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METACLASSIQUE

la musique classique et au-delà Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Titres

Metaclassique #272 – Ausculter
Au début du 19è siècle, le goût pour les contrastes dynamiques semble s’être généralisé au point que les nuances extrêmes et les sauts entre pianissimo et fortissimo passent dans le langage musical usuel. Dans la même période, on semble porter une attention de plus en plus soutenue à l’homogénéité de la couleur de la voix ou d’un instrument dans tous les registres de sa tessiture. Dans un contexte qui passe volontiers les questions d’expression au crible des connaissances scientifiques, l’Académie des Sciences s’en mêle en lançant en 1840 un appel pour que les chercheurs à donner des explications anatomiques, acoustique et physiologiques au mécanisme de la voix humaine. Les mémoires et traités sur la voix fleurissent, les médecins et les profs de chant croient parler de la même chose alors que sans doute pas tout à fait. Parmi eux, il y en a un qui est à la fois médecin et professeur de chant au Conservatoire, Manuel Garcia fils qui va pousser l’investigation jusqu’à développer un « laryngoscope » pour examiner le fonctionnement du larynx en train de chanter. Ledit « laryngoscope » est devenu un objet patrimonial qui a été acquis par la Villa Viardot, du nom de Pauline Viardot, la sœur de Manuel Garcia fils. Et c’est justement à la Villa Viardot à Bougival, à l’occasion de sa réouverture au public après sa restauration que le Centre Européen de Musique a offert à Metaclassique le soin d’inaugurer ses salons pour enregistrer cette émission pour offrir un premier événement à la mesure de ses enjeux : l’histoire du laryngoscope et, à travers lui, des débats scientifiques qui entouraient la voix lyrique à la grande époque du bel canto. Pour ce faire, nous accueillons Michèle Castellengo, chercheuse CNRS au Laboratoire d’Alembert qui a signé, en 2015 aux éditions Eryolles Ecoute musicale et acoustique, mais aussi l’historien du chant Pierre Girod qui enseigne à l’Université de Toulouse et Alessandro Patalini qui enseigne le chant au Conservatoire Frescobaldi de Ferrara et qui a édité « I dodici terzetti notturni senza accompagnamento di Manuel Garcìa Sr. » Et puis, en fin d’émission, nous recevrons celui sans qui nous ne pourrions être dans cette Villa Viardot : le président-fondateur du Centre Européen de Musique, Jorge Chaminé qui est à l’origine de la restauration de la Villa Viardot et de l’acquisition du laryngoscope de Manuel Garcia fils. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Autres numéros de Metaclassique conçus en complicité avec le Centre Européen de Musique : #122 – Vénérer, #141 – Ancrer et #178 – Européaniser. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60:02 17/04/2024
Metaclassique #271 – Revisiter
Quand on visite un appartement, on regarde les dimensions et, si tout va bien, on se projette sur ce qu’on pourrait faire dedans. Quand on visite une œuvre musicale, c’est presque pareil, au mur porteur près. Mais quand on re-visite, c’est qu’on veut aller encore un peu plus loin dans la projection et pourquoi pas même envisager quelques aménagements, le coût des travaux, le recours aux artisans qui vont pouvoir nous accompagner dans le réaménagement des lieux… Et, dans le genre, en musique, on peut même revisiter le répertoire par l’improvisation, réviser la pédagogie par la création , revisiter les jeux olympiques par le piano. Metaclassique est installée dans l’Auditorium du Lycée Paul Eluard de Saint-Denis pour un enregistrement en public d’un numéro « Revisiter » : dans le cadre de la deuxième Biennale de piano collectif : en partenariat avec la Maison de la Musique Contemporaine, on se posera la question de la création dans les conservatoires – dont on va pouvoir entendre trois applications directes avec les étudiants des Conservatoires de Saint-Denis et de Clermont-Ferrand qui revisitent le Concerto en sol de Maurice Ravel, les jeunes élèves du Conservatoire d’Emmanuelle Tat au Conservatoire de Pierrefitte qui revisitent quelques disciplines olympiques, les élèves du Conservatoire du 15ème arrondissement à Paris et, pour commencer, cinq pianistes du Conservatoire de Brest dans Trois Sonates avec Interludes improvisés de John Cage. Précédent numéro de Metaclassique enregistré dans le cadre de la Biennale : #161 – Multiplier Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60:02 10/04/2024
Metaclassique #270 – Réconcilier
Un compositeur pourrait être un phare pour un autre et lui écrire : « vous êtes à un virage extrêmement important dont je m’estime être le panneau signalisateur. Vous pouvez brûler ce panneau et passer outre mais j’ai l’intention, vis-à-vis de vous, de faire mon devoir jusqu’au bout. » Une manière de lui renvoyer la pareille est, en miroir, pour le compositeur qui reçoit le panneau signalisateur de lui-même faire feu d’avertissement, en lui répondant : « Vous êtes si vivement intelligent que vous vous trompez plus radicalement que la moyenne. Vous voyez, vous raisonnez puis vous cessez d’observer. » Ces phrases en équilibre entre estime et défiance sont extraites de lettres que se sont échangées, à la fin des années 1950, Pierre Schaeffer et Iannis Xenakis. Le premier avait fondé une dizaine d’années plus tôt la « musique concrète ». Le second venait de réaliser Concret PH pour le pavillon Philips de l’exposition universelle de Bruxelles. Deux compositeurs qui partageaient le point commun d’avoir été formé à Polytechnique, qui avaient certainement une grande conscience de l’importance de l’autre, mais qui n’avaient pas la même conception des rapports entre musique et science. Pour tenter de comprendre les tenants et aboutissants de la querelle, de reconstituer les raisons et les sentiments qui ont alimentés la brouille entre les deux compositeurs, Metaclassique est installé cette semaine dans l’espace musique de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou pour accueillir deux témoins : Jacqueline Schaeffer qui a été la compagne de Pierre Schaeffer de 1959 jusqu’à sa mort, en 1995 et Mâkhi Xenakis, la fille de Iannis Xenakis, mais aussi deux musicologues qui se sont intéressés à l’un et l’autre des compositeurs : côté Xenakis, Pierre Carré et côté Schaeffer, Nicolas Debade. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Autre émission consacrée à Iannis Xenakis : #147 – Foncer. Autres émissions évoquant Pierre Schaeffer : #14 – Traduire, #100 – Cristalliser et #226 – Reluder
60:01 03/04/2024
Metaclassique #269 – Badiner
Au milieu du 18ème siècle, la cour vient chaque année à Fontainebleau où des ouvrages des grandes stars lyriques de l’opéra de l’époque sont créés. Mais il en est un qui fait exception, parce qu’il est chanté en langue d’oc. C’est en 1754, le compositeur Mondonville écrit et compose Daphnis et Alcimadure, les aventures de deux personnages connus des lecteurs de Jean de la Fontaine  vont permettre une pastorale, où les bergers se voient réservés le droit d’exprimer le sentiment de l’amour. Quelques décennies avant le romantisme, il était encore possible de conjuguer sentimentalité et légèreté, pour ne pas dire badinage, dans une musique qui sent bon la campagne mais qui a quelques bonnes raisons de prendre des manières musicales au goût italien, à l’heure où la Querelle des Bouffons est sur le point de se terminer… C’est bien pour décliner le verbe « Badiner » que ce Metaclassique vous propose d’écouter de nombreux extraits de cette pastorale languedocienne et nous la faire raconter par le directeur musical de l’orchestre Les Passions, Jean-Marc Andrieu et la musicologue Bernadette Lespinard. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:01 27/03/2024
Metaclassique #268 – Greiffer
Quand un compositeur cite un thème qui n’est pas de lui, cela peut être la preuve qu’il l’aime bien ou qu’il veut en découdre avec une force de vérité qui lui résiste ou qu’il s’apprête à puiser n lui des ressources plus ou moins identifiables… à moins que le langage musical se trouve en ruines et qu’il n’y ait donc plus rien à faire qu’à piocher. Avec le compositeur Olivier Greif, on tient un cas où les citations et les références au patrimoine musical empruntent sans doute à tout ça. Pour entrer dans le dédale des citations, pour fouiller dans le feuilleté des motivations du compositeur à saisir la musique des autres et pour aller jusqu’à prendre ce qui peut se passer entre des fragments venus d’ailleurs là où ils sont mis ensemble, coupés, dilapidés, étirés…, nous recevons dans le Salon Mahler de la Bibliothèque La Grange Fleuret, la musicologue et violoncelliste Anne-Elise Thouvenin, la musicologue et romancière Sarah Léon et le t chef de chœur Felix Bonati qui ont tous les trois contribué au dossier « Olivier Greif d’éclat et de couleur » coordonné par Brigitte François-Sappey et Etienne Kippelen dans le numéro 39-40 de la revue Euterpe édité par l’association des Amis de la musique française. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:01 20/03/2024
Metaclassique #267 – Schématiser
Dans Machina memorialis, l’historienne Mary Carruthers compare les palais de la mémoire et autres lieux mnémoniques aux dents et roues d’une machine qui « permettent à l’ensemble de la structure de s’ébranler et de fonctionner. » Par extension, quand on voit un théoricien faire un schéma au cours d’un raisonnement, ce n’est peut-être pas seulement pour résumer, synthétiser et éclaircir sa pensée, c’est sans doute aussi pour créer quelques balises entre lesquelles il reste à refaire le chemin. Schématiser peut alors devenir une méthode poétique pour circuler dans un corpus, en fixant des crans et en sollicitant la fantaisie pour évoluer de l’un à l’autre. C’est le principe qui a permis l’élaboration de ce Metaclassique avec les étudiantes de la classe de Métiers de la culture musicale du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, auquel se sont joints quelques étudiants de l’ENS de la rue d’Ulm à Paris pour aller et venir dans la musique, les dits et les écrits du compositeur André Jolivet. Avec les aimables participations de la schématologue Juliette Green et de l’accordéoniste Vincent Lhermet. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Autres émissions enregistrées avec des élèves de conservatoires ou d’universités : #21 – Convertir, #61 – Néologiser, #72 – Déconfiner, #125 – Ruisseler, #164 – Vocaliser, #170 – Barrer, #219 – Buzzer, #223 – Surveiller et #258 – Modeler.
60:15 13/03/2024
Metaclassique #266 – Réciter
Extrait de « Comment s’en sortir sans sortir » (réalisé par Raoul Sangla) En public, les poètes font des lectures ou des performances. Le poète Ghérasim Luca avait, pour sa part, consacré le terme de « Récital » pour des lectures où la part de la profération donnait corps à la « cabbale phonétique » que ses lecteurs avisés viennent attester à travers des assonances qui, plus superficiellement, pourraient passer pour de seuls jeux de mots. Pour entrer dans le dédale de ces jeux, Metaclassique a proposé à Patrick Beurard-Valdoye de nous conduire à la découverte de Gherasim Luca, des origines de son nom jusqu’à son goût peut-être programmatique pour le Bolero de Ravel en passant par son suicide. Nous entendrons aussi Thierry Garrel, très proche ami du poète à qui l’on doit la production du récital télévisuel « Comment s’en sortir sans sortir » réalisé par Raoul Sangla qui a valu à Gherasim Luca d’avoir une pleine heure d’antenne sur la chaîne de télévision La Sept en 1988 et Bertrand Fillaudeau qui, aux éditions Corti, a publié les textes de Luca de 1982 jusqu’après la mort du poète, en 1994. Des textes que nous avons donnés à lire et analyser à quelques élèves de l’ENS de la rue d’Ulm et des Beaux-Arts de Paris. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. A la mémoire de Serge Martin (1954-2024) qui avait piloté le numéro de la revue « Europe » consacré à Ghérasim Luca.
60:01 06/03/2024
Metaclassique #265 – Percer
La Danse (détail) tenture des Sujets de la Fable (1684) Quand on a commencé à jouer sur instruments d’époques, il n’y avait pas beaucoup d’époques. Pendant que des orchestres se spécialisent dans le jeu sur instruments baroques et d’autres sur instruments romantiques, les recherches découvrent certaines lacunes. Et alors que les parties de hautbois de l’opéra Atys de Lully sont une page d’anthologie pour l’instrument, elles viennent d’une époque pour laquelle on connaît beaucoup moins la facture des hautbois. Non seulement les hautbois des années 1670 étaient bien différents des hautbois baroques consacrés du début du 18ème siècle, sans compter que ce qu’on savait des hautbois baroques depuis qu’on s’est remis à jouer de la musique baroque supposaient des adaptations de doigtés qui ont fini par infléchir et biaiser les copies d’ancien desdits hautbois. Pour mieux saisir l’enchevêtrement des problèmes qui se posent à qui veut retrouver le son des hautbois d’Atys de Lully, Metaclassique vous propose d’entendre la chercheuse Lola Soulier, mais aussi les hautboïstes Neven Lesage, Anabelle Guibeaud et Krzystof Lewandowski, mais encore le facteur de hautbois Olivier Clémence, ainsi que le musicologue Benoît Dratwicki, directeur artistique du Centre de Musique Baroque de Versailles où cette émission a été intégralement enregistré. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:02 28/02/2024
Metaclassique #264 – Portraiturer
L’idée de « portrait musical » a l’attrait du paradoxe. Depuis que Carl Dahlhaus l’a énoncé au plus clairement dans L’Idée de la musique absolue, il est comme établi que l’âge romantique ayant fait de la musique un absolu qu’il a fini par instaurer une sorte de déconsidération systématique à l’endroit de la force de la musique à raconter des histoires ou représenter des personnages. Ce qui explique peut-être que le genre du « portrait musical » est resté un angle mort de l’histoire de la musique et de la musicologie. C’est donc pour remédier à l’étrange déficit de recherches sur le portrait en musique qu’au mois d’octobre 2022, Fabienne Bercegol et Frédéric Sounac ont organisé à l’Université de Toulouse deux journées d’étude consacrées au portrait musical qui brossaient trois siècles de musique : de Couperin à Chick Corea en passant par Mozart, Schubert, Francis Poulenc ou encore Pierre Boulez. Ces deux journées ont été intégralement capté par Metaclassique – ce qui va vous permettre d’entendre, au cours de l’heure qui vient, dans un montage réalisé par Swann Bonnet, une traversée synthétique des communications de Frédéric Sounac, Judith le Blanc, Thomas Leconte, Mylène Dubiau, Nathalie Vincent-Arnaud, Philippe Lalitte, Ludovic Florin, Jean-Philippe Grosperrin, Aleksandra Wojda, David Chaillou et de nouveau Frédéric Sounac. Une émission produite et réalisée par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet.
60:02 21/02/2024
Metaclassique #263 – Soulager
Aux musiciens qui improvisent ensemble, se posent des questions plus ou moins lourdes : sont-ce toujours les mêmes qui préfèrent commencer ? y a-t-il certains désaccords sur le fait d’aller d’un point A à un point B ? des signaux d’alerte peuvent-ils se confondre avec des marques de réconfort ? peut-on seulement être sûr de ce que l’on va provoquer ? Et : est-ce que ça soulage ? À l’occasion des festivités organisées au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris pour célébrer le trentième anniversaire de la classe d’Improvisation Générative une vingtaine d’élèves de la classe ont bien voulu répondre à ces questions à partir d’un pacte Metaclassique : se donner dans les réponses à l’entretien radiophonique toutes les libertés que l’on prend quand on improvise, superposer les voix, varier les registres, mettre en boucle certaines idées, veiller à ce que la cohérence collective l’emporte sur le sérieux de ce qui est en train d’arriver. À l’heure des carnavals, Metaclassique vous propose donc une sorte récréation radiophonique où l’improvisation musicale se trouve incarnée, interrogée jusqu’à ce que, mieux que des réponses claires et distinctes, adviennent quelques formes de soulagement des questions. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Autres « jeux radiophoniques » de Metaclassique : #13 – Pinailler, #24 – Rajeunir, #101 – Doubler, #139 – Exulter, #219 – Buzzer et #234 – Chuchoter.
60:01 14/02/2024
Metaclassique #262 – Diluer
Dans ses fiches de travail, le peintre Mark Rothko a écrit un jour dans ses fiches de travail: « Apollon est peut-être le dieu de la sculpture. Mais au fond il est aussi le dieu de la lumière, et dans l’éclat de splendeur non seulement tout est illuminé, mais à mesure que l’intensité augmente tout est également balayé. Voici le secret dont je me sers pour contenir le dionysiaque dans un éclat de lumière. » Et voilà qui pourrait servir de révélation dans l’écoute d’une pièce comme la Rothko Chapel de Morton Feldman. Mais avant d’en arriver là, faut-il commencer par écouter un peu moins les notes que les sons, délaisser les repères thématiques et la répartition des hauteurs pour pouvoir se rendre attentif aux bords, aux jeux d’ombre, aux flous quand ce n’est à la dilution des couleurs. L’ambition de ce numéro « Diluer » de Metaclassique est donc là : donner à entendre l’histoire de la musique du 20ème siècle du point de vue d’une dilution des catégories de l’harmonie. Pour ce faire, nous recevons deux musicologues : Héctor Cavallaro qui a soutenu à l’Université Paris-8, une thèse intitulée Téléologie négative qui s’attache à suivre les « comportements et mouvements de musique non téléologiques » et Camille Lienhard qui a soutenu à l’Université de Strasbourg, une thèse intitulée Le devenir de la hauteur-note qui fait l’objet d’une publication sous le même titre, aux éditions Delatour. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Autres numéros « affaires harmoniques » de Metaclassique : #35 – Onduler, #76 – Désaccorder, #105 – Colorer , #162 – Compter,  #168 – Cheminer et #226 – Reluder.
60:01 07/02/2024
Metaclassique #261 – Consonner
D’un côté, les ethnomusicologues semblent nous apprendre que certaines perceptions musicales peuvent être relatives aux traditions de par le monde ou que des notions comme la consonance dépendent peut-être des cultures. D‘un autre côté, les psycho-acousticiens ont la réputation de vouloir fixer quelques données objectives sur l’écoute musicale et pourquoi pas des vérités universelles sur le rapport des humains aux sons harmonisés. Si un antagonisme aussi marqué peut se prévaloir d’être didactique, il porte une vision sans doute simpliste et donc trompeuse de ce que peut et doit faire la pédagogie. Parce qu’en les opposant, on donne une vision caricaturée et surtout très déformée de ce qui a pu motiver l’ethnomusicologie et la psychoacoustique au moment où elles ont démarré, dans des contextes et avec des horizons de questionnements justement conjoints. En enquêtant sur les préoccupations, les conceptions et les points de curiosité entre des chercheurs tels que Hermann von Helmhotz, Franz Boas ou encore Carl Stumpf, Isabelle Kalinowski établit différents ponts entre phychoacoustique, ethnomusicologie, mais aussi phénoménologie musicale dans le livre La mélodie du monde publié par les Éditions de la Philharmonie de Paris. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Autres numéros interculturels de Metaclassique :#70 – Migrer, #81 – Re-recorder, #108 – Mordre, #115 – Globaliser, #137 – Patrimonialiser, #182 – Accueillir et #261 – Exotériser. Autres émissions sur l’histoire de l’harmonie :#04 – Accorder, #08 – Rationaliser, #31 – Analyser, #36 – Solmiser, #65 – Résonner, #76 – Désaccorder, #191 – Tempérer et #208 – Trafiquer.
60:03 31/01/2024
Metaclassique #260 – Oublier
Comment de la très belle musique peut-elle rester de longues décennies cachée dans des archives ? Pourquoi les excellents compositeurs oubliés seront-ils toujours plus nombreux que les gloires déjà nombreuses mais toujours un peu les mêmes que l’on trouve le temps de célébrer ? Faute d’avoir des réponses toutes faites, on fait mieux de se précipiter sur les trésors cachés de l’histoire de la musique. Mais une fois déniché un de ces compositeurs urgents à réhabiliter, comment dire ? Au-delà des précautions oratoires et des banalités sur les injustices accumulées par les aléas de la postérité, il pourrait y avoir quelques explications rationnelles à ce que de si belles partitions soient tombées dans l’oubli, des raisons peut-être même intrinsèques à la complexion de ces créateurs pour que leur talent soit si longtemps passé sous tous les radars. Réunis au Centre de documentation de la Bibliothèque La Grange Fleuret, les invités de ce numéro de Metaclassique ont pour point commun d’avoir déterrés chacun un trésor : d’abord, le cinéaste Petr Vaclav à qui l’on doit un film intitulé Il Boemo qui raconte la vie du compositeur Josef Myslivecek, mais aussi l’éditeur Olivier Lalane à qui l’on doit un disque qui donne à entendre la musique du compositeur Oskar Posa, dont nous accueillerons aussi deux de ses interprètes : le violoniste Pierre Lisciat-Beaurenaut qui a repéré, dans les partitions d’Oskar Posa, quelques notes oubliables et puis la pianiste Juliette Journaux qui, en plus de jouer Posa, semble penser que, dans bien des lieders de Schubert ou Mahler, on pourrait oublier les paroles que le sens du texte ne s’en porterait pas si mal. Mais tout d’abord, c’est Philippe Jaroussky qui prête sa voix à un air de Josef Myslivecek, extrait de son opéra L’Olimpiade. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:02 24/01/2024
Metaclassique #259 – Filtrer
Alors qu’un filtre masculin semble s’être déposé sur l’histoire de la musique classique au point d’invisibiliser les œuvres des compositrices et la vie des musiciennes des siècles passés, des musicologues et des interprètes se mobilisent depuis quelques années pour faire entendre la musique écrite et pratiquée par les femmes et, pour ce faire, applique un filtre féminin dans leurs recherches dans les archives musicales. À force de recherche, on peut apercevoir d’autres filtres qui viennent donner une vision biaisée du matrimoine, celui-ci ayant pu lui-même s’autopromouvoir à travers des filtres de grandeur, quand ce n’est d’autorité ou encore de bonnes mœurs. En 2021, Apolline Gouzi et Arthur Macé ont engagé un travail de fouilles des archives de l’Union des Femmes Artistes Musiciennes pour examiner la manière dont se structurent les solidarités entre musiciennes et les valeurs sur lesquelles ces femmes chanteuses, instrumentistes, compositrices se soutenaient, tout en respectant scrupuleusement les gages de mérite, mais aussi d’élégance, exigés par les plus éminentes d’entre elles. Pour Metaclassique, ils viennent faire le portrait d’une sororité aux codes savamment négociés qui offrent un regard renouvelé sur l’histoire du féminisme musical. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Consulter le Dossier U.F.A.M. sur le site Dezède.Consulter l’article Elles ne sont plus seules dans la revue Transposition. Autres numéros « gender » de Metaclassique : #91 – Ensorceller, #196 – Co-exister, #201 – Se marier, #217 – Abrutir et #219 – Buzzer et #236 – Idéaliser.
60:01 17/01/2024
Metaclassique #258 – Modeler
Le compositeur David Behrman a écrit un jour : « La situation du musicien est comparable à celle d’un joueur de ping-pong attendant de son adversaire un service rapide : il sait ce qui arrive (le service) et sait ce qu’il doit faire quand ça arrive (le retourner) ; mais comment et quand cela arrivera ne sont déterminés dans les détails qu’au moment même de leur occurrence. » À l’écoute de cette citation, on pourrait toujours se demander quel type de musique David Behrman a-t-il pu pratiquer pour venir comparer sa situation à celle du joueur de ping-pong ? À moins de plutôt chercher les types de musique entre lesquels la référence au ping-pong peut s’installer comme un point commun. S’il est évident que les improvisateurs se livrent à des jeux de questions-réponses, des jeux tout à fait analogues se produisent dans les musiques écrites et même quand on délègue une partie du processus de l’écriture de la musique à des programmes informatiques. Lauréat de la première édition du Prix en recherche artistique organisé au CNSMD de Lyon avec le CNSMD de Paris, la HEM de Genève et l’HEMU de Lausanne, le chercheur et compositeur Antoine Gabriel Brun a aussi gagné de venir présenter son travail dans Metaclassique où il a voulu inviter le compositeur Yan Maresz à lire son mémoire . Et puisque de recherche il sera question, nous accueillerons aussi le méthododologue  Aurélien Poidevin qui, à mi-chemin de l’émission, nous livrera sa lecture du travail d’Antoine Gabriel Brun.  Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Autres numéros musiques algorithmiques de Metaclassique : #40 – Générer, #222 – Combiner et #235 – Enchaîner.
60:02 10/01/2024
Metaclassique #257 – Exotériser
Faire de la musique classique au Vietnam, est-ce que cela veut dire jouer de la musique européenne, faire amende honorable à l’Occident ou plutôt choisir le camp le plus intéressant parmi les musiques globalisées ou gentiment se signaler dans les transferts internationaux que la musique peut organiser ? L’un n’empêche pas l’autre. Peut-être que faire de la musique classique au Vietnam, c’est tout cela à la fois. Et plus encore. Dans un documentaire intitulé Once upon a Bridge in Vietnam, François Bibonne a filmé des musiciens vietnamiens qui se cherchent une autre vie en jouant de la musique classique, quand ils ne préfèrent réactiver des musiques traditionnelles d’avant la guerre. Mais encore plus précisément que l’histoire des musiciens vietnamiens qui jouent de la musique classique, François Bibonne raconte sa propre histoire : comment le deuil de sa grand-mère l’a conduit au Vietnam et a éveillé le désir de s’y intégrer. Malgré la fresque idyllique offerte par le documentaire. Il y a aussi des figures qui ont dédié leur vie à la musique vietnamienne sans y parvenir aussi bien qu’elles auraient voulu. Ce dont nous témoignera François Bensignor, journaliste spécialisé dans les musiques du monde, qui a pu suivre de près le parcours de Huong Thanh, chanteuse vietnamienne qui vit en France, où elle a essayé de vivre de son chant ancré dans la tradition musicale du Vietnam. Et puis, le temps d’une chronique, nous recevrons aussi Swann Bonnet, qui étudie l’anthropologie à l’EHESS et pointera les prudences d’usage quand, en passant d’une langue à l’autre, une notion musicale pourrait en cacher beaucoup d’autres. Pour commencer, nous nous plongeons dans le film One Bridge et le Vietnam. Une émission produite par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet. Autres numéros interculturels de Metaclassique : #70 – Migrer, #81 – Re-recorder, #108 – Mordre, #115 – Globaliser, #137 – Patrimonialiser et #182 – Accueillir
60:01 03/01/2024
Metaclassique #256 – Applaudir
Sergeï Rachmaninov disait tout bien ironiquement que l’artiste ne connaît qu’un seul besoin : celui d’être loué, vanté et applaudi[1]. Dans son Dictionnaire du diable, Ambrose Bierce définissait même l’applaudissement comme « l’écho d’une platitude[2] ». Au risque d’entendre les acclamations replier le sublime dans l’ordre du mondain, bien des musiciens manifestent une forme de dégoût pour les applaudissements. Le pianiste Glenn Gould allait même jusqu’à prôner leur suppression[3]. Réunis à la Bibliothèque publique d’information au Centre Pompidou, les invités du numéro « Applaudir » de Metaclassique n’entendent pas s’en tenir à des condamnations morales, sentant bien qu’il y a mieux à faire de ces clappements collectifs. Nous recevons : l’artiste Blandine Brière qui a mené enquête et expérimentations artistiques à partir d’applaudissements et la chercheuse Marie-Madeleine Mervant-Roux qui s’est engagée dans une histoire du son au théâtre, soit une manière de pensée la représentation théâtrale qui remet la présence sonore du public non loin du centre du propos théâtral. Pour le plaisir des contre-hypothèses, cette émission sera aussi l’occasion du retour du meta-testeur Léonard Pauly. Pour commencer, une archive radiophonique : en 1984, dans l’émission « Musique mode d’emploi » sur France Culture, Rémy Stricker se faisait la voix d’une critique de Hugo Wolf qui faisait l’expérience de pensée : et si, devant les beautés de la nature, on se mettait justement à applaudir… Une émission produite et réalisée par David Christoffel. [1] Vieru, Eloge de la vanité, p. 39 [2] « Ambrose Bierce définit l’applaudissement comme l’écho d’une platitude. Un dédain des applaudissements et du public qui n’aurait pas déplu à un Swift, à un Chamfort ou à un Tchernyckevski. » (Andrei Vieru, Le gai Ecclésiaste, p. 145.) [3] Andrei Vieru, Le gai Ecclésiaste, p. 80.)
60:01 27/12/2023
Metaclassique #255 – Progresser
Dans le Journal des Débats du 5 mars 1858, on peut lire une distinction très nette et autant dire caricaturale entre la musique pour instruments et l’opéra, dans l’affirmation d’un compositeur pour qui : « La musique pure est un art libre, grand et fort par lui-même. Les théâtres lyriques sont des maisons de commerce où cet art est seulement toléré et contraint d’ailleurs à des associations dont sa fierté a trop souvent lieu de se révolter. » Ce compositeur est Hector Berlioz qui, quelques semaines plus tôt (le 24 septembre 1857), balançait dans le même journal : « Les anciens étaient des artistes, et nous ne sommes que des boutiquiers. » À vouloir un art musical qui ne raconte pas d’histoire, qui ne fait pas de commerce, Berlioz pouvait passer pour un esprit opposé au progrès, alors même qu’il ne manquait jamais de saisir toutes les opportunités offertes par les débuts de la société industrielle pour faire entendre la musique toujours plus loin, toujours plus haut et toujours plus fort. Pour entrer dans le dédale des positionnements souvent ambigus des forces vives de la musique du 19è siècle en matière de progrès, Metaclassique est cette semaine installé à la Bibliothèque La Grange-Fleuret où nous réunissons le musicologue Emmanuel Reibel qui a signé chez Fayard l’essai Du métronome au gramophone. Musique et révolution industrielle et Marta Caraion qui enseigne à l’Université de Lausanne la littérature française, qu’elle questionne du point de vue de ses rapports avec la culture matérielle, jusqu’à questionner ces écrivains qui, au 19ème siècle, contestaient abondamment l’idéologie du progrès. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:02 20/12/2023
Metaclassique #254 – Accorder
Tentative de synonymie sans succès Si la tonalité du téléphone est de 440 Hz, c’est qu’il y a forcément un rapport avec le diapason des musiciens et les délibérations qui ont animé la communauté musicale au beau milieu du xixè siècle sur l’exacte hauteur qu’il s’agit de donner au diapason de référence. En France, c’est le 16 février 1859 que la hauteur musicale s’est trouvé fixée par décret. La nécessité de légiférer venait répondre à des plaintes d’entendre les orchestres jouer de plus en plus aigu pour briller, pendant que les chanteurs devaient s’égosiller pour arriver à s’accorder avec eux. Mais au-delà d’un confort de la voix ou de questions pragmatiques dans la pratique de la musique, la volonté de standardiser une hauteur de référence est petit à petit devenue une sorte de nécessité industrielle, pour ne pas dire un enjeu à savoir quelle serait la première puissance mondiale à imposer son diapason. Dans le livre Tuning the World publié par les presses universitaires de Chicago, la chercheuse Fanny Gribenski a fait l’histoire de l’étalon 440 Hz et pu observer les différentes négociations entre France, Allemagne et Etats-Unis, mais aussi Angleterre à partir du moment où la BBC a imposé les greenwish pips pour donner une sorte de la entre toutes les horloges du monde. Pour Metaclassique, nous parcourons avec Fanny Gribenski les différents jalons de l’histoire de cette norme, des effets de standardisation qu’elle a occasionné et de quelques événements sonores dont elle peut être l’origine. Une émission produite par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet. Autres numéros « material turn » de Metaclassique : #110 – Mouiller, #134 – Chronométrer, #218 – Exposer et #222 – Combiner.
60:01 13/12/2023
Metaclassique #253 – Espérer
Et si France Musique s’était appelée Amours, Délices et Orgues… C’est quelques jours avant l’inauguration de la Maison de la radio le 14 décembre 1963, que les chaînes de la Radio-Télévision Française ont changé de nom. Dans les semaines qui ont précédé, la T.A.F. : l’association des Téléspectateurs et Auditeurs de France, que présidait François Mauriac, et l’A.G.A. : l’association générale des auditeurs, présidée par André Pahin, en accord avec la direction générale de la R.T.F. avait lancé un concours. Du 21 octobre au 5 novembre 1963, les auditeurs étaient invités à envoyer leurs propositions de nom et de slogan pour les trois chaînes de radio qui s’appelaient encore R.T.F. inter, R.T.F. Promotion (qui s’était même appelé France III) et Haute-Fidélité (qui était alors le nom de la chaîne de modulation de fréquence, qui s’était appelée France IV). Le Parisien libéré rapporte à l’époque que les 171.145 réponses qui ont été adressées ont été sélectionnées par un jury qui a fini par valider le nom des chaînes qui fêtent maintenant leurs soixante ans : France Inter au lieu de R.T.F. Inter, France Culture pour R.T.F. Promotion et France Musique pour R.T.F. Haute-Fidélité. Et puis, Paris Jour avait révélé un petit échantillon de titres proposés par des auditeurs que le journal qualifiait de « facétieux » : certains voulaient englober les trois chaînes sous un seul nom comme « Les Trois Mousquetaires » ou encore « Liberté, égalité, fraternité », pendant que d’autres s’amusaient à imaginer qu’au lieu de RTF Haute-Fidélité, la chaîne qui allait devenir France Musique aurait pu s’appeler « Yé-yé, bla-bla » ou « Amours, délices et orgues ». Maintenant, que l’on écoute la radio depuis 60 ans ou depuis quelques mois, des motifs de satisfaction ont pu se sédimenter, mais aussi des motifs d’insatisfaction. Plutôt que de jouer les pour et les contre, plutôt qu’une promenade sur les clivages, Metaclassique prend la tangente et va à la recherche des motifs d’espoir en proposant à des pas du tout satisfaits, des plutôt satisfaits, des un peu insatisfaits et des très satisfaits de se prêter à une expérience de pensée : et si France Musique s’était vraiment appelé Amours, Délices et Orgues. Vous entendrez successivement l’auditeur Fañch Langoët, auteur du livre 60 ans au poste publié par L’Harmattan, Frank Lanoux qui a fait paraître le Dictionnaire amoureux de la radio aux éditions Plon, Roselyne Bachelot qui, avant d’être ministre de la culture, a été pendant quelques saisons chroniqueuse de France Musique, Yves Riesel qui, avant de lancer la lettre Couacs.info, a été directeur et cofondateur du label Abeille Musique et du site Qobuz et Marina Chiche qui est à la fois violoniste et chroniqueuse de musique classique sur France Inter. Et pour donner un aperçu de ce qu’aurait pu être France Musique si elle s’était vraiment appelé Amours, Délices et Orgues, ce sont deux autres violonistes – Klari Majercsik et Pierre Lisciat-Beaurenaut – qui se sont prêtés pour cette émission à quelques… simulations. Une émission produite par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet. Autres numéros u-chroniques de Metaclassique : #10 – Reraconter, #24 – Rajeunir,
60:01 06/12/2023
Metaclassique #252 – Diversifier
S’il semble y avoir un consensus du milieu musical pour lutter contre toutes les formes de discrimination, il y a assurément un dissensus sur les méthodes à adopter pour voir les scènes musicales se faire plus inclusives. Par exemple, le chef d’orchestre Marc Hajjar ne comprend pas qu’avant d’examiner la pertinence de ses projets artistiques sur des critères esthétiques, une institution examine son dossier sur des critères sociétaux, en lui demandant quelques précisions sur le profil des artistes impliqués dans ses projets. Pendant un an, Metaclassique a suivi Marc Hajjar dans ses échanges : avec, tout d’abord, un autre chef d’orchestre, Bruno Kele-Baujard ; avec la directrice de la Maison de la Musique Contemporaine, Estelle Lowry, et celle qui, au moment où nous l’avons enregistré était encore la Cheffe du pôle Accompagnement et services aux professionnel.le.s, Églantine de Boissieu, mais aussi Laurence Pécaut Rivolier qui, au sein de l’Arcom, préside le groupe de travail « Protection des publics et diversité de la société française » à l’origine du Baromètre de la diversité utilisé par la Maison de la Musique Contemporaine. Au cours de ce documentaire, nous avons aussi mobilisé les voix de l’écrivain Michèle Gautard et, pour conclure l’émission, de l’historienne des idées Stéphanie Roza. Une émission produite et réalisée par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet.
60:01 29/11/2023
Metaclassique #251 – Concourir
Pour bien juger de la qualité d’un chef d’orchestre, on dit parfois qu’il vaut mieux l’observer avec plusieurs orchestres, mais aussi en répétition. Partant de ce principe-là, il faudrait aller jusqu’à pouvoir scruter son comportement en coulisse et, pour être encore plus objectif, étudier son cas sur plusieurs années. Puisqu’on abdique assez vite devant l’évidence qu’il est donc impossible de bien juger un artiste, on peut s’en tenir à l’évidence qu’on ne juge vraiment bien qu’en ne voulant pas juger, quand on n’y est pas obligé. Dès qu’on doit juger sur commande, comme dans les concours, tout devient artificiel. Mais au lieu de devoir conjurer ledit artifice, pourquoi ne pas jouer avec lui, avec tout ce que le concours peut porter d’excitation particulière, quand l’excellence doit jouer avec la fébrilité et l’envie de gagner veiller à ne pas déranger la qualité de la concentration. Surtout que, pendant ce temps-là, toutes les questions sur ce qui fait un bon chef sont redébattues, limite brouillées. Pour concourir à faire avancer la définition du bon chef d’orchestre, le cadre d’un concours était spécialement propice. C’est comme ça que le Concours international de jeune chefs d’orchestre de Besançon a invité Metaclassique à venir questionner le lauréat Swann van Rechem – qui, au moment où nous l’avons interrogé, était encore finaliste –, le directeur et néanmoins observateur du concours Jean-Michel Mathey, le compositeur Alexandros Markeas, qui a créé une œuvre spécialement pour l’édition 2023 du concours, mais aussi membre du jury, aux côtés de deux autres chefs que vous entendrez au cours de l’émission : Debora Waldman et Hans Graf. Une émission produite et réalisée par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet.
60:01 22/11/2023
Metaclassique #250 – Brûler
Affranchie des contingences imposées par les instruments de musique attachés à des interprètes, la musique électroacoustique est quelquefois passée pour une musique encore plus absolue que la musique pure imaginée par les premiers romantiques, voire une musique métaphysique ou, du moins, à haute promesse phénoménologique et donc surtout pas programmatique. Pourtant, de Pierre Schaeffer à Pierre Henry en passant par Bernard Parmegiani, il semble que toute la première génération de compositeurs électroacoustiques se soit arrêté sur la figure d’Orphée, tout en cumulant des références poétiques qui tenaient à maintenir un dialogue avec l’Antiquité, la Renaissance et, certainement, une tradition de pensée humaniste. Au début des années 1970, François Bayle et Bernard Parmegiani se sont lancés dans un cycle électroacoustique à partir de La Divine Comédie de Dante. Parmegiani s’occupant de L’Enfer, Bayle du Purgatoire pour composer ensemble Le Paradis. Ce numéro « Brûler » de Metaclassique va creuser L’Enfer, la partition de Parmegiani et, notamment, sa manière de saisir le poème de Dante. Mais puisque cela engage le rapport que le compositeur entretenait avec ses sources littéraires, mais aussi scientifiques et surtout philosophiques, nous réunissons dans l’espace musique de la Bibliothèque publique d’information au Centre Pompidou, Claude-Anne Parmegiani, que Bernard Parmegiani appelait « sa première oreille » et l’éditeur Maxime Barthélémy qui s’engage dans la publication papier des œuvres du compositeur. ‘ Et puis, un célèbre virus nous prive de la présence d’un troisième invité : Giuliano Milani, spécialiste de Dante qui, pour Metaclassique, a bien voulu se pencher sur L’Enfer de Parmegiani et qui a tout de même pu nous laisser quelques mémos vocaux… Pour commencer, un extrait de Violostries, une œuvre que Parmegiani a composé avec Devy Erly en 1964. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:01 15/11/2023
Metaclassique #249 – Tenir
Quelle musique a pu se jouer pendant la Première Guerre Mondiale ? Quel sens la musique peut-elle prendre quand un conflit d’une telle ampleur vient dévaster les rapports humains ? Quelle conclusion peut-on en tirer 105 ans après ? Dans le cadre du séminaire de recherche conçu par Anne de Fornel au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon, un musicologue et une violoncelliste sont venus restitués leurs recherches sur la musique pendant la Première Guerre Mondiale, en présence des micros de Metaclassique. Au cours de l’heure qui vient, vous allez tout d’abord entendre le musicologue, Esteban Buch qui se demande, face aux musiques composées pendant la Grande Guerre, comment les compositeurs ont dû ajuster leur position par rapport au conflit et au pouvoir de la musique à, dans ces circonstances, articuler leur situation. Et puis, en seconde partie, vous entendrez la violoncelliste Emmanuelle Bertrand qui joue un violoncelle construit au front pour Jean Deplace, du moins une reconstitution de cet instrument unique justement surnommé « Le Poilu ». Une émission produite par David Christoffel et co-réalisée par Swann Bonnet.
60:02 08/11/2023
Metaclassique #248 – Esquisser
Pour que les musées exposent des peintures non finito ou des esquisses, c’est bien qu’on doit pouvoir y trouver un certain intérêt. En musique, on ne donne pas de concert d’esquisse. Même si, à partir d’un certain niveau de notoriété du compositeur, ses éventuels brouillons prennent de la valeur sur le marché des manuscrits au même titre qu’un autographe ou un fac-simile. Mais les esquisses peuvent aussi prendre une valeur musicologique : parce qu’en affichant une sorte de compte-rendu d’étape d’un travail de composition, elles peuvent renseigner sur l’élaboration et donner des pistes d’interprétation potentiellement très différentes des intentions du compositeur telles qu’il a bien voulu les exprimer à l’occasion d’une lettre, d’un entretien ou d’une note d’intention. Pour embrasser différentes manières de tirer profit musicologique des esquisses, on peut lire Esquisses musicales. Enjeux et approches du xixe au xxe siècle publié par les éditions Brepols sous la direction de François Delécluse. Mais on peut aussi écouter cette émission enregistrée au Salon Mahler de la Bibliothèque La Grange-Fleuret où nous accueillons François Delécluse aux côtés de Fabien Guilloux et Anna Stoll Knecht, mais encore, en léger différé le musicologue Paolo Dal Molin – autant de voix qui permettront de tirer des ponts entre les esquisses de Camille Saint-Saëns et Gustav Mahler ou encore, pour commencer, de Claude Debussy.  Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:01 01/11/2023
Metaclassique #247 – Perturber
Electro-décapitalisation de l’écoute Imagniez qu’un individu s’infiltre près de votre caddie au supermarché pour prendre votre paquet de pâtes. Vous comprenez bien que ce comportement n’est pas très approprié, mais vous comprenez bien que le paquet de pâtes ne vous appartient pas encore. Ce type d’événements pourrait ressembler à une caméra cachée, tandis que les protocoles des caméras cachées pourraient rappeler les breaching experiments ou autres expériences de déstabiisation lancées par des psychosociologues ou des ethnométhodologues des années 1950, puis 1960, pour étudier comment les comportements répondent à des lois d’influence, de soumission, de conformisme… C’est en s’inspirant de ces expériences de déstabilisation qu’au sein de l’ECAL (l’Ecole Cantonale d’Arts de Lausanne), Thibault Walter a invité des artistes du son à expérimenter le son dans des dispositifs de diffusion et d’écoute qui troublent l’environnement et la perception. Ces expériences sont relatées dans le livre Audio Trouble paru aux Presses du réel. En complicité avec Hémisphère Son, Metaclassique entame la contre-histoire de la musique qui se développe dans les écoles d’art. Nous accueillons aussi Alexandre Castant qui enseigne le son à l’École National Supérieur d’Art (ENSA) à  Bourges et Catherine Gilloire qui enseigne le son à l’École supérieur des Beaux Arts (EBABX) à Bordeaux. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:01 25/10/2023
Metaclassique #246 – Empoussiérer
À la recherche de musiques poussiéreuses, on peut chercher des musiques qui travaillent le grain du léger duvet qui peut recouvrir les masses orchestrales, à moins de chercher les musiques qui rendent les faisceaux lumineux légèrement habités ou qui tentent de frayer un chemin entre les atomes et, à force, trouver des références aussi variées que Morton Feldman, George Crumb, William Byrd, Laurie Spiegel, Gyorgi Ligeti, Edgar Varèse, Lionel Marchetti, Jean Barraqué, Richard Strauss, Johana Beyer et Clément Demonsant : une playlist de poussières qui aura été enrichie par les échanges tout en poussière avec les six artistes interrogés : Timothée Schelstraete, Raphaëlle Curci, Chloé Poizat, Lionel Sabatté, Yuhsin U Chang et Samuel Buckman qui ont pour point commun de se retrouver réunis dans l’exposition Poussière qui ouvre « Le Cycle du rien » proposé par la Galerie Duchamp à Yvetot. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
60:02 18/10/2023
Metaclassique #245 – Précariser
Pour rentrer dans la musique, une solution assez studieuse est souvent prisée qui consiste à consulter la pensée du compositeur. Si bien qu’on ne peut plus écrire de la musique sans que des auditeurs viennent chercher dans nos dires quelques clés d’interprétation. Il n’est donc pas impossible qu’au lieu de jouer le jeu de l’explicitation, certains artistes préfèrent reconduire dans leurs déclarations, une logique de création. C’est pourquoi il est sans doute plus intéressant de circuler entre la pensée, la musique et la poésie de Scelsi plutôt que de chercher à trouver la clé de l’une dans l’autre ou à décider arbitrairement laquelle pourrait bien servir d’introduction à l’autre. C’est bien sans préoccupation à savoir lequel pourrait englober les autres qu’au long de cette émission, nous allons tourner dans les cercles poétiques, philosophiques et musicaux de Scelsi avec le musicologue Pierre-Albert Castanet qui publie aux éditions Michel de Maule, une généreuse monographie intitulée Giacinto Scelsi. Les horizons immémoriaux. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.
59:59 11/10/2023
Metaclassique #244 – Traduire
Echange de destins plus ou moins équitable Entre la fidélité au sens, le respect de la métrique, la congruence de registre et, avec tout ça, les possibilités vocales des interprètes, la traduction d’opéra cumule tellement de contraintes qu’elle n’est pas loin de l’impossible. A l’occasion d’une nouvelle production de L’Opéra de Quat-sous avec la troupe de la Comédie-Française dans une mise en scène de Thomas Ostermeier sous la direction musicale de Maxime Pascal avec l’ensemble Le Balcon, le traducteur Alexandre Pateau a fait une nouvelle traduction de l’opéra de Bertold Brecht et Kurt Weill. Au moment de la création de ce nouvel Opéra de Quat-sous, le festival d’Aix-en-Provence a invité Metaclassique à suivre un « atelier de quat’sous » imaginé par le traducteur pour que les festivaliers puissent se prêter à l’exercice et saisir, crayons en mains, que le grand nombre des contraintes qui pèsent sur le traducteur d’opéra l’oblige à une licence poétique d’autant plus libre qu’elle doit sera imprégnée d’une fouille des sources très en profondeur, qui nous mènera à interroger deux experts sollicités par Alexandre Pateau : le spécialiste des complaintes Jean-François Heintzen et la spécialiste de François Villon, Jacqueline Cerquiglini-Toulet. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Revoir la table-ronde du Festival d’Aix-en-Provence consacrée à la traduction :
60:01 04/10/2023
Metaclassique #243 – Bégayer
Image de balbutiements originels via la Théogonie d’Hésiode lue par Yves Bergeret Dans les années 1960, William Labov a développé des observations sur la stratification sociale des variables linguistiques. C’est aussi lui qui est à l’origine de la notion d’insécurité linguistique. En 1976, dans le livre intitulé Sociolinguistique, il écrivait à propos des petits-bourgeois new-yorkais que leur insécurité linguistique pouvait se traduire « par de profondes fluctuations au sein d’un contexte donné ; par un effet conscient de correction ; enfin, par des réactions fortement négatives envers la façon de parler dont ils ont hérité. » L’idée que les rapports de classe pèsent sur nos façons de dire est si intéressante qu’elle peut cacher d’autres contextes : bégayer ne renvoie pas systématiquement à des jeux d’intimidations sociales. Peut-être même que le bégaiement ne demande pas toujours à se corriger ou à s’en défendre ou, pendant que l’on parle à chercher à tout prix à renforcer sa sécurité linguistique. D’autant que la sociolinguistique nous apprend aussi que la fluidité de l’élocution ne va pas de soi, elle tient d’un privilège qui n’est pas donné à tout le monde. Si bien que la parole aisée n’est peut-être pas si normale, pas si admirable. Peut-être même qu’il y a quelque chose de suspect à ce qu’elle apparaisse si couramment désirable. Pour ce numéro Bégayer, Metaclassique a réuni Peter Szendy qui, avec Laura Odello, a signé aux éditions de Minuit, l’essai La Voix, par ailleurs et le musicologue Damien Bonnec qui a réfléchi à quelques mises en scènes poétiques et musicales du bégaiement. Et puis, vous entendrez aussi – en deuxième partie d’émission – les réflexions que poète plasticien Yves Bergeret avait développé dans le cadre de la Nuit des Bégaiements diffusé par La Radio Parfaite en 2018.
60:02 27/09/2023

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