la Corée du Sud." Les écosystèmes traditionnels (Silicon Valley, New York, Londres) deviennent parfois moins attractifs avec les changements géopolitiques. La France peut donc attirer de plus en plus de start-ups. Des doutes sur la rentabilité Des investisseurs commencent à émettre des doutes sur la rentabilité des entreprises de l'IA. Ce n'est pas récent : Goldman Sachs avait déjà questionné la rentabilité de ces levées de fonds l'été 2024. Mais Roxanne Varza reste confiante : "Je pense que dans cet écosystème, on voit toujours une espèce d'optimisme et on veut toujours faire émerger des nouveaux modèles, des nouveaux projets, des nouvelles technologies finalement. Donc les levées de fonds continuent et vont continuer." CLIMAT : L'AFRIQUE EN PREMIÈRE LIGNE Intégrer l'environnement dans toutes les politiques Ileana Santos, consultante franco-togolaise et co-fondatrice de "Je m'engage pour l'Afrique", appelle à un changement de paradigme : "Aujourd'hui, on se rend compte que les politiques se disent : le plus important c'est l'éducation, c'est la santé. Alors qu'en fait le sujet de l'environnement doit être intégré. Ça doit être une vision totalement intégrée et arrêter de choisir entre l'un et l'autre. Ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est les deux en fait." Le problème du financement climatique Sur le continent africain, les banques ne sont pas encore au niveau sur les enjeux de financement climatique. "Le rendement est plutôt de long terme et ils vont préférer parfois avoir des projets qui sont dits plus rentables." Un changement de logiciel est nécessaire, et le secteur privé doit prendre ses risques en investissant sur le temps long. Sous-financement de l'adaptation Le problème majeur : "On sous-finance les sujets d'adaptation climatique et on va plutôt vers l'atténuation. Et peut-être qu'en fait, il faut anticiper. Il faut qu'on arrête d'attendre que les inondations [arrivent] et qu'on se demande qu'est-ce qu'on fait." Les chiffres sont éloquents. Exemple du Ghana : 4% des fonds vont à l'adaptation, 87% vont à l'atténuation. Citation clé : "Il faut arrêter d'attendre les inondations pour se demander qu'est-ce qu'on fait. On va arrêter de subir, on va anticiper. Et surtout, peut-être, il faut essayer d'enlever les intermédiaires entre les financements et les bénéficiaires finaux." — Ileana Santos, consultante en stratégie La diminution de l'aide au développement Dans un contexte de contraintes budgétaires, la diminution des crédits de l'aide au développement semble devenir une tendance lourde en Afrique et ailleurs, compliquant encore la situation. ÉMANCIPATION FINANCIÈRE DES FEMMES 15% d'écart de patrimoine en France Karine Gbianza, ancienne cadre de L'Oréal, publie un "Guide de l'émancipation financière" (Dunod) qui révèle des inégalités persistantes. En France, l'écart de patrimoine entre hommes et femmes reste de 15%. Un apprentissage personnel "Lorsque j'ai commencé à travailler, je suis passée d'un revenu d'étudiante à un vrai salaire. Et c'est lors de ces premiers mois que je me suis rendue compte que je n'avais pas les compétences nécessaires pour gérer l'argent que je recevais et que ni l'école ni ma famille ne m'avaient appris à prendre ce sujet en main." Des biais dès l'enfance Des études en France et aux États-Unis montrent que les petites filles reçoivent moins d'argent de poche que les petits garçons. On observe aussi des biais de genre dans la manière de récompenser financièrement les enfants : "On a tendance à donner un peu plus d'argent aux petits garçons que les filles." "Et ça les conditionne très tôt finalement, à recevoir moins d'argent et aussi à être moins souvent récompensées lorsque, notamment, elles font du bon travail." L'immobilier comme levier Pour Karine Gbianza, l'immobilier a été un déclic : "Véritablement aujourd'hui un pilier de mon patrimoine. L'immobilier, lorsqu'il est bien acheté, lorsqu'on utilise le levier du crédit, permet véritablement d'accélérer le développement du patrimoine d'une personne." Citation clé : "C'est essentiel de prendre la responsabilité du développement de ses propres finances et surtout de ne pas se mettre en position d'attente d'une situation ou d'une personne providentielle pour venir prendre en main ce sujet à notre place." — Karine Gbianza, auteure du Guide de l'émancipation financière
26/12/2025 • 52:35
Dans cette émission spéciale, quatre journalistes économiques basés à Paris, Montréal et Yaoundé dressent le bilan de l'année 2025 dans le monde : le grand basculement géopolitique, le retour préparé et pragmatique de Trump, l'impact différencié sur le reste du monde, la révolution de l'IA et le recul écologique, les enjeux africains et l'émergence du Sud global, l'omniprésence de endettement la paralysie française, le retour de l'État stratège. NOS INVITÉS 👉 Béatrice Mathieu, rédactrice en chef à l'hebdomadaire français L'Express 👉 Jean-Marc Vittori, éditorialiste au quotidien français Les Échos 👉 Gérald Fillion, présentateur de l'émission Zone Économie sur Radio-Canada 👉 Hervé Fopa Fogang, rédacteur en chef du quotidien L'Économie (Cameroun) QUELQUES CITATIONS 🎤 Sur l'évolution de l'économie mondiale 💬 « L'année 2025 est celle où la géopolitique a pris le pas sur l'économie. C'est un renversement total. » 💬 « Le nationalisme économique pose un énorme problème existentiel pour l'Europe, puisque l'Europe n'étant pas une nation, toute décision prend beaucoup plus de temps. » 💬 « On voit se former ce Sud global qui se définit surtout par une opposition à l’Occident. » 🎤 Sur le retour au pouvoir de Donald Trump 💬 « Donald Trump a réalisé ce qu'il avait prévu de faire. » 💬 « Donald Trump est arrivé au pouvoir nettement mieux préparé que huit ans plus tôt. Il a déroulé son programme et les nominations qui vont avec. » 💬 « Au-delà des tarifs douaniers, c'est l'incertitude que Donald Trump jette sur l'économie qui retient les investisseurs et les entreprises d'investir au Canada. » 💬 « Après l'annonce de la suspension des financements américains contre le sida au Cameroun, les associations ont exprimé des inquiétudes mais le gouvernement a promis d’assurer la continuité des services contre le VIH. » 🎤 Sur le financement de la transition écologique 💬 « Il y a un backlash sur les montants et sur les échéances de la transition écologique. » 💬 « Les États ne veulent pas mettre autant d’argent sur la décarbonation que ce qu’ils avaient prévu dans le laps de temps initial. » 💬 « On recule sur certaines échéances climatiques par pragmatisme, parce qu’on avait voulu être plus royaliste que le roi. » 🎤 Sur la révolution de l'IA 💬 « Dans la course à l'IA, les Européens sont des nains par rapport aux géants américains. » 💬 « Ce n’est pas parce qu’un pays est à la pointe d’une innovation qu’il y a progrès social et économique. » 💬 « Le grand événement de l'année en matière d'intelligence artificielle, c'est le lancement de DeepSeek, un système chinois extrêmement performant et beaucoup moins consommateur d'énergie. » 💬 « Avec l'IA, Les revenus vont se concentrer vers les détenteurs de capital, pas de travail. » 🎤 Sur les problématiques des États 💬 « L'État est un acteur absolument nécessaire dans l'économie, il faut qu'il soit puissant et qu'il sache où aller. En France et en Europe, on a l'impression que cette stratégie n'est pas claire. » 💬 « Le chômage croissant et des salaires jugés insuffisants poussent des milliers de jeunes Camerounais à partir. » 💬 « La Chine est devenue le principal créancier bilatéral du Cameroun pour financer les grands projets comme les routes, les barrages et des hôpitaux. » 💬 « On ne résoudra pas les inégalités en France avec la taxe Zucman, mais en repensant la fiscalité de l’héritage. » 💻 Émission réalisée par Sophie Janin. 🎵 Choix musical : Rosalia - Dios es un stalker
19/12/2025 • 60:54
Au-delà du sport, la CAN 2025 de football est un rendez-vous économique crucial pour le pays hôte, le Maroc, et pour l’ensemble de l’Afrique. C'est le cas aussi des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 au Sénégal. Le sport business africain est en plein essor : selon le cabinet de conseil PWC, le marché pourrait plus que doubler d’ici 2028 et devenir l’un des plus dynamiques au monde. Visionner l'émission en vidéo ici Pour analyser ces enjeux : Will Mbiakop, président de l’African Sports and Creative Institute, organisateur du Game Time Investment Summit, un forum d’affaires rassemblant décideurs, investisseurs, sportifs de haut niveau et entreprises du secteur. Mike Coffi, investisseur et directeur général d’Africa Capital Market Corporation et fondateur Detect Pro Fund Désiré Koussawo, président de SAGES Africa (e-sport), 1. Le sport business en Afrique : un marché en expansion La croissance du sport business africain repose sur : la professionnalisation des acteurs, la montée des investissements privés, l’intérêt des grandes organisations sportives mondiales, l’impact des grands événements organisés sur le continent. 2. Qui gagne de l’argent lors d’une CAN ? Les bénéficiaires directs : La CAF, qui perçoit droits TV, sponsoring, billetterie. Les fédérations, qui reçoivent une partie des revenus redistribués. Le pays hôte, grâce à : l’hôtellerie, le tourisme, les transports, les services, la construction et rénovation d’infrastructures. La performance de l’équipe nationale augmente aussi l’impact économique, comme en Côte d’Ivoire en 2024. 3. Infrastructures, risques et stratégie à long terme Les ambitions marocaines : préparation pour la CAN 2025, anticipation de la Coupe du monde 2030, investissements massifs comparables à ceux de l’Afrique du Sud. Les risques évoqués : les “éléphants blancs”, infrastructures inutilisées après l’événement, un modèle économique parfois trop dépendant des finances publiques. 4. Comment financer le sport en Afrique ? Le sport africain ne peut plus reposer uniquement sur l’État ou le mécénat. Priorité : attirer les investisseurs privés. Conditions nécessaires : incitations fiscales, cadre juridique solide (propriété intellectuelle, droits, contrats), régulation transparente, soutien aux start-up (sports tech, événementiel, data, tourisme sportif). 5. Détection des talents : un investissement possible Intervenant : Mike Coffi, fondateur de Detect Pro Fund, un fonds d’investissement dédié à la détection et la formation de jeunes footballeurs. Son modèle : Démarrage au Sénégal avec le Paris Saint-Germain, Nouveau centre en Côte d’Ivoire en partenariat avec l’AC Milan, à Dimbokro (près de Yamoussoukro). Objectifs : Former 100 jeunes en 5 ans, Catégories U15 et U17, Formation sportive + éducation scolaire, Standard technique inspiré des meilleurs clubs européens. Modèle économique : Valorisation des joueurs transférés en Europe, Partenariats, Sponsoring, Effets sociaux (emploi local, formation, scolarité). 6. Diversification du sport business en Afrique Le football reste central, mais d’autres disciplines connaissent une montée en puissance : Basketball, avec la Basketball Africa League, Sports de combat, comme la lutte sénégalaise ou le MMA, Padel en expansion dans plusieurs métropoles africaines, Investissements du Golfe 7. L’e-sport : un secteur en forte croissance Intervenant : Désiré Koussawo, Président de SAGES Africa. Pourquoi l’Afrique est prometteuse ? population jeune, pénétration rapide du mobile, attractivité des compétitions, hybridation musique/jeux/sport. Les obstacles : mauvaise connectivité, matériel coûteux, manque de studios africains, faible financement de l’industrie. Lien avec les grands événements : Les compétitions (CAN, Coupe du monde, Ligue des Champions) boostent les jeux vidéo comme FIFA. 8. Médias, streaming et droits TV le mobile et l’audiovisuel sont devenus des moteurs du sport, la data et le streaming deviennent des sources de revenus majeures, l’acquisition de Multichoice par Canal+ pourrait transformer le marché africain des droits sportifs.
12/12/2025 • 48:29
Chef étoilé, entrepreneur, président de l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) et figure engagée, Thierry Marx revient dans cet entretien exclusif sur ses combats : reconstruction en Ukraine, difficultés du secteur de l'hôtellerie-restauration et vision de l’alimentation de demain. Dans un contexte de crise économique, de déserts ruraux et de mutation profonde des métiers de l'accueil, Thierry Marx propose une vision lucide, politique et profondément humaine. L'émission est à découvrir en vidéo en cliquant ici Au micro de Bruno Faure (RFI), Thierry Marx aborde : 👉 son action pour l'Ukraine, la formation d'apprentis pour aider à la reconstruction et au développement du pays 👉 la solidarité de villes françaises comme Le Havre avec l'intervention de l'adjointe au maire chargée des relations internationales Caroline Leclercq 👉 le partenariat avec l'ONG Stand With Ukraine représentée par son fondateur Edward Mayor 👉 la cuisine moléculaire et l’innovation gastronomique 👉 son engagement en tant que président de l’UMIH 👉 la crise historique que traversent les cafés, hôtels et restaurants 👉l'importance de la transmission des compétences avec l'intervention de la cheffe à domicile d'origine sénégalaise Ker Astou 👉la question épineuse du recours à la main-d'œuvre immigrée 👉 la question de la TVA, de la fiscalité et de la rentabilité 👉 l’importance des circuits courts et du fait-maison 👉 la fracture alimentaire en France 👉 sa passion pour le judo et la culture asiatique.
05/12/2025 • 48:30
Marc Kamgaing, fondateur et dirigeant de Harvest Asset Management, société de gestion indépendante basée à Douala (Cameroun) est notre grand invité de l'économie RFI-Jeune Afrique. Sa mission : mobiliser l'épargne locale pour financer le développement économique en Afrique centrale, accompagner des projets d'infrastructures majeurs (barrages, autoroutes, hôpitaux). Découvrez l'émission en vidéo ici Au micro de Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique), Marc Kamgaing aborde plusieurs thèmes : 👉 Le développement de l'épargne en Afrique 👉 L'éducation financière et l'inclusion des femmes 👉 La transformation des tontines en produits d'épargne structurés 👉 Le financement des États et des entreprises via les marchés de capitaux 👉 Les réformes nécessaires des systèmes de retraite en Afrique avec l'intervention de Cédric Mbeng, expert des systèmes financiers africains 👉 L'endettement des États africains comme le Sénégal 👉 Les suites de l'élection présidentielle au Cameroun 👉 Les projets de développement du Tchad 👉 La réforme du franc CFA 👉 Le rôle de l'épargne locale face aux cryptomonnaies. 🎧 Retrouvez nos invités de l'économie ici.
29/11/2025 • 48:30