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Reportage international

Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. 

Titres

Territoires palestiniens: ces colons israéliens qui rêvent de Gaza
En Israël, les colons les plus extrémistes rêvent de s’accaparer l’enclave palestinienne. Ils vivent déjà illégalement dans les territoires palestiniens de Cisjordanie occupée, et n’attendent que le feu vert de leurs autorités pour s’installer aussi à Gaza, et reconstruire le Gush Katif. En 2005, les quelque 8 000 Israéliens qui vivaient dans ce regroupement de colonies à Gaza en ont été évacués sur ordre du Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon. Presque 20 ans plus tard, en pleine guerre, certains d’entre eux sont entrés dans la bande de Gaza et y ont érigé symboliquement une cabane pour marquer leur retour, avant d’être exfiltrés par l’armée israélienne. De notre correspondant à Jérusalem,Daniella Weiss, matriarche des colons, déploie sa carte de Gaza. « Ici. Vous voyez ça ? Ces points rouges ? Ce sont d’anciennes colonies israéliennes dans la bande de Gaza. Il y avait 21 colonies », indique-t-elle.Ses motivations sont « idéologiques et religieuses », explique Daniella Weiss. À 79 ans, elle est à la tête de Nahala, un mouvement d’extrême droite qui veut recoloniser Gaza. C’est depuis sa maison, dans une colonie qui surplombe la ville palestinienne de Naplouse, qu’elle prépare le retour dans l’enclave palestinienne. « C’est à cette table qu’on s’est assis et qu’on a décidé de former des groupes de personnes qui veulent s’installer à Gaza, immédiatement », raconte-t-elle. « J’ai même écrit au Premier ministre, Benyamin Netanyahu. Je lui ai dit que j’avais 500 familles qui étaient prêtes tout de suite. Et quand je dis tout de suite, ça signifie que si je les appelle là, d’ici ce soir, on aura établi sept colonies à Gaza » ajoute Daniella Weiss.À lire aussiEn Cisjordanie, le nombre de colonies sauvages explose depuis le début de la guerre« Moi, je n'ai pas à faire preuve de prudence »Et pourtant, le Premier ministre a été clair à ce sujet : « Il n’y aura pas de colonies israéliennes à Gaza », a déclaré Benyamin Netanyahu.« Vous pouvez le croire si ça vous fait plaisir… Mais si vous analysez les discours de Netanyahu au sujet de Gaza, vous verrez qu’il nous laisse une ouverture », pense Daniella Weiss. « Il nous permet de faire pression et de nous exprimer librement. Je comprends que Netanyahu doit être prudent. Il subit des pressions américaines (les États-Unis s’opposent à la colonisation, NDLR). Mais Dieu merci, moi, je n’ai pas à faire preuve de prudence. Et je peux le dire clairement : si Netanyahu souhaitait vraiment me faire taire, il aurait pu. Mais il ne le fait pas. »À lire aussiCisjordanie: les colons israéliens dénoncent une ingérence de la France après l'annonce de sanctions« Nous transformerons la bande de Gaza en Singapour ou en Côte d'Azur »D’un côté, l’idéologie et la religion, mais de l’autre, il y a le droit international, qui leur interdit non seulement de vivre ici en Cisjordanie, mais qui leur interdit aussi de retourner à Gaza. Pourtant, Daniella Weiss ne transige pas.« Je dirais que ce qui s’est passé le 7 octobre a changé le cours de l’histoire. Avant le 7 octobre, l’idée de retourner à Gaza ne m’avait même pas effleuré l’esprit. Même si j’avais été évacuée de Gaza, quelques années auparavant. J’avais fini par me dire : ''Réfléchis… Nous avons un grand projet qui repose sur des textes bibliques. Mais nous avons aussi un pays, un État. Il faut apprendre à se contenter de ce qu’on a déjà''. Mais maintenant, c’est différent : plus vite les Gazaouis partiront dans d’autres pays, mieux ils se porteront. Et nous transformerons la jolie bande de terre de Gaza en Singapour ou en Côte d’Azur, si vous préférez », avance-t-elle.Et pour parvenir à ses fins, Daniella Weiss plaide pour le siège total de Gaza : « Pas d'internet, pas de téléphone, pas de nourriture, et pas d'eau » afin de pousser les Gazaouis au départ. 
02:30 11/04/2024
Allemagne: des visites pédagogiques de l'armée dans les écoles
En Allemagne, l’invasion de l’Ukraine a mené à une douloureuse remise en question de l’ensemble de l’édifice de la défense nationale. Augmentation des dépenses, refonte de la Bundeswehr… Le chantier est colossal pour le nouveau ministre social-démocrate des Armées, Boris Pistorius. La Bundeswehr compte aujourd’hui 180 000 soldats, mais doit passer à 205 000 hommes et 60 000 réservistes pour couvrir les besoins de la Défense d'ici à 2031. Depuis des décennies, l’armée allemande se rend dans les écoles à des fins pédagogiques, des visites qui font débat dans le pays. De notre correspondante à Berlin,Une quarantaine de lycéens de Berlin vient d’assister à un discours de l’Assemblée générale de l’ONU dénonçant le manque de libertés politiques en Russie. Nous ne sommes pas à New York, mais dans un centre de loisirs des environs de la capitale. Et l’orateur n’est pas un représentant des États-Unis, mais l’un des professeurs de nos lycéens.Les élèves participent dans le cadre de leur cours d’éducation civique à un jeu de rôle sur la politique mondiale organisé par la Bundeswehr, l’armée allemande. La session dure une semaine et fait le tour des enjeux géopolitiques, du terrorisme aux conflits mondiaux, en passant par les trafics de stupéfiants ou les migrations. Comme à l’ONU donc, mais ici, ce sont les élèves qui proposent des solutions.L'armée dans les écolesEn Allemagne, des officiers sont spécialement formés pour expliquer à la jeunesse le rôle d’une armée parlementaire dans un pays démocratique. Le capitaine Jan Czarnitzki, contrôleur aérien dans l’armée de l’air, est l’un des animateurs du jeu de rôle. « On nous soupçonne souvent de venir dans les écoles pour y faire du recrutement. Mais ce n’est pas du tout ce que nous faisons. De toute façon, nous n’avons pas le droit de le faire. Nous informons sur la politique de sécurité. C’est le point central de notre action, explique-t-il. Bien sûr, il y a toujours des élèves qui s’intéressent à la Bundeswehr, en tant qu’employeur. La seule chose que nous pouvons faire dans ces cas, c’est de les diriger vers le service d’orientation de l’armée. »Les interventions de la Bundeswehr dans les écoles font débat en Allemagne. « Nous, au GEW, nous voyons ces interventions de façon très critique, car les officiers vont dans les classes pendant les cours, prennent des heures, des enseignants, en général pendant des heures d’éducation civique et politique. Or, nous sommes d’avis que l’éducation politique doit revenir aux enseignants qui sont formés pour ça. Le jeu politique en soi est certainement très bien sur le plan didactique, oui, mais il n’est pas équilibré en ce sens qu’il suit une logique de guerre et de l’escalade de la violence. Assez souvent, ce jeu se termine par un scénario de guerre nucléaire », précise Martina Schmerr, du syndicat des enseignants GEW.94 officiers de la jeunesse vont d’école en école, à travers le pays. Avec l’invasion de l’Ukraine, la demande a augmenté du côté des établissements scolaires. Les besoins de l’armée en nouvelles recrues aussi. De quoi relancer le débat autour des interventions de l’armée dans les écoles.À lire aussiAllemagne: débats passionnés et querelles autour du soutien à l'Ukraine
02:46 10/04/2024
Turquie: Le drone Bayraktar TB2, nouveau héros de la pop culture
Au début du conflit en Ukraine, fin février 2022, certains équipements militaires ont été mis sur le devant de la scène. Un outil entre tous a bénéficié d’une grande publicité : le drone tactique turc Bayraktar TB2. Utilisé massivement contre l'armée russe, ce drone « low cost » est même allé jusqu’à s’imposer dans la pop culture locale, des chants ayant été composés pour lui rendre hommage. Ce succès illustre l'importance des drones dans le développement de l'industrie de défense turque, mais aussi dans la propagande politique sur la scène intérieure. De notre correspondante à Istanbul,Il n'aurait pas rêvé meilleure publicité. Une semaine après le début de l'invasion russe, les forces ukrainiennes publient un clip vidéo à la gloire d'un héros de 650 kilos et 12 mètres d'envergure : le Bayraktar TB2. Un drone que les armées de Kiev utilisent pour bombarder les convois militaires russes, et qui a même aidé à couler le Moskva, le navire amiral de la flotte russe en mer Noire.Ce drone est turc, sorti des lignes de production de BaykarMakina, entreprise en pleine expansion, symbole des ambitions de l'industrie de défense turque. Dans le dernier classement de l'institut de recherche Sipri, Baykar figure à la 76ème place des entreprises d'armement ayant encaissé le plus de recettes en 2022 dans le monde. Et même si le revenu total de ces entreprises a baissé, c'est tout le contraire pour Baykar. Ses recettes sur un an ont bondi de 94%, un record.Moins cher que ses concurrentsSi les affaires marchent si bien pour l'entreprise Baykar – dont le directeur technique, Selçuk Bayraktar, est le gendre du président turc Erdogan – c'est que les TB2 sont un vrai succès à l'export. Une trentaine de pays ont signé des contrats, dont une vingtaine ont déjà été livrés, y compris à des alliés de l'Otan comme la Pologne ou l'Albanie, ou en Afrique, de la Somalie au Mali, de l'Éthiopie au Burkina Faso.« Non seulement il est moins cher que ses concurrents, mais il est efficace, donc le rapport qualité/prix est très intéressant pour les potentiels acheteurs. Il a fait ses preuves sur des terrains très différents, de la Libye à l'Ukraine en passant par le Haut-Karabakh, explique Sine Özakarasahin, consultante défense et sécurité. Le Bayraktar s'est notamment montré efficace pour frapper des cibles parfois difficiles à atteindre par les systèmes conventionnels, tels que les trains ou les convois de soutien logistique. Dernier élément, et non des moindres : la Turquie se montre particulièrement présente, par rapport à ses concurrents, dans ce qu'on pourrait appeler le service après-vente et le partage de technologies avec les pays acheteurs. »Le drone de combat TB2, son successeur le TB3 et ses cousins plus ambitieux – l'Akinci, le Kizilelma – sont la vitrine d'un objectif de plus de 50 ans, dont Recep Tayyip Erdogan a fait une priorité : l'autonomisation stratégique de l'industrie de défense turque, avant tout pour fournir ses propres forces armées. Le pays est encore loin d'être autosuffisant, mais pour ce qui est des drones, c'est déjà le cas : l'armée turque n'utilise plus que des appareils fabriqués localement, et elle les utilise de façon intensive dans ses opérations contre les séparatistes kurdes – en Syrie, en Irak, mais aussi sur son territoire. Selon Sine Özakarasahin, c'est un autre facteur du succès des drones turcs – succès technologique et succès commercial.« Lorsque vous proposez un produit à l'export, c'est important de pouvoir expliquer en détail ce qu'il est capable de faire. Comme la Turquie utilise elle-même ses drones dans des conditions de combat réelles, de façon massive et dans des géographies très différentes, elle dispose de données extrêmement précises, obtenues à l'épreuve du terrain, ajoute-t-elle. Cela a un impact important sur sa politique d'exportation, mais aussi pour les producteurs, puisque cela nourrit en permanence leurs efforts de recherche et développement. »« Diplomatie du drone »La Turquie mène aussi ce que les experts appellent une « diplomatie du drone ». Les contrats à l'export servent à renforcer les liens avec des pays amis, ou avec lesquels Ankara s'est récemment réconciliée. Et c'est d'autant plus vrai lorsqu'il s'agit de production conjointe, comme c'est le cas avec l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et même, plus récemment, l'Arabie saoudite.Pour le pouvoir turc, les drones de combat sont aussi un outil de propagande sur la scène intérieure, lors des campagnes électorales et chaque année lors du Teknofest, le grand salon de l'armement organisé par l'entreprise Baykar. Les fleurons de l'industrie y présentent leurs derniers modèles à des centaines de milliers de visiteurs. L'événement a beaucoup de succès auprès de la jeunesse.Mücahit, 21 ans, s'est rendu l'an dernier au Teknofest d'Istanbul, en pleine campagne électorale pour la présidentielle. Au cours de cette campagne, le pouvoir a prétendu que Kemal Kiliçdaroglu, le candidat de l'opposition face à Recep Tayyip Erdogan, donnerait un coup d'arrêt aux projets de développement des drones en cas de victoire dans les urnes. L'opposition n'a rien dit de tel, mais Mücahit y a cru.« Je n'ai jamais entendu l'opposition dire qu'elle allait continuer à soutenir les projets de drones si elle était élue. Je crois même que Kiliçdaroglu avait menacé de “toucher” aux drones. Qui sont-ils pour dire ça ? Investir dans les drones, ça veut dire augmenter notre indépendance nationale, ça veut dire être capable d'imposer nos positions sur la scène mondiale. »Des ambitions d'indépendance dont les drones de combat ne sont pas – loin de là – les seuls instruments, mais auxquelles ils contribuent. Ces quatre dernières années, les importations turques d'armement ont baissé d'environ un tiers. Le pays affirme produire aujourd'hui 80% des besoins de sa défense nationale, contre 20% il y a 20 ans.À lire aussiBayraktar TB2: comment le drone turc, «star» de la guerre en Ukraine, a séduit les armées africaines
02:36 09/04/2024
La faillite du fonds fiduciaire Sichuan Trust Fund, symbole de la crise immobilière que traverse la Chine
En Chine, après plus trois ans de tourmente, la faillite d’un fond fiduciaire, devenu symbole de la crise immobilière que traverse le pays, a été actée le 1er avril dernier. De nombreux petits investisseurs en difficulté ont dû ravaler leur colère pour signer le plan de remboursement proposé par les autorités. De notre envoyé spécial à Chengdu,Des policiers en civils, des individus qui vous traitent « d’espions » avant même que vous ayez pu poser une question... Les abords du Sichuan Trust Fund à Chengdu étaient encore très surveillés ces derniers jours. Après une dizaine de coups de fil dans la capitale de la province du Sichuan, le téléphone sonne souvent dans le vide et quand cela décroche, la même réponse. « Si c’est à propos du fonds du Sichuan, mon téléphone est surveillé par la police locale. » Depuis que le fonds de placement du Sichuan s’est déclaré insolvable en 2020 avec une dette de 3,2 milliards d’euros, le gouvernement provincial et les régulateurs ont repris la main. Au moins 300 personnes sur plus de 8 000 investisseurs ont refusé le plan gouvernemental visant à leur restituer une fraction de leur argent. Harcèlement, intimidations, interrogatoires de police à répétition, menace sur les enfants ont fini par étouffer la contestation. Depuis quelque temps, les manifestations sont plus rares, confie ce riverain croisé sur la promenade de la rivière du sud, non loin du siège de l’institution encore entouré par des barricades vertes datant de l’ère Covid.« Il y a quelques jours, il y avait des manifestants ici. Une grosse dizaine, tout au plus, et encore plus de policiers. Ils ont été aussitôt réprimés. Qui ose se révolter aujourd’hui ? On a beaucoup d’étrangers maintenant en ville. Des Kazakhs, des Russes et même des Japonais. Chengdu est considérée comme une ville très ouverte. Ils ne vont pas laisser le chaos s’installer », explique l'homme.25 milliards de yuansCe « coup de tonnerre des 25 milliards de yuans » de dettes, comme l’ont qualifié les médias chinois, a suscité une vaste colère et inquiété les autorités d’une province qui compte plus de 80 millions d’habitants. En 2021, la police a arrêté l’actionnaire principal Liu Canglong pour détournement de fonds. Ce magnat des mines était autrefois l’homme le plus riche du Sichuan, rappelle l’agence AP.Croisement entre une banque et un fonds d’investissements, certaines sociétés fiduciaires présentent leurs offres comme fiables et à rendement élevés garantis par le gouvernement. C’était le cas du fonds de confiance du Sichuan, deuxième société fiduciaire à faire faillite après le Xinhua Trust, suite à de mauvais investissements, notamment dans des centres commerciaux.Comme d’autres, Monsieur Cai y a cru. Il a investi toutes ses économies 1,6 million de yuans (un peu plus de 200 000 euros) dans le fonds. Il se dit aujourd’hui impuissant et parle de « pillage » de l’État. Sous la pression des autorités, il a accepté de signer l’accord proposé qui prévoit 80% de remboursement pour les investissements de moins d’un million de yuans, 70% pour moins de 6 millions de yuans, 50% entre 6 et 10 millions de yuans et 40% pour les montants dépassant les 10 millions. « Moi, je n’ai pas fait confiance au fonds de placement du Sichuan, j’ai fait confiance au gouvernement et au Parti. Parce que justement, ce fonds opérait soi-disant avec les garanties de l’État. Que peut-on faire, nous, les citoyens ordinaires ? On ne peut que verser des larmes de sang. Quand le gouvernement perd sa honte, que peut-on faire ? On ne peut que signer et espérer récupérer une partie de son investissement », déplore-t-il.Au cours des trois dernières années, plusieurs fonds fiduciaires de renom ont manqué à leurs obligations de paiements en Chine. Les autorités devant faire face au dilemme cornélien de la maitrise de la dette qui conduit à une baisse des prix de l’immobilier et donc à une consommation en berne qui ralentit la croissance.À lire aussiImplosion de l’économie mondiale liée aux surcapacités chinoises, les craintes de Janet Yellen
02:44 08/04/2024
En Russie, le combat d'une mère pour retrouver son fils conscrit disparu en Ukraine
La Russie a lancé sa campagne de conscription militaire de printemps depuis une semaine. Des dizaines de milliers de jeunes âgés de 18 à 30 ans sont concernés. L'armée russe a réitéré que ces nouvelles recrues ne seront pas envoyées en Ukraine. Elle sait que c’est une crainte des familles, d’autant plus que cela s’est produit au début du conflit en 2022. C’est le cas d'Irina Chistyakov 45 ans qui vit à Petrozavodsk en Carélie, près de la frontière de la Finlande. Cette mère a cherché son fils conscrit disparu en Ukraine pendant deux ans, où il a été envoyé se battre, dit-elle, sans jamais l'avoir su. Contre vents et marées et secouant la hiérarchie militaire, Irina a fini par retrouver le corps de son fils et l’a enterré le 4 avril dernier. L’énergie et la volonté d’Irina sont rares, en revanche, la présence de conscrits en Ukraine au tout début de la guerre dépasse largement son cas individuel. Dès mars 2022, on a entendu des familles demander où étaient leurs enfants effectuant leur service militaire. On ne sait pas combien exactement ils ont été à avoir signé, sous la pression ou non, des contrats. Mais leurs familles disent toutes la même chose : qu’ils n’ont jamais signé pour aller se battre, mais pour « faire des exercices » près de la frontière.Irina est convaincue que son fils a été captif en Ukraine et qu’il y a subi de mauvais traitements. C’est la conclusion qu’elle tire après avoir vu son corps brutalisé à la morgue de Rostov. Si elle juge des encadrants de l’armée russe responsables de la mort de son fils qui n’aurait jamais dû se trouver en zone de guerre, désormais elle dirige aussi sa colère contre l’Ukraine et ses soutiens occidentaux.Les médias russes ont rendu compte d'une enquête sur la présence de conscrits en Ukraine au printemps 2022. Officiellement, douze officiers ont été sanctionnés pour 600 conscrits envoyés en zone de guerre alors qu’ils étaient en plein service militaire. Les autorités l’assurent : ceux qui n’ont pas été tués ou fait prisonniers ont été renvoyés dans leurs foyers, sous ordre de Vladimir Poutine. Reste qu’aujourd'hui encore, des corps – conscrits ou non – sont toujours difficiles pour les familles à retrouver et à identifier. Durant sa quête de deux ans, Irina a ainsi rencontré d’autres femmes dans la même situation qu’elle et a dans un chat Telegram dédié, signalé des informations sur les corps qu’elle examinait à la morgue. Elle assure avoir aussi échangé avec des femmes côté ukrainien et avoir aidé à 1 000 identifications d’hommes envoyés combattre côté russe.À lire aussiGuerre en Ukraine: quelles perspectives pour le conflit en 2024?Suivez nos dernières infos, reportages et émissions sur la guerre en Ukraine qui fait face, depuis le 24 février 2022, à une invasion militaire de la Russie. Et suivez l’actualité sur notre site en ukrainien ici
02:35 08/04/2024
Mahmoud Adièle, «la preuve vivante que Palestiniens et Israéliens peuvent vivre ensemble»
Il y a six mois, le choc et l’effroi. Le 7 octobre, Israël vit le pire massacre de son histoire. Près de 1 200 personnes sont tuées par le Hamas. Près de 250 autres sont également enlevées. En représailles, l’armée israélienne écrase Gaza sous les bombes. Tue plus de 33 000 personnes, détruit les maisons, les hôpitaux, bloque l’entrée de l’aide humanitaire, et affame la population. Israéliens, Palestiniens, chacun ses morts, chacun son drame. Une rencontre inédite ce matin avec un jeune Gazaoui, à la fois arabe palestinien et juif israélien. L’enfant de deux peuples qui se disputent une terre.  De notre correspondant à Jérusalem,Il s’appelle « Adièle Malka », mais aussi « Mahmoud Saydam ». Adièle Malka et Mahmoud Saydam. Même personne. Deux prénoms, deux noms, deux identités. Il est arabe et juif. Palestinien comme son père et Israélien comme sa mère. « Mon père est originaire de Gaza, il est musulman. Et ma mère est une juive d’Ashdod. Mon père a commencé très jeune à travailler dans une ville près de Beer-Sheva, en Israël. Il avait à peine 14 ans. Il a appris à lire et à écrire l’hébreu. À l’âge de 21 ou 22 ans, il a connu ma mère lors d’une fête et leur relation a commencé. »De cette histoire naît Mahmoud Adièle en 2002. La famille s’installe à Gaza. À l’époque, le Hamas n’est pas au pouvoir, et Israël n’impose pas de blocus sur l’enclave palestinienne. « De mon enfance à Gaza, je me souviens de la crèche, puis de mon école primaire. J’ai de bons souvenirs à la plage aussi. Je me souviens d’un restaurant où on allait, et de la période du ramadan puis de l’Aïd. Il y avait beaucoup de nourriture. C’était sympa, on se retrouvait en famille. »Mais cette insouciance n’a pas duré. « À partir de 2005, je crois, les problèmes ont commencé. Le Hamas est arrivé au pouvoir l’année suivante. Le Hamas n’aimait pas mon père. Il le considérait comme un agent à la solde des Israéliens, parce qu’il était marié à une juive. Ensuite, en 2008, le 27 décembre, je m’en souviens, c'était mon anniversaire, il y a eu la guerre. »À lire aussiGuerre Israël-Hamas: l'économie palestinienne en plein marasme« Du jour au lendemain, je suis devenu pleinement juif »C’est l’opération « Plomb Durci ». Israël mène des frappes aériennes à Gaza, puis lance une opération terrestre contre le Hamas. Dans la foulée, les parents de Mahmoud Adièle se séparent. Son père quitte Gaza, et trouve refuge à l’étranger. Lui, sa mère, son frère et ses deux sœurs, rentrent en Israël.« J’ai quitté Gaza avec un profond traumatisme, c’est à cause de ça que je bégaie. J’étais musulman, je priais comme les musulmans, je parlais arabe beaucoup mieux qu’aujourd’hui, et du jour au lendemain, je suis devenu pleinement juif. À la maison, on me répétait que j’étais juif, j’allais dans une école juive. L’islam et mon identité arabe, tout d’un coup, c’était fini. »Quatorze années sont passées. Gaza a connu cinq guerres. Adièle a grandi. Il vit à Jérusalem, uniquement en tant que juif israélien. Mais son identité palestinienne n’a jamais disparu. Le 7 octobre, l’attaque du Hamas et six mois de guerre à Gaza, sont un véritable déchirement pour lui. « Je suis tellement triste. Pourquoi il y a eu toutes ces violences ? Ici, il y a de la place pour tous. Ma grand-mère, ma tante et mon oncle vivent toujours à Gaza. Ma grand-mère a plus de 70 ans, et elle est malade. »Et pourtant Adièle ne peut rien pour eux, et n’a aucune nouvelle. Si proches et pourtant tellement loin. Il rêve d’une autre réalité. « Je suis la preuve vivante que Palestiniens et Israéliens peuvent vivre ensemble », conclut le jeune homme.  À lire aussiL'utilisation de l’IA par l’armée israélienne «implique des conséquences désastreuses pour les civils»
02:30 06/04/2024
Non-voyant, Patrick voit les choses en grand avec ses amis sur le marathon de Paris
La 47e édition du marathon de Paris a lieu dans les rues de la capitale française ce dimanche 7 avril 2024. Plus de 50 000 coureurs amateurs vont s’élancer, avec un seul et même objectif : franchir la ligne d’arrivée après 42 kilomètres d’effort intense. Parmi ces valeureux aventuriers, un groupe d’amis et membres du même club de course à pied à Bussy-Saint-Georges, dans l’est parisien, n’en est plus à son coup d’essai. Des dizaines de marathons courus cumulés à eux cinq, le tout avec une particularité : l’un d’entre eux est non-voyant depuis plus de 20 ans. Cela n’a pas empêché ces amis de continuer à vivre pleinement leur passion, malgré les obstacles. Cette année, plus que les autres, le message envoyé est fort. Malgré un fort vent d’ouest et de la pluie par épisodes, rien ne pouvait empêcher Patrick et ses amis de venir réviser leurs gammes près des deux lacs de Bussy-Saint-Georges. L’échauffement est très classique : de la course fractionnée pour augmenter le rythme cardiaque, entrecoupée d’exercices bien précis pour éviter la blessure, à quelques heures du marathon de Paris. Si leur allure tout à fait normale pour un marathonien n’a rien d’étonnant, il est difficile de croire que parmi les cinq coureurs du jour, l’un porte des lunettes noires... car il est aveugle, guidé par deux compères grâce à une ficelle.« C’est Patrick qui me guidait »La soixantaine d’années passée, Patrick a encore un physique élancé, reconnaissable parmi les coureurs chevronnés. La course à pied n’a plus de secret pour lui : « Cela fait une quarantaine d’années que je cours. J’ai couru seul jusqu’en 2002. Je suis atteint d’une maladie dégénérative de la vue qui m’a conduit à la cécité totale aujourd’hui », explique Patrick, posé aux alentours du lac. « C’est mon 15e marathon de Paris. On est très content de partager l’aventure avec mon ami Ghislain qui va me guider pour la première fois sur une telle course. J’espère qu’on prendra beaucoup de plaisir », avoue le principal intéressé, adossé à son binôme.Ce sera une première en tant que guide pour le coureur d’origine réunionnaise, qui confie avoir eu un peu de pression lors des premiers entraînements : « Il m’a fait confiance dès la première sortie. J’ai été surpris car il m’a emmené vers des endroits particuliers, avec des obstacles sur la route. C’est lui qui m’a guidé finalement », lâche Ghislain. Il ajoute : « Il y a un certain nombre de gens porteurs de handicap qui souhaiteraient faire du sport, et par ce qu’on fait là, on peut les aider aussi. Le fait d’être aveugle n’oblige pas à attendre que ça passe, à rien faire. Il faut aller au-delà de ça. »« J’ai découvert des choses que je n’aurais sûrement jamais connues en étant valide »Le marathon de Paris n’est que la première étape d’une aventure humaine qui amènera le groupe d’amis jusqu’aux Jeux olympiques dans la capitale cet été. À la clé, une course de nuit avec 20 000 autres coureurs amateurs. Le marathon pour Tous sera l’occasion de reformer un duo. Patrick va retrouver son ami Hervé comme guide, pour boucler la boucle : « J’ai été le premier guide de Patrick en 2002, c’était il y a longtemps. C’est symbolique de se retrouver, car on est en fin de carrière, il ne nous reste plus beaucoup de courses à faire », ironise Hervé, cheveux au vent.« L’objectif, c'est de se faire plaisir pendant les Jeux, participer à la fête et courir le plus longtemps possible ensemble », annonce Patrick sous le regard amusé d’une de ses camarades. Véronique, elle aussi amatrice des longues courses à pied, lâche : « Les connaissant, ils vont courir ensemble et moi: je serai derrière ! » « Mon surnom sur les marathons ? Miss Turtle [Madame Tortue, NDLR], j’aime prendre mon temps et j’assume ! », avoue la coureuse d’une cinquantaine d’années, casquette vissée sur la tête et large sourire aux lèvres.Profiter oui, mais ne pensez pas que les cinq aventuriers n’ont pas des objectifs sportifs élevés : moins de 4h10 dix sur le marathon de Paris, pareil sur le marathon pour Tous même si le parcours est différent, explique Hervé, qui s’est bien préparé. « Il y a plusieurs côtes, notamment à Versailles, beaucoup de dénivelé. Ce ne sera pas un marathon facile, on fera ce qu’on pourra, mais sur le papier, c'est quatre heures ! », martèle-t-il.« La ficelle crée des liens, ce sera fort à Paris »La cécité de Patrick n’aura pas freiné l’engouement et l’ardeur de ses partenaires de club. Mieux encore, le coureur soixantenaire n’a jamais autant profité de sa passion ces dernières années : « C’est ma passion, j’ai toujours couru. Le handicap visuel m’a fait découvrir des choses que je n’aurais sûrement jamais connues en étant valide. Notamment faire des grandes courses avec les copains. On se fait embarquer dans des défis », lance le coureur. Il poursuit : « Je n’aurais pas fait des parcours de 100 kilomètres si je n’étais a pas atteint de cécité. Alors, si jeux donner un coup de pouce, ce sera gagné. »L’heure d’entraînement est finie et les chemins doivent se séparer. Certains retournent sur leur lieu de travail. Les autres, comme Patrick, rentrent chez eux au chaud et au pas de course. Jusqu’au bout, la course fera partie de leur vie, handicap ou pas, conclut fermement Patrick, avant de filer à vive allure : « La ficelle crée des liens, ce sera fort à Paris. Il n’a plus de handicap en fait. Quand on boit une bière, on boit une bière. À l’arrivée, on espère faire tous la fête, ensemble. »
02:39 05/04/2024
Liban: à Ghazieh, cible d'une frappe israélienne en profondeur, la crainte d'une extension du conflit
Les combats, depuis octobre 2023, à la frontière libano-israélienne, entre le Hezbollah et l’armée israélienne, peuvent-ils dégénérer en guerre totale ? Depuis janvier, l’État hébreu a étendu ses frappes sur le Liban, au-delà de la zone frontalière. Comme à Ghazieh, dans le sud, mais à plus de 50 kilomètres de la frontière : deux bombardements simultanés ont visé la zone industrielle en février. L’armée israélienne avait affirmé avoir pris pour cible des entrepôts d’armes du Hezbollah, ce que les autorités locales et entrepreneurs démentent. Depuis ces frappes, l’inquiétude s’est installée dans cette petite ville. De notre correspondante à Beyrouth,À Ghazieh, dans le sud du Liban, il ne reste rien, dans la zone industrielle, de l’usine de maintenance et d’assemblage de générateurs visée par une frappe israélienne en février. Cinq cratères sont toujours visibles, creusés par les missiles. Ahmad (un pseudonyme) est un parent du propriétaire :« Toute l’usine a été détruite ! Les Israéliens disent qu’il y avait des armes ? Alors, qu’ils nous les montrent ! Place-t-on des employés dans un dépôt d’armes ? Je ne puis un spécialiste militaire, mais je pense qu’ils ont bombardé Ghazieh car c’est la porte du sud. »Une présence régulière remarquée par les habitantsDepuis, la petite ville est sur le qui-vive. L’activité a ralenti, les commerçants font peu de stocks pour limiter les pertes en cas d’une extension du conflit. Hassan Ghaddar, président de la municipalité de Ghazieh, explique :« La guerre est toujours là. Les avions, ils sont toujours là, ce qui fait peur aux gens toute la journée, surtout quand il y a le mur du son qui est très fréquent. Les avions, surtout les avions qui enregistrent, ça n'arrête jamais. Et parfois, tu peux remarquer par le son qu'il n’y a pas un drone : il y a deux, trois, quatre, cinq drones. Il paraît que dans toutes les régions, il y a les drones. Ils sont en train d'enregistrer 24 heures sur 24. ».À lire aussiAu Liban, économiquement exsangue, les hôpitaux se préparent à la gestion de crisePas de son de drones israéliens lors de notre visite, mais tous les habitants mentionnent leur présence régulière. Autre raison d’inquiétude : le voisinage du camp palestinien d’Ain El-Heloué, considéré par la presse comme une possible cible en cas d’extension du conflit.« L’autre jour, ils ont tué à Ghazieh parce qu’il y avait beaucoup de drones ce jour-ci. Tout le monde disait que ''ce soir, ils vont bombarder le camp palestinien”, donc tout le temps, c'était le camp palestinien qui était bombardé. Ils ont bombardé Ghazieh. Alors, bombarder Ghazieh, ça veut dire que c'est tout le sud qui est en danger maintenant », craint Hassan Ghaddar.« J'ai très peur pour mes enfants »Ce sentiment de danger permanent est partagé par Yara, le pseudonyme d’une habitante que nous rencontrons au dispensaire de Ghazieh. Elle a vécu la guerre de 2006, où s’étaient affrontés le Hezbollah et l’armée israélienne, et durant laquelle la petite ville avait été bombardée :« J’ai très peur pour mes enfants. Quand le son des drones est très fort, pour les tranquilliser et qu’ils dorment, je mets le ventilateur pour qu’il y ait son bruit. Moi, je ne dors pas. J’ai peur que les Israéliens bombardent. Nous vivons en guerre, dans le danger : nous ne savions pas qu’ils allaient bombarder ici une première fois, nous ne savons pas s’il y aura une autre frappe. »À lire aussiLiban: les dangers des obus que la guerre laisse derrière elleLes appels des Nations unies, depuis des mois, à un retour au calme à la frontière restent sans effet. Le bombardement, attribué à Israël, du consulat iranien à Damas, lundi 1er avril, fait davantage peser la menace d’une escalade.
02:28 04/04/2024
Slovaquie: avant le second tour de la présidentielle, la liberté de la presse menacée
La Slovaquie est de nouveau appelée aux urnes, samedi 6 avril. Ce sera le deuxième tour de l’élection présidentielle. Une élection qui verra s’affronter le candidat de l’opposition, le diplomate Ivan Korcok, ancien ministre des Affaires étrangères, et l’ancien chef du gouvernement, Peter Pellegrini, le candidat soutenu par la coalition du président Robert Fico. En toile de fond de ce deuxième tour, un enjeu très politique. Portée au pouvoir il y a quelques mois seulement, la coalition présidentielle a en effet rapidement engagé des réformes controversées, notamment dans le domaine de la justice et de la lutte contre la corruption, mais aussi des médias. Le gouvernement, la semaine dernière, a par exemple présenté un projet de loi visant, entre autres, à pouvoir limoger et remplacer le directeur de la radiotélévision publique. Son indépendance vis-à-vis du pouvoir est donc en débat.
02:35 03/04/2024
Corée du Sud: le mouvement de grève des médecins se durcit encore
La grève des médecins sud-coréens se poursuit depuis bientôt un mois et demi, et la lutte avec le gouvernement se durcit. Lundi 1er avril, le président a annoncé vouloir poursuivre sa réforme visant à augmenter de 2 000 le nombre d’étudiants en faculté de médecine, contre la volonté d’une partie du corps médical. La grande majorité des internes refusent de reprendre le travail malgré les menaces de suspension de leur licence. Les professeurs des hôpitaux universitaires ont aussi rejoint le mouvement et diminué leurs heures. De notre correspondant à Séoul,Alors qu’il devrait être dans un hôpital universitaire pour sa quatrième année d’internat en chirurgie orthopédique, Cheong Tae-jeong travaille à l’accueil d’un centre de soins de quartier. Comme 90% des internes sud-coréens, il a présenté sa démission le 20 février.« Nous sommes environ 15 000 à avoir reçu des notices de retour au travail sous peine de suspension administrative, et pour un millier d’entre nous, la démarche pour la suspension de notre licence a débuté », explique-t-il.Il se dit prêt à sacrifier sa carrière pour que le gouvernement abandonne son projet d’augmentation du numerus clausus. « J’estime avoir arrêté mes études, mais pas abandonné mes patients, car pour moi, le projet de réforme va détériorer la qualité des soins. Et puis, le fait que le système de santé soit aussi dégradé par l’absence des internes expose bien ses failles et ses contradictions. »À lire aussiCorée du Sud: la grève des médecins prend de l'ampleur, les malades s'inquiètentDes déserts médicaux par-delà la capitaleParmi elles, les déserts médicaux. Déjà nettement en dessous de la moyenne de l’OCDE à l’échelle nationale, le ratio de médecin pour 1 000 habitants chute davantage lorsque l’on sort de la capitale.« Pour les patients des régions ayant moins d’accès aux services médicaux, il faut déployer des efforts supplémentaires de la part de l’État, mais augmenter le nombre des étudiants en médecine de plus de 65% ce n’est pas la solution », soutient Cheong Tae-jeong. « Je pense qu’il faut obliger les patients à se faire soigner dans leur région et garantir que toute la population puisse bénéficier des services médicaux en aidant financièrement les hôpitaux locaux. »Un mouvement soutenu par des praticiens expérimentésLa détermination des internes a été renforcée par le soutien des praticiens expérimentés. Roh Wan-gyu a dirigé l’association des médecins de 2012 à 2014. Il est désormais une figure du mouvement.Il nous accueille dans sa clinique d’angiologie. Cet ancien chirurgien dénonce la dureté de la répression par les autorités. « La police est venue faire une perquisition chez moi, et j’ai dû subir une garde à vue de plus de onze heures », s'exclame Roh Wan-gyu. « Maintenant, je suis dans une situation où le gouvernement m'a ordonné de cesser de manipuler les médecins ! », poursuit-il.À lire aussiCorée du Sud: le président Yoon Suk-yeol dénonce un «cartel» des médecins contre les réformesManque de médecins urgentistes et de pédiatresSelon lui, le fond de la réforme ne s’attaque pas au problème central : le manque de praticiens dans les spécialités essentielles, comme l’urgence où la pédiatrie.« Le coût des soins de santé est trop bas dans ces secteurs, alors, pour surmonter cela, les médecins doivent travailler énormément pour gagner de l’argent », explique Roh Wan-gyu. « Le deuxième problème, c’est le risque judiciaire dans ces spécialités à risque. Si le patient décède ou qu’il y a une erreur, le médecin peut aller en prison ou payer une amende d’un million d’euros. Donc actuellement, les pédiatres finissent par faire de la chirurgie esthétique plutôt que de soigner des enfants, et c’est la même chose pour les urgentistes. »À une semaine des élections législatives l’enlisement du conflit médical pourrait coûter cher au parti présidentiel.
02:31 02/04/2024
«Ça nous a marqué à vie»: 30 ans après son assassinat, l'Italie rend hommage au prêtre antimafia de Casal di Principe
Dans la très catholique Italie, la criminalité organisée s’en prend aussi aux religieux.  Alors que certains s’opposent aux pratiques mafieuses et font figure de meneurs du combat antimafia en Italie, plusieurs prêtres sont encore aujourd’hui régulièrement victimes de menaces et intimidations. Depuis les années 1990, l’Église est particulièrement visée depuis les premiers assassinats de prêtres antimafia. Des sacrifices et des modèles de résistances de l’Église, qui inspirent la société civile et font désormais partie de la mémoire collective, commémorée par les Italiens. Le reportage est à retrouver dans son intégralité dans rubrique Podcast Accents d’Europe ou à écouter sur notre antenne à 12H10 TU.À lire aussiEn Italie, l'ancien chef mafieux Francesco Schiavone choisit la repentance À lire aussiItalie: 207 personnes condamnées dans un procès géant contre la mafia calabraise
02:30 01/04/2024
«J'aimerais un jour vivre en dehors»: en Jordanie, ces enfants réfugiés qui ne connaissent que les camps
Ils n’ont jamais vu autre chose de leur vie que les camps de réfugiés. Certains y sont même nés. Ce sont les enfants de réfugiés syriens forcés de quitter la Syrie quand, en mars 2011, la guerre a éclaté dans leur pays. Aujourd’hui, nombre d'entre eux vivent toujours tant bien que mal dans des camps de réfugiés, comme celui d’Azraq, en Jordanie. De notre correspondant à Amman,Des maisons en préfabriqués à perte de vue en plein milieu du désert jordanien, c’est sur un terre-plein transformé en aire de jeu, au centre du camp de réfugiés syriens d’Azraq, qu’Ahmed, 11 ans, joue à la balle avec ses amis. Né dans le camp de réfugiés, le jeune enfant n’a jamais vu la Jordanie de sa vie en dehors du site. « Nous sommes habitués à vivre ici, mais j'aimerais un jour vivre en dehors du camp, dans une maison en briques, chaude en hiver et fraîche en été », espère le jeune garçon.Une situation initialement temporaire est devenue une réalité. Au point où plusieurs milliers d’enfants nés sur place sont aujourd’hui des adolescents et n’ont que les souvenirs que leur racontent leurs parents pour imaginer le monde extérieur : « J'ai deux enfants qui sont nés dans le camp et ils me posent souvent des questions sur la vie à l'extérieur du camp, sur l'aspect des rues et des maisons, sur la vie, et je leur réponds en leur expliquant tout ce que je peux. »Une prison à ciel ouvertLe rêve de tous ces réfugiés : pouvoir un jour rentrer chez eux en Syrie. Mais dans un pays qui n’est pas sûr pour l’instant, tous craignent pour leur vie et préfèrent rester en Jordanie. Ahmed, responsable administratif du camp de réfugiés syrien d’Azraq : « Nous apportons un soutien financier aux réfugiés afin qu'ils puissent mener une vie décente, sur place, ainsi qu'un soutien psychologique et moral aux nouvelles générations nées dans le camp, pour qu'elles puissent s'adapter à leur vie future au moment de leur retour dans leur pays d'origine. »Entouré de grillage, Le camp d’Azraq est protégé par la police 24h sur 24. Elle contrôle les entrées et sorties du site. Une véritable prison à ciel ouvert pour tous ces enfants nés dans le deuxième plus grand camp de réfugiés syrien de toute la Jordanie.À lire aussiJordanie: chez les réfugiés syriens de Zaatari, douze ans déjà et une génération d'exilés
01:52 31/03/2024
«C'est impossible de survivre»: en Arménie, les déplacés du Haut-Karabakh manifestent contre le gouvernement
En Arménie, six mois après la reprise du Haut-Karabakh par l’armée azerbaïdjanaise, la colère monte parmi les 100 000 déplacés installés en Arménie. Avec le sentiment d’avoir été abandonnés par le gouvernement arménien, ils peinent à trouver du travail et à payer leur loyer. Ces derniers jours, ils manifestent pour un meilleur soutien financier et davantage de reconnaissance de la part du gouvernement. L’arrivée massive de ces réfugiés, qui représentent désormais près de 30% de la population, est un défi de taille.  De notre envoyée spéciale à Erevan,En ce jour de manifestation, quatre femmes, d’anciennes voisines, se sont donné rendez-vous au square de la Liberté à Erevan. Un drapeau du Haut-Karabakh à la main, elles sont venues exprimer leurs inquiétudes. Six mois après l’exode, aucune d’elles n’a retrouvé de travail.Leurs économies fondent et l’espoir de retrouver une vie normale avec elles. « Les loyers sont trop élevés. Pour le moment, on se débrouille, mais avec beaucoup de difficultés. Et puis même si je trouve un emploi, les salaires sont trop bas ici. Pour le même travail, dans le Haut-Karabakh, on aurait été beaucoup mieux payés. Ici, c'est impossible de survivre », raconte l'un d'elles. Comme elles, des centaines de déplacés du Haut-Karabakh se sont regroupés pour protester contre la politique du gouvernement arménien. Sevan, un retraité, explique. L’aide mensuelle de 125 dollars qui leur était versée risque d’être remplacée par une aide unique réservée à ceux qui souhaitent acheter une maison. Mais comment faire alors que le prix de l’immobilier explose ? « Le gouvernement avait dit que nous recevrions une aide de 7 600 dollars par personne, mais cela ne règlera pas les problèmes d’un peuple qui a tout perdu. Même pour une famille qui vit en dehors d'Erevan, où c'est moins cher, ce n'est pas assez pour acheter un terrain et construire un logement. Nous avons tout laissé au Haut-Karabakh, nos restaurants, nos hôtels, nos maisons », témoigne-t-il.« Protéger l'héritage culturel » Dans la foule, une minute de silence. Un homme pleure. Il tient une banderole inscrite de ces mots : « Protéger notre culture, protéger notre héritage ». Même demande chez Arak Beglaryan, ancien ministre de la République séparatiste du Haut-Karabakh. « Le gouvernement arménien refuse de parler de notre retour dans le Haut-Karabakh. Il refuse de parler de la protection de notre héritage culturel. Il ne veut pas assumer le fait qu’ils ont échoué à nous protéger. » En janvier, le Premier ministre arménien a annoncé vouloir organiser un référendum pour supprimer toute référence au Haut-Karabakh dans la constitution arménienne. Une demande répétée de l’Azerbaïdjan, préalable à tout accord de paix : « Je suis totalement contre cette idée. Le gouvernement arménien est faible et compromet tout sans jamais rien obtenir de l’Azerbaïdjan en échange. Nous n’avons aucune place dans le processus de prise de décision. Le régime dictatorial d’Aliyev en profite et essaie de tout obtenir de l’Arménie ».À Erevan, chez tous ceux qui ont vécu l’exode, il y a ce mélange de tristesse, de rancœur et d’espoir. Celui d’une paix durable avec l’Azerbaïdjan. Celui, plus timide, d’un retour dans le Haut-Karabakh.   À écouter aussiArménie : prendre en charge les exilés du Haut-Karabakh [reportage long-format]
02:31 30/03/2024
«Notre vision change»: En Irak, des citoyens bénévoles nettoient les rues de Bagdad
En Irak, pour combattre la pollution au plastique des rues et des fleuves, des initiatives voient le jour ces dernières années. Mais elles font face à un manque d’intérêt d’une partie de la population et l’absence de mesures gouvernementales. Pourtant, le recyclage du plastique, qui reste une pratique isolée, n’est pas une idée nouvelle dans le pays. Avec notre correspondante à Bagdad,Sous nos pieds, une couche de 20 cm de détritus : les berges du tigre ont disparu sous les déchets jetés par les passants. Une centaine de bénévoles de tous les âges s'active pour nettoyer cent mètres de berges en plein cœur de Bagdad. Parmi eux, Qabas et Adnan. « Je vois les gens jeter des bouteilles de soda, d'eau et toutes sortes de déchets. Je m'interroge, comment peuvent-ils faire ça dans leur propre pays ? Ils devraient en prendre soin », estime la première. « C'est un problème de sensibilisation du public, là est tout le problème. Quand tu finis ta boisson, tu devrais la mettre dans un sac ou une poubelle petit à petit. Si Dieu le veut, on l'espère, la société s’améliorera », rétorque le second. C'est la ligne directrice du mouvement Clean Iraq. Il ne s'agit pas juste d'assainir l'environnement, mais de changer les mentalités. Murtadha el-Tameemi, jeune Irako-Canadien à l'origine de l'initiative : « Le gouvernement et les citoyens ont leurs propres responsabilités. La majorité des déchets que l'on collecte est en plastique ou en aluminium. Il pourrait être recyclé. Mais en Irak, nous n'avons pas de poubelles pour le plastique. Donc même si on essaie d'implanter une culture et des comportements dans leur tête, les gens ne pourront pas les appliquer. »« C'est notre gagne-pain »Pour l'heure, les déchets collectés terminent à la décharge municipale. Ici débute un cycle de recyclage, mais il est informel et dangereux. Des enfants et adolescents récupèrent ce qu'ils peuvent en escaladant les monticules déversés par les camions comme Kadhem Khalil. « On peut en tirer l'équivalent de 4 à 6 euros (10 000 ou 7000 IQD) par jour. Je trie et je vends les morceaux pour acheter du lait et des couches. C'est notre gagne-pain », raconte-t-il.Ces acheteurs les revendent ensuite auprès de petites usines de recyclage. Il y en aurait une centaine à Bagdad. Beaucoup sont nées d'une nécessité économique il y a plus de 30 ans, c'est le cas de celle de Hadi Mahmoud. « En 1985, la situation économique était difficile à la fin de la guerre contre l'Iran, je cherchais un moyen pour nourrir ma famille. Dans un petit garage, je collectais quelques déchets », dit-il. Aujourd'hui, ses fils reprennent le flambeau des trois usines familiales avec une nouvelle philosophie. « Notre vision change, on voit une façon d'améliorer la qualité de l'environnement, réduire la taille des décharges, particulièrement maintenant que les températures montent fortement, jusqu'à 50° dans Bagdad », témoigne Hussein Hadi. Ces dernières années, de plus grandes usines de recyclage ont ouvert leurs portes à travers le pays, mais restent encore trop anecdotiques pour créer un réel changement dans la société irakienne.À lire aussiIrak: les fleuves Tigre et Euphrate subissent à nouveau une forte baisse de niveau
02:34 29/03/2024
Quand l'Allemagne forme ses propres imams
Berlin veut mettre fin au modèle des imams envoyés de l’étranger, notamment de Turquie. Le gouvernement allemand soutient depuis bientôt trois ans la formation d’imams « made in Germany » comme on les appelle dans le pays, des religieux ayant suivi un cursus de deux années en allemand et se réclamant des valeurs du pays. La formation se déroule à Osnabrück. De notre correspondante à Berlin,Un petit bâtiment moderne dans le centre d’Osanabrück. Des rayonnages couverts de livres, des tables, un grand écran. C’est là que se retrouvent deux week-ends par mois les élèves de l’Islamkolleg. En deux ans, ils deviendront imams. Murat Caglayan est chargé du module éducation civique à l’IKD, le collège islamique d’Allemagne : « Les musulmans d’Allemagne sont à majorité des gens qui sont pour la troisième génération. Ça veut dire que la plupart sont nés ici. Le problème, c’est qu’on n’a pas encore résolu la question d’avoir des imams qui sont nés ici et ont été socialisés ici. Nous devons encore relever ce défi. »La bibliothèque est l’une des fiertés de l’école. Sept modules sont enseignés à Osnabrück. Pédagogie, récit du Coran, aumônerie ou pratique du culte. Les cours se font en allemand. La première promotion, diplômée l’automne dernier, comptait 26 personnes. Ender Cetin, 47 ans, a fait partie de cette première promotion. Aujourd’hui, il travaille comme aumônier dans la prison pour jeunes de Berlin. Il se rend également dans les classes de la capitale en binôme avec un rabbin, à l’invitation des enseignants. « C’est parfois comme un appel au secours. Les enseignants sont souvent dépassés par la question Israël-Palestine. Aujourd’hui, on a parlé du foulard islamique. Parfois, il y a une dynamique dans la classe. Des filles disent à une autre “tu dois porter le foulard, tu es musulmane”. Dans ces cas-là, c’est important pour les enseignants d’avoir à leur côté un imam qui dit “non, laisse là, elle doit décider elle-même”. »La rémunération des imamsLa formation en Allemagne, un modèle idéal ? Les problèmes sont encore nombreux. Notamment la question de la rémunération des religieux. Murat Caglayan : « À l’heure actuelle, pour les imams envoyés de Turquie par Ditib, ils ont tous été formés en Turquie et sont payés par l’État turc. Pour les autres, il y a des imams qui ne sont chargés que de la prière du vendredi et touchent donc très peu d’argent. »Conscient de ces limites, le gouvernement allemand travaille de concert avec les représentants des communautés musulmanes à la mise en place d’un modèle de rémunération pour les imams formés en Allemagne. Les religieux pourraient un jour recevoir leur salaire de fondations cofinancées par l’État allemand.À lire aussiL'Allemagne lance sa formation d'imams «made in Germany»
02:36 28/03/2024
Italie: des formations pour lutter contre la criminalité organisée
L’Italie, terre de formation à la lutte antimafia. Forte de sa longue et douloureuse expérience de l’emprise et des violences mafieuses, la botte fait désormais figure d’exemple à l’étranger, pour des Français notamment. Alors que les gangs de narcotrafiquants font la Une dans le sud de la France, des citoyens viennent de l’autre côté des Alpes pour se former afin de comprendre, prévenir et combattre les réseaux criminels dans leur pays. Un apprentissage du contexte et des pratiques vertueuses aux côtés des Italiens qui se battent contre la Camorra, dans la région de Naples. Avec notre correspondante à Rome,Entre livres et souvenirs de victimes tuées par le crime organisé. À l'étage d'une villa confisquée à la Camorra, désormais dédiée à la lutte antimafia, l'écoute est attentive, ce jour-là, pendant le récit encore bouleversé et traduit en français d'Augusto, témoin d'un assassinat et dénonciateur de tueurs mafieux.« Donc, à partir de ce jour-là, pour moi, c'est l'enfer qui a démarré. J'ai été obligé de m'éloigner pendant quatre ans. À l'époque, j'avais 33 ans. »Le statut de témoin, mais aussi la législation antimafia, les repentis, le régime carcéral des boss... Entre témoignages et analyses, pendant une semaine, une trentaine de Français sont venus suivre ici des ateliers auprès de leurs voisins italiens de cette région napolitaine qui portent encore les stigmates de la Camorra.Saisie du patrimoine mafieux« On est à Casal di Principe, qui est une ville très connue pour son clan, les Casalesi, qui tuaient une personne par semaine dans les années 1980 et qui a enterré des déchets toxiques. Ça a fait sa renommée dans le livre de Roberto Saviano, Gomorra. » Des formations sur le terrain italien, comme celles-ci, sont menées depuis cinq ans par l'association française Crim'HALT et son président, Fabrice Rizzoli. Elles donnent déjà des fruits.« On vient de voir ici qu'eux avaient une mafia puissante, qui tuait tout le monde. Maintenant, la mafia ne tue plus. Avant, c'était la mafia qui donnait du travail, aujourd'hui c'est l'État de droit, les citoyens. Donc l'idée, c'est que ces Français, ils voient comment ça a changé en Italie et ils essaient d'améliorer les choses chez eux, explique Fabrice Rizzoli. Par exemple, quand on est venus ici en 2019, on a emmené des gens de l'économie sociale et solidaire et ils nous ont appuyés pour faire en sorte qu'on ait une loi, qui a été votée en 2021. Aujourd'hui, il y a cinq biens réutilisés en France, par exemple, pour faire de l'usage social de biens confisqués. »Partager l'histoire, les outils italiens avec l'étranger et dépasser les frontières, c'est aussi en soi un antidote nécessaire contre la mafia aujourd'hui, estime Michele Mosca, spécialiste en économie du crime organisé. « La criminalité organisée n'est pas un problème uniquement italien, mais de toute l'Europe. C'est quand on commence à parler du mal qu'elle inflige, que la Camorra prend peur, parce qu'on lui fait perdre son consensus social, précise le spécialiste. Nous avons besoin de faire équipe, d'être unis contre un mal résistant et souvent invisible, et c'est là qu'il faut que tout le monde tire profit de l'expérience italienne. »C'est de la législation italienne que s'est ainsi inspirée l'Union européenne pour saisir le patrimoine de mafieux, toujours plus infiltrés dans l'économie légale. Depuis dix ans, une directive adoptée par Bruxelles a ouvert la voie à la confiscation des biens du crime organisé en Europe et à leur reconversion à des fins sociales.À lire aussiItalie: 207 personnes condamnées dans un procès géant contre la mafia calabraise
02:35 28/03/2024
Le PKK se prépare à une offensive terrestre turque dans le nord de l'Irak
La Turquie menace d’envahir une partie du nord du Kurdistan irakien d'ici à l'été. Ankara veut créer une zone tampon le long de sa frontière pour éliminer les positions du PKK dans la zone montagneuse. Le PKK est un parti politique armé nationaliste kurde en guerre contre la Turquie depuis 40 ans. Le groupe se prépare donc à cette vaste offensive turque. De notre correspondant de retour des monts Qandil,Ici à Qandil, montagne sanctuaire du PKK. Aujourd’hui, 2 000 guérilleros et sympathisants célèbrent le Nouvel An kurde. Chants, slogans et discours politiques résonnent. C'est une fête en zone de guerre. Les bombardements turcs, ici, sont quotidiens.« Bien sûr qu’il y a des risques à être ici à Qandil. La Turquie ne perd aucune opportunité de tuer des membres du PKK ou des civils », explique Diar, un combattant du PKK de 28 ans. « Si ça se trouve, elle peut même frapper cette cérémonie. Ce midi encore, il y avait des drones turcs au-dessus de Qandil. La Turquie utilise des armes chimiques par des drones. C’est pourtant interdit. Rien ne l’arrête. »Dans l'attente d'une offensive terrestreDepuis des mois, la Turquie intensifie ses bombardements sur les positions PKK du nord de l’Irak. Tous attendent maintenant de pied ferme l’offensive terrestre, comme ces deux guérilleros.« Récemment, on a mis au point une arme anti-drone. On en a abattu 15 ces derniers jours. On a aussi des grottes pour nous protéger », précise l'un d'eux. « Les membres du PKK ont grandi dans ces montagnes. On connaît bien la région, c’est pratique pour tendre des embuscades. Quand les soldats turcs arrivent, nous, on les attend. On a nos tunnels, notre connaissance des montagnes. La Turquie n’arrivera pas à prendre Qandil. Ce pays essaye depuis 40 ans, mais n’a jamais réussi », assure l'autre.Mais cette fois-ci, c’est différent. La Turquie dispose du soutien apparent du gouvernement kurde irakien et de l’Irak fédéral. Madina est une mère de famille. Sa sœur et sa fille sont mortes dans la guerre contre la Turquie. « L’Irak, la Turquie, le gouvernement kurde irakien, n’importe qui... Personne ne peut défaire le PKK et prendre nos montagnes. Qandil, Zab ou Matine, dans leurs rêves ! », s'exclame-t-elle.La fête s’est poursuivie sous la pluie, des nuages épais qui rassurent : ils empêchent les drones turcs de frapper.À lire aussiLe PKK interdit en Irak à l’issue de discussions entre ministres irakiens et turcs
02:41 27/03/2024
Italie: à Trieste, un modèle d'accueil des migrants qui a fait ses preuves
Alors que la cheffe du gouvernement italien prétend vouloir arrêter les arrivées illégales de migrants, on compte depuis le début de l'année 11 000 personnes arrivées dans le pays. Et ceux qui souhaitent y demander l’asile doivent normalement être pris en charge par l’Italie. Les budgets alloués pour leur prise en charge ont drastiquement baissé ces dernières années. L’accueil dans de grandes structures de centaines de personnes s’est généralisé. Pourtant, pendant des années, l’accueil diffus a fait ses preuves. Derrière cette traduction littérale de l’italien « accoglienza diffusa », c’est l’idée d’une prise en charge à taille humaine, dans des logements autonomes. Il est de plus en plus étudié par les petites communes pour les repeupler, en particulier celles de l'intérieur des terres. À Trieste, ce modèle d'accueil n'a jamais été abandonné et est l'un des plus développés d’Italie.
02:30 25/03/2024
Élections municipales en Turquie: Yeniden Refah, le parti ultraconservateur qui inquiète Erdogan
Le 31 mars, les Turcs se rendront aux urnes pour des élections municipales à l'enjeu national. Porté par sa victoire aux législatives et à la présidentielle de l'an dernier, le président Recep Tayyip Erdogan tentera de reconquérir la mégapole d'Istanbul, dirigée par l'opposition depuis 2019. Mais un parti ultraconservateur, le Yeniden Refah, vient contrarier ces ambitions en présentant son propre candidat au lieu de soutenir celui du pouvoir, comme il l'avait fait l'an dernier. Un choix qui inquiète et provoque la colère du chef de l'État. De notre correspondante à Istanbul,C’est une petite musique qui monte ces dernières semaines en Turquie. Celle de la campagne du Yeniden Refah, parti ultraconservateur, qui s’est lancé dans la bataille des élections municipales.Fondé il y a cinq ans, ce parti islamiste avait fait alliance avec l’AKP – le parti au pouvoir – aux élections législatives de l’an dernier, et avait soutenu la candidature de Recep Tayyip Erdogan à la présidentielle. Mais aux municipales, le Yeniden Refah fait cavalier seul. Et il inquiète le camp du pouvoir. L’an dernier, l’AKP a perdu près de 200 000 membres, tandis que le parti islamiste en a gagné plus de 200 000 depuis janvier 2023.Mehmet Altinöz, son candidat pour Istanbul, confirme que le Yeniden Refah séduit des électeurs déçus de l’AKP. Pour plusieurs raisons, selon lui : « Ils sont en accord avec nos valeurs. Nous sommes les seuls à promettre des mairies morales, sans corruption, sans piston, sans clientélisme. Et puis il y a la crise économique : 90% des Turcs vivent sous le seuil de pauvreté ! Une partie des électeurs de l’AKP cherchent une alternative. »À lire aussiTurquie: Erdogan s’implique corps et âme dans les municipales pour regagner Istanbul et AnkaraVote sanction contre l’AKP ?Le journaliste politique Kemal Can explique pourquoi les Turcs déçus par le pouvoir se tournent plus facilement vers le Yeniden Refah que vers n’importe quel parti d’opposition.« On parle d’électeurs mécontents, qui ne veulent plus voter pour l’AKP ou veulent juste lui donner une bonne leçon, mais qui hésitent quand la seule alternative consiste à changer de camp. Or, dans la mesure où le Yeniden Refah a soutenu Erdogan aux dernières élections et ne se comporte pas clairement comme un membre du bloc d’opposition, il devient une alternative possible pour ce type d’électeurs déçus. »À lire aussiTurquie: les voix de la gauche pro-kurde convoitées pour les municipales à Istanbul« Politique pirate », dit ErdoganDans l’hypothèse d’un score serré à Istanbul entre le candidat de l’AKP, Murat Kurum, et le maire sortant d’opposition, Ekrem Imamoglu, les voix conservatrices captées par le Yeniden Refah pourraient priver le pouvoir d’une victoire. Cela lui vaut de sévères critiques de Recep Tayyip Erdogan, qui a qualifié son ancien allié d'« acrobate de cirque » qui ferait de la « politique pirate dans l’ombre de l’AKP ».Mehmet Altinöz s’offusque de tels reproches : « Nous ne sommes pas un parti qui fait campagne pour faire gagner ou pour faire perdre un autre candidat... Le fait que le pouvoir réagisse ainsi montre à quel point il est désespéré... Ils n’ont qu’à travailler et gagner les élections, au lieu d’accuser les autres ! »Si un allié lui fait défaut, Recep Tayyip Erdogan est pourtant loin de s’avouer vaincu. Il a une bonne raison d’espérer : le maire sortant d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, n’a plus que son parti pour le soutenir, alors que presque toute l’opposition avait appelé à voter pour lui en 2019.
02:30 24/03/2024
Canada: face à la crise du logement, Calgary reconvertit des bureaux vides en habitations
Ville de deux millions d’habitants dans l’ouest canadien, Calgary est très touchée par la crise du logement et a connu la plus grosse augmentation du loyer moyen du pays. Pourtant, plus d’un million de mètres carrés de bureaux sont inoccupés, en plein centre-ville de la ville. La mairie a donc décidé d’agir : reconvertir ces bureaux en logements. De notre correspondant à Calgary,Le centre-ville de Calgary a beau être désert, des bruits de chantier résonnent à chaque coin de rue. Un immeuble tout juste rénové trône à un carrefour. Il y a peu, ses 65 appartements étaient encore des bureaux.« Il a clairement fallu modifier certains plans d’appartements pour que ça marche, il y a une plus grande variété de modèles en raison de la configuration du bâtiment », indique Ken Toews, le vice-président du Strategic Group et promoteur en charge du projet. « Pour ce bâtiment en particulier, il y avait une sortie de secours pour l'entrée et l'appartement prévu dans cette partie du bâtiment ne s’y insérait pas. Nous avons donc réaménagé cette partie du bâtiment, puis nous avons eu un appartement qui fonctionnait bien. Il faut vraiment être capable de s’adapter pour que ça fonctionne ! »Tenter d'atténuer la crise du logementLa reconversion a deux intérêts : participer à l’atténuation de la crise du logement, tout en évitant de construire neuf. « L'aspect environnemental est très important pour les gens, rappelle Ken Toews. Les quatre bâtiments que nous convertissons représentent 17 000 tonnes de gaz à effet de serre : nous les conservons, et environ 60 000 tonnes de matériaux de construction ne partiront pas à la décharge. La conversion d'un bâtiment par rapport à la construction d'une maison est très différente. »Strategic Group envisage le projet en 2018. Un an et demi plus tard, les premiers locataires emménagent. « Ce projet était exemplaire : nous avons fait les plans en quatre mois environ, puis demandé les permis. La ville a été formidable : il nous a fallu un mois pour les avoir, et moins de douze mois pour achever la construction », souligne Ken Toews.À lire aussiCanada: le logement au coeur des préoccupations des électeurs de l'OntarioLes bureaux de Calgary ont commencé à se vider dès 2014, rappelle Natalie Murchet, responsable municipale de la stratégie pour le centre-ville. Mais il y a quatre ans, le phénomène s’est accéléré.« Le nombre de bureaux vacants a continué à augmenter d'année en année. Et puis, bien sûr, la pandémie a frappé, ça a aggravé le problème. Au maximum, le taux d'inoccupation des bureaux du centre-ville était d'environ 34%. Cela représentait 1,3 million de mètres carrés d'espaces de bureaux vides. C’est alors que la ville a mis en place sa stratégie pour le centre-ville », explique-t-elle.Combler une perte de revenus fiscauxEn 2021, la ville a débloqué plus de 150 millions de dollars canadiens de subventions aux promoteurs : ils reçoivent 75 dollars pour chaque pied-carré de bureau converti en logement. « On commence à voir les bureaux vacants diminuer, c’est super, poursuit Natalie Murchet. On est à environ 29%. C’est dû en partie à nos projets de conversion. Tous ces projets suppriment environ 186 000 mètres carrés d'espace de bureaux et les convertissent en logements. Notre objectif est de supprimer 560 000 mètres carrés de bureaux dans le centre-ville d'ici à 2031. »L’intérêt pour Calgary n’est pas seulement de lutter contre la crise du logement. La désertion des bureaux a fait perdre plus de 116 millions de dollars de revenus fiscaux à la ville en six ans. À lire aussiCrise du logement: l'idée de limiter le nombre d'étudiants étrangers au Canada fait polémique
02:45 23/03/2024
Malaisie: préserver et protéger les connaissances des ulams, ces plantes qui apportent plaisir et santé
En Malaisie, les « ulams » sont des plantes utilisées pour la cuisine et la médecine depuis des siècles. « Ulam » est un terme malais, mais leur utilisation et la connaissance de ces plantes viennent de tous les groupes ethniques de Malaisie. Seul problème : avec la mondialisation, une perte de savoir sur ces plantes se fait sentir, et inquiète certains chercheurs. Si les populations autochtones sont de moins en moins nombreuses, la déforestation et le réchauffement climatique accentuent aussi l’urgence de répertorier et de préserver ces plantes « historiques ». Dans le jardin botanique de Kuala Lumpur, Lucie Benoit, chercheuse ethno botaniste française, regarde attentivement les plantes avec un objectif en tête : identifier les ulams. Ces derniers sont partout : en ville, dans les parcs, les jardins et même sur les trottoirs. Ces plantes sont aussi au cœur de la culture malaisienne, une culture multiethnique.Lucie Benoit ne quitte jamais son carnet de notes et son appareil photo lors de ses déplacements en Malaisie. La chercheuse fait en effet partie de la Ulam School de Kuala Lumpur, et participe notamment à la sauvegarde du savoir des ulams. En les identifiant, elle tente ainsi de comprendre comment ces plantes s’intègrent dans la culture : « Mes recherches ont pour but de lister les ulams, et sauvegarder la connaissance autour de ces plantes. Elles nous apportent beaucoup choses très utiles pour notre époque, en termes de nutrition par exemple, pour combattre le diabète et l’obésité ».Un point de vue partagé par Karen Yap, cheffe malaisienne à Kuala Lumpur. Dans son restaurant, les assiettes défilent et mettent souvent à l’honneur les ulams, au plus grand plaisir des clients : « Les légumes que nous consommons aujourd’hui sont issus de l’agriculture, mais on oublie que ces derniers étaient dans notre jardin, dans notre arrière-cour », explique la cheffe. « À côté de ça, nous surconsommons, car nous achetons beaucoup plus que ce que l’on devrait. À cause de l’agriculture de masse, nous perdons l’habitude de consommer de manière responsable, donc j’essaye de revenir vers les ulams. Les ulams sont consommés frais, ils sont généralement proches du consommateur. »Karen Yap discute en effet régulièrement avec les Orang Asli (les populations autochtones de Malaisie) dans ses recherches culinaires, et se déplace aussi dans la forêt : « Je leur demande quels sont les ulams qu’ils sélectionnent naturellement... Et en fait, ils n’en consomment que quelques-uns, parce qu’ils sont proches d’eux. Quand on y pense, la vraie sécurité alimentaire, c'est d’avoir accès à tout, tant que c’est bon pour toi et bien pour la nature. Vous ne pouvez pas me dire qu’aller dans la jungle et trouver votre nourriture, ce n’est pas de la sécurité alimentaire » souligne-t-elle. Selon la cheffe, les Orangs Asli sont moins dans les villages tribaux avec la modernisation, et n’échangent plus autant qu’avant avec les anciens. Le risque d’une perte de transmission de savoir sur les ulams est donc réel : « Ce n’est pas juste les ulams, mais c’est plus globalement un héritage culinaire qui peut se perdre », s’inquiète Karen Yap. Préserver la connaissance autour de ces plantes comestibles est aussi source de belles découvertes gustatives, selon Sapna Anand, cheffe au Cordon bleu de Sunway, et auteure de plusieurs livres de cuisine :  « À chaque fois, je découvre de nouveaux ulams au marché... Il y a des centaines et des centaines d’espèces. Les goûts sont à chaque fois différents. J’adore aller au marché et avoir les conseils des Malaisiens qui les vendent. Ils me disent comment ils les cuisinent » raconte-t-elle.Chez les Orang Asli aussi, la préservation du savoir des ulams est une préoccupation. Le Major Kalam Pie, cofondateur de la Jungle School Gombak Malaysia, a vécu toute son enfance dans la jungle, et connaît bien les ulams, à des fins comestibles ou médicinales : « J’ai grandi dans la jungle où on apprend et on survit parce qu’on prend soin de la nature. Vous savez, pendant la Seconde Guerre mondiale, ma mère a survécu alors que les japonais nous ont confisqué tout le riz. Avec sa famille, ils ont survécu grâce au tapioca, au « Pra » aussi… C’est un fruit que tu trouves dans la jungle. C’est un peu toxique, mais nous, on sait comment procéder pour enlever la toxine », raconte-t-il, « La jungle produit l’oxygène, l’eau, la nourriture, tout. Et c’est suffisant pour que tout le monde puisse vivre. Détruire la nature, c’est une grosse erreur qu’on doit admettre dès à présent. »Et dans un monde qui se dirige vers plus 4 degrés, les Orang Asli et les chercheurs le répètent : la préservation des ulams est aussi mise en danger par le risque de disparition de leur habitat.
02:20 22/03/2024
En Pologne, faire une formation militaire en continuant ses études, une formule qui séduit
Depuis l’invasion de la guerre en Ukraine, la Pologne et les pays baltes sont considérés comme les prochaines cibles de Poutine. Dans ce contexte de menace croissante pour le pays, les dirigeants polonais affichent depuis deux ans leur volonté de créer « l’armée la plus puissante d’Europe ». Depuis, les centres de recrutement ne désemplissent pas, comme celui du quartier de Praga, à Varsovie.  À lire aussiLa Pologne en passe d'avoir l'une des armées les plus puissantes d'Europe
02:34 21/03/2024
Des femmes palestiniennes témoignent des abus subis dans les prisons israéliennes
Depuis le début de la guerre à Gaza, les prisons israéliennes comptent un nombre record de détenus palestiniens. Ils seraient 10 000 et seraient soumis à des « abus systématiques », parfois de la torture, selon plusieurs ONG israéliennes. Et les femmes ne sont pas épargnées. Reportage en Cisjordanie occupée De notre envoyée spéciale en Cisjordanie occupée,Roqaya Amro nous reçoit chez elle à Doura, près de Hébron. Enfoncée dans son fauteuil, cette étudiante palestinienne de 26 ans se tord les mains durant tout l’entretien. Difficile de raconter son histoire. Le 25 octobre, elle est arrêtée par l’armée israélienne, passe 35 jours en prison avant d’être relâchée dans le cadre d’un échange de prisonniers, lors de la première trêve à Gaza fin novembre.Roqaya est passée par trois centres de détention et affirme avoir subi de mauvais traitements. « Un des moments les plus difficiles, c'est lorsqu’on nous a fait sortir des cellules et qu’on nous a demandées de nous mettre en ligne. On a commencé à nous fouiller. Après, on était nue. C’était très difficile. Pour une femme, c’est compliqué de subir ça. Ensuite, on nous a frappées avec des barres métalliques, sur les jambes, sur les bras et sur les parties intimes », détaille la jeune femme.Roqaya nous montre ce qui semble être des traces de menottes aux poignets. Elle dit aussi avoir souffert du froid et de la faim en prison. La jeune femme ne s’explique pas pourquoi elle a été arrêtée par l’armée israélienne, même si elle admet être militante à l’université. Sa famille est connue pour critiquer l’Autorité palestinienne.« On entend dans les médias que des prisonniers meurent »Deux jours après sa remise en liberté, sa cousine Jénine, 21 ans, est arrêtée à son tour. « Les soldats israéliens sont venus. En cinq secondes, ils ont cassé la porte, ils étaient dans la chambre de Jénine et ses sœurs. Ils l’ont emmené alors qu’elle était en pyjama, sans foulard. Ils l’ont tiré par les cheveux. Un soldat a dit : "bouge de là salope et tu vas voir ce que je vais te faire". »Son père assiste impuissant à la scène, il dit avoir été battu. Depuis le mois de décembre, il n’a pratiquement pas eu de nouvelles. Une attente insupportable. « On entend dans les médias que des prisonniers meurent. Que leurs conditions de détention sont misérables. Je suis traversé par beaucoup de sentiments, difficiles à exprimer : la tristesse, l’injustice, le mal, le deuil. J’ai le sentiment qu’on a arraché une partie de mon cœur »La jeune fille est en prison depuis trois mois et demi, sans inculpation. Elle est en détention administrative, comme des milliers d’autres prisonniers palestiniens.À écouter aussiLe calvaire des femmes palestiniennes dans les prisons israéliennes
02:24 20/03/2024
«L'Orient-Le Jour», cent ans d'histoire libanaise
Cette année, un phare de la francophonie au Moyen-Orient fête ses cent ans : le Journal L’Orient-Le Jour. Ce quotidien en français basé à Beyrouth au Liban est né de la fusion en 1971 du journal L’Orient fondé en 1924 et du journal Le jour lancé en 1934. L’Orient-Le Jour est une institution au Liban et dans la région qui a su résister aux guerres et aux crises tout en se modernisant en prenant tôt le tournant du numérique. Rencontre avec la rédaction du quotidien.  Pour lire le quotidienL'Orient-Le Jour
02:34 19/03/2024

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