Connu pour l'opéra-ballet Les Indes galantes et d'autres qui ont établi sa postérité, Rameau fut aussi un grand compositeur pour le clavecin et un théoricien très influent de la musique baroque française. Né dans une famille de onze enfants, à Dijon, le 25 septembre 1683, Jean-Philippe Rameau apprend les rudiments musicaux avec son père Jean Rameau, organiste de l'église Saint-Étienne, puis à Notre-Dame de Dijon. Étudiant au collège jésuite des Godrans, il brille davantage par ses chants, qui perturbent les cours, que par son assiduité. Alors que son père voulait qu'il soit magistrat, il se destine à la musique, une voie que suivra son frère cadet Claude Rameau. Son intérêt grandissant pour l'opéra convainc son père de le laisser partir en Italie à ses dix-huit ans, pour faire le Grand Tour et développer son instruction musicale, mais son voyage se limite à Milan, comme il le regrettera par la suite. Si peu d'éléments biographiques sont connus de la première partie de sa vie avant son arrivée à Paris, Rameau a connu pendant longtemps une carrière de musicien itinérant, au gré des engagements. Ainsi, de retour en France, il intègre une troupe de musiciens ambulants comme violoniste et parcourt le Languedoc et la Provence. À Montpellier, il aurait appris la basse chiffrée et l'accompagnement par un certain Lacroix. En 1702, il assure l'intérim à l'orgue de la cathédrale d'Avignon, où est attendu Jean Gilles, avant de signer un contrat de six ans pour un poste d'organiste à la cathédrale de Clermont-Ferrand, qui sera interrompu lorsqu'il décide de s'installer à Paris en 1706 pour exercer à l'église jésuite de la rue Saint-Jacques et au couvent des Pères de la Merci. Il fréquente Louis Marchand, dont l'influence est encore prégnante dans le Premier Livre de pièces de clavecin qu'il publie cette même année, comme celle de François Couperin. Après avoir postulé à l'église Sainte-Marie-Madeleine-en-la-Cité, il est choisi pour succéder à François d'Agincourt, mais refuse la fonction, attribuée dès lors à Louis-Antoine Dornel. En 1709, Rameau retourne à Dijon pour prendre la succession de son père à l'église paroissiale de Notre-Dame, sans aller au terme du contrat initial, car quatre ans plus tard, il s'installe à Lyon pour travailler aux Jacobins, avant de revenir à Clermont-Ferrand pendant huit ans, composant des motets et des cantates. Si l'instabilité professionnelle marque cette partie de sa vie, Rameau n'en rassemble pas moins les idées qu'il développe dans son Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels, un recueil fondamental, publié en 1722, qui établit la valeur scientifique de la musique et non plus seulement artistique. Il fait son retour à Paris de manière définitive et publie son Deuxième Livre de pièces de clavecin (1724), comprenant le fameux Tambourin, suivi quatre ans plus tard par un troisième et dernier volume, Nouvelles Suites de pièces de clavecin, avec entre autres La Poule et Les Sauvages, inspirée par la visite d'Indiens d'Amérique à Paris venus donner un spectacle. Cette période le voit collaborer avec le poète Alexis Piron pour la création de comédies de foire comme L'Endriague (1723) ou L'Enlèvement d'Arlequin (1726). Le 25 février 1726, Rameau épouse Marie-Louise Mangot, musicienne et chanteuse qui lui donnera quatre enfants. Il publie le Nouveau système de musique théorique, qu'il remaniera sous le titre Génération harmonique (1737), puis compose la cantate Le Berger fidèle (1728). Abandonnant l'idée d'obtenir un nouveau poste d'organiste à Paris, il se met en quête d'un librettiste et écrit en vain au renommé Antoine Houdar de La Motte, qui le considère davantage comme un théoricien plutôt qu'un musicien. C'est finalement grâce à Alexandre Le Riche de La Popelinière, qui devient alors son mécène, que Rameau va asseoir à cinquante ans sa réputation de compositeur et de professeur. Doté d'un orchestre pour l'animation des festivités du fermier général de Louis XV, il collabore avec l'abbé Simon-Joseph Pellegrin pour la tragédie lyrique Hippolyte et Aricie, créée avec succès à l'Académie royale de musique le 1er octobre 1733. Salué pour sa richesse musicale, l'ouvrage est néanmoins critiqué par les nostalgiques du style de Lully, créant une querelle passée à la postérité (« les Lullystes contre les Ramistes »), alors que Rameau ne cache pas son admiration pour son prédécesseur. Dans le même style suivent, avec deux autres librettistes, Castor et Pollux (24 octobre 1737) et Dardanus (19 novembre 1739), en alternance avec les comédies-ballets Les Indes galantes (23 août 1735) et Les Fêtes d'Hébé (21 mai 1739), tandis qu'une collaboration avec Voltaire pour Samson tourne court. Sommet du genre sur un livret de Louis Fuzelier, Les Indes galantes, avec son exotisme en vogue et sa « Danse du calumet de la paix » (Les Sauvages), demeure son œuvre la plus jouée. Pour une raison inconnue, six années de silence succèdent à ces cinq chefs-d'œuvre, Rameau, sans doute occupé par ses fonctions au service de La Popelinière, ne produisant que les Pièces de clavecin en concerts (1741), son unique recueil en musique de chambre. Vers 1745, il fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau, mais l'amitié ne s'installe pas entre les deux hommes, Rameau l'accusant de plagiat pour l'opéra Les Muses galantes. La même année, il renoue avec Voltaire pour la comédie-ballet La Princesse de Navarre, représentée à Versailles le 23 février, comme le ballet bouffon Platée le 31 mars, pour le mariage du dauphin Louis avec l'infante Marie-Thérèse. Sa production s'enrichit avec Les Fêtes de Polymnie (1745), Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour (1747), Zaïs, Pygmalion et Les Surprises de l'Amour (1748), Naïs et Zoroastre (1749), puis Acanthe et Céphise (1751). Il compose également une pièce isolée pour le clavecin rendue fameuse, La Dauphine (1747). En 1750, Rameau présente son traité Démonstration du principe de l'harmonie à l'Académie des Sciences, avec le soutien de l'encyclopédiste d'Alembert. À soixante-dix ans, le musicien règne encore sur la musique française quand intervient la « Querelle des Bouffons », qui prend naissance lors de la représentation de La serva padrona de Pergolèse et oppose les partisans de la tragédie lyrique française aux sympathisants de l'opéra-bouffe italien, soutenu par Rousseau, Grimm et Diderot. Les lettres fusent entre les deux camps, jusqu'en 1754. Rameau n'en reprend pas moins dans la même veine lyrique avec Daphnis et Églé et Les Sybarites (1753), puis les actes de ballet La Naissance d'Osiris et Anacréon (1754). En 1753, le compositeur est désavoué par La Popelinière qui, sous l'influence de sa maîtresse, le remplace par Johann Stamitz. Dans les dernières années de sa vie, il révise certains de ses ouvrages et compose ses dernières œuvres lyriques, Les Paladins (1760) et Les Boréades (1764), qui n'est pas représentée en raison de sa mort. Atteint d'une « fièvre putride », Rameau s'éteint le 12 septembre 1764 à l'âge de 80 ans. Tombée dans un certain oubli pendant un siècle, son œuvre est progressivement redécouverte avec l'édition complète commencée par Bordes, d'Indy et Saint-Saëns, puis par le renouveau de la musique baroque à partir des années 1950, restant depuis au répertoire.