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Figure éminente du romantisme français, Camille Saint-Saëns a régné sur la vie musicale en pianiste, organiste, chef d'orchestre et pédagogue, signant des œuvres de toutes formes, de l'amusant Carnaval des animaux à l'opéra Samson et Dalila. Né à Paris le 9 octobre 1835, il apprend le piano avec sa grand-tante, puis avec le compositeur Camille-Marie Stamaty (élève de Mendelssohn), avant de passer à la composition avec Pierre Maleden. Pianiste prodige, il compose sa première mélodie à cinq ans et donne son premier concert le 6 mai 1846, salle Pleyel, à l'âge de dix ans. Deux ans plus tard, il entre au Conservatoire de Paris, étudiant l'orgue avec François Benoist, la composition avec Jacques-Fromental Halévy et prenant conseil auprès de Charles Gounod. S'il échoue au concours du Prix de Rome, le jeune Saint-Saëns n'en obtient pas moins le premier prix d'orgue en 1851 et un prix de composition au concours Sainte-Cécile de Bordeaux l'année suivante avec sa cantate Ode à Sainte-Cécile. L'année même de sa nomination au poste d'organiste titulaire à l'église Saint-Merri, en 1853, il dévoile sa Première Symphonie, qui enthousiasme Liszt et Berlioz. Quatre ans plus tard, en 1857, il succède à Lefébure-Wély à l'église de la Madeleine, officiant sur l'orgue Cavaillé-Coll pendant vingt ans et impressionnant l'assistance par ses improvisations. Outre son Premier Concerto pour piano (1858), cette période le voit travailler à l'édition d'œuvres de Gluck, Mozart, Beethoven ou Liszt et défendre Wagner devant les sceptiques. Professeur à l'École Niedermeyer de 1861 à 1865, il a pour élèves Gabriel Fauré et André Messager. En 1863, après un Concerto pour violon à destination du virtuose Pablo de Sarasate, il lui dédie la pièce Introduction et Rondo capriccioso en la mineur, devenue l'une de ses plus populaires. Après un nouvel échec au Prix de Rome, sa cantate Les Noces de Prométhée remporte un concours à l'Exposition universelle de 1867, devant un jury composé de Rossini, Berlioz, Verdi, Gounod et Auber. L'année suivante, il compose un deuxième Concerto pour piano à la demande d'Anton Rubinstein, puis un troisième dédié à Elie Miriam Delaborde, créé à Leipzig en 1869. Engagé dans la Garde nationale lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Saint-Saëns part à Londres rejoindre Gounod et Pauline Viardot durant la Commune et étudie les partition de Haendel à la bibliothèque de Buckingham. De retour à Paris, il fonde le 25 février 1871 la Société national de musique afin de promouvoir les œuvres de ses pairs, notamment Franck, Fauré et Lalo, puis Chabrier, Dukas, Debussy et Ravel, face au germanisme galopant des sociétés de concerts. Après l'échec de son premier opéra La Princesse jaune (1872), Saint-Saëns effectue un séjour à Alger, puis épouse en 1875 Marie-Laure Truffot, de vingt-et-un ans sa cadette, qui lui donnera deux fils, l'un mort en tombant d'un balcon à deux ans et l'autre d'une pneumonie. Sans divorcer, le couple ne résiste pas et se sépare rapidement. Invité à Saint-Pétersbourg, le compositeur présente en 1875 sa célèbre Danse macabre, qui succède aux poèmes symphoniques Le Rouet d'Omphale et Phaéton. En février 1877 est créé à Paris son deuxième opéra Le Timbre d'argent, tandis que le plus reconnu Samson et Dalila, sous influence wagnérienne, est présenté à Weimar le 2 décembre. D'autres compositions voient aussi le jour dans la même période, l'oratorio Le Déluge (1875), le Requiem (1878), le Quatuor avec piano (1875) et le poème symphonique La Jeunesse d'Hercule (1877). Après avoir joué devant la reine Victoria à Windsor en 1880, le temps des honneurs arrive au cours de la décennie avec son élection à l'Académie des beaux-arts en 1881 et sa promotion au titre d'officier de la Légion d'honneur en 1884 (il deviendra Grand-Croix en 1913). En 1886 apparaissent deux œuvres symphoniques d'importance, la grande Symphonie n° 3 avec orgue dédiée à Liszt et créée à Londres, ainsi que le fameux Carnaval des animaux, créé chez le violoncelliste Charles Lebouc le 9 mars. Ce qui ne devait être qu'une plaisanterie musicale privée dont l'auteur interdit toute exécution publique, s'est transformé contre sa volonté en « tube » de la musique classique, avec pour point d'orgue Le Cygne, la seule pièce dont il admettait la diffusion. Aussi, plusieurs se succèdent sans grande postérité : Étienne Marcel (1879), Henry VIII (1883), Proserpine (1887), Ascanio (1890), Phryné (1893), Frédégonde (1895), Les Barbares (1901), Hélène (1904) et L'Ancêtre (1906). Seul Déjanire, une musique de scène créée à Béziers en 1898 avant d'être adaptée en drame lyrique à Monte-Carlo en 1911, laisse une trace durable. De 1857 à 1921, Saint-Saëns consacre une grande partie de son temps à voyager, totalisant 179 séjours dans 27 pays, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et surtout en Afrique du Nord, rapportant dans ses bagages le Concerto pour piano n° 5 dit « l'Égyptien », créé à Pleyel le 6 mai 1896, avec en son deuxième mouvement une mélodie nubienne entendue en voguant sur le Nil. Installé à Dieppe, où un musée à son nom est créé en 1890, le compositeur continue d'écrire des articles et travaille de 1895 à 1918 à l'édition des œuvres complètes de Jean-Philippe Rameau, avec Charles Bordes et Vincent d'Indy. Nommé docteur honoris causa par les universités de Cambridge puis d'Oxford, il présente à l'Exposition universelle de 1900 la cantate Le Feu céleste, dédiée à la « Fée électricité ». Élu président de l'Académie des beaux-arts en 1901, il signe la première musique de film pour L'Assassinat du duc de Guise (1908), d'André Calmettes et Charles Le Bargy, ainsi que trois musiques de scènes : Antigone (1894), Parysatis (1902) et Andromaque (1903), à la demande de Sarah Bernhardt. En 1906, il effectue une première tournée aux États-Unis, y retournant en 1915. Resté dans l'ère post-romantique, Saint-Saëns appartient à une époque révolue à l'heure du modernisme. Celui qui a occupé le devant de la scène musicale pendant huit décennies donne un dernier concert au Casino de Dieppe pous ses 75 années de pianiste, puis part pour Alger, où il meurt le 16 décembre 1921 à l'âge de 86 ans. Son corps est rapatrié à Paris pour des funérailles nationales en l'église de la Madeleine.