L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de cette chronique qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique - et donc la façon dont on est informé. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France, une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains évènements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre. En partenariat avec le magazine «Stratégies».
Plongée dans le noir numérique et médiatique en Iran pour réduire au silence les victimes de la répression du régime. C'est une sorte de voile noir qui s'est abattu sur le régime des mollahs depuis le 8 janvier 2026, à 20h, lorsqu'ont été bloqués internet et les communications téléphoniques. On a alors pensé qu'il s'agissait d'empêcher les manifestants de se coordonner, d'échanger sur des points de ralliement. En réalité, il y avait beaucoup plus que ça. Car ce 8 janvier, le gouvernement de la République islamique a pris la décision de massacrer en silence, en tirant à balles réelles sur les protestataires. Le Monde a publié le témoignage d'un certain Kiarash, qui a vu à Téhéran, sur la place Kadj, une femme, ou supposée telle, se glisser dans la foule sous un tchador, pour assassiner des manifestants au pistolet silencieux. On commence à estimer le nombre effroyable de victimes. Iran Human Rights, une ONG basée en Norvège, parle de 3 428 morts. Mais le bilan pourrait être plus lourd si l'on en croit un journaliste iranien anonyme qui a livré à Libération le récit de la violente répression des manifestations en cours contre le régime. Lui parle de 10 000 personnes tuées. Avec ce détail sordide : un prix de 5 000 à 15 000 euros par corps demandé aux familles pour récupérer les dépouilles. Cette enquête parue dans Libé montre aussi le rôle de la censure et des médias officiels Un black-out numérique et médiatique, cela signifie qu'on ne peut plus aisément documenter les événements en cours. Si certains témoignages, photos ou vidéos parviennent à sortir d'Iran, c'est que la communication se fait près de la frontière, en dehors du pays, ou bien que l'internaute peut se connecter depuis Starlink, le réseau d'Elon Musk. Mais on voit que les forces de répression traquent les paraboles ou les antennes Starlink et fouillent les photos dans les téléphones portables. Parallèlement, le black-out permet aux médias officiels de livrer la propagande du régime avec ses images de manifestations de soutien et son récit de lutte contre des « terroristes ». Même si, parfois, perce l'ampleur du massacre à travers les appels aux dons de sang. La figure de Reza Pahlavi, le fils du shah, exilé aux États-Unis, peut aussi avoir servi de prétexte Selon le journaliste iranien, c'est quand Reza Pahlavi a appelé à des rassemblements massifs, avec d'autres figures de l'opposition, que le régime a basculé dans la tuerie, au motif de défendre la révolution islamique. On sait que Reza Pahlavi, qui se veut proche de Donald Trump, a été appuyé par la CIA et, selon le média israélien Haaretz, par une opération secrète de promotion sur les réseaux sociaux par l'État hébreu avec des faux comptes et des contenus générés en farsi. Cela a produit une « chambre d'échos » pour appeler à son retour, selon un expert, Maziyar Ghiabi, directeur du centre d'études persanes et iraniennes de l'université d'Exeter, cité sur SkyNews. C'est à se demander si l'Iran ne l'a pas laissé dire - avant le black-out - pour mieux réprimer ensuite. À lire aussiIran: «Notre volonté est de secouer les Nations unies et la communauté internationale»
16/01/2026 • 02:51
La manière dont les médias parlent de l’événement lié à Nicolás Maduro montre une bataille des mots. Les termes choisis ne sont pas neutres et les images jouent un rôle important pour construire un récit : ils influencent la façon dont le public comprend la situation et reflètent le point de vue de chaque média. La bataille des mots est d'abord révélatrice de la lecture qu'on fait de cet événement. On peut employer le mot capture, comme le font les médias américains, un terme généralement réservé à des criminels, ou bien enlèvement, comme le fait la presse vénézuélienne, mais aussi des médias comme Le Monde, L'Express, France Info, RFI ou Marianne. À la Radio télévision suisse (RTS), on trouve même le mot kidnapping, un terme que la direction de la BBC a de son côté interdit. Elle recommande plutôt le mot « capture » ou bien « seizure » qui veut dire littéralement saisie. Mais rares sont les médias comme CNews à reprendre l'autre terme avec « capture » utilisé par la Maison Blanche, à savoir « exfiltration ». Et pour cause, une force militaire peut exfiltrer un président, mais c'est une exfiltration d'un milieu hostile et non pas vers un milieu hostile. La photo de Nicolas Maduro menotté Cette photo partagée par Donald Trump du dirigeant vénézuélien apparaît menotté en survêtement Nike avec un bandeau et un casque audio sur la tête. S'il n'y a pas de précédent historique, le cliché nous apparaît étrangement familier, c'est qu'il nous rappelle nombre de séries où les narcotrafiquants sont en survêt, de Narcos à El Chapo en passant par Gomorra ou Breaking Bad. Ensuite, il y a toutes ces fausses images ou ces hypertrucages vidéo qui construisent une réalité plus ou moins vraisemblable. Ces infox ont circulé à la vitesse de l'éclair sur les réseaux sociaux. Une image a même été partagée par Trump. Elle montrait une foule se réjouissant du départ de Maduro à Caracas alors qu'il s'agissait d'une manifestation hostile à l'occasion des élections 2024. L'IA joue bien entendu un rôle dans la construction de cette réalité parallèle, au point qu'il est souvent compliqué de démêler les vraies images des fausses quand on est exposé aux médias sociaux. À lire aussiVenezuela: quand la désinformation vise à légitimer l’opération américaine L'importance des journalistes pour accréditer les faits D'un côté, la Maison Blanche, qui livre son narco-pétro-récit à la façon d'une série télévisée, Trump déclarant suivre l'arrestation comme s'il regardait une émission de télévision. De l'autre, un pouvoir vénézuélien qui empêche l'entrée de 200 journalistes étrangers à la frontière colombienne et contrôle l'information d'une main de fer dans son pays. On a là tous les ingrédients pour ce que RSF appelle un vide informationnel. Au Venezuela, 14 journalistes ont encore été arrêtés lundi, puis relâchés. Mais la police a fouillé dans leurs téléphones portables pour débusquer les sources crédibles ou les infos vraies contraires au régime. À lire aussiVenezuela: Nicolas Maduro officiellement inculpé aux États-Unis, il encourt l’une des peines les plus lourdes À lire aussiEnlèvement de Nicolas Maduro: pourquoi le Proche et le Moyen-Orient restent silencieux
09/01/2026 • 02:51
La fin d'année 2025 a été marquée par deux annonces : l'accord de négociation exclusive de Netflix pour racheter Warner Bros. Discovery d'une part, le passage de la diffusion de la cérémonie des Oscars de la chaîne de télévision ABC vers la plateforme en ligne YouTube dès 2029 de l'autre. Si le rachat de Warner Bros. Discovery par la plateforme Netflix doit être finalisé face à l'offre hostile de Paramount et dans l'attente du feu vert des autorités de la concurrence, nous sommes d'ores et déjà entrés dans une nouvelle ère : celle où les plateformes dominent le monde de l'image. L'obtention des droits des Oscars est à cet égard significative. La chaîne ABC, qui retransmettait la soirée depuis 1976, passera la main dans trois ans, et c'est une plateforme en ligne au rayonnement mondial pour le cinéma américain qui reprendra le flambeau. Cette mutation correspond à une évolution des usages puisque l'an dernier, l'audience des plateformes a pour la première fois dépassé celle de la télévision aux États-Unis, YouTube en tête avec ses 13% de parts d'audience, suivie par Netflix avec plus de 8%. Une situation qui amène les diffuseurs traditionnels à réagir Ce qui a entrainé l'apparition de plateformes liées à un catalogue audiovisuel, telles que Disney+, Paramount+, HBO Max, etc. En France, les chaînes de télévision traditionnelles ont, elles aussi, basculé dans le streaming en développant leurs propres plateformes en ligne, respectivement TF1+, france.tv ou M6+. Elles ont aussi noué des accords de distribution avec de grands acteurs, comme Netflix dans le cas de TF1 ou d'Amazon Prime Video pour France Télévisions. De son côté, Canal+ a étendu son partenariat avec Netflix à l'Afrique francophone, ce qui lui permet de distribuer la plateforme américaine. En 2025, les acteurs de la télévision ont aussi cherché à s'agrandir pour résister à l'envergure mondiale des plateformes. Canal+ a ainsi acquis Multichoice pour atteindre 40 millions d'abonnés. MediaForEurope, de la famille Berlusconi, a racheté ProSiebenSat.1 en Allemagne, tandis que RTL Group a racheté Sky Deutschland. Des plateformes mondialisées qui représentent un risque pour les Européens Bien sûr, il existe des avantages et des contreparties à l'hégémonie des Gafam américains. Comme celui qu'offre YouTube de numériser et d'exposer les films de l'Académie des Oscars, à savoir les plus grandes archives cinématographiques au monde. Ou la capacité de Netflix à rendre planétaires des succès locaux comme La Casa de Papel ou Squid Game. Mais YouTube ou Netflix sont avant tout des plateformes américaines qui dépendent d'une administration s'opposant actuellement à la réglementation européenne sur le numérique. Que se passera-t-il si, au nom du « free speech », ces plateformes diffusent des contenus contraires à ce règlement ? Celles-ci pourraient être sanctionnées, voire interdites par l'Union européenne. En rétorsion, l'administration américaine pourrait alors exiger que des films européens ne soient plus distribués sur ces plateformes à l'audience planétaire.
02/01/2026 • 02:54
En France, la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public a suspendu ses travaux durant les fêtes suite à de nombreux incidents. Le 6 janvier, une réunion destinée à retrouver un « cadre digne, sérieux et respectueux » doit avoir lieu. Les travaux de cette commission, créée à la demande de l'UDR, parti allié du Rassemblement national (RN) qui prône la privatisation du service public de l'audiovisuel et présidée par un député Horizons, se déroulent depuis fin novembre dans un climat tendu. Les incidents émanent très souvent du rapporteur, Charles Alloncle, député de l'Union des droites, qui a fait de cette commission une tribune visant à mettre en cause l'audiovisuel public. Tout y passe. L'engagement passé à gauche de certains responsables, comme le numéro deux de France Télévisions, Stéphane Sitbon-Gomez. Un rendez-vous filmé à l'insu des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen avec des responsables socialistes qui se transforme dans la bouche du rapporteur en une « rencontre à caractère politique » visant à nuire à la ministre de la Culture Rachida Dati. Mais on pourrait aussi citer des extraits de sketchs d'humoristes sortis de leur contexte, les insinuations constantes d'un déséquilibre en défaveur de la droite quand bien même les temps de parole sont contrôlés par l'Arcom, le reproche fait à la directrice de France Inter de s'être déclarée « progressiste » ou bien encore les tweets exhumés de personnalités du service public, parfois avant même qu'elles le rejoignent, pour les accuser de partialité voire de militantisme. S'il y a pourtant de vraies questions qui se posent – notamment autour du recours à des producteurs extérieurs –, cette commission parlementaire donne souvent le sentiment d'être instruite à charge dans le seul but de nourrir les réseaux sociaux puis de donner du grain à moudre aux médias de Vincent Bolloré. La présidente de Radio France, Sibyle Veil – par ailleurs ancienne conseillère de Nicolas Sarkozy – s'est elle-même plainte de « déformations publiques » de ses propos dans les publications sur le réseau social X (anciennement Twitter) du rapporteur Charles Alloncle. Des convocations suspendues En conséquence, le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a suspendu les convocations. Il dit souhaiter retrouver un « cadre digne, sérieux et respectueux ». Cette commission n'est pas terminée mais on sent déjà, dans les propos de son président comme de son rapporteur adepte du live-tweet (commentaires en direct, depuis l'audience, publiés sur la plateforme X anciennement Twitter), la volonté de brider l'expression des journalistes du service public sur les réseaux sociaux. Au nom du principe d'impartialité, cela peut s'entendre. Mais il faut savoir que l'accusation faite à l'audiovisuel public d'incliner à gauche n'est pas une exception en Europe. C'est aussi ce qui est reproché à la BBC au Royaume-Uni, à l'ARD et la ZDF en Allemagne, à la SSR en Suisse, etc. La plupart des services publics audiovisuels sont jugés « progressistes », « féministes » et « anti-patriotes » par les partis d'extrême droite qui veulent réduire leurs moyens, les reprendre en mains ou les privatiser. Mais, sans eux, faut-il le rappeler, c'est beaucoup de films, de séries, d'émissions, de podcasts qui n'existent plus. Pas uniquement sur le service public. À lire aussiDonald Trump réclame 10 milliards de dollars à la BBC pour un montage jugé trompeur
26/12/2025 • 02:46
En Italie, le groupe de presse Gedi, qui édite deux grands quotidiens généralistes, La Stampa et La Repubblica, est en « discussions avancées » pour vendre Gedi, propriété de la famille Agnelli, à Antenna, le groupe de presse fondé par l'armateur grec Minos Kyriakou, décédé en 2017. Un rachat qui bouleverse le paysage médiatique du pays. En effet, l’acquéreur, le groupe grec Antenna, a pour actionnaire à 30% la famille royale saoudienne. Aussi, parce que cet empire contrôlé par la famille Kyriakou, qui a fait fortune dans le transport maritime, se diversifie dans les médias pour obtenir de l’influence et surtout ne pas gêner les gouvernements en place du moment qu’ils ne sont pas défavorables à ses affaires. C’est en tout cas la réputation de ce groupe qui détient la chaîne Antenna 1 en Grèce, mais également une vingtaine de télévisions en Europe, en Amérique du Nord ou en Australie. Ce qui inquiète les journalistes, qui ont démarré un mouvement de grève, ce sont les conséquences éditoriales pour les deux journaux La Repubblica et La Stampa, deux institutions politiques et médiatiques. L’un au centre gauche, proche de Matteo Renzi ou d’Enrico Letta, l’autre de centre droit, à l’écoute des milieux d'affaires du Nord. Les deux quotidiens sont édités par Gedi, un éditeur contrôlé par la famille Agnelli, qui a perdu 45 millions d’euros cette année et que le magnat grec propose de racheter pour 140 millions d'euros. Le gouvernement de Giorgia Meloni peut-il et veut-il intervenir pour l’en empêcher ? En principe, il le pourrait car la loi italienne prévoit un « golden power », une sorte de droit d’intervention pour des actifs stratégiques d’intérêt national. C’est ce qui a permis de préserver des entreprises comme Pirelli ou Generali. Mais le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déjà dit que dans ce cas c’était le marché qui décidait si la loi n’était pas enfreinte. En clair, le gouvernement ne bougera pas le petit doigt pour sauver un groupe qui représente le principal contre-pouvoir journalistique à son action. Pour la démocratie italienne, ce serait une nouvelle perte même s’il s’agit d’un actionnaire européen et que Giorgia Meloni est déjà sous la menace d’une procédure d’infraction de Bruxelles pour s’être portée au secours de Banco BPM. On a vu l’an dernier le groupe Angelucci, marqué très à droite, tenter de reprendre l’agence journalistique italienne. Le risque est, comme en Hongrie, la disparition progressive des contre-pouvoirs. Et en France…. Les milliardaires des médias annoncent des plans sociaux. Prisma Media, racheté par Vincent Bolloré, qui édite Capital, Géo ou Femme actuelle, veut supprimer le tiers de ses effectifs, soit 230 salariés. De même, le groupe CMI de Daniel Kretinsky, qui édite Elle ou Marianne, a annoncé cette semaine vouloir couper 20% de ses effectifs. On voit que les milliardaires ne permettent pas de sauver la presse. En tout cas pas ses emplois.
19/12/2025 • 02:46
Paramount Skydance a lancé lundi 8 décembre une offre publique d'achat hostile sur Warner Bros Discovery, tentant de doubler Netflix. Jusqu'au lundi 8 décembre, on pensait que l'affaire était pliée : Netflix allait acquérir Warner Bros Discovery, c'est-à-dire les fameux studios de production de Hollywood et la plateforme de streaming HBO Max. Cela lui aurait permis de passer de 300 à 420 millions d'abonnés dans le monde. Pour 83 milliards de dollars, au troisième trimestre 2026, le géant de la vidéo par abonnement devait mettre la main sur cet empire mythique du cinéma et de la production audiovisuelle en reprenant tous les actifs à l'exception des chaînes du câble, en premier lieu CNN. Un accord de négociation exclusive avait été signé et il ne restait plus qu'à obtenir le feu vert des autorités de la concurrence, y compris en Europe. La crainte était de voir Netflix absorber Hollywood en le soumettant à ses propres règles, ce qui faisait redouter des réductions d'emplois, des baisses de salaires et surtout une diminution – au bénéfice de la plateforme – des sorties en salles de grosses productions comme Barbie, Dune ou Superman. Mais voilà qu'un autre personnage s'est invité dans le scénario : David Ellison, patron de Paramount depuis cet été et fils du fondateur d'Oracle Larry Ellison, deuxième fortune mondiale et ami de Donald Trump. Une proposition qui rebat les cartes Paramount ne propose pas un accord comme Netflix. Son patron David Ellison, qui avait été jusqu'ici éconduit, déclenche une offre publique d'achat hostile jusqu'au 8 janvier pour racheter les actions du groupe en cash, en incluant les chaînes de télévision et bien évidemment CNN. L'opération avoisine au total les 108 milliards de dollars, mais comme il intègre les chaînes et reprend la totalité de la dette, il n'est pas nécessairement le mieux-disant face à Netflix. Une dimension politique entre surtout en jeu si on considère que le montage financier se fait avec l'appui de Jared Kushner, le gendre du président et de fonds saoudiens ou qatariens. Donald Trump a déjà déclaré qu'il attendait que CNN se retrouve entre des mains amies. Le président a beau brouiller les pistes en ne disant pas de mal de Netflix, associé aux Démocrates, on se souvient que l'arrivée de David Ellison à la tête de Paramount lui a rendu service. Elle a permis de placer une anti-woke à la tête de la rédaction de CBS News (la journaliste Bari Weiss), de supprimer le late show de Stephen Colbert sur cette chaîne et d'aboutir à une transaction à 16 millions de dollars en faveur de Trump après une émission de 60 minutes sur CBS jugée favorable à Kamala Harris. À lire aussiParamount Skydance lance une contre-offre pharaonique pour Warner Bros Discovery et défie Netflix
15/12/2025 • 02:55
Retour sur la bataille politique que se livrent les médias du groupe Bolloré autour de l'audiovisuel public en France. Radio France et France Télévisions ont longtemps ignoré cette bataille jusqu'à ce que ces deux groupes décident de répliquer en assignant en justice pour dénigrement CNews, Europe 1 et le Journal du dimanche. Et c'est vrai que ce qui frappe, c'est le caractère massif, répétitif de l'éreintement de l'audiovisuel public, avec une orchestration synchronisée sur les médias de Bolloré. Un phénomène inédit, au point qu'on a l'impression d'une vraie campagne de presse visant à affaiblir des concurrents. Mais il s'agit surtout d'un combat idéologique dont témoigne par ailleurs une commission d'enquête du parti d'Éric Ciotti, allié du RN. La dénonciation d'un gaspillage d'argent public sert de prétexte, car ce qui est voulu, c'est la privatisation des médias publics, comme le réclame le RN. Et, ce qui est ciblé, ce sont les valeurs du service public: l'indépendance de ton de ses journalistes, l'attachement au pluralisme et à l'État de droit, et bien sûr tout ce qui est rattaché au wokisme, donc à la défense des libertés multiples. À lire aussi« Les médias Bolloré entretiennent une polémique de mauvaise foi », dénonce l'universitaire Arnaud Mercier Nouvelle offensive contre le service public L'émission de France 2 Complément d'enquête est ciblée. Un numéro consacré à CNews, la semaine dernière, a servi de déclencheur à une nouvelle offensive contre le service public, soupçonné d'être un repaire de gauchistes. Il a suffi que l'Arcom ne valide pas des chiffres sur le temps de parole des politiques sur la chaîne d'info, telle que l'avançait Complément d'enquête à partir de données de RSF, pour déclencher une nouvelle salve. L'émission a dû retirer au dernier moment cette séquence chiffrée, qui montrait que les politiques de gauche étaient relégués la nuit sur CNews, et aussitôt celle-ci y a vu la preuve d'une volonté de désinformer. Emmanuel Macron accusé de désinformer C'est une bataille politique qui vise Emmanuel Macron. Parce que, de son côté, le président a repris l'idée prônée par Reporters sans frontières, d'un label visant à favoriser les médias d'information par rapport aux infox sur les réseaux sociaux. Et aussitôt, les médias de Bolloré y ont vu une volonté de contrôle de l'information, ce qui a amené l'Élysée à les accuser de désinformation puisqu'il n'a jamais été question d'un label d'État, mais d'un outil professionnel comme la Journalism Trust Initiative, auquel ont adhéré France Télévisions, France Médias Monde et plus de 2000 médias dans le monde. Du coup, CNews a à son tour accusé Macron de désinformer, dans une rhétorique qui rappelle Donald Trump et s'inspire de Viktor Orban, le premier ministre hongrois, qui a mis au pas l'audiovisuel public après avoir fait racheter les médias privés par des amis. À lire aussiLaurent Jacobelli, député RN de Moselle: «Vouloir cornaquer la presse dans une démocratie n'est pas normal»
05/12/2025 • 02:42
À l'occasion de la visite du pape Léon XIV au Liban, à partir de samedi 29 novembre, RFI s'intéresse au titre de presse L'Orient Le Jour. Un journal centenaire qui joue un rôle important auprès des chrétiens libanais partout dans le monde. L'Orient Le Jour n'a pas pu fêter ses 100 ans l'année dernière, en raison des bombardements israéliens sur la banlieue sud de la capitale du Liban. Dimanche 23 novembre, malgré le cessez-le-feu, une frappe d'Israël a encore tué cinq personnes dans la banlieue sud de Beyrouth, dont le chef d'état-major du Hezbollah. Depuis le toit du journal, dans le quartier de Hazmieh, on pouvait voir ces bombardements. Le titre est né en réalité en 1971 de la fusion de deux journaux chrétiens, L'Orient et Le Jour. Il se déclare favorable au « dialogue des cultures et des religions », défend « l'ouverture à l'autre » et affiche son attachement à la démocratie. Il suit donc la visite du pape en Turquie et au Liban avec attention, voyant en Léon XIV le « porteur d'un message de paix et d'espoir », comme le titre le journal, en reprenant les termes du Vatican. Il indique aussi comment se rendre à la messe du pape dans le centre-ville, où il y a déjà 120 000 inscrits. Plus qu'un journal Le titre n'est plus diffusé qu'à quelques milliers d'exemplaires, mais ce n'est plus seulement le journal des « tantes d'Achrafieh », comme on le surnommait en référence au quartier chrétien. C'est aussi un média numérique, avec 1,2 million de vues par mois, essentiellement grâce à la diaspora, pour moitié en France. Une diaspora qui lui donne un large écho dans le monde francophone et même aux États-Unis, et lui apporte des souscriptions à distance. Mais cela ne suffit pas à assurer l'équilibre du média, qui perd beaucoup d'argent. L'Orient Le Jour veut donc gagner en rayonnement : il produit des reportages vidéos, comme sur la vie au sud du Liban sous les drones israéliens. Et après le lancement d'une version en anglais en 2020, qui reste encore en devenir, il songe sérieusement – selon nos informations – à créer une version arabe, pour développer son influence dans la région. Rima Abdul Malak, l'ancienne ministre de la Culture française, en est aussi la directrice depuis le 10 novembre 2025, avec la mission de développer ce journal qui est reconnu pour sa qualité. En témoigne, le prix Albert-Londres remis à sa journaliste Caroline Hayek en 2021 pour sa couverture de l'explosion du port de Beyrouth. Mais l'ex-ministre sera aussi confrontée à un pays très confessionnalisé, soumis à un ultimatum américain sur la remise des armes du Hezbollah, avec des reporters qui ont été pris pour cible par Israël et parfois tués. Enfin, malgré une liberté de ton, les médias libanais sont à la merci d'investisseurs et de partis politiques, et il n'est pas rare de voir des journalistes poursuivis pour diffamation ou fausses informations.
28/11/2025 • 02:38
Ils ont remporté une importante victoire judiciaire contre Meta. Ce mercredi 19 novembre 2025, les journaux espagnols ont obtenu que le géant soit condamné à leur payer 540 millions d'euros. C'est une victoire qui risque de faire jurisprudence en Europe, car Meta était poursuivi pour ne pas avoir respecté la loi sur la protection de la vie privée. Entre 2018 et 2023, la maison mère de Facebook et d'Instagram a recueilli une masse de données sur ses utilisateurs, sans leur consentement, pour établir des profils publicitaires ciblés qu'il a ensuite vendu à des annonceurs, ce qui lui a permis d'engranger des profits colossaux. Or, tout cela s'est fait au détriment des médias en ligne qui, eux, respectaient la législation et demandaient un consentement préalable. Un Tribunal de commerce de Madrid, saisi par l'Association des médias, a donc condamné Meta à verser un total de 540 millions d'euros à 87 éditeurs de presse numérique et agences de presse. Il est reproché au géant d'avoir obtenu un avantage concurrentiel en violant le RGPD, le règlement européen sur la protection des données. Meta est dans le collimateur des éditeurs de journaux pour un motif un peu différent, lié aux droits voisins du droit d'auteur, puisque Meta proposait en octobre 2024 de verser une somme ridicule, quatre millions d'euros, pour avoir le droit d'utiliser les contenus des éditeurs de presse d'information sur Facebook ou Instagram, soit 80% de moins que ce qu'il versait auparavant au motif qu'il avait arrêté son service Facebook News. Les éditeurs de presse français se sont tournés vers l'Autorité de la concurrence pour contraindre Meta à négocier de bonne foi, et dans le cas contraire, à le mettre à l'amende. Et ça, forcément, le géant y est sensible, car il sait que les éditeurs de presse ont fait condamner Google par cette même Autorité à un total de 750 millions d'euros en quatre ans sur ce sujet des droits voisins. Et derrière cette bataille, il y a aussi un enjeu démocratique. Emmanuel Macron l'a entendu cette semaine des patrons de presse régionale : ce qui nous menace, c'est le numérique et l'intelligence artificielle. Et c'est vrai que Google et Meta ne captent plus que les 2/3 des revenus publicitaires en ligne et que l'IA se nourrit des contenus des journaux sans verser de justes rémunérations. Pourquoi est-ce aussi une bataille démocratique ? Parce qu'il y a un lien direct entre la participation aux élections, l'engagement citoyen et la consultation de médias. Une étude de l'Association Les Relocalisateurs montre qu'un tiers des Français a vu disparaître un média local et que la vitalité démocratique s'en ressent. Surtout si, comme Meta, on sous-expose les contenus d'information, pour payer moins de droits voisins. À lire aussiFace à l’IA, la presse française s’attaque aux bases de données numériques pour défendre les droits d’auteur
21/11/2025 • 02:49
La BBC est dans la tourmente après la démission de son directeur général et de sa directrice de l'information. À l'origine de cette crise, un montage trompeur d'un discours de Trump. « Nous nous battrons comme des diables ». Cette phrase a bien été prononcée par Donald Trump le 6 janvier 2021, mais à deux reprises sur la BBC, dans l'émission Panorama en 2024 et deux ans plus tôt dans Newsnight – un autre programme phare – elle a été rapprochée dans son discours de façon à ce qu'elle arrive juste après un autre extrait où il exhortait à la marche sur le Capitole. On pouvait alors penser que le président candidat appelait explicitement à l'émeute au Capitole. Alors, il s'agit bien sûr d'un manquement éditorial, la BBC elle-même l'a reconnu en annonçant la démission de son directeur général, Tim Davie et sa directrice de l'information Déborah Turness. Mais est-ce qu'il s'agit d'une manipulation ? Le groupe a annoncé une enquête, et la révélation du Telegraph sur cette deuxième occurrence du montage tronqué dans Newsnight, peut laisser penser qu'il y a eu une intention répétée. Le président de la BBC a en tout cas envoyé une lettre d'excuses à Donald Trump sans reconnaître qu'il y avait matière à diffamation. À lire aussiDémission du directeur général de la BBC après le montage trompeur d'un discours de Donald Trump Les avocats de Donald Trump envisagent de réclamer un milliard de dollars à la BBC C'était ce qui était évoqué s'il n'y avait pas d'excuses et pas de suspension du programme. Alors, les excuses et la suspension étant acquises, les poursuites seront-elles levées ? Rien n'est moins sûr, car le président américain a assuré sur Fox News mardi soir qu'il avait « l'obligation » de poursuivre la BCC. Et l'on sait qu'il a déjà obtenu 16 millions de dollars du média américain CBS, dans un règlement amiable, après lui en avoir réclamé 20 milliards. Le paradoxe, c'est que Trump qui est dénoncé par les médias pour ses vérités alternatives et ses mensonges, cherche à obtenir d'eux de l'argent en pointant leurs manquements et en jouant du rapport de force. Une remise en cause de l'audiovisuel public Donald Trump parle en effet d’un « organe de propagande gauchiste financé par le contribuable britannique » tandis que Keir Starmer, son homologue, défend un service d'information impartial à l'ère de la désinformation. Impartial, c'est aussi le mot auquel sont tenus les audiovisuels publics en Europe que l'Union européenne défend dans son règlement sur la liberté des médias. On a vu en Hongrie, en Pologne, en Slovaquie des services publics malmenés pour coller aux intérêts de gouvernements. En France, une commission d'enquête initiée par le député de droite radicale, Éric Ciotti, va commencer ses travaux pour mesurer la « neutralité » de l'audiovisuel public. Nul doute que les erreurs et les manquements éventuels seront passés au crible. Avec en ligne de mire pour certains : la privatisation de médias devenus gênants. À lire aussiDémission du directeur général de la BBC après le montage trompeur d'un discours de Donald Trump
14/11/2025 • 03:03
Comment les médias français s'emparent-ils de la question du réchauffement climatique ? Peut-on encore parler de déni climatique ? Il est aujourd'hui difficile de trouver des médias en France qui soient ouvertement climato-sceptiques. Les chaînes généralistes et l'audiovisuel public ont même fait de la sensibilisation à la question climatique un axe central de leur responsabilité sociale (RSE). On trouve donc des sujets sur le dérèglement climatique et des experts en plateau sur TF1 ou des reportages et un journal météo-climat sur France 2. Mais cela ne veut pas dire pour autant que les projecteurs soient suffisamment braqués sur l'incendie, et de la bonne façon. D'abord, parce que ces sujets ont été moins présents sur les chaînes en 2024 qu'en 2023, d'après l'Institut national de l'audiovisuel, et qu'ils sont encore très minoritaires : près de 3,8% des reportages en 2021-2023, selon Climat Médias. Ensuite, parce que le dérèglement climatique peut encore sembler lointain si on montre ses effets sur l'Arctique ou la déforestation amazonienne. Or, il est important de faire le lien entre des inondations ou des canicules en Europe et le réchauffement climatique. Enfin, parce que comme dit le président de la COP30, André Correa do Lago, il faut « changer la perception qu'on ne peut pas combattre le réchauffement climatique », donc éviter tout défaitisme qui conduit à un aquoibonisme ou une anxiété, et montrer les solutions. Les moins bons élèves sur la question Trois ONG, Data For Good, QuotaClimat et Science Feedback, ont épinglé fin octobre des cas de « mésinformation climatique » qui proviennent essentiellement de médias privés comme CNews, Sud Radio et Europe 1. Ce s'est vu à l'occasion de la prise de fonction de Donald Trump, lors d'une canicule, du débat sur les zones à faible émission ou à propos de la politique de l'énergie. On retrouve un certain relativisme face à l'urgence de modifier nos comportements, une mise en cause de l'efficacité des énergies renouvelables, et une propension à problématiser l'action des écologistes, et plus encore l'idée de décroissance, plutôt que celle des industries polluantes. Apparition de nouvelles menaces Sur les réseaux sociaux, où l'on sait que les jeunes s'informent en grande partie, des vidéos trafiquées avec Sora, une application d'OpenAI, conduisent à des vues biaisées et pour finir à une certaine déréalisation de catastrophes comme l'ouragan Melissa en Jamaïque. Il y a aussi Grok, l'IA d'Elon Musk, qui nie la validité des rapports du GIEC. Le collectif d'ONG Action Climat contre la désinformation et l'Observatoire pour l'honnêteté de l'information, évoquent une recrudescence de 267% de la désinformation sur des sujets liés à la COP entre juillet et septembre de cette année. À lire aussiSora 2: le générateur de vidéos par IA qui a tout pour devenir une usine à infox
07/11/2025 • 03:06
Le prix Albert Londres a été remis samedi dernier à Beyrouth. Un prix qui a récompensé cette année différentes formes d’écritures journalistiques, mais aussi d’engagements. Julie Brafman pour la presse, Jules Giraudat et Arthur Bouvart pour l’audiovisuel ou Elena Volochine pour le livre, tous les lauréats ont en commun un engagement à hauteur de victimes. Pour Julie Brafman, c’est la chronique judiciaire à Libération qui l’amène à suivre des procès retentissants comme celui des braqueurs de Kim Kardashian, mais aussi le meurtre d'un père incestueux par sa fille. Pour Jules Giraudat et Arthur Bouvart, c'est la série documentaire de Canal+, Le Syndrome de La Havane, qui reprend une enquête autour d'une arme secrète qui aurait affecté la santé d'agents de l'ambassade américaine à Cuba. Malgré les démentis de la CIA, les deux journalistes vont à la rencontre des victimes et écoutent leur point de vue dans un documentaire qui emprunte aux codes de la série de fictions avec son récit haletant. Enfin, Elena Volochine a mis à profit sa connaissance de la Russie après dix ans de reportages pour France 24. Elle démonte dans son livre la propagande de Poutine et les ravages qu'elle fait dans ce pays. Le jury a aussi remis une médaille d'honneur aux journalistes palestiniens de l'AFP à Gaza Le chef du bureau de l'AFP à Gaza, Adel Zaanoun, représentait les journalistes palestiniens à Beyrouth. Adel Zaanoun, qui a beaucoup ému l'assistance en expliquant que sa fille de 11 ans détestait le mot « journaliste » tant il est pour elle synonyme de mort. L'AFP lui a fait quitter Gaza en avril 2024, mais il a subi une frappe à Rafah à 50 mètres de chez lui. Il a perdu sa nièce journaliste et on compte, rappelle-t-il, 255 tués et plus de 400 blessés chez les reporters palestiniens à Gaza. Le journaliste témoigne avec ses confrères dans le documentaire d'Hélène Lam Trong, Inside Gaza, qu'on peut voir sur Arte.tv. Ce que l'on retient, c'est leur courage et leur dévouement, avec des reportages photos ou vidéo sur le terrain, où il faut documenter la guerre tout en déplorant parfois la mort d'un proche. Des journalistes parfois mis en cause par l'armée israélienne Pourtant, Adel Zaanoun rappelle qu'il ne suit pas sa propre ligne éditoriale, mais celle de l'AFP. Et s'il est en contact avec le Hamas, c'est qu'il lui faut recueillir les différentes visions, croiser les sources, comme il le fait avec Israël. Le drame, et ces journalistes palestiniens parlent plutôt de « honte », c'est qu'ils ont longtemps été inaudibles après le 7 octobre. Israël les a accusés d'être des agents du Hamas, photos à l'appui, alors qu'il n'est pas difficile d'être photographié avec cette organisation quand on couvre Gaza. Ils espèrent maintenant qu'Israël laissera entrer les journalistes étrangers pour confirmer leur travail.
31/10/2025 • 03:01
La tendance des lettres d'information, les « newsletters », qui fleurissent aux États-Unis et gagne désormais du terrain en France. Alors que les prix Nobel d'économie Philippe Aghion et Joseph Stiglitz ont alerté sur le risque de « concurrence déloyale » des plateformes et de l'intelligence artificielle, l'alternative viendra-t-elle de ces lettres d'information hébergées par des plateformes comme Substack aux États-Unis ou Kessel en France ? Le fait est qu'on y trouve beaucoup d'essayistes ou de journalistes de renom qui écrivent des articles en toute indépendance après avoir quitté leur rédaction. Ils s'appellent Bari Weiss, l'ancienne responsable des pages opinions du New York Times, Jim Acosta, un ancien de CNN, ou encore Mehdi Hasan, venu de MSNBC. En France, citons le journaliste d'investigation Marc Endeweld, ancien de Marianne, ou Philippe Corbé, venu de France Inter et de BFMTV. Mais on y trouve aussi des jeunes journalistes multicanaux comme HugoDécrypte, Camille Etienne ou Hugo Clément. Quel est le modèle économique de ces plateformes de newsletters ? Il est assez simple : la plateforme prend 10% sur les abonnements et offre sa puissance pour toucher des lecteurs. Substack, aux États-Unis, ne cesse de progresser et atteint aujourd'hui plus de 5 millions d'abonnés payants et 50 000 créateurs rémunérés. Une cinquantaine gagnent plus d'un million de dollars par an, mais évidemment la plupart n'ont au mieux que quelques centaines, voire quelques milliers d'abonnés. Les newsletters peuvent aussi être gratuites et se financer par la pub. Elles jouent un peu le même rôle que les blogs des années 2010, mais avec la possibilité de compléter ses revenus, d'autant mieux que des contenus sponsorisés y sont parfois associés. Est-ce vraiment un moyen de découvrir des voix différentes ? Oui et non. Non, parce que les newsletters les plus suivies sont écrites par des journalistes qui se sont fait souvent connaître ailleurs. Oui, parce qu'elles ont une audience captive qui cherche à approfondir les sujets, en toute liberté, loin du clash et des infox des réseaux sociaux. Cela permet aux plus assidus de développer leur propre lectorat. Mais cela n'empêche pas deux critiques : la première a trait à la libre expression à l'américaine qui a amené Substack à promouvoir des newsletters suprémacistes et même un compte nazi, ce qui a fait scandale. La deuxième tient au mythe de devenir son propre média. Or, on sait bien que le journalisme s'inscrit dans une aventure collective, comme le montre Mediapart qui a aussi ses newsletters. Peut-être que l'avenir est dans ces lettres à plusieurs comme The Bulwark qui permettent d'échapper aux contraintes des grands médias tout en profitant d'un réseau apte à informer.
24/10/2025 • 02:39
YouTube, la plateforme vidéo appartenant à Google, ne cesse de monter en puissance face à la télévision, en France. Le chiffre a un peu saisi d'effroi les éditeurs de chaînes cet été aux États-Unis et il a été rappelé cette semaine à Cannes, au Mipcom : la durée d'écoute des Américains sur les plateformes de streaming est aujourd'hui bien supérieure à celle de la télévision traditionnelle : 2 h 06 par jour pour les géants de la vidéo contre 1 h 48 pour la télé (ABC, NBC ou CBS), selon Glance. Et quand on parle des géants du streaming vidéo, on pense souvent à Netflix, mais en réalité cette plateforme n'est qu'en deuxième position. C'est YouTube qui arrive en tête et de loin avec 13% du temps d'écoute et un doublement de sa consommation en trois ans. Une multitude de formats vidéo Cela s’explique par deux phénomènes. Le premier, c'est l'essor de vidéos courtes, les shorts. Ces formats conçus pour concurrencer TikTok, avec des algorithmes de recommandation captant l'attention, sont très addictifs. Ils augmentent donc fortement la durée de visionnage sur YouTube. Le second phénomène, c'est le développement de formats plus longs par des créateurs de contenus. En France, on peut citer Inoxtag, qui a fait un véritable documentaire sur son ascension de l'Everest, mais aussi Squeezie, qui fait des images en organisant un véritable grand prix automobile ou des Youtubeurs d'info comme HugoDécrypte ou Gaspard G. Tous ont saisi l'évolution des usages sur le mobile. Ils veulent passer d'une vidéo passe-temps, ultra-courte, que l'on fait défiler, à des formats plus longs comme des documentaires, des interviews, des podcasts vidéo ou des vlogs. Les chaînes de télévision regardent cela avec intérêt L’an dernier en effet, TF1 a diffusé le documentaire d’Inoxtag sur son ascension de l’Himalaya, baptisé Kaizen. Un documentaire vu par 11 millions de personnes. Squeezie s'est lui entendu avec France 2 pour diffuser début octobre son grand prix et il travaille sur un jeu d'épreuves dans un train. YouTube se flatte d'être la « première chaîne de France », capable de toucher les jeunes, et évidemment les producteurs comme les chaînes s'y intéressent. Banijay par exemple, a créé un show inspiré de la plateforme « Let's play ball » (« Jouons au ballon »), où des candidats doivent amener des balles géantes de ville en ville. On peut aussi citer Talpa avec « Catch us if you can » (« Attrape-nous si tu peux ») qui met en scène des célébrités dans une course-poursuite. YouTube génère de l'argent et forcément cela attire les créateurs de contenus. Les chaînes s'en inspirent certes, mais elles s'en plaignent aussi. Car le géant bénéficie de ce qu'elles appellent des « asymétries réglementaires ». En clair, elles peuvent faire du placement de produit, n'ont aucune obligation, aucune contrainte et pas de responsabilité d'éditeur à la différence des télévisions.
17/10/2025 • 02:43
Longtemps considérée comme une simple plateforme de discussion pour « gamers », Discord est devenu un espace de mobilisation de nombreux jeunes de la génération Z, des 15-30 ans. À tel point que l’on peut se poser la question : Discord est-elle déjà un média ? Discord, on en parle beaucoup en ce moment à cause des mobilisations de la GenZ au Maroc ou à Madagascar. Elle a même pu être un élément à l'origine de la nomination d'une Première ministre au Népal, Sushila Karki, après des conversations puis des manifestations contre le pouvoir et enfin un vote la soutenant sur la plateforme. Discord a de très loin dépassé sa vocation de réunir des groupes de chat et des live sur des jeux vidéos. C'est devenu un média social où des gens d'une même génération se retrouvent par affinité, entre fans d'un même groupe ou d'une même thématique. Et c'est aujourd'hui un outil politique de contestation de la GenZ sur des sujets d'autant plus mobilisateurs qu'ils font consensus. C'est l'état déplorable de l'hôpital public à Agadir après la mort de huit femmes accouchées par césarienne alors que le royaume dépense des centaines de millions pour les stades de la Coupe du monde. Ce sont les coupures d'eau et d'électricité à Madagascar ou la corruption et l'interdiction de TikTok au Népal. Discord est la plateforme sur laquelle se sont retrouvées les discussions sur ces sujets. Le journal Le Monde en parle comme d'une « place Tahrir numérique ». À lire aussiMaroc : Discord, plateforme de lancement du mouvement GenZ qui secoue le royaume Cela rappelle le rôle qu’a joué Facebook lors des printemps arabes À chaque génération sa plateforme et c'est vrai qu'on retrouve sur Discord la dimension d'agora, de groupes affinitaires qui peuvent rapidement essaimer. On peut y partager des contenus ou des vidéos, y compris de désinformation. Mais la différence, c'est que le pseudonymat y est généralisé, que l'on ne cherche pas à l'exposition publique et qu'il y a un sentiment de liberté d'autant plus grand qu'il n'y a pas de verticalité de la plateforme, donc aucune censure. Ce sont juste des modérateurs issus des groupes qui mènent le jeu. Un peu comme dans une salle de classe, avec des délégués, mais pas de prof. La désinformation, quel est le risque ? On partage sur Discord du journalisme, mais on y retrouve aussi des fausses informations qui profitent de serveurs privés non indexés par les moteurs de recherche. On est comme dans une salle de réunion fermée. À chaque groupe de se modérer et de saisir la plateforme en cas de problème. La police infiltre certains groupes et comme la plateforme est américaine, elle peut donner accès aux discussions, par exemple de l'assassin de Charlie Kirk. On peut aussi l'utiliser pour relayer de l'information vérifiée, comme le fait Noël Tadegnon de Togocheck auprès d'un groupe de 300 personnes. AnalyseGénération Z: un mouvement de contestation exacerbé par l’effet miroir des réseaux sociaux
10/10/2025 • 02:47
L’accord conclu la semaine dernière aux États-Unis avec TikTok suscite l'inquiétude de Reporters sans frontières (RSF). Jeudi 2 octobre, l'ONG RSF a publié un communiqué dans lequel elle met en garde contre un décret autorisant TikTok aux États-Unis qui « ouvre la voie à un contrôle politique accru, cette fois de la part de la présidence Trump ». Pour rappel, Donald Trump est arrivé à s'entendre avec Pékin fin septembre sur un accord qui laisse au géant chinois au moins la moitié des bénéfices de la plateforme aux États-Unis, en échange de l'algorithme et d'une cession à bas coût de 80% de son capital. À bas coût, puisque le vice-président J.D. Vance parle d'une valorisation de 14 milliards de dollars pour TikTok USA, alors même que Perplexity, la start-up spécialisée dans l'intelligence artificielle, en avait proposé 50 milliards en début d'année. En réalité, la question qui se pose est de savoir si cet accord ne se fait pas en faveur de la promotion d'une idéologie, celle du trumpisme. Il faut toujours écouter Donald Trump quand il plaisante. « Si je pouvais, ce serait un algorithme 100% MAGA (Make America Great Again, c'est-à-dire son slogan Rendre sa grandeur à l'Amérique, NDLR) », a-t-il dit, avant d'assurer que ce n'était pas ce qui était prévu. Mais RSF relève que cet accord n'assure en aucun cas la neutralité idéologique de la plateforme, pas plus qu'il ne lui impose un régime de responsabilité éditoriale ou n'améliore la visibilité des contenus journalistiques. À lire aussiLa Chine et les États-Unis trouvent un accord sur TikTok, qui pourrait passer sous pavillon américain Les acquéreurs de cette filiale américaine de TikTok sont tous des amis de Trump Larry Ellison, le fondateur d'Oracle, Michael Dell, créateur du groupe informatique, et bien sûr Rupert et Lachlan Murdoch : tous sont des alliés de Donald Trump. Alors, même si le président assure qu'il n'y aura aucune orientation partisane, une telle coalition au nom de la protection des données des Américains peut vite se transformer en outil d'influence reposant sur les intérêts réciproques de la Chine et de la sphère MAGA. Il ne faut jamais oublier que TikTok est né d'une application, Toutiao, qui ultra-personnalisait et poussait les recommandations d'articles, comme l'a montré un documentaire d'Arte intitulé TikTok une plateforme sous influence. La présence de Rupert Murdoch n'est pas anodine Rupert Murdoch ne fait plus rien sans allier les affaires à une finalité idéologique. Il suffit de lire les éditoriaux et les tribunes du Wall Street Journal, la bible des milieux économiques qui lui appartient. On mesure à quel point le climato-scepticisme s'empare de ses médias. Le climatologue renommé Michael Mann estime même que l'empire médiatique de Murdoch est devenu « la plus grande source de désinformation concernant le Covid et le climat ». Si TikTok favorise une telle vision, avec sa puissance addictive, ce sont près de 160 millions d'Américains qui risquent d'être sous influence. À lire aussiTikTok : l'UE ouvre une enquête sur le stockage de données personnelles en Chine
04/10/2025 • 03:17
Le rapport de la Cour des comptes épingle la gestion de France Télévisions. C'est « une situation financière préoccupante » qui a été dépeinte mardi par la Cour des comptes. L'entreprise, qui reçoit plus de 2,5 milliards d'argent public, est en déficit, avec une perte d'exploitation de 50 millions d'euros en 2025. C'est dû à la baisse tendancielle du concours de l'État, moins de 161 millions entre 2018 et 2022, mais aussi au fait que les recettes publicitaires ont profité d'un effet d'aubaine au moment des Jeux olympiques, en 2024. En réalité, écrit la Cour des comptes, face à « la situation financière critique » du groupe, il faut revenir sur l'accord collectif, en vigueur depuis douze ans, qui distingue 160 métiers, limite leur polyvalence et freine l'évolution des compétences. Ce sont donc des réformes structurelles qui sont demandées ainsi qu' « une trajectoire financière réaliste », après des « orientations contradictoires » ces deux dernières années de la part de l'État. Vers de nouvelles coupes ? Un rapport publié à un moment où l'exécutif songe à de nouvelles coupes. La semaine dernière, Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, a révélé que le gouvernement Bayrou prévoyait un « effort supplémentaire de 65 millions d'euros » pour 2026. Iris Bucher, la présidente du syndicat des producteurs, a alors sorti sa calculette : une soixantaine de millions, ça veut dire en moins « 85 épisodes de 52 minutes, une quarantaine de soirées par an, ou, pour le résumer, une case de fiction sur France Télévisions ». Comme le nouveau premier ministre Sébastien Lecornu cherche des économies, le président de l'Arcom, Martin Ajdari, a mis en garde contre des coupes trop brutales. Et le patron de TF1, Rodolphe Belmer, s'est dit « très mobilisé », car il sait que le dynamisme de sa filière dépend des investissements de France Télé dans la fiction, qui représente le tiers des budgets. Cela intervient à un moment où France Télévisions est dans le collimateur de l'extrême droite. Sur fond d'accusation de connivence avec le Parti socialiste de deux chroniqueurs, Patrick Cohen et Thomas Legrand, les médias de Vincent Bolloré tirent à boulets rouges sur France Télévisions et Radio France. Les deux groupes ont répliqué et Delphine Ernotte a même parlé de « chaîne d'extrême droite » à propos de CNews. Aussitôt, Marine Le Pen l'a qualifiée de « militante très marquée à gauche » et a demandé son départ. Il faut rappeler que le RN souhaite la privatisation de l'audiovisuel public, et cela, pour une bonne raison, c'est que cet audiovisuel est au sommet des audiences et que c'est la première source d’information des Français. C'est encore la Cour des comptes qui le dit. À lire aussiLa Cour des comptes alerte sur la «situation financière critique» de France Télévisions
26/09/2025 • 02:46
Le festival de fiction de la Rochelle 2025 porte un thème dominant pour cette édition : le regard dans le rétroviseur. La plupart des grandes fictions événements en présentation à La Rochelle sont tournées vers le passé. Que ce soit un passé ancien avec Merteuil pour HBO Max dans le XVIIIᵉ siècle des Liaisons dangereuses, ou Montmartre, grande production internationale pour TF1 et Disney sur les cabarets de la Belle Époque, fin XIXe. Ou encore Les Sentinelles pour Canal + qui revisite la Première Guerre mondiale avec de la science-fiction dans un univers dystopique entre Enki Bilal, Terminator et Star Wars. Des séries historiques dans laquelle se place aussi Eté 36 de TF1 qui sortira l'an prochain après Montmartre. Dans les tournages à venir, on peut citer aussi les séries La Comtesse de Monte Cristo, avec Audrey Fleurot sur TF1, Nero avec Pio Marmaï, sur Netflix, qui rend hommage aux films de cap et d'épée avec une touche de modernité. Ou encore les films Quasimodo sur Netflix ou Résistantes sur France Télévisions durant l'Occupation. Et pourquoi ce goût pour les séries ou les fictions historiques ? Le passé, ce sont des décors, des costumes, donc c'est assez coûteux. 15 à 20 % de plus sur le budget d'un film, selon la réalisatrice de Merteuil, Jessica Palud. Or les producteurs français ont depuis peu l'apport des plateformes de streaming - 136 millions l'an dernier. Et ces géants cherchent à se démarquer avec des séries faites en France, mais au cachet international comme Montmartre avec Disney + ou Merteuil avec HBO Max. Et puis il y a une autre explication soufflée par Charly Kodjo, le producteur ivoirien d'Ebinto qui se déroulait dans les années 1970, c'est que c'est en regardant dans le rétroviseur qu'on comprend qui on est quand on ne sait pas très bien où l'on va. Charlie Kodjo prépare Afronautes, une uchronie, un rêve imaginant que les Africains aient réalisé la conquête de l'espace en 1962 et pris ainsi de l'avance sur le reste du monde. Le passé des fictions peut être plus contemporains On le voit avec Quiproquo, une série qui s'intéresse à la disparition d'un enfant dans la crise sociale des années 1990 pour la RTBF, la télé belge. On le verra aussi sur France Télévisions avec Mitterrand confidentiel, une mini-série sur la vie de l'ancien président. Mais aussi avec le téléfilm Monsieur, avec Jean-Pierre Darroussin, une enquête de police où l'on est plongé dans la campagne du nord dans le sillage de vieilles Peugeot filmées par drone. Enfin, Disney+ réussit un pari audacieux avec les Disparues de la gare, qui se situe à Perpignan avant et après l'an 2000. Car l'affaire qui s'étend sur deux décennies n'est pas tout à fait close. À lire aussiFestival de la fiction TV de La Rochelle
19/09/2025 • 02:58
Alors que Vincent Bolloré pourrait racheter le quotidien français Le Parisien, très populaire dans l'Hexagone, cette perspective suscite l'inquiétude des salariés du journal. Sa rédaction a-t-elle les moyens de s'opposer à une telle perspective ? Jeudi 11 septembre, les 474 salariés du Parisien et son édition nationale Aujourd'hui en France ont voté à l'unanimité un texte qui s'oppose au « projet de vente du Parisien au groupe Bolloré » et qui dénonce le mutisme de leur direction. Si ses enfants paraissent ne pas tous être sur la même longueur d'onde, il semble que Bernard Arnault soit lui, en effet, bien décidé à faire affaire avec Vincent Bolloré en lui vendant le quotidien. Les deux hommes se côtoient, s'apprécient, et sont même allés ensemble, il y a un an, au Puy-du-Fou de Philippe de Villiers, selon Le Nouvel Obs. Après s'être opposés sur le contrôle du groupe Lagardère, en 2020, ils sont tombés d'accord. Bolloré a fini par avoir Lagardère, donc Europe 1 et Le Journal du Dimanche, tout en cédant Paris Match à LVMH. C'est à la fin juin, à Saint-Tropez, que les deux milliardaires se sont vus pour discuter du rachat du Parisien. L'affaire permettrait à Bernard Arnault de se retirer d'un quotidien qui ne cesse d'accumuler les pertes : le chiffre de plus de 500 millions d'euros en dix ans est évoqué. Du côté de Vincent Bolloré, la prise de contrôle du Parisien serait un levier d'influence précieux dans son empire médiatique. Un rachat qui suscite l'effroi en interne Mais au sein du journal, un tel rachat suscite l'effroi pour des raisons idéologiques. Vincent Bolloré est, en effet, connu pour mener un combat civilisationnel contre l'islamisation de la société et l'immigration et pour apporter son soutien à des figures d'extrême droite, telles que Jordan Bardella ou Éric Zemmour. Sa méthode consiste toujours à mettre des hommes à lui pour imposer sa ligne éditoriale et à faire partir les journalistes qui ne s'y retrouvent pas. Pendant quelque temps, on a cru qu'il pouvait y avoir des exceptions, comme au sein du groupe Prisma qui édite Capital ou GEO. Mais en définitive, Vincent Bolloré vient d'étendre les pouvoirs de Serge Nedjar, le patron de CNews, en le nommant à la tête des rédactions de l'ensemble du groupe de presse. Au Parisien, on redoute donc cette vente qui serait en complète contradiction avec les valeurs de neutralité de ce journal né de la Résistance. Freiner l'appétit de Vincent Bolloré, une tâche impossible en l'état Reste que les journalistes du quotidien n'ont pas vraiment les moyens de s'opposer à une telle perspective. S'il existe une vieille règle anti-concentration selon laquelle on ne peut pas être à la fois propriétaire d'une chaîne de télévision, d'une radio et d'un quotidien national, il suffira à Vincent Bolloré d'arrêter Aujourd'hui en France pour n'être plus acquéreur que d'un quotidien régional. Faute d'un droit d'agrément demandé par les journalistes, il est donc impossible de freiner l'appétit de Vincent Bolloré dans les médias et leur instrumentalisation idéologique au mépris des rédactions comme des lecteurs. À lire aussiUn « petit livre » pour « sauver l’information de l’emprise des milliardaires »
12/09/2025 • 02:59
Avec le rachat du groupe ProSiebenSat.1 par MediaForEurope, le paysage audiovisuel européen est en pleine recomposition. MediaForEurope ou MFE, auparavant connu sous le nom de Mediaset, regroupe les chaînes italiennes Canale 5, Italia 1, TGCom24, ainsi que les chaînes espagnoles Cuatro et Telecinco. Sous l'impulsion de Pier Silvio Berlusconi, le fils de l'ancien président du conseil italien, cet ensemble italo-espagnol s'est donné un objectif : prospérer en Europe et faire jouer les synergies entre les pays. Le père, Silvio Berlusconi, avait échoué en France avec La Cinq au milieu des années 1980. Le fils, lui, a réussi à s'étendre en Allemagne. Il a pris jeudi 4 septembre le contrôle de plus de 75% du capital de ProSiebenSat.1, le deuxième groupe privé de l'audiovisuel allemand, avec ses chaînes ProSieben, KabelEinz et la plateforme de streaming Joyn, qui compte huit millions d'abonnés. Le groupe a également des positions fortes en Autriche et en Suisse, ce qui permet à Pier Silvio Berlusconi de se hisser à la tête d'une sorte d'empire romain germanique de 210 millions d'habitants. Et de fait, avec ProSiebenSat.1, MediaForEurope devient le premier acteur audiovisuel en Europe, avec près de sept milliards d'euros de chiffre d'affaires, devant RTL Group et la BBC. L'influence des plateformes américaines Netflix, Amazon Prime, Disney+ ou HBO Max sont des menaces pour les acteurs européens. Pour l'emporter, MediaForEurope, qui détenait déjà le tiers de ProSieben, n'a pas hésité à améliorer son offre face au deuxième actionnaire, un groupe tchèque. Il aura ainsi la main sur 20 millions d'abonnés au streaming grâce à Joyn et sa propre plateforme Infinity. Mais l'idée est aussi notamment de disposer d'un catalogue d'œuvres et de formats, et de les faire circuler d'un pays à l'autre. Le populisme dont la télé de Berlusconi est capable, avec d'éventuelles atteintes à l'indépendance des rédactions, inquiète le gouvernement allemand. Mais Pier Silvio Berlusconi l'a juré : ce sera une offre locale, respectueuse de l'information, encore plus adaptée au public allemand, avec davantage d'actualités et moins d'adaptations de formats. Les dirigeants d'Arte veulent aussi une plateforme européenne, mais publique Bruno Patino, le patron d'Arte France, parle de « pièce manquante » dans les audiovisuels publics européens : une plateforme européenne qui défende des regards, des cultures et un espace public commun. Arte.tv est déjà en sept langues et partenaire de douze chaînes publiques. Selon Boris Razon, son directeur éditorial, c'est « de l'art et non du commerce », mais il lui faut de l'argent public. À lire aussiLa stratégie d'hyperdistribution des grands opérateurs audiovisuels français
05/09/2025 • 02:55
Nous parlons aujourd'hui des journalistes palestiniens tués à Gaza par l'armée israélienne. Plus de 210, selon Reporters sans frontières, qui appelle à une mobilisation des médias le 1er septembre. Une « mobilisation d'ampleur » : c'est dans ces termes que l'ONG Reporters sans frontières (RSF) a appelé jeudi 28 août les médias du monde entier à réagir face à ce qui ressemble de plus en plus à une tuerie de masse de journalistes, dans une échelle sans précédent. Plus de 210 journalistes tués, dont au moins 56 ciblés par l’armée israélienne ou tués dans l’exercice de leur travail. En juin, l'association avait déjà réuni 200 médias pour appeler à protéger les journalistes de ce massacre. Mais depuis le 10 août et la frappe qui a tué six journalistes, dont le correspondant d'Al Jazeera Anas al-Sharif, on constate que ce sont des groupes entiers de reporters qui sont ciblés. Lundi, cinq journalistes ont été tués dans une autre frappe, double celle-là, sur l'hôpital Nasser, dans le centre de Gaza. Parmi eux des collaborateurs des agences Reuters et AP. Et c'est ce qui a conduit les ONG RSF et Avaaz à mobiliser 150 médias du monde. Faire pression sur les dirigeants du monde pour forcer Israël Ces organisations demandent à faire pression sur les dirigeants du monde, pour qu'ils appellent Israël à cesser ses crimes contre les journalistes, également pour permettre des évacuations et un accès indépendant à la presse internationale. L'appel est signé par Mediapart et L'Humanité en France, Le Soir et La Libre Belgique, le Frankfurter Rundschau en Allemagne, The Independent au Royaume-Uni, L'Orient-Le Jour au Liban, mais aussi la radio et télévision publique espagnole. À lire aussiLes journalistes gazaouis en colère contre l'indifférence générale, mais déterminés à continuer à raconter Un clivage dans les médias Il y a malgré tout un clivage dans les médias sur cette question. On comprend pourquoi en lisant un article du média israélien +972. Il montre qu'une cellule secrète dite de « légitimation » du renseignement militaire israélien vise à réunir des éléments contre des journalistes locaux prétendument liés au Hamas. Elle a œuvré pour faire du journaliste assassiné Anas al-Sharif, prix Pulitzer et vedette d'Al Jazeera, un bras armé du Hamas jusqu'en 2017, ce que contestent la chaîne et les organisations de journalistes. Cette cellule vise donc à jeter le discrédit sur les reporters palestiniens. Avec un crescendo : au début, Israël faisait mine de mener une enquête, comme quand la présentatrice d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh a été tuée à Jénine, en 2022. Ensuite, il cible et discrédite les photo-reporters et cameramen palestiniens. Enfin, il en arrive à assumer des assassinats ciblés de journalistes. Une photographe canadienne de Reuters, Valérie Zink, a préféré démissionner cette semaine plutôt que de cautionner les pratiques de son agence de presse comme d'AP ou des grands journaux américains (New York Times, Washington Post). Des pratiques qui consistent à reprendre, malgré les faits, la propagande d'Israël. À lire aussiGaza: vingt morts dont cinq journalistes dans une frappe israélienne sur l'hôpital Nasser de Khan Younès
29/08/2025 • 03:23
Le décès lundi en direct du streamer français connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, 46 ans, au centre de vidéos le montrant se faire tabasser ou humilier sur la plateforme Kick, soulève de nombreuses questions. Après sa mort, la ministre déléguée chargée du Numérique, Clara Chappaz, a saisi l’Arcom, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Un streamer français, une plateforme australienne, un représentant légal à Malte. On a là tous les ingrédients de ce qui fait horreur à la régulation européenne. C'est d'ailleurs à la suite d'une requête du régulateur allemand en janvier que la plateforme Kick a désigné son représentant légal maltais, requête dont son homologue l'Arcom a été informée. Si on ajoute à cela qu'un article de Mediapart avait déjà dénoncé en décembre les sévices et les humiliations que subissait sur Kick Raphael Graven, alias Jean Pormanove, on peut se demander avec le directeur et éditorialiste du Parisien, Nicolas Charbonneau « À quoi sert l'Arcom ? ». D'autant que cet article avait donné lieu à l'ouverture d'une enquête préliminaire du procureur de Nice, et que la Ligue des droits de l'homme avait déjà saisi le régulateur français. « L'Arcom, écrit l'éditorialiste, toujours prompte à sanctionner le moindre faux pas télévisuel, serait-elle plus sourde et aveugle quand il s'agit de fouiller dans ce que le web recèle de plus abject ? » L'Arcom aurait-elle pu empêcher les costreamers présents avec Jean Pormanove de se filmer en direct ? Précisons déjà que le rapport d'autopsie exclut l'intervention d'un tiers et impute le décès à des causes médicales et/ou toxicologiques. On n'est donc pas dans le cas de ce qu'a connu la Thaïlande en 2017 quand un père avait tué sa fille sur Facebook Live avant de se suicider. Ou même la Russie en 2020, quand un homme avait fait mourir de froid sa compagne en direct en l'exposant à un froid glacial en sous-vêtement. Mais c'est vrai que les violences répétées subies par Jean Pormanove, le fait aussi qu'un handicapé présent à ses côtés en soit victime, tout cela concourt à l'exigence d'une intervention dans l'urgence. Or l'Arcom n'est pas adaptée à une situation d'urgence. L'institution, qui a été créée en 2022 justement pour réguler les plateformes de streaming et lutter contre les contenus illicites, ne peut au mieux que saisir un juge, et c'est alors le temps judiciaire qui s'impose. Reste qu'elle ne l'a pas fait, et c'est là toute sa responsabilité. Absence de régulation La plateforme Kick tire aussi profit de son absence de régulation. C’est parce qu'elle est non européenne, qu'elle est difficile à arrêter. Mais il faut bien voir que son modèle économique repose sur l'absence de modération. On peut tout voir sur Kick, même un débat avec un néonazi, selon Libération. Or cette plateforme est d'autant plus dangereuse qu'elle ne perçoit qu'une commission de 5% sur les recettes des créateurs, contre 40 à 50% sur Twitch, sa grande rivale, dont Kick fait déjà le tiers de l'audience en France. À lire aussiLa régulation des réseaux sociaux, nouvel enjeu de politique internationale
22/08/2025 • 03:00
La loi sur les lanceurs d'alerte doit être votée lundi 18 août à l'Assemblée nationale sénégalaise. Cela faisait partie des promesses des promesses de campagne de Bassirou Diomaye Faye avant son accession à la présidence en avril 2024. C'est aujourd'hui dans un corpus de lois plus large visant à lutter contre la corruption et à renforcer la transparence de la vie publique que s'inscrit ce texte sur la protection des lanceurs d'alerte. Un texte historique puisque le Sénégal serait le premier pays francophone d'Afrique subsaharienne à se doter d'une telle législation qui protège sur le plan juridique et sécuritaire les personnes qui dénoncent des faits d'intérêt public. À quel type de dénonciations peut-on songer ? On a vu des lanceurs d'alerte sur des terrains variés en Afrique. Cela va de la déforestation illégale au Mali avec Amadou Traoré, à la violation des sanctions américaines en RDC avec Navy Malela, en passant par la désinformation russe en République centrafricaine avec Ephrem Yalike-Ngonzo. Mais le plus souvent, ce sont des affaires de corruption d'État qui sont dénoncées. On pense à Bianca Goodson en Afrique du Sud ou à Biswick Kaswaswa au Malawi. C'est d'ailleurs dans ce domaine des infractions économiques que se concentre le projet de loi sénégalais. La plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique demande qu'il soit élargie à la santé, à l'environnement et aux droits humains. Elle veut aussi que le texte sécurise davantage les canaux de signalement, qu'on distingue les lanceurs d'alerte des personnes mises en cause pour corruption dans un texte de loi à part, ou qu'on étende la protection contre les représailles à ceux qui ont facilité la divulgation comme les journalistes ou les ONG. À lire aussiDésinformation russe en Centrafrique: Ephrem Yalike, le repenti de l’Oubangui Cette initiative s'inscrit dans un effort de moralisation de l'information On l'a vu en février, lors de la nouvelle procédure pour plus de transparence qui a conditionné l'enregistrement en tant que média à l'emploi de journalistes. Cela a permis d'autoriser 260 médias mais d'en écarter 280. Reporters sans frontières (RSF) constate aussi que les médias publics s'efforcent, depuis l'arrivée du nouveau pouvoir, de donner la parole à tous les courants politiques. Quant aux médias privés, ils doivent compter avec une nouvelle loi sur la publicité qui en renforce la régulation. Ces changements sont salués par RSF, qui note par ailleurs que les différends ne manquent pas avec les éditeurs de presse. En témoigne une « journée sans presse » il y a un an, afin de protester contre la décision du Premier ministre Ousmane Sonko d'annuler l'effacement de la dette fiscale des entreprises de presse décidée sous Macky Sall. Deux quotidiens sportifs avaient ensuite mis la clé sous la porte. À lire aussiSénégal: le journaliste Bachir Fofana en garde à vue, «une mesure disproportionnée et alarmante»
16/08/2025 • 02:54
La ligue de football professionnel lance sa chaîne le 15 août. Elle sera entièrement dédiée au championnat de France. Selon la Ligue de football professionnel, cette chaîne entièrement dédiée au championnat de France est une première mondiale. Le nom de cette chaîne, Ligue 1 +, montre bien que l'ambition est d'en faire une plateforme à part entière. Ligue1+, « un gage de qualité » mais aussi, selon Nicolas de Tavernost, l'ancien patron de M6 aujourd'hui directeur général de LFP Media, « ce que frigidaire est au réfrigérateur ». Alors, non pas qu'on y verra du froid, des matchs en différé, puisqu'on y trouvera la totalité des matchs en direct, à l'exception de celui du samedi 17h qui reste sur BeIN Sports. Non, plutôt parce que la Ligue 1 aura une chaîne à son nom, qui lui ressemblera, qui sera à l'image des clubs qui la composent. On y retrouvera les matchs, mais aussi des magazines et des documentaires produits par Mediawan comme une série immersive de six épisodes consacrée au Paris FC, le nouveau club de Ligue 1. De nombreux déboires Cette création intervient après pas mal de déboires pour le diffuseur de cette compétition. Vincent Labrune, le président de la Ligue, avait claironné qu'il voulait atteindre le milliard d'euros pour la Ligue 1. En 2020, après s'être engagé à payer ce montant, le groupe Mediapro a lancé sa chaîne, mais il n'a pas pu engranger assez d'abonnés et il a dû déclarer forfait. Amazon et Canal+ ont suivi, puis DAZN, une plateforme britannique qui, pour 400 millions d'euros, a lancé sa chaîne l'an dernier à près de 30 euros avec engagement, mais elle n'a pas pu réunir plus de 600 000 abonnés et elle a, elle aussi, été incapable d'aller au bout de son contrat. Avec des prix élevés, ce diffuseur a très vite constaté un haut niveau de piratage ainsi que les réticences de certains clubs à la lui fournir l'accès aux avant-matchs et aux joueurs. Évidemment, ce sera plus simple si c'est la Ligue elle-même qui diffuse. À lire aussiLigue 1+, une nouvelle chaîne pour un foot français qui veut sortir de la crise des droits TV Prix contenus et hyperdistribution Cette fois, les prix sont attractifs. C'est la moitié de ce que demandait DAZN, soit 15 euros par mois et même 10 euros pour les moins de 26 ans. Ainsi, la Ligue espère enrayer le piratage. Elle a choisi la voie de l'hyperdistribution, ce qui veut dire qu'elle n'aura pas un partenaire exclusif et sera partout : sur les box des opérateurs télécoms, les applis de streaming, les télévisions connectées et les consoles de jeux. L'objectif est d'atteindre 1 million d'abonnés et 2,5 millions dans quatre ans. La chaîne coûte 66 millions à produire, ce qui fait qu'elle peut être rentable. Mais la grande inconnue est de savoir si elle générera suffisamment d'argent pour faire vivre les clubs. Et ça, c'est loin d'être gagné. Nicolas de Tavernost reconnaît lui-même qu'il y aura deux années difficiles. À lire aussiFoot/Droits TV: la Ligue rompt avec DAZN, ouvrant un abîme d'incertitudes
11/07/2025 • 02:45